C. Q. G. 1 septembre
Mon cher Camarade,
Je tiens à vous remercier bien chalem^eusement pour la façon rapide et éminemment efficace dont vous avez mis l'armée du général Maunoury à même de remplir la mission délicate qui lui est confiée.
Grâce à vous et à tous les moyens que vous avez mis à sa disposition, la 6^ Armée manœuvi'e parfaitement et son action contribue très heureusement au but final que nous nous proposons tous.
Pour faciliter et rendre plus efficace l'action de cette armée, il m'a paru nécessaire de lui envoyer directement mes ordres et mes instructions. Mais je vous les ferai parvenir en double, afin que vous sachiez ce qu'elle fait et que vous puissiez lui prêter votre concours si précieux.
Je vous serai reconnaissant de ne pas envoyer au Gouvernement de renseignements relatifs aux opérations. Dans les comptes rendus que je lui envoie, je ne lui fais jamais connaître le but des opérations en cours, ni mes intentions; ou, du moins, dans ce que je lui dis, je lui indique les parties qui doivent rester secrètes. En agissant autrement, certaines opérations pourraient parvenir à la connaissance de l'ennemi en temps utile pour lui. C'est pour cela que je considère comme indispensable que je sois le seul à traiter ces questions avec le Gouvernement, parce que je suis le plus à même de juger ce qui peut être dit sans inconvénient.
En ce" moment, la situation paraît très bonne. Devant Maunoury, les Anglais et la 5^ Armée, l'ennemi recule, mais sans qu'il y ait eu d'action très sérieuse. Il est probable qu'il cherche à se retremcher. Plus à l'Est, devant Foch,
de Langle et Sarrail, jusqu'à l'Argonne, des actions plus sérieuses sont engagées. Nous n'y sommes pas en mauvaise situation. Cette bataille durera \Taisemblablement plusieurs jours. J'ai bon espoir sur l'issue, mais ce sera dur.
Veuillez, mon cher camai'ade, accepter à nouveau l'expression de toute ma reconnaissance et de mes sentiments de fidèle et cordial dévouement.