‹ Galliéni, 1849-1916Chapitre 5 sur 35 · Lettres du Tonkin et de lUad igascar, tome II · texte numérisé non relu

Lettres du Tonkin et de lUad igascar, tome II

Dès la fin de 1897, Madagascar est devenue terre française. Les ennemis de Gallieni eux-mêmes ont désarmé. Les résultats de son énorme labeur apparaissent aux yeux les moins prévenus.

La colonie s'est développée en tous sens; le relèvement physique et intellectuel des Malgaches est en voie de réalisation. L'école de médecine, les hôpitaux indigènes et les léproseries, l'enseignement parallèle du français et des métiers manuels, les écoles professionnelles, l'organisation de la justice et du système fiscal, les premiers projets d'un chemin de fer de Tananarive à la mer, l'éclairage des côtes, le service rationnel de l'agriculture, l'importation des charrues et 4es outils européens, la création d'un jardin d'essais à Nasinana, le régime équitable des prestations, l'installation des chambres de commerce consultatives, le régime foncier, les mines, les travaux géographiques, les explorations, — tout a marché de front et tout a réussi.

Le mérite de Gallieni, passant les mers, est reconnu en France et le Gouvernement, exprimant une gratitude unanime dont il n'est guère prodigue, envoie au Général cet éloquent cablogramme :

— « Je suis heureux de vous annoncer et je vous prie de publier que la Chambre des Députés a voté hier, à l'unanimité, après une courte discussion, un ordre du jour approuvant la politique suivie à Madagascar et adressant à l'armée qui

assure la pacification de cette nouvelle terre française ses patriotiques félicitations. »

Il semble, en effet, que l'âme du Chef soit passée dans celles de tous ses soldats. Les plus obscurs et les plus humbles se conduisent souvent en héros :

— Un convoi d'argent, raconte Gallieni', commandé par le sergent Bruneau, de l'infanterie coloniale, et composé d'un caporal et de cinq tirailleurs sénégalais, avait été attaqué à l'improviste, entre Tsiroanomandidy et Ankavandj'a, par une centaine de Sakalaves qui, surgissant des hautes herbes, commencent la fusillade à courte distance. Le sergent, avec calme, ahrite les porteurs de fonds, tient tête aux agresseurs, commande la première salve, mais tombe mortellement frappé d'une balle au front. Le caporal sénégalais le remplace, continue la résistance, mais, un instant après, est blessé d'une première balle et tué par une seconde. Cependant, la petite poignée de braves, privée de ses deux chefs, ne lâche pas pied; réduite à cinq hommes, elle redouble son feu sans reculer d'une ligne; le tirailleur de première classe à qui est échu le commandement reçoit une balle à la jambe ; ne pouvant se tenir debout, il continue à tirer à genou, excitant ses hommes et leur donnant l'exemple.

En présence de cette crâne attitude et des pertes que leur fait subir un feu nourri, les Sakalaves abandonnent la partie et le petit détachement peut enfin gagner le premier poste français, emportant glorieusement les corps de ses deux gradés et le convoi d'argent intact.

Absorbé par sa tâche gigantesque, Gallieni n'avait guère le loisir de prêter l'oreille aux rumeurs des disputes qui enfiévraient la métropole. En 1898, nous étions en pleine Affaire. Quelques mois plus tard, le Général, documenté sur place,

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