VOULU SECOUER ÇA
(1) « Au lendemain de certaines parlottes louches pour une paix honteuse, le Général Gallieni a fait entendre au pays tout entier les paroles nécessaires : « Celui qui parle de paix dans la rue doit être considéré comme un mauvais citoyen, » A bons entendeurs, salut. (Henry Déranger) j . . ,
« On m'avait assuré aussi qu'ils étaient difficiles à dégeler, ces Sénateurs! Alors j'avais un peu soigné ce que j'avais à leur dire,
« Mais, vous savez! l'affichage, je n'en ai pas voulu. J'étais même sur le point de prendre la parole pour demander qu'on n'affichât pas... Les discours de Poincaré, de Briand, de Viviani, je comprends : ce sont des compositions de périodes bien formées : cela a le tour de la littérature, c'est académique. Mais, moi, avec ma façon de m'exprimer, mes phrases qui ne se suivent pas ou plutôt qui se suivent comme elles veulent, comme cela, toutes courtes, toutes nues, je ne puis pas appeler cela un discours. Et je suis certain que placardé au coin des rues cela ne fera pas du tout bon effet... »
Je proteste au Général qu'il en sera de la Rue comme de la Chambre : au Palais-Bourbon ce qui, précisément, a produit excellente impression, c'est sa façon toute simple et précise de présenter les choses.
« M. Strauss qui suit pour le Ministère de la Guerre les débats du Luxembourg m'a dit que le Sénat, comme la Chambre, vous a applaudi parce que vous' n'êtes pas un « orateur », que votre phrase : « Il y a seize mois la France voulait la paix : aujourd'hui, elle veut la guerre », lancée par un Briand, un Viviani, un Deschanel, aurait paru un effet de rhétorique. Formulée par un Général, par vous, elle eut l'impérieuse simplicité d'une parole de soldat. » Et j'ajoute : « On a tellement admiré votre « simplicité » qu'on a été jusqu'à parler de « naïveté » ; on a même dit « Candeur »...
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— Candeur, candeur », reprend de sa grosse voix le Général, tandis qu'il me fixe, les yeux scintillants d'ironie à travers le lorgnon. « Il y a quelque chose derrière cette candeur. C'est la candeur de quelqu'un qui a été la plus grande partie de sa vie en contact avec les Orientaux... »
Et, revenant au discours qu'il a prononcé hier au Sénat : 4 ? 1 ^rf!
« J'aime ce genre frappant qui rappelle un peu ce que j'exposais aux indigènes dans les grands Kabarys : vous vous souvenez, ces sentences de bons sens présentées selon le tour biblique...
« Entre les lignes, si on lit bien, on verra que je leur ai glissé par mal de mes principes essentiels : sur ce que doit être le contrôle parlementaire, sur l'administration, contre la routine!
« Et puis vous connaissez mon habitude : j'aime à coller les gens en plein. Ainsi, quand jadis les gens, tant de gens, venaient me déclarer qu'ils avaient envie d'aller à Madagascar, je commençais par leur dire : « Comment? Vous voulez « aller dans ce pays où il y a la fièvre, les caï- « mans, ceci, cela, tous les inconvénients?... »; Pour ça! au préalable j'embête les gens. Et je voyais qu'au contraire ils y tenaient, qu'ils voulaient aller à Madagascar, qu'ils y allaient et, ma foi, y faisaient du bon travail. Alors je me disais :. Ça va bien. Ils sont dans le moule. »
Le lendemain, le Général déjeunait à Chantilly. En rentrant :
« J'arrive du Grand Quartier Général. On m'a parlé des questions de tranchées, de commande-.
ments d'armées, de gaz asphyxiants. Le nouveau général Douglas Haig était là. Je dois dire qu'il m'a fait très bonne impression, bien meilleure que French. Oui. Nous lui avons donné la Grand' Croix de la Légion d'honneur.
« Vous savez : Poincaré m'a chaudement félicité. Briand aussi. Briand, lui, avec une petite pointe : « Très bien... mais très bien... vous êtes en « flirt », en ce moment... D'ailleurs nous en pro-^ fitons. »
Je lui ai répliqué :
« Cela m'est bien égal. Le plus grand service qu'on pourrait me rendre, ce serait de me ren-^ verser. »
« Le même Briand, ce matin, me dit en plaisantant : « Savez-vous que vos affaires vont admirablement à la Chambre et que, quand ça ira mal pour nous à la Chambre, je vous y enverrai ? »
Et, sans transition, le Général lance cette phrase dont on comprendra plus tard le sens :
« Voyez-vous le défaut, le gros défaut, de ces Parlementaires, c'est qu'ils ne connaissent pas les hommes. Ils parlent sans connaître les hommes / de là toute leur erreur !
— Et cela, peut-être, parce qu'ordinairement pour la plupart, orateurs de profession, ils pensent que les hommes sont matière qu'on peut pétrir rien qu'avec des mots? »
Ce maître de l'action foudroyante, quand ou lui soumettait ou objectait une idée, ne répondait jamais immédiatement. Il me scruta de son œil bleu, ferme, dont l'expression a quelque chose de ^^vère, comme châtié i
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« Assurément !
« Je ne suis pas parfait, mais je crois que, si j'ai sur eux une supériorité, c'est que je parle en connaissant les Français.
« Ainsi pour ce que j'ai dit au Sénat, chaque chose était posée, parce que chaque chose était pesée.
« J'ai commencé par dire ce que j'étais shnplement : un homme de bonne volonté. Je ne promettais pas de réussir. Je m'engageais seulement à m'efforcer de mon mieux.
« Je leur ai dis aussi que je voulais travailler avec eux. Puis j'ai fait l'éloge du travail qu'eux ils avaient déjà accompli. Puis, à la fin, contre le doute que je savais dans l'air, le coup de cloche !...
« Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais, à lire la plupart des discours qualifiés « officiels », je crois entendre le même roulement dans les mêmes phrases qui défilent dans le même ordre... Je ne sais pas, mais il me semble que je préfère à tous ces boniments ma façon de conclure dans mon discours au Sénat. »
Le Général va et vient, les mains jointes derrière le dos. Son regard, tandis qu'il s'explique, pétille derrière le lorgnon d'or, sourit. Il est tout en noir, une pépite de Madagascar sur la cravate sombre. Et ces yeux qui brillent, contents...
Pour la première fois, je sens comme de la joie chez cet homme, si naturellement, si intégralement énergique qu'on ne sait plus si c'est de s'être exprimé ou d'avoir agi qu'il se trouve heureux.
25Ô ' tîALUENX PARLR
Haut les Cœurs!
Lettre d'un conscrit de la classe içj)', au général G allient.
Nous savons qu'à travers l'histoire jamais notre pays n'a subi de plus formidable attaque que celle d'aujourd'hui et qu'il a besoin de tous ses enfants pour le défendre.
Comme nos vaillants aînés, nous serons forts.
Comme eux, nous saurons donner notre vie pour conserver au monde un idéal de pleine justice et de complète liberté.
Merci, mon Général, de nous permettre d'entrer dans la grande lutte.
Merci d'avoir dit au Pays que sa jeunesse était là, frémissante...
A. Brune:au,
Blève de J.-B. Say.