‹ GalvanothérapieChapitre 14 sur 64 · AIT II. — >OBS CONTIAGTIONS GALVANO-TONIQUES · texte numérisé non relu

AIT II. — >OBS CONTIAGTIONS GALVANO-TONIQUES

que cette oootraclioD looique qui augmente et qui diminue arec la donleart vienne fr 8e développer justement dans les extenseun paralyséa du bras; puisque des membres paralysés, oomme par exempte ceux d'animaux décapités , ont plus de propensioD au mouvement réflexe que des membres sains. Maia ici j'observerai de suite que depuis peu je produis, en disant passer par lea nerfs des cuisses des courants peu doubareux, l'ouverture de k main. Bien plus, pour éclairer la question par une expérience comparée, j^ai fait passer par les nerfs des cuisses un courant induit, également douloureux et dirigé de la même manière que le courant constant. Le résultat a été, qu'a la vérité, au premier moment le bras, se souleva, mais l'avant-bras %e fléchit et la main se ferma plus spasmodiquement qu'avant. Le résultat thérapeutique consécutif serait dono comme si le courant induit avait agi directement sur les extenseurs du bras, c'est-à-dire, les contractures des fléchisseurs devinrent plus fortes et la paralysie des extenseurs plus grande. Je reviendrai plus tard sur la valeur thérapeutique de celte observation. Cette observation méritait sa place idy parce qu'elle montrait que Tespèce d'irritation qui agit sur les muscles de la cuisse, a certainement une influence sur la forme et la direction du mouvement réflexe qui se produit et -sur la force motrice que les organes centraux obtiennent plus tard sur les membres mis en mouvement réflexe.

J*anrai donc, autant qu'il m*aura été possible, déterminé ici ce qui sert à faire comprendre le phénomène visible et frappant qui se produit surVhomme sain; je veux parler de la contraction tonique, lorsqu'on introduit dans les membres des courants constants.

Les avantages thérapeutiques les plus importants qui découlent de ces expériences, consistent évidemment dans la notion, qu'on courant constant de force supportable, intro-

74 aup. n. — npÉimicn sue l^bohmb saih.

duit par des réophores métalliques, en intercalant des résistances humides, à travers la peau, dans les nerfs et les muscles de rhomme sain, est loin d*avoir pendant son action continue sur les nerfs et les muscles une influence qu'on pourrait désigner eamtne paralysante, 11 en résulte donc plutôt que Teffet excitant du courant sur les nerfs sensitifs se manifeste par une douleur croissante, et dans certaines conditions favorables sur les nerfs moteurs et les muscles, ptr une contraction tonique.

Puisqu'il est presque impossible, diaprés les raisons données plus haut, de produire en employant des réophores métalliques d'autres effets du courant constant que des effets excitants, il devient évident que pour en obtenir des effets déprimants ou paralysants, il faudra se placer dans les conditions que Matteucci tentait à remplir, lorsqu'il introduisait le courant dans le corps atteint de tétanos, au moyen de bandelettes humides.

En partant de ce point de vue, je pourrai peut-être arriver à faire mieux comprendre le" résultat dont j'ai parlé plus haut (p. 66) à l'occasion de mes expériences sur les contractions galvano-toniques et que j'ai désignées comme paradoxales. Car, en faisant passer chez des individus de forts courants constants, lesquels, passant par le nerf médian, provoquaient des contractions toniques, an tagonis tiques dans le domaine du nerf radial, j'arrivai à produire subitement une flexion tonique, au lieu de l'extension tonique , lorsque je mis en communication , par une bande de linge humide , un des deux réophores avec le point du bras où le nerf radial devient superflciel. Le même effet se produisait lorsqu'on appliquait la bande humide au dos de l'avant-bras, de la main ou des doigts. L'effet se produit même sur chaque doigt , lorsqu'on met celui-ci en communication avec le réophore par la bandelette humide. On peut expliquer maintenant ces faits de la manière suivante : un courant dérivé^ préservé de grandes

AIT. II. DBS GOimACTIONS GALVANO-TOHIQUES. 75

oscillations, présente en effet, lorsque la résistance a ane certaine force, les « efiets nommés paralysante » qui appartiennent infailliblement aux courants constants dans de certaines conditions, lorsqu'on fait par exemple des expériences d'excitations sur la cuisse de grenouilles ; et c*est i>our cette raison, que les muscles animés par le nerf radial sont hors d*état de répondre comme à l'ordinaire , c'est-à-dire par une contraction tonique, à Texcitation qui a son point de départ sur le côté des fléchisseurs.

