‹ Gallieni parleChapitre 10 sur 52 · DÛ 4 EST LA PLUS GRANDE JOURNÉE POUR MOI, OÙ · texte numérisé non relu

DÛ 4 EST LA PLUS GRANDE JOURNÉE POUR MOI, OÙ

il me faut me battre pour présenter et imposer mes vUès, mes certitudes, car le Généralissime à cette daté encore tient fermé à son projet primitif de reculer derrière la Seiiie et il a transmis des

instruetions à tous en conséquence. Le téléphone a joué toute lia journée : on peut dire que la Bataille de la Marne a été jgagnée à coups de téléphone, que la victoire a été arrachée au Grand Quartier Général à coups d'ordres et de contre^ ordres.

« Dès la première heure, de grand m^itin, je vais avec Clergerie (1) sur le terrain et lui expose mon plan : attaquer avec l'armée Maunpwry le flanc gauche de von Kliiick. Dans la même matinée -r— sans la réponse de Jpffre — j'envoie mes ordres à mon aile gauche, à Maunoury (2). Vous pouvez en avoir le texte exact... « Tenez, fit-il après avoir feuilleté un dossier, le voici ! » « Je vous indiquerai votre direction de marche dès que je connaîtrai celle de l'armée anglaise (qui est sur notre droite), mais prenez dès maintenant vos dispositions pour que vos troupes soient prêtes à marcher cet aprèsmidi et à entamer, demain 5, un mouvement général dans l'est du Camp Retranché. » Je mets spus ses ordres une nouvelle division, je le presse de pousser immédiatement des reconnaissances de cavalerie entre la route de Chantilly et 1^ Marne, de marcher dans le plai; de l'enuemj.

« Maintenant, q^e faire ^ ijion aile droite? » Il commençait de montrer successivement, posément, les villages et les routes sur la carie que traversait un rayon de soleil. Et, })ien que s^ vpi^ fût trè^ calme et presque lassée, les circonstances,

(1) Son chef d'ét^t-m^jor.

54 GALLIF.NI PARLE

expliquées par lui clans un ordre toujours si simplificateur, prenaient la lumière de l'évidence.

« Là, l'armée de Paris se trouve donc en liaison, ma foi assez distante, avec l'armée anglaise. Pas d'instructions pour cette liaison! Je prends sur moi d'aller en automobile à Melun avec Maunoury m'expliquer. Impossible de trouver French ! Je rencontre des officiers anglais assez démontés, très déçus et qui ne se gênent pas pour dire que si l'Angleterre avait su où en était l'armée française, elle ne serait sûrement pas entrée dans la guerre. C'étaient de mauvaises conditions pour arriver à obtenir de l'armée anglaise ce que je voulais : qu'elle effectuât plus lentement le mouvement de retraite de manière à rester contiguë à mon armée; sinon, il y aurait eu un trou, et c'est l'ennemi qui se serait enfoncé entre nous. Après mille peines, je finis par découvrir le chef d'Etat- Major, je cause longuement avec lui, j'étale les cartes, je lui montre que, d'après mes renseignements, c'est l'ennemi au contraire qui laisse un vide entre ses deux armées et que nous pouvons, que nous devons en tirer parti.

« Malheureusement, les instructions de Joffre sont précises, les étapes inflexiblement marquées et l'Anglais n'ose pas aller contre... Je dois partir sans emporter son adhésion.

« Mais, en même temps, je ne cessai de poursuivre avec Jofîre les conversations téléphoniques, de plus en plus insistantes. Il n'admettait d'abord pas que j'osasse me porter sur la rive droite de la Marne. Mais, vers trois heures de l'après-midi, il m'autorisait à avancer l'armée Maunoury sur la

rive gauche de la Marne, au sud de Lagny. Vous voyez ce que cela vous donne sur la carte. Le soir, je prescris à Maunoury de ne pas perdre un instant le contact avec l'ennemi, de pousser le lendemain à Test pour être prêt à attaquer le 6 au matin en liaison avec l'armée anglaise.

