L'ORDRE DANS LA CHAMBRE
Tandis que le Général examine les modèles de boucliers qu'on est venu lui proposer, je vais interroger l'attaché du Cabinet au Palais-Bourbon sur l'impression de la Chambre après la sortie du Ministre.
« Ce fut, me dit Guy Lavaud, une stupeur où se figèrent tous les visages. Subitement le silence plana sur tout l'hémicycle.
« Les Parlementaires, à la fois, ont compris et n'ont pas compris :
« Ils ont compris, quand ils virent le Général plier sa serviette et se retirer, que cette manifestation d'un Général — du Ministre de la Guerre — en temps de guerre, à propos d'une question de cafés, était pour la Chambre une très mauvaise affaire. On a vu immédiatement le tumulte qu'elle déchaînerait dans la nation contre le Parlementarisme et on en est resté atterré.
« Ils n*ont pas compris parce qu*il faut bien se répéter que les cris, les injures, les « engueulades » pour les gens de cette carrière ne signifient et n'ont jamais rien signifié. C'est comme la tradition de la maison, et les plus grands ministres s'y sont, en quelque sorte, plies. Vous entendez des types hurler contre Briand : « Bandit, assas- « sin, criminel », et, à la fin de la séance, dans les couloirs, vous les voyez battre sur le gilet du même en lui disant : « Eh! bien, mon vieux, ce « qu'on t'a passé, hein? »
« Le Général ignore cela parce que son entourage le sépare trop du Parlement au lieu de le renseigner sur ses usages et de l'en rapprocher, — et vous devriez l'en aviser car c'est très important pour lui.
« Les socialistes, qui furent les plus violents, sont ceux qui ont le moins compris. Ils s'en allaient disant : « Le Général sait bien pourtant qu'il est « V enfant gâté de la Chambre ». Comme l'a rappelé Renaudel, les socialistes, les premiers, aiment sa parole nette et ses actes vigoureux. Barthe, le plus agressif, a confessé : « Je suis très embêté de ce « qui est arrivé; mais si j'ai parlé en ces termes « contre d'Amade, c'est que j'y étais forcé : je « représente la région qui a perdu le plus d'homme mes sous son commandement! »
Comme je transmets au Général ce rapport en soulignant qu'on avait conclu sur ces mots ;
« Ça allait de mieux en mieux. Le Général, depuis un moiSf était devenu Varbitre du Parti socialiste. Et il prenait de mieux en mieux tout le Parlement parce qu'il prenait de plus en plus l'habi-
tude de la Tribune. Il a même de la familiarité et cela touche la Chambre... »
Le Général riposte :
« C'est entendu, ce sont peut-être les moeurs de la Chambre, mais je ne peux pas me plier à cela. Quant au contrôle parlementaire, c'est autre chose; et là, au contraire, je suis avec les plus