Si cette interprétation était juste, il en résulterait que tout effet du courant constant renfermerait en lui-même deux effets. Un premier effet, effet excitant , en tant que les plus fortes oscillations prévalent; un second effet, effet déprimant^ en tant que le courant en se répandant dans les tissus humides, et ayant à surmonter une résistance d'une certaine force, subit des oscillations qui se réduisent à peu près à zéro. On serait alors en droit d'attendre que les effets excitants du courant ne se montrent de la manière la plus évidente que lorsqu'on a soin que ce courant, là où il doit exciter le plus, ait non-seulement la plus grande force possible, mais aussi qu'une oscillation de sa densité soit à son plus haut degré. Dans le cas où il s'agit de déprimer l'excitabilité dans un nerf, il faudra au contraire que la force du courant se trouve être le plus bas possible, et qu'on ait soin aussi d'éviter l'oscillation de ce courant. 11 faut, en présence de ces conclusions si importantes, être on ne peut plus prudent dans Texplication de ce résultat. D'ailleurs on peut en donner encore deux autres interprétations : on peut admettre qu'en faisant passer le courant par la bandelette humide, au dos du bras ou de la main, on empêche les effets antagonistiques de ce courant, parce qu'il faut pour produire ces effets, que le courant frappe les nerfs en Tenant de l'axe du membre, et qu'en opérant ainsi on ne se place pas dans les conditions voulues.

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Bien plus importante est la seconde explication; elle s'est déjà présentée à mon esprit dès les premiers mois de Tancée 1856, qaand j*inlerprétai comme mouTements réflexes les contractions galvano-toniqnes. Cette explication surgira de DouTeau plus tard, en prenant naissance au milieu de mes expériences thérapeutiques sur le traitemmt des contractures paralytiques ; je la formulerai ainsi :

Le détour ou renversement ^décrit de la contraction tonique provient d'influences réflexes , qui ont leur point de départ dans les fibres sensitives du nerf radial. On voit donc de quelle importance est ce dilemme , lorsqu'on considère que, dans le dénier cas, l'efifet de la bandelette humide doit être regardé comme excitant, tandis que, dans la première interprétation , cet eSSet doit être déprimant ou paralysant. Nous arrêterons ici nos recherches sur la contraction galvano^tonique des muscles» nous réservant d'y revenir lorsque nous parlerons dans la partie thérapeutique du traitement des hémiplégies et des spasmes.

ir SÉRII. — IXPftRIKfGBS PlÉLOf UIAIRIS MtlHODOLOGfQUBS.

S 1. ~ Hé la réstfttaMee «me le eerpe kuttate oA« mu oppose

MteewMit.

D*après Lenz et Ptschnelnikoff » la résistance du corps humain est égale à un fil de cuivre de 91762 mètres de long sur une épaisseur d'un millimètre. D*après Eckhard (1), la résistance des tissus animaux est en général proportionnelle i leur état d'imbibition par des liquides. On peut donc prévoir que la part la plus essentielle de la résistance que le corps humain oppose au courant^ doit être mise sur le compte de l'épiderme. Lorsque Tépiderme a une certaine épaisseur, et se

(i) Comparez Beitràge zur AnatomietmdPhyiiologie. Giessen^ 1855, I'» partie, p. 45.

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trouYedans un certain état de siccité, il est présumable que la rérâlance de toutes les parties humides du corps doit être à pdne percerable» en comparaison avec la résistance de celte partie de Tépiderme par laquelle est obligé de passer le courant qu'on introduit dans le corps.

En effet, le résultat de mes expériences répond à cette conjecture. M. Siemens a eu l'obligeance de me construire à cet eflfet un galvanoscope, et de me céder un appareil à mesurer la résistance. Cet appareO est composé de rouleaux en cuivre blanc (métal anglais) et avait déjà servi à des expériences télégraphiques. Cet instrument est sensible à une résistance de 1 à 99 milles d'Allemagne de fil de cuivre (d'un millimètre d'épaisseur). On peut tout d'abord se convaincre que les déviations de l'aiguille du galvanoscope, la force électromotrice étant la même et les résistances intercalées étant les mêmes aussi, donnent à des moments différents de si petites oscillations qu'elles peuvent être négligées , vu la grandeur des différences à examiner.

On peut commencer à chercher après cette expérience préparatoire la grandeur de la résistance contenue dans Tenveloppe humide des réophores métalliques, et enûn à déterminer la résistance d*une partie quelconque du corps; il fendra seulement avoir soin de sécher la peau, afin que la transmission de courants entre les réophores ne puisse pas s'opérer. On trouvera de cette manière, sur différentes parties du corps d'un même individu, les différences de résistance les plus remarquables ; différences qui se rapportent tout d'abord à l'épaisseur de Tépiderme, telles que les donnent les recherches anatomiques. Ces différences peuvent varier de 15 à 100 milles d'Allemagne et plus encore. La plus forte résistance se remarque aux ongles, aux parties calleuses de la paume de la main, de la plante des pieds et de ses parties couvertes de poils ; la plus faible se voit à la peau de l'ais-

78 CHAP. II. — EXPÉRIENCES SUR l'hOVIIB SAIN.

selle, du gland, du scrotum, de la figure, principaiement à la région temporale et dans l'oreille externe.