« A 9 heures 1/2 du soir, je reçois enfin de Melun un télégramme me disant que l'Etat-Major anglais et le maréchal French se sont rendus à mes raisons personnelles : l'armée anglaise, au lieu de continuer la retraite au sud de la Seine, passera à l'offensive. A dix heures, notre Grand Quartier Général me téléphone que, conformément à tous les accords, la VP armée (Maunoury), l'armée anglaise et la V armée (Franchet d'Esperey) attaqueront le 6 au matin et que nous pouvons nous porter sur la rive droite de la Marne !

« Enfin!

« Mon armée est déjà sur l'Ourcq, sur le flanc droit des Allemands qui crurent qu'elle était peu nombreuse. Dès le 5 après-midi, on commence d'attaquer partiellement. Le 6, on enlève Montyon. Le 4' Corps allemand de réserve est attaqué de Dammartin à Saint-Soupplet; il recule et appelle au secours. Le 7, la bataille est dans son plein, l'ennemi contre-attaque violemment; la VP armée évacue très lentement. Informé l'après-midi que les colonnes allemandes paraissent se replier devant l'armée Franchet d'Esperey, j'en informe aussitôt télégraphiquement le Généralissime. Et, — voilà ce qu'on n'a pas dit, ce qu'on a même dérobé, — je demande, nous en obtenons l'ordre de poursuivre l'ennemi pour tenter d'envelopper son aile

56 5ÂLUENI PARLE

droite en retraite. Et la nuit, par les seuls moyens du Can^p Retranché, camions, autos, même taxiautos que j'avais fajt réquisitionner dans Paris, je dirige vers le Nord, vers Villers^Cotteret, des renr forts que je viens de réunir par les chemiris de fer du Sud.

- — Ah! mon Général, c'est ce fameux soir des taxis qui a tellement frappé l'imagination populaire! C'était l'idée opportune.

— Vous avez travaillé près de moi, vous savez quelle est ma manière : utiliser au moment voulu ce que la science met sous la main. Certes, on a exagéré un peu l'importance des taxis, mais eiifln c'était une bonne idée, quoique toute simple. Et ça s'est passé d'ailleurs très simplement : j'ai fait transmettre l'ordre à la Préfecture de police de faire rentrer les taxis dans leur garage où les chauffeurs eussent à attendre les ordres que leur délivreraient les officiers du G. M. P. Les agents ont arrêté au vol dans les rues tous les taxis. Il y a eu, paraît-jl, quelques petites scènes parce qu'on débarquait sans explications hommes, femmes et enfants avec les bagages, qui allaient à la gare. A leurs garages, les chauffeurs trpuvèreiit toutes prêtes des provisions d'essence que j'avais fait réquisitionner et leur ordre de route. Ça a été une belle page pour les chauffeurs : ils soi^t partis sans rien demander, sans même se préoccuper de vêtements de rechange pour cette nuit froide. Aujpurd'huî, ils en sont très fiers, de leur journée de la Marne.

« Le lendemain, les Allemands se trouvent prjs en flancs et par leurs derrières. Vous savez côm-

ment : la YV armée les attaquant avec intrépidité les a forcés à porter coptre elle plusieurs de leurs corps d'armée. Le Quartier Général de Maunpury était à Saint-Soupplet. C'est là que j'ai été le rejoindre et surveiller de plus près l'action. Il menait très courageusement son affaire, mais il avait grand peur d'être débordé : je l'ai réconforté par la coijfiance que j'avais en lui. Il est très difficile en ces cas de prévoir et je craignais fort, moi aussi, qu'ai; moins notre offensive ne fût enrayée; mais le mieux en ce cas est de s'obstiner à V offensive pour fixer l'ennemi; au moindre ralentissement, il eût redoublé, en effet, sa contre-attaque; nous donnions aussi à l'armée anglaise le tepips d'arriver! (1) Je la renforçai, 4'ailleurs, en lui ajoutant des troupes de si^pplément. Le lendemain, qui fut encore plus dur pour Maunoury, car von Klùpk lui opposa trois corps, je pus encore lui envoyer les Zouaves qui produisirent le plus beau résultat.

