IMPOSÉE
Et voici que, d'entre les parlementaires, se détachent de très nombreux et influents pour commenter et grossir la mesure du nouveau Ministre en lui donnant l'importance d'une critique du Régime, d'une réforme politique! En môme temps qu'ils écrivaient : « Le vice honteux des recommandations, plaie du Parlementarisme, sévissait de plus en plus insolemment : on se réjouit du geste énergique du général Gallieni décidant d'y mettre fin » , les journaux annonçaient : « A peine le Général a-t-il fait connaître sa volonté de ne tolérer aucune recommandation en faveur des militaires de tous grades, qu'un député se lève pour dénoncer en la résolution du Ministre de la Guerre une sacrilège atteinte aux « droits du Parlement ».
Ce député a nom J.-B. Morin, du Cher.
Et Ton sut par la Presse que le Général allait répondre.
11 novembre. — « Les débuts du nouveau Ministre. »
Les amateurs de théâtre politique s'en promettent de grandes joies... Salle de gala. Le public du Palais-Bourbon, les Parlementaires eux-mêmes, les premiers, sont curieux d'entendre parler un général qui a réputation de mutisme.
En attendant rouverture de la séance il se tient
silencieux, sans raideur mais en réserve, saluant, tendant la main aux mains qui s'offrent :
« Il y en a beaucoup, beaucoup, dit-il, je ne savais vraiment pas en connaître tant. »
De ces nombreux députés qui s'empressent autour de lui, on vient lui conter qu'ils « veulent témoigner par leur attitude qu'ils ne lui tiennent pas tous rancune de la Circulaire qui supprime les recommandations, que beaucoup au fond Vâ^prouyent. » (1)
Or donc, l'iionorabie J.-B. Morin prend la parole.
Brave homme, paterne, l'esprit un peu lourd mais le cœur excellent, et ne menaçant à la fin que pour produire les pompes de l'effet.
Il ne parle pas en socialiste, il parle en député.
Il monte de suite aux hauteurs d'où il lui sera loisible de décerner des félicitations au Général. Son intention n'est pas de « soulever un débat
<1) Ils s'en sont même déclarés très satisfaits à son chef de cabinet civil, qui, du jour au lendemain, a vu singulièrement s'alléger le poids des lettres qu'il recevait : « Vous comprenez, lui disait un député, ce n'est pas pour vous embêter que nous vous adressons des recommandations; mais ce sont nos électeurs qui l'exigent : il nous faut leur montrer des réponses du Ministère, ne dussiez-vous mettre sur une feuille à en-tête du Ministère qu'un mot.,3 tenez i.js celui d'un autre générall ». ., , .... J ,..,
orageux et passionné : ce n'est mjàsais mes habitudes, ni dans mon earactère.rf^
(Les députés applaudissent.)
« Si les intentions de M. le Ministre sont pures, irréprochables, — et je n'en doute pas — malheureusement ce ne sont peut-être pas celles qu'on lui prêtera dans la grande masse du public qui ne sait pas, qui est mal renseigné... »
(Les Députés applaudissent.)
« Incontestablement je ferais injure à M. le Ministre de la Guerre si je pouvais supposer une minute — et je ne le suppose pas — qu'il a voulu blesser le Parlement dans sa dignité en lançant cette circulaire. »
(Les Députés applaudissent.)
Et les uns d'exhumer les recommandations des évêques, « les seules qui portent »; les autres celles des rabbins.
« Dans les commentaires de la presse, on a visé