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LES PARASITES

Autre signe de 1' « âge » d'une Vieille Maison : le parasitisme.

Trop de services — et que de services n'y sont que des escaliers de service ! — trop de serviteurs. C'est un labyrinthe. A la hiérarchie correspondent tant et tant de paliers!... Aux transmissions correspondent, comme des casiers, tant et tant de bureaux ! A tant de portes capitonnées, tant d'huissiers! A la lenteur des « communications » tant et tant de salles « d'attente » ! Dans tous les corridors on respire la patience et la poussière, comme dans tous les bureaux cette vieille odeur d'ennui, d'officielle paresse qui suinte des générations de dossiers. Il y a même des coins sombres où sont cachés des gens qui dorment. Que la vieille maison soit aérée, les portes, les fenêtres ouvertes sur la vie ! Que s'établissent dans la vieille maison cette propreté, cette netteté, cette honnêteté qu'on appelle la simplification, ordre de rintelligence!

Le Général me fait appeler, ouvre son tiroir et me tend une grande feuille :

« Voyez cette pièce que j'ai mise exprès de côté pour vous la montrer! »

Sur la feuille est portée la dizaine au moins de transmissions que doit subir, de celui qui l'adresse à celui qui a cliarge d'y répondre, une demande. Cette pièce à conviction, partie le 20 novembre, n'est parvenue en haut lieu que le 12 décembre !

« Après avoir regardé cela, on comprend mieux ma circulaire sur la rapidité qu'il sied d'apporter dans les services : j'ai commencé par le commencement! On saisira pourquoi j'exige que tout cet escalier de transmissions avec paperasses s'accumulent au fur et à mesure soit remplacé par des questions directement posées par téléphone.

« Tenez : un exemple! Avant-hier, il s'agissait de répondre à une demande d'argent que faisait Sarrail, d'Orient. J'ai téléphoné à Briand : « Il « faut de l'argent à Sarrail! — Combien? — Je « lui envoie 200.000 francs. — Est-^^e assez? » Et cela fut conclu en moins de cinq minutes. Voilà comment je voudrais voir tout se traiter en ce moment où il n'y a pas de temps à perdre!

« Malheureusement, ce n'est pas aisé partout d'accélérer les choses ; et on rencontre des obstacles jusque dans les corps d'élite, là où l'on croyait que tout irait pour le mieux. Ainsi il faut tâcher, j'essaie de faire la mobilisation des savants. Eh ! bien, c'est très curieux! Ce qui m'a frappé : mettez-les autour d'une table devant un problème à résoudre, chacun a sa marotte et chez chacun vous sentez immédiateinnt de l'hostilité contre le voisin. Alors,

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ça se tire, ça ne rend pas : ce sont des heures de discussion stérile : il n'en sort rien.

u Cependant, je dois dire que tous sont sérieux. Ce sont des travailleurs, eux ! J'accueille les inventeurs, mais en n'acceptant l'appareil qu'on me propose que quand il est réalisé, sinon en t'ait, du moins en plan, sur le papier. Pas d'imprécision, pas de dispersion. Tenez : pour le fusil automatique, c'est à qui s'en mêlera. Je crie : attention! il faut s'en tenir au type que nous avons, rendre un homme responsable de cette construction du fusil automatique, et, dans six mois, ce fusil doit sortir!... Je fais aussi rechercher sur le iront tous les anciens élèves de l'Ecole Centrale, des Mine^, etc., pour mettre, autant que possible, chacun a sa PtACiî et débarrasser partout de ceux qui n'y sont pas à leur place, qui prennent à tort celle des autres !

« Si notre mobilisation générale s'est bien eû'ec^ tuée, il n'y a cependant eu ni mobilisaiion indus^' trielle, ni mobilisation intellectuelle, ce qui est trèé fâcheux... Il y a même eu de grosses erreurs... Maintenant, on va se rattraper. Ainsi je renvoie au^j: colonies et en Amérique des gens qui dirigeaient là-bas des usines et qui vont ti'availler double pour nous. Je permettrai à tous ceux qui étaient à la tête d'un travail sérieux de le poursuivre : j'estime qu'ils rendent ainsi service et enfin c'est plus utile! Tout est là. »

Le 10 novembre, il lança :

^A MM. les Sous-Secrétaires d'Btat et Directeurs de r Administration Centrale,

'MM. les Généraux commandant les régions de Corps d'armée.

Paris, le lo novembre IÇ15.

J'ai Vhonneur d'appeler votre attention sur la nécessité qui s'impose, chaque jour plus impérieuse, d'apporter, dans l'exécution du service, toute la rapidité de décision qui, seule, est compatible avec l'état de guerre. Le pays est un vaste réservoir où salipientent incessamment les armées en hommes, chevaux, munitions, vivres, matériel et approvisionnefnents de toute nature, et cette reconstitution continuelle des forces vives du front est subordonnée à la mise en œuvre de toits les moyens d'action de l'intérieur du territoire.