La siccité de l'épiderme opposant une forte résistance, la force active d'un courant dans les parties humides dépendra donc du nombre des éléments employés, de la grandeur des réophores métalliques, de l'épaisseur et de la densité de Tenveloppe humide, et enGn du nombre et de la quantité des Yoies par le moyen desquelles Thumidité du réophore peut communiquer avec les parties humides du membre, c'est-àdire, elle dépendra des parois des follicules pileux et des canaux excréteurs des glandes sudoripares. De plus, les canaux des glandes sudoripares se terminant au dehors en spirales, il est à présumer que la pénétration du liquide trouvera d'autant plus de difficulté que cette spirale sera plus élevée ; c'est ce qu'on remarque à la plante des pieds et à la paume de la main. En partant dé ce point de vue, on verra que les parois molles de ces follicules pileux, surtout ceux qui donnent naissance à de petits poils, sont les voies d'entrées les plus favorables du courant. C'est ainsi que chez certains individus , la partie chevelue de la tête n'oppose pas cette résistance qu'on s'attendait à y rencontrer, en voyant répaisseur de Tépiderme de cette partie. Si nous faisons abstraction pour le moment des modifications produites daps répiderme par le courant lui-même, nous pourrons dire que la partie la plus essentielle de la résistance opposée par la peau sera vaincue, a dès que F humidité du réophore s'est mise en contact avec celle du corps; d (dans un équilibre endosmotique pourrait-on ajouter).

On serait ainsi fondé à regarder la résistance indiquée par le galvanoscope , comme une grandeur en apparence continue, se trouvant être Texpression de l'ensemble des forces de résistance de tous les tissus mous renfermés dans le circuit du courant, et on pourrait la comparer à la résistance d'une

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colonne de liquide quelconque, si toutefois la valeur de celte mesure n'était pas rendue trompeuse et hypothétique par la dispersion irrésistible du courant dans les tissus humides, par la formation de courants dérivés, formés en dehors des lignes de communication des réopbores, et par Tétat changeant des tissns eni-mémes.

On pourra toujours prévoir, et ce fait est d'ailleurs confirmé par l'expérience, qu'en tenant compte de toutes les difficultés dont je viens de parler, et notamment déduction faite des variations provenant de l'état particulier de la peau, la résistance indiquée finalement par le galvanoscope augmentera en raison de Téloignement réciproque des deux réophores. En raison de toutes ces considérations, des déterminations absolues de mesures doivent paraître presque sans valeur, quand bien même on ne les ferait entrer en ligne de compte, qu'examinées de la même manière sur le même individu et sur la même région du corps, mais à des époques différentes; les résistances ne sont pas toujours les mêmes, évidemment déjà à cause de l'imbibition variable des parties h ygroscopiques de la peaa, peut-être aussi à cause de la faculté changeante de conduction dans les tissus.

Malgré tons ces faits, l'intercalât ion du galvanoscope dans le circuit de la chaîne offre une certaine valeur physiologique et pratique. Ainsi, dans les cas où Ton introduit dans le corps des courante dont les effets sont en général peu appareuts et peu sensibles, ou qui ne le deviennent qu'après une plus longue action, dans ces cas, la déviation de l'aiguille vous garantit d'errenrs dont les recherches vous absorberaient un temps précieux.

On peut encore ajouter aux appareils électriques qu'on emploie, un appareil à décomposer l'eau. Cependant, quoiqu'il donne nne image instructive des modifications électrolytiques, on peut en général s*en passer, parce que les effets électroly-

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tiques du courant sont proportionnels aux effets magnétiques, et que, dans des expériences délicates^ ils peuTent troubler le travail, le liquide «du voltamètre offrant une nouvdle résistance, <et qu'il y a production d-uii contre*oourant par la polarisation qui a lieu aux plaques de phttine. Veut-on renoncer aux indications quantitatives du galvanoscope? on peut le remplacer par Tappareil à décomposer Teau. La déviation de Taiguillc du galvanoscope- n'arrive pas à son maximum, immédiatement après qu'on ferme la chaîne sur le corps. Elle y arrive graduellement , et quelquefois même il faut plusieurs minutes, quand l'épiderme Offre une certaine épaisseur et sécheresse, et qu'il est dépourvu de poils. Cette circonstance peut provenir, non-seulement de ce que le liquide contenu dans Fenveloppe des réophores se met, par les bulbes pileux et les canaliculea sudoripares, peu à peu en communication avec beaucoup de points de» parties profondes et humides du corpt^ mais bien tore de ce que le courant ramollit répidame tai&tiiêoMr; fin effet, on voit , quand on applique des réophmreiOMS sur la peau sèche. Faction du courant s'opérer dans certains points isolés de l'épiderme, qui sont évidemment pourvus des oriGces humides, des follicules pileux, ou des eanalicules sudorifères.