c( Pendant les cinq jours de combats que nous avons livrés, nous avons fait d'énormes pertes, mais eux aussi et davantage, et surtout ils étaient ébranlés : ils avaient peur. Il arrêtèrent court leur mouvement en avant. Le jeudi 10, de grand matin, Mauîioury s'apercevait de la disparition de 1^ T' armée allemande, celle qui, la veille, avait foncé

(1) Dans un patliétique récit publié à VUlusiration (21 février 1920), le commandant Grasset rapporte ce mot :

Quand Maunoury demanda au Général, par simple acquit de conscience :

« En cas d'écrasement complet, la ligne de retraite?... »

Gallieni, les yeux vagues, laissa tomber ce mot :

« Néant, »

sur lui avec tant de rage : afin de se tirer des feuxcroisés des soldats de Maunoury et des troupes anglaises, von Kliick faisait, en toute hâte, rebrousser son armée vers le Nord. Toute leur armée la suivit bientôt.

« Paris, qu'on abandonnait, était sauvé : et, avec lui, notre armée!

« Le Généralissime m'adressa d'ailleurs un télégramme de victoire incontestable où il reconnaissait que « la reprise vigoureuse de l'offensive avait « déterminé le succès ».

« Joffre ne s'est point borné à cette attestation officielle. Il m'écrivit aussi, vers le 7 septembre, une lettre particulière où il me dit qu'il tenait à me remercier a bien chaleureusement pour la façon « rapide et éminemment efficace » avec laquelle j'avais agi...

« Mais c'est sans importance. L'important, le voici:

« Si j'avais eu en plus deux corps d'armée a LANCER SUR LE DOS DE VON Kluck quand il était au Sud de la Marne, je l'écrasais, nous commandions une manœuvre si pressante que leur déroute se fût achevée en débâcle et qu'ils n'eussent pas pu se retrancher sur l'Aisne. L'ennemi ne serait plus CHEZ nous!... Et ces deux corps d'armée qu'on m'a refusés, on a bien été forcé de les donner deux jours après...

« Voilà encore ce qu'on n'a pas dit dans les divers récits! (1).

(1) Le récit du Général fut plus court : pour simpjiiier, nous avons inséré dans celui-ci les précisions qu'il nous donna en d'autres conversations.

« Du théâtre de ces opérations, j'ai fait dresser par le Service Topographique du G. M.iP. une carte très nette, instructive, qui a pour titre Champ de bataille de VOurcq, 6-11 sept. 1914; mais je n'en ai fait tirer que douze et j'en ai offert le dernier exemplaire hier à votre Commandant, Thomassin, en souvenir de ses services à Madagascar. »

M. Denys Cochin, nommé président du Groupe Parleriientaire de Paris, avait alors l'occasion de voir très souvent le Général. De chaque rencontre, me dit-il récemment, il rapportait une forte impression. Il garde entre autres « un souvenir à jamais précieux du jour où le Général lui expliqua, sur la carte où tout avait été relevé journellement, les mouvements de la bataille de î'Ourcq. Il disait très simplement :

« Voici ce que j'ai fait. »

« Il était clair, conclut M. Denys Cochin, qu en ce qui concerne au moins le Salut de Paris, il avait été l'homme de l'affaire.

« Toutes les fois que je l'ai rencontré, Gallieni m'a paru appartenir à ce petit nombre d'hommes supérieurs qu'il nous est donné d'approcher dans la vie. Pour moi, ce furent Pasteur, Léon XIII, Gallieni. Tous trois m'ont laissé la même impression de distinction suprême dans la simplicité. Je ne donne pas dans les surhommes, mais Gallieni m'a fait l'effet d'un homme absolument supérieur.»

Quelque opinion qu'on en veuille avoir, il est hors de discussion que le Général Joffre ne voulut pas donner de renfort. Ce devait être dans la suite le plus dur grief de ceux qui attaquèrent le Gêné-

ralissime. Non point le Général Gallieni; mais, par exemple, M, Clemenceau. Le IS décembre 1915, le Général devait me dire :

« Dans son article d'aujourd'liui Clemenceau a mis le doigt sur le nœud de la question au sujet dei la durée de cette guerre : la répugnance de Joffre à me donner du renfort au cpniniencement de septembre. »

Y a-t-il eu une bataille de la Marne?