(( Or, pour être efficace, // faut que cette réfcc- 'tion puisse être poussée avec vigueur et énergie, ce qui exige que, sur le territoire, on ne s'attarde pas à certaines méthodes surannées et lentes du temps jde paix. Qui dit guerre, dit action et mouvement.

Ce résultat ne peut être atteint tout d'abord que J)ar la réduction au strict minimum du nombre des organes chargés de Tétude et de la préparation des affaires. // est indispensable, en outre, de renoncer à tme centralisation excessive qui, de l'échelon inférieur, montant jusqu'au Ministre, absorbe sans 'profit les facultés des chefs successifs. Ceux-ci accu- \nulent rapports, avis et transmissions; le Ministre,

seul décide, la solution intervient ainsi dans beaticoup de cas trop tardivement.

La plus grande initiative étant laissée ainsi à chacun, il ne faut maintenir au service que ceux-là seuls qui sont capables de l'exercer. On écartera sans faiblesse comme sans parti-pris les officiers, fonctionnaires ou employés qui, par leur manque d'activité, de zèle ou de moyens, restent coutumiers du moindre effort et du rendement minimum.

J'entends que ces prescriptions ne restent pas lettre morte. Bn procédant à des enquêtes et des vérifications inopinées, ainsi qu'à un contrôle attentif des dépenses du personnel, il est facile de constater si ces prescriptions sont appliquées partout et pour tous. Je n'hésiterai pas, le cas échéant, à punir sévèrement quiconque aura, par ignorance ou nonchalance, toléré des inutilités.

Bn ce qui concerne l'exécution matérielle du service dans les bureaux, il est urgent de moderniser dans la plus large mesure possible les moyens dont chacun est pourvu. L'usage du téléphone et du message téléphoné est à recommander... L'emploi de la machine à écrire, avec papier au carbone, des presses lithographiques, des polycopies, etc., permet d'économiser à la fois le temps et la main-d'œuvre.

'Allant plus loin dans cette voie, à l'exemple de l'industrie, du commerce et de certaines administrations de l'Btat, il convient de, chercher à remplacer ceux des militaires et des employés civils du département de la Guerre uniquement occupés à des travaux de copie, par un personnel féminin de dacjlylographes et de sténographes.

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Je suis certain qttCj se pénétrant des nécçssités de riieure actuelle, chacun apportera sans mesure et jusqu'à l'extrême limite de ses facidtés et de ses moyens, toute l'activité et toute l'énergie dont il est capable. Je compte sur l'esprit de; dévouement et DE SACRii?icE DE TOUS pour préparer activement à l'intérieur la tâche lourde et glorieuse de ceux qui, aux armées, luttent et lutteront sans trêve et sans répit jusqu'à l'heure définitive de la victoire finale,

On se rappelle, le matin où éclata dans les journaux cette circulaire, la satisfaction des Parisiens retrouvant à la signature et dans la frappe de cette mesure la marque du Gouverneur militaire qui réquisitionna les taxis pour transporter les troupes sur l'Ourcq. Le fil téléphonique remplaçant la filière de paperasses !

Mais que, de suite, on y discerne un autre caractère non moins décisif que l'esprit moderne et scientifique du Général : ce qui s'est signifié ici, dès le début, avec tant d'autorité, c'est l'esprit moral qui est le fondement de toute sa vie de travail intense et direct. Le Général est, très simplement, mais très impérieusement, un grand HOMME MORAL, Une intelligence rigoureus^jRient morale et moralisatrice qui juge « comme l'une des choses qui manquent le plus et les plus essentielles à la France : la momlisation de l'AdmxixiaxRATjON », qui considère « comme le plus dangereux chez le fonctionnaire et chez tous la complaisance et la mollesse en matière de services

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publics »; et de devoir civil autant que de devoir militaire.

Surtout depuis la guerre il n'admet pas de faiblesse, il exige une grande sévérité de mœurs administratives.

L'un de ses principes, ici appliqué, est que la division du travail moralise le travail parce qu'elle revêt d'une responsabilité celui qui en a l'initiative,

« Vous comprenez, j'entends dans mes services, dans l'Administration, les entraîner tous à avoir du courage, les obliger à prendre chacun ses responsabilités. Je veux supprimer cet entassement de papier dont ils vivent, auquel ils tiennent! C'est contre leur force d'inertie qu'il me faut foncer! »

Avec quelle énergie il a dit ce mot! La même avec laquelle il pose ;

« Les bureaux me considèrent comme leur ennemi déclaré : ce qui est la vérité l n

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