Il est impossible, même au moyen de la loupe, d'observer après la fermeture de la chaîne et quand l^iguille du galvanoscope est arrivée* à son maximum de déviation, les réophores étant tenus immobiles^ la nioindre oscillation. Mais ces oscillations se développent en raison des résistances modifiées, dès qu*on remuera les réophores sur les parties do corps» En opérant ainsi avec eux des mouvements rapides, il se produit» au milieu des oscillations, une nouvelle augmentation de ia déviation de Taiguille, ce qui ne peut provenir que de la modification de la polarisation aux réophores eux-mêmes, à moins toutefois qu'on n^admette qu'elle provienne de la modifica-

m. 11. ^ BXPÉBlSlfGBS PBÉLmiN. VÉTHODOLOGIQCKS. 81

tion de la polarisation dans Fintérieur des tissus humides (1), 00 bien encore que la force de la résistance des tissus animaux diminàe par Paugmentation de l'électrolyse (2).

Il est inutile de mentionner ici que la rorce active du courant dépendra de la grandeur des plaques métalliques employées pour faire pénétrer le courant dans le corps, et qu'il faudra toujours, autant que le but physiologique ou thérapeutique le permet, choisir des réophores aussi larges que possible pour pousser à son maximum refTet d*un certain nombre d*élémeots. De plus, il faudra rechercher tout ce qui pourra diminuer la résistance de passage; ainsi il faudra imbiber les enveloppes humides des réophores de liquides bons conducteurs (acides dilués, eau salée), si toutefois certaines considérations pratiques, dont je parlerai dans la partie thérapeutique, ne s'y opposent.

S s. — Hé l'OMlteMUté f arlaUe des nerfs et dei» masclei».

Les résistances de Tépiderme sur différents points du corps présentent de si grandes différences entre elles, qu'on pourrait se demander si, en générai, les nerfs et les muscles offrent dans leur excitabilité des conditions différenles. On est amené à cette demande, en voyant combien certaines parties du corps, qui sont en effet recouvertes par un plus mince épiderme, comme la figure, le cou, etc., sont cependant si excitables par le courant. Cette question, qui a une signification pratique évidente, se complique d*autant plus qu'en évaluant la résis-

(1) Comparez Dubois- Rcymond sur la polarisation interne des eor^ forevoi, ààïifi Monatsberichteder Berliner Académie der Wissenich^en. 1856.

(2) D'après Maurice Benedict {SUz, Ber,derKsl. Acad, der IViss. in Wien, t. XXV, p. 500. Juillet if^ol), la résistance à la coiiduclioii dans les métaux dépendrait même de la grandeur cl de la durée du courant.

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tance, il faut, non-seulement considérer Tépaisseur de Tépiderme, mais encore sa richesse en follicules pileux, et son degré d'iinbibition ; et je n'oserais qu*à peine résoudre cette question , si je n*aTais pour m'y appuyer que mes seules expériences sur rhomme, et si je ne me trouvais pas être en état de recourir à des observations citées plus haut, faites sur des muscles disséqués de mammifères (p. 60). Diaprés ces observations, on est en droit de ne pas mettre sur le compte de Tépiderme seul^ les différences considérables qu'on observe chez rhoinme vivant, non-seulement sur les nerfs moteurs, mais encore sur les nerfs sensitifs, différences jqui se traduisent par le nombre des éléments nécessaires à employer pour produire une action galvanique sur les nerfe. On peut encore, par une autre voie , reconnaître , au moins approximativement, des différences plus délicates encore de Texcitabilité dans le cercle des différences provenant du nombre des éléments qu'on emploie. On trouvera, par exemple, par dus observations répétées, qu'il faudra à peu près 10 à 15 éléments de Daniell, les conditions étant les mêmes (grandeur des réophores, direction du courant, choix des points d'application, épaisseur de l'enveloppe humide), pour provoquer aux tempes une sensation, dès que la résistance a été vaincue autant que possible, c'est-à-dire que l'aiguille du galvanoscope est arrivée au miximum de sa déviation. En observant attentivement, on trouvera que dans un cas, la sensation a lieu bien plus tôt, c'est-à-dire à un moment où cette déviation n'est pas encore à son maximum, tandis que dans un autre cas, l'aiguille déviée se trouvant au repos, il pourra s'écouler encore un assez long laps de temps avant que le courant ne soit senti. Dans iliffércnts cas morbides, ces exceptions seront encore plus frappantes, quand le courant, à son entrée et à sa sortie, produira, sans être senti par le patient, des contractions dans les muscles. Chez l'homme sain placé dans certaines conditions,

AIT. 11. ^ IXPÉRIBHCES PRÉLIIIIN. MÉTOODOLOGIQUES. 83

ce i^iéQomèiie remarquable a lieu, et chez certains individus sains et c(di>aste8, des courants peuvent frapper fortement des nerfs seositifs, sans provoquer des contractions.

Il faudra donc bien se garder de conclure, en présence de pareils faits, de Tinefficacité du courant, et, sous ce rapport, Padjonction du voltamètre etd*un galvanoscope offre une inestimable valeur. Il serait à peine possible de surmonter toutes les difficultés que présente remploi méthodique du courant continu constant, si on ne considérait pas les conséquences qui résultent de la formule de Ohm, et si on n'avait pas ég;ard aux différences de forces de courants actifs provenant des résistances n facilement variables, la force électro-motrice restant toujours la même.