Au bout de quelques semaines les grands journaux commencèrent à répandre un récit détaillé et technique de l'immense bataille de la Marine. Récit plus que précis : minutieux et méthodique. Qui en a dicté les « données » ?... Il vient^ infailliblement, de l'Etat-Major de Chantilly.

On l'a appelé couramment « la Version Officielle )).

Il y a des généraux qui exécutent des thèmes et d'autres qui font des versions.

Le Général les a lues, — d'abord stupéfait, interdit; puis^ haussant les épaules, sceptique, il a toujours cru à l'Histoire!... Sin^plement et avep autant de ^ang-froid qu'au combat, il a pris ses disposir lions pour rétablir les vérités à niême d'être utili-^ sées. Sans faiblesse, mais aussi sans exaspération. Un député de Paris est accquru un jour lui rap^ porter qu'il sortait de chez le Présiident (}e la République, que (îelui-ci était très mécontent 4e Ift publication dans le Bulletin des Armées des ordres du Général Joffre relatifs à la bgtailJe de la Marne,

dALLiEJSfî i^AîlLÈ 61

M. Poiiicâré estimait qu'on ne devait pas exploiter un ofgane officiel en le faisant servir à Un jplaidoyer de cette nature. Il ajoutait qu'on avait voulu atteindre le général Galiieni, mais qu'en réalité on atteignait le Gouvernement tout entier parce qiie le pays ne comi3rendrait pas que celui-ci eût quitté Paris si on était sûr de Toffensivè annoncée. Le Général a écouté avec intérêt, noté avec malice : sans plus.

Quatre jours après, à une dame qui lui envoyait une des éditions académiques de la Bataillé de la Màrnfe, parue celle-là dans V Intransigeant, il répondait eii ces termes :

Je vous remercie... Je regrette ces polémiques qui n'ont rien à faire avec le résultat final que recherchent aujourd'hui les bons Français et qui pourraient diminuer la confiance que le pays doit avoir dans le Haut Commandement. Aujourd'hui seulement, nous commençons à connaître l'histoire vraie des campagnes du Premier Empire, (ip juin.)

15 juillet. — ^ Je veux vous dire que je me tiens rigoureusement en dehors de toute polémique, ne voyant que l'intérêt de mon pays et étranger à tous les racontars qui fleurissent sur les bords de la Seine presque aussi touffus que sous les Tropiques.

Toutefois il ne cachait pas à ses intimes son sentiment sur ces manœuvres de Chantilly. Il en jugeait le récit mesquin et d'un théorisme si scolaire que pas un spécialiste n'y attacherait foi plus tard. Il disait :

« A quel militaire sériçu^. fera-t-pu croire qu§

de ses guérites un Etat-Major donne des ordres, exécutés aussitôt avec précision par des armées au moment même où l'adversaire et elle, accrochées l'une à l'autre, luttent en désordre? L'Etat- Major a peut-être fait vraiment un grand plan pour une action d'ensemble; mais sur le terrain chaque armée va de l'avant pour son compte, comme elle peut; si elle est obligée de reculer, l'ensemble se disloque profondément.

« Il n'y a pas eu une bataille de la Marne.

« L'instruction de Joffre ordonnait une retraite sur la Seine et l'évacuation de Verdun et de Nancy. Sarrail n'a pas obéi : il a sauvé Verdun; Castelnau a tenu sur le Grand Couronné : il a sauvé Nancy. Moi, j'ai pris l'offensive.

— Et vous avez sauvé Paris!

— Il le fallait bien... Quant à affirmer maintenant, à publier que c'est le Généralissime, — lequel avait reculé bien loin en arrière pendant que j'avançais, — qui a conduit, prévu, fixé tout cela...

