‹ Galliéni, 1849-1916Chapitre 22 sur 35 · Jean de l'ieirefeu : G- Q. G. secteur · texte numérisé non relu

Jean de l'ieirefeu : G- Q. G. secteur

historiens consciencieux, désireux de remonter aux bonnes sources, liront les archives de l' État- Major! Crions-leur tout de suite : « Casse-cou ! » Mettons-les en garde contre cette vaste entreprise d'atténuation de la vérité que fai vue s'' accomplir, jour à jour, sous mes yeux...

« Certes, je ne marchande pas les éloges à l'État-Major; mais quand à adopter sans examen critique les papiers officiels du temps de J offre et de Nivelle, jamais! Il m'en est trop passé par les mains pour n'être pas fixé et j'en ai trop écrit moi-même... La venue de Pétain n'a pas pu arrêter le travail des bureaux et le jeu de l'antique sohdarité guerrière. Il eut fallu changer Vesprit des brevetés; mais de cela nul n'était capable. »

Nous ne pouvons que dédier ces lignes éloquentes et courageuses à ceux qui, de bonne foi ou non, ont longtemps nié la gloire réelle de Gallieni.

Après la démission de M. Delcassé, un membre du Gouvernement nous annonce le départ imminent de M. Millerand, résolu à laisser sa place à un militaire. C'est le nom de Gallieni qui réunit tous les suffrages.

Le Général, qui a détesté la « politique » toute sa vie, objecte son « usure », le délabrement de sa santé, la nécessité de subir une opération légère pour se rétablir tout à fait. I\Iais les événements

sont plus forts que ses scrupules; agent de liaison assez bousculé entre le quai d'Orsay et le lycée Duruy, je ne sais plus à qui entendre.

Mais quelques oppositions, sournoises ou directes, ont raison de la résistance du Chef : le 29 octobre 1915, le ministère Briand succède au ministère Viviani : Millerand est remplacé, rue Saint-Dominique, par Gallieni, qui vient, à dix heures du soir, d'accepter — sans allégresse — la lourde et périlleuse tâche de réorganiser la haute administration de l'Armée.

— Dans la voiture qui nous ramène au lycée Duruy, vers sa chambre de nonne et d'institutrice, j'ai voulu, lé premier, féliciter le nouveau ministre de la Guerre. Il a eu un geste affectueux et grave :

— Pourvu que ma santé et mes forces ne me trahissent pas! me dit-il, soucieux. Enfin, je ferai mon devoir jusqu'au bout. Mais vous êtes bien content : voilà des années que vous me poussiez là.

— Il y a onze ans, mon Général, ai-je précisé (en lui montrant sa lettre après être rentrés chez lui) que vous m'avez écrit, le 8 décembre 1904, à la veille de quitter Madagascar : — « ... Votre affection rêve pour moi, je le vois bien, de hautes situations politiques, comme le ministère de la Guerre. Je ne me sens pas fait pour ces positions élevées, dans lesquelles il faut user son temps et ses forces parmi des intrigues et des discussions perpétuelles, sans pouvoir jamais rien faire d'utile. Je ne m'effraie pas des difficultés ni du travail, mais à condition d'aboutir et de pouvoir mettre sur pied quelque chose qui dure et qui vaille. Or, croyez-vous que ce soit possible aujourd'hui, surtout sur le terrain militaire?... J'aime mieux un commandement actif : je ne suis, au fond, qu'ua soldat. »

— Comme c'est toujours vrai! a murmuré le Chef avec

mélancolie. Qu'est-ce que je vais faire, en pleine Guerre, dans la politique?

— Ce n'est plus de la politique; c'est de la Défense nationale.

— Voilà ce que vous me répétez tous, depuis huit jours, pour me faire accepter cette charge. Pourvu que mes forces ne me trahissent pasL..

Et je vois repasser sur le visage émacié, mais toujours énergique, Tombre d'un doute qui me frappe et d'une tristesse déjà résignée*.

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