Di/férenesi de rexciiabilité dans le trajet des nerfs. — Lorsqu'on examine l'excitabilité d'un nerf dans son trajet, ce que des raisons anatomiques rendent plus facile pour les nerfs sensitifs que pour les nerfs moteurs , on trouvera que cette excitabilité n'est pas la même sur tout le parcours du nerf, mais qu'elle diminue quelquefois subitement dans de telles conditions, que cette diminution peut à peine uniquement être attribuée à une augmentation des résistances. En général, Texcitabilité d'une fibre nerveuse, se traduisant par la douleur et la contraction, parait d'autant plus grande que le point excité se rapproche plus de l'encéphale. On peut appliquer cette règle, non-seulement à chaque nerf en particulier, mais bien encore à tous les nerfs du corps, de sorte qu'il faudra, pour exciter les nerfs des extrémités inférieures, des courants plus forts que pour les nerfs des extrémités supérieures, et que ce sont les nerfs des pieds qui présentent le plus bas degré d'excitabilité. Ces différences sont d'ailleurs si grandes , et ont été confirmées sur un si grand nombre d'individus, qu'on peut exclure toute éventualité de la diOérence des résistances. U en est de même des nerfs moteurs; leur excitabilité est

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plus grande à leur bout central qu'à leur bout périphérique. C'est ainsi que^ dans les muscles de la main, on peut provoquer des contractions toniques avec d'autant plus de facilité que la portion du nerf médian (au bras) , comprise dans le circuit du courant constant excitateur, est plus rapprochée de l'encéphale.

§ a. — ElTeta lutrapolaires dm eo«raiit.

Je nommerai ainsi les effets qui s'observent chez l'homme sain, sur les portions nerveuses comprises dans le circuit d'un courant, et qui se traduisent par de certaines niodifications à l'égard de ce même courant.

Excitation des nerfs et modification de leur excitabilité par le courant. — Lorsqu'au moyen de réophores métalliques garnis d'enveloppes humides, on forme sur certains endroits sensibles de la peau une chaîne^ dont on a essayé Tefficacité, la sensation augmente et devient même insupportable lorsqu'on emploie des forces de courants plus grandes, aloi*s même qu'on ne peut plus observer sur le galvanoscope une diminution de la résistance. Voita connaissait déjà ce phénomène (1). Ce fait pourrait être interprété comme étant la conséquence d'une excitation se propageant aux organes centraux ; mais il découle d'expériences, que ce fait est lié à des causes très-compliquées. Si l'on attache l'un des électrodes d'une chaîne de 40 éléments et plus de Danieil, au milieu de la deuxième phalange du doigt, et que l'on plonge le bout de ce doigt dans une éprouvette, remplie d'eau acidulée, d'une hauteur de 10 centimètres et de 1 centimètre de diamètre, dans le fond de laquelle entre le deuxième électrode (de platine), on éprouvera à la fermeture de la chaîne

(1) V. plus haut» p. 14.

AKt. n. 1XPÉR1ENCBS PRÉLmiN. MÉTHODOLOGIQUES. 85

un cboc ; et pendant la fermeture, un fourmillement, mais qui est loin d'augmenter et d'être aussi sensible que quand on opère sur le doigt avec deux réophores métalliques pourvus d'enveloppes minces et humides. On observe un état stabiU semblable de Taction au courant quand on emploie, au lieu de réophores, de petits cylindres métalliques remplis d'épongés cylindriques, qui dépassent leurs orifices, et enveloppés de linges humides, qu'on applique sur la surface du corps. Cette différence frappante dans l'action du courant dépend ici de la quantité des résistances humides intercalées entre les réophores métalliques et Tépiderme, et ne peut provenir que de ia circonstance suivante : L'enveloppe étant mince, la moindre compression exercée parfois déjà par la pesanteur du métal suffit pour comprimer Tenveloppe et raccourcir par conséquent la colonne d*eau. On peut prévoir que ce raccourcjssemeol ne sera pas uniforme sur tous les points^ et que de là il 86 formera une nouvelle source d'oscillations de l'action galvanique sur les différents points de Tépiderme touchés ou évités. On diminuera ces imperfections si on se sert, pour conduire le courant à la peau, de longs cylindres remplis d'eau, ou bien encore de très-longues éponges humides. Il est donc évident que les oscillations de la force de courant qui agissent dans les tissus, devront être en proportion inverse de la hauteur de la colonne d*eau, colonne qui, par son changement, les modifie à chaque instant.

On pourra produire à volonté, en comprimant et en dilatant alternativement par des mouvements brusques, les éponges cylindriques et humides des oscillations de courants, trèsvides, très-sensibles et très-visibles au galvanoscope. Nous arriTons donc de nouveau à ce résultat, qui s'était déjà présenté à notre esprit (p. 74) : que, par des réophores métalliqnes, touchant immédiatement la peau« ou bien par l'intermédiaire de conducteurs minces et humides, on peut à peine

86 GHAP. II. — KIPÉRIENCBS SUR L^HOVMB SAIH.

produire une autre action du courant, qu'une qui oscille dans son intensité (labilé). Ici se présente naturellement la question de savoir si Texcitation croissante qui est liée à cette action n'est qu'une conséquence de l'augmentation de l'excitabilité produite par le courant slabile, ou s*il faut, pour arriver à cette augmentation, les actions de courants labiles. Relevons d'abord la circonstance qu'un courant conduit à la peau au moyen d'un cylindre d'eau, et dont la force correspond à la résistance de Tépiderme, et ne donnant presque ancune sensation pendant que la chaîne est fermée, produit cependant dans la peau enfermée dans le circuit, et, lorsque le courant agit plus longtemps (quelques minutes), une sensation agaçante, quoique la sensibilité de la peau^ à la chaleur, au froid ou à d'autres impressions douloureuses, ne présente pas de notables changements.

Un courant aussi stabile que possible peut donc modifier l'excitabilité d'un nerf sensitif, c'est-à-dire qu'il t^ut la diminuer, par rapport à de certaines sensations normales ; mais celte diminution ne se rapporte pas, comme je l'ai souvent observé sur des hommes sains et malades, à l'excitabilité pour le courant lui-même.

Du moins, lorsque pendant plusieurs minutes on fait passer par un muscle ou par un nerf un courant faible et à peine sensible, la faculté de ce muscle pour se contracter augmente à rentrée et à la sortie de ce même courant. On pourrait donc dire qu'un courant, aussi stabile que possible, diminue d'une manière passagère les facultés normales d'un nerf, mais que par contre il augmente son excitabilité pour le courant. Lorsqu'on se sert de réophores métalliques pour faire passer le courant* par des nerfs sensitifs, de manière à ce qu^on obtienne, comme nous l'avons vu plus haut, une action labile, autant qu'on pourra en juger, l'action stupéfiante et déprimante de ce courant sera moins apparente. En tout cas, cette

AIT. II. ** UrtttlERGEB PBÉLllim. lliTHODOLOGIQUES. 87

action déprimante n'est pas, dans de certaines limites, en proportion avec l'excitation plus grande et plus croissante qui se produit pendant la fermeture de la chaîne ; parfois même, la sensibilité augmentée du nerf, c'est-à-dire une augmentation de la fonction normale du nerf apparaît. Ce résultat qui, sur rhomme sain, est très-difficile à obtenir avec certitude, s'obtient on ne peut plus facilement pendant qu'on opère thérapeutiquement snr des nerfs et des muscles, dont la faculté de fonctionner est au-dessous de la normale. 11 forme donc une des bases de réiectro-thérapie physiologique des paralysies, en tant que, dans ce genre de maladies, les facultés de fonctions des nerfs et Aes muscles sont diminuées.

11 découle ptéalablement de ces observations, comme règle pratique* que, pour obtenir une action thérapeutique déprimante, il fendra se servir de résistances humides aussi grandes que possible, et que, pour obtenir une action excitante, il faudra employer les résistances les plus petites. De plus, il est encore de la plus grande nécessité d'établir une distinction très-sévère entre la faculté de fonctionner d'un nerf et son excitabilité. Enfin, on peut être convaincu qu'une action labile de courant peut produire, au delà de certaines limites, une diminution de l'excitabilité, que ce soit comme conséquence des oscillations mêmes ou des actions stabiles du courant qui accompagne ces oscillations. Malgré tous ces faits, cependant, il foudra bien se garder de conclure de prime abord de toutes ces observations (et on pourrait facilement être conduit à une semblable conclusion par les opinions électro-thérapiques qui ont cours dans la science depuis Nobili), que dans toutes les conditions^ Taction de courants stabiles snr les nerfs, c'est-à-dire l'augmentation de leur force électroionique, est le moyen de déprimer leurs facultés de fonctions. Bien plus, nous rencontrerons dans le domaine de la thârapie des faits qui nous forceront d'admettre que le

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rétablissement ou Taugmentation de VélectroUmus dans le nerf, par le courant stabile, est le moyen qui place ces nerfs dans un état approprié à la conduction normale d'influences centrales et périphériques.

Gomme on peut supposer^ par ce fait, que pendant Vaclion labile du courant augmente Texcitation du nerf, des oscillations de courant, même sous Tinfluence de la plus légère modification de la courbe de densité dans le nerf, sont de plus puissants moyens encore d'augmenter son excitabilité pour le courant que des actions stabiles du courant d'une force à peu près égale et de même durée. En rapport avec ce qui vient d'être dit, on peut ajouter que Taugmentation de Texcitabilité qui a eu lieu sous Tinfluence de courants labiles, se montre non-seulement à l'entrée et à la sortie du même courant, mais encore sous des courants plus faibles. Ainsi, un nerf qui est insensible, par exemple, à Faction de 10 éléments, y deviendra sensible parfois même déjà au bout de quelques secondes quand on aura fait agir sur lui un autre courant de 40, de 30 ou de 20 éléments. Ceci ne veut pas dire que Texcilation qui se produit après une excitabilité tellement augmentée, et qui a lieu au moyen de forces de courants plus faibles, ait, sous le rapport physiologique et thérapeutique, la même valeur que l'excitation qui proviept de la force de courant supérieure primitivement employée.

On démontre très-facilement, sur les muscles de la face ou le biceps, l'augmentation de l'excitabilité par le courant. Un courant qui, en commençant, ne produit de contraction ni d'entrée ni de sortie (1), la donne après une action de 30 à 40

(1) Je distingue la contraction d'entrée et de sortie de la contraction d'ouverture et de fermeture de la manière suivante : la contraction d'entrée et de sortie a lieu lors de TappUcation et de l'enlèvement du rëophore du corps ; la contraction d*ouverture et de fermeture a lieu par contre par Touvertureet la fermeture métallique de la chaîne

ÀWt. II. — BXPfiRTEIfGBS PBfiLIMIIf. MÉTHODOLOGIQUES. 89

secondes^ et il la donne d'autant plus forte qu'il agit plus longtemps. Deux résultats analogues se montrent lorsqu'on se sert du courant induit pour éprouver Texcitabilité. Ainsi, qu'on introduise un courant induit faible par un nerf dans un muscle, le biceps, par exemple, dans une position telle que le soulèvement de Tayant-bras s*opère par le raccourcissement de ce muscle; si cette élévation n'a pas lieu dès l'action du courant induit^ elle s*opérera un peu plus tard avec ce même courant, si dans un intervalle d'une minute on a fait passer par ce nerf un courant constant d'une minute, d'une force de 20 à 30 éléments. On peut suspecter que toute cette excitabilité augmentée n'a lieu qu'à la suite de rélectrolyse produite par le courant dans la peau, ou bien encore de la diminution continue des résistances s'opérant par une autre voie. H faut cependant remarquer aussi que, d*après les recherches deMarianioî et de Heidenhain sur les muscles mis à nu, le courant continu augmente aussi dans de certaines conditions leur excitabilité; et, comme Tirritabilité de Haller ne peut pas être prouvée, je crois même qu'on peut appliquer cette donnée aux nerfs. On peut aussi ajouter ici que, d'après de nombreuses observations faites par moi sur des sujets paralysés , l'introduction préalable d*un courant induit dans les muscles, et y produisant la contraction, quoique la puissance clectrolytique de ce courant sur le voltamètre soit zéro, augmente Texcitabili té du muscle àTégard du courant constant. Cette augmentation se révèle par une sensation douloureuse, par la rougeur de la peau, et par une contraction d'entrée et de sortie. Qu'il me soit encore permis de faire observer à cette occa-

(dans le commutateur du courant). Cette dernière contraction est bien plus forte ëvidemment, parce que la modification de Tétat ëleclrotonique a lieu plus subitement que cela n'est possible, vu la difQcultë de mettre les électrodes dans un rapport convenable avec le nerf et de les éloigner.

90 CHAP. II. — EXPÉRIENCES SUR l'hOHME SAIN.

sion, qu'autant qu*on peut en juger, Texcitabilité des muscles et (les nerfs pour le courant induit, et pour l'entrée et la sortie de courants constants, est en général la même; maïs que souvent on trouve des cas où Texcitabilité pour Tune ou pour Tautre espèce de courant prévaut sans aucun doute.

C'est ici le lieu de se faire une idée préalable sur l'action qu'a le courant sur les nerfs, idée qui revêt, sous un point de vue commun, les phénomènes dont il est question en ce moment. 11 est certain que Yilectrotonus^ découvert par Dubois- Reymond (1), dans les nerfs disséqués, se produit aussi sur l'homme vivant, et que, sans aucun doute, il se prolonge tout le long du trajet de la fibre nerveuse, bien au delà de cette portion embrassée par le courant» et peut-être même qu'il ne se termine qu'à la cellule ganglionnaire centrale. Il faudra donc se représenter ces effets comme des modifications de l'état d'agrégation moléculaire des nerfs, et quoique nous soyons aujourd'hui hors d'état de porter un jugement sur la durée et la signification qu'ils ont sur l'homme sain, il n'en est pas moins vrai qu'en présence d'une foule d'observations thérapeutiques , et surtout en voyant les effets cdratifs du courant constant, si prompts et si merveUleux dans les maladies des nerfs et des muscles, on sera bien forcé d'admettre que la modification de l'électrotonus y joue un rôle essentiel. Une opinion plus intelligible est celle qui admet que le courant produit des effets électrolytiques sur les nerfs et les muscles mêmes. Plus tard, dans la partie thérapeutique de cet ouvrage, nous aurons occasion d'examiner cette question, et nous aurons surtout à y prouver que les forces du courant constant agissantes dans les tissus humains contre les résistances dont nous avons parlé plus haut, ne développent pas des gaz libres qui résulteraient de la décomposition de l'eau

(1) y. plus haut, p. 28.