— C'est raide! »

Je tiens de Mlle Vianzone que lorsqu'il lui parla de sa décision dans la bataille de la Marne, il conclut :

« J'ai désobéi )>, et, souriant :

« Ne le répétez pas. »

Répondant aux félicitations du sénateur Cazeneuve, il formulait définitivement :

« Je vous suis bien reconnaissant pour vos aimables félicitations. Tout cela n'a pas aujourd'hui grande importance. Il faut regarder devant soi et non derrière. Notre armée de Paris a su et

pu frapper juste, au bon endroit, quand il le fal4

lait, ET CELA MALGRÉ DES ORDRES CONTRADICTOIRES QUE JE N^AI PAS SUIVIS. »

Je ne veux pas anticiper sur les événements et débats qui vont se dérouler sous son ministère. Mais, pour l'ordre de ces Mémoires je vais terminer sur ce sujet spécial en rapportant de suite la petite scène qui y a trait exclusivement, qui est assez concluante, et aue Je vous offre donc comme conclusion sur ce point.

Un Télégramme.

Un soir, rue Saint-Dominique, le Général rentrait d'une Commission. Il était sept heures. Nous avions entendu dans la cour les sentinelles, avec le cérémonial retentissant, porter les armes puis frapper le sol de la crosse comme toutes les fois que le Ministre entrait dans la cour d'honneur ou en sortait; et son officier d'ordonnance, le zélé lieutenant Vallet, était aussitôt allé lui présenter son courrier. Il revint vite, me dit en se frottant les mains :

« Le Général vous appelle! il a l'air content. »

Je courus au bureau du Ministre.

Il était debout.

La grande lumière l'éclairait.

« Leblond, cet après-midi Briand m'a pris à part et après m'avoir entretenu de diverses affaires, s'est mis à me parler de la bataille de la Marne. Et il m'a dit quelque chose de très important. Voici : (Ecrivez exactement) :

« Le Gouvernement, à la suite des déclarations

64 HiALLlENl Î^ARLB

faites par le général Gallieni qu'oh ne pouvait défendre Paris qu'avec des forces permettant de livrer bataille en avant de Paris, étant donné l'impréparàtiôn du Camp Retranché, avait insisté auprès du général Joffre pour Tenvoi de troupes au Gouvernement Militaire de Paris. Et, en même temps, il avait insisté pour que le général Joffre et les Anglais arrêtassent leur mouvement de retraite sur la Seine. Le général Joffre, le 4 ou le 5 (?), a expédié au Président du Conseil et au Président de la République, ce télégramme :

« Le général Gallieni ayant attaqué prématu-^ renient,..

« Soulignez, me dit le Général.

«,... le Général en Chef donne l'ordre de suspendre la retraite et de prendre à son tour Toffehsive. »

Le général Gallieni était droit. Il rejeta légèrement la tête en arrière pour mieux surprendre si je mesurais toute la valeur du document :

— Vous comprenez?

— Je crois bien, mon Général.

• — Ça vaut de l'or, ce prématurément! me dit-il.

ïl était vibrant. Jusque-là il avait la conviction de sa conscience, le témoignage et l'admiration de nombre de ses pairs : il venait de recueillir l'aveu de l'Autre.

Et conime il me vit prêt à partir, il me répéta sa formule ordinaire et cordiale de congé :

« Ëh bien Leblond, c'est entendu : AWs well that ends well! »

Je n'ai rien à ajouter, que ce jugement du géné^

rai Roques, son successeur au Ministère de la Guerre où il entra dans les dispositions d'esprit les plus favorables au Généralissime Joffre. Bien après la mort du Général, je le consultai dans son bureau de la rue de Bellechasse. Avec un noble accent d'autorité que je sentais gravement trempée par Texpérience des plus hauts postes durant cette guerre, il m'a dit sur le ton d'une déposition :

« Plus je vais, plus j'admire Gallieni! Je suis sorti du Ministère avec une admiration plus grande, ayant expérimenté là, de près, tout ce à quoi il s'était heurté.

« Pour ce qui est de la Marne, nul ne peut soutenir que Gallieni ait attaqué trop tôt. Un jour de plus de retraite aurait déterminé une telle détresse que c'aurait été l'écrasement. Moi, je l'ai vu dans mon Corps.

« Ça été prodigieux que, loin de tout, et laissé sans renseignements, Gallieni ait conçu cette manœuvre ! Il fallait être quelqu'un pour oser cela. »^

et) GALLIENI PARLE

Page 1