CHAPITRE II
UN SOLDAT PARLB
Avec cette Chambre excitable, sa Circulaire sur les recommandations va bientôt le mettre en délicatesse.
Ce fut un beau tapage.
Cette Circulaire frappa fort — et dur. Elle fit écrire : on remonta à 1848, à 1793, pour rappeler que pareille mesure avait été prise par les Grands Devanciers. Elle fit , chanter, chansonner, carica-* turer. Elle fit des adeptes ! On vit des maires, en de lointaines provinces, refuser des certificats de complaisance... Elle fit parler, elle fit même interpeller...
Ici s'engage la première scène de la lutte, bientôt intense et qui risque souvent de devenir très dramatique, avec le Parlementarisme. Mais ce mot confus désigne tout aussi bien le monde parlementaire que le système parlementaire : ce qui change singulièrement les responsabilités î Et noua
verrons comment se prononcera en définitive le Général, quelles sont celles qui s'accusent dans l'histoire de ce Ministère, dans cette action.
Sur le monde parlementaire, lui-même est fort intrigué pour l'heure et ne sait à quoi s'eii tenir. Les députés viennent le voir en nombre, et il s'écrie à la fin d'une de ses réceptions à cette date : « Gomme ils sont aimables! Ils sont trop aimables; que de félicitations! Il vaudrait mieux rester dans une sage moyenne... » Et leurs propos, encore, dans les coulisses! On accourt représenter au Général que tous les députés sont « dans un grand émoi ». Pourquoi?
Voilà! La plupart ne peuvent admettre que ce soit un Général qui vienne rappeler le Parlement à la stricte observance de la loi républicaine de l'Egalité : un Général parlant au nom d'un des principaux commandements de la démocratie! Un Général plus républicain que le Parlement!
A ce sujet, le Général, goguenard, s'exclame :
« C'est extraordinaire tout ce raffut ! Depuis que je campe au Ministère, tantôt on fait de moi un sabreur de coup d'Etat, tantôt un démagogue... A mon premier retour de Madagascar, en juin 99, j'avais été en butte à des tentatives de certains nationalistes en vue. Je m'étais contenté de leur rire au nez, en ajoutant que j'étais un soldat et que je ne connaissais qu'un chef : mon Ministre. Il paraît que j'avais quelque popularité parmi les Parisiens.
« C'est la vérité : je ne suis qu'un soldat... Il n'existe aucune considération de parti ni de pers sonne, aucun intérêt particulier ou privé qui m'em-
pêche de poursuivre la tache que je me suis