AIT. II. — BXPÉR1ENC1S8 PRÉLUHlf. WÉTH01K»L0GfQUES. 9i

qui s'y trouve, ni que ces forces, en décomposant ces mêmes tissus, 7 troubleraient leur vitalité.

Les observations qu'a recueillies Kolbe, sur Taction oxydante de l'oxygène éliminé au pôle positif de la chaîne, jettent on peu de jour sur cette question. Kolbe a vu que cet oxygène ne forme pas des combinaisons analogues à celles de l'oxygène libre. Un courant constant , agissant sur une solution aqueuse et saturée de chlorure de potassium , décompose cette solution de manière à ce que du chlore gazeux se produise au pôle positif , que Thydrogène se dégage au pôle négatif, et que le liquide présente par la potasse libre une réaction alcaline.

Dès-que ce liquide ne contient qu'une faible proportion de chlorure de potassium, la décomposition s'étend à Peau même, et à côté du chlorure au pôle positif^ on voit se dégager Toxygène, qui en partie se perd à l'état gazeux, tandis que l'autre se combine au chlore pour former de l'acide hypochlorique (CIO), enfin de Tacide cblorique (CIO*), qui se trouve combiné dans la solution alcaline avec la potasse (1). Cette observation explique la manière dont les gaz qui se forment dans le vivant, par la décomposition de l'eau, forment immédiatement, à l'état naissant, de nouvelles combinaisons, qui, comme on avait été porté à Tadmetlre, produisent de nouvelles et importantes combinaisons chimiques des tissus, sans toutefois d les décomposer. » On comprendra donc maintenant que la substance nerveuse ou musculaire , modifiée ainsi par une combinaison chimique j réagira contre Faction continue du courant d*une autre manière. On peut , en se plaçant à ce point de vue, expliquer aussi l'action excitante de courants labiles, c'est-à-dire de ces courants dans lesquels

(I) Voyex Mûller^ Bericht Uberdie neuesten Fortschritte der Physik. Biuns^ick, 1849^ 1. 1, p. 443.

92 CHAP. II. — EXPÉRIENCES SUR l'hOMMB SAIN.

la grandeur de la résistance , la polarisation dans les tissus môuie, el Taccumulation de matières polarisées aux pôles, se trouvent être réduits à la plus basse mesure possible.

Le fait suivant, découvert par Dubois-Reymond (1), est très-important pour comprendre les actions chimiques dont nous venons de parler. Cet observateur a trouvé qu'en faisant passer un courant constant par une grenouille, la région d*entrée du courant réagit sur le papier tournesol d*une manière alcaline, et la région de sortie d'une manière acide.

2** AUertiatives de VoUa. — Les alternatives de Volta , dans la direction du courant, doivent encore être comptées comme des moyens puissants d'augmenter Texcilabilité (2). I^ plus long espace de temps dont je me suis servi pour agir avec les courants constants snr les nerfs et les muscles de rhomme, a été de 10 à 15 minutes. Je n'ai jamais pu observer une diminution de Texcitabilité, en tant que cette excitabilité se traduisait, à l'entrée ou à la sortie de ce courant ou d'un autre, par de la douleur ou une contraction. J'ai plutôt remarqué dans tous les cas, au contraire, une augmentation de Texcitabilité, de manière qu*en général, à l'ouverture d'une chaîne qui embrasse un nerf moteur, il se produit une contraction qui ne se fût pas produite auparavant ; ce qui prouve, comme le dit avec beaucoup de raison Marianini, une augmentation de Texcitabilité pour l'entrée de la direction opposée du courant (3).

Le changement de direction a, dans les limites qui sont possibles chez l'homme, une action augmentante tout aussi absolue, et d'autant plus encore, que le changement se fait plus subitement. Je n'ai jamais observé sur l'homme, après l'ouverture de la chaîne, le tétanos de Ritter, ni la faculté qu*a le

(1) Untersuch. iiber thier. Elect., t. I, p. 379.

(2) Voy^ plus haut, p. 13.

(3) yoyez, pour ce point, ce que dit Rosenthal, p. 39.

AIT. II. — BXPÉB1ENCES PRÉLIVIN. VETHODOLOGIQUES. 93

courant constant de rendre un nerf ou un muscle insensible à rentrée de ce même courant, et à la sortie du courant opposé. Comment se comportent les facultés fonctionnelles des nerfs à Tégard des alternatives de Volta? 11 est à peine possible de pouvoir faire sur l'homme des observations sures et certaines, pour répondre à cette question. Plus loin, nous verrons un cas morbide presque physiologique, dans lequel l'action prolongée d'un courant a évidemment déprimé la faculté fonctionnelle d'un nerf sensitif, et cette faculté a pu être rétablie par l'