‹ Gallieni parleChapitre 42 sur 52 · JANVIER · texte numérisé non relu

JANVIER

Ce 1" janvier 1916, Paris est moins impatient et anxieux, plus calme, plus martial qu*il ne l'était un an auparavant, quand cependant il ne comptait encore que cinq mois d'épreuve et d'émotions. C'est qu'il sent une direction plus volontaire et ordonnée des forces nationales et des événements : la présence et l'action de Gallieni au Ministère a aguerri son attitude. Ce qui guide les Français, c'est ce vieillard plein de feu et cette vénérable jeunesse, qui se donne si intrépidement et si simplement, en sachant où elle va mais aussi pourquoi elle se sacrifie ! Dans les rues, dans les tramways, les commères aux halles, les mondaines à travers les salons, dans les bureaux d'affaires, partout on parle d'abord des Bleuets avec une émotion sans artifice qui touche sincèrement à la piété; les

parents, les professeurs, citent les mots de grognards des jeunes poilus à leur premier assaut; on publie les lettres des héros de la classe 16 et de leurs aînés à peine plus âgés : maints de ces recueils, tel celui qu'a édité Chevrillon, sont des chefs-d'œuvre où resplendit encore toute pure l'âme de notre xnV siècle. La presse se prouve digne et ferme : un grand journal développe en première page la carte de l'Alsace-Lorraine.

La coutume veut que le Ministre de la Guerre se rende à la Présidence de la République. Au bas du large escalier, c'est sous la Victoire de Samothrace que se sont groupés à l'attendre les Officiers du Cabinet militaire. Ils lui présentent leurs vœux.

« Jusqu'à ce jour, Messieurs, répond-il, nous n'avons pas fait grand'chose : nous allons commencer à travailler ! )>

Les officiers se regardent, interdits. Il ajoute :

« C'est maintenant que je vais arriver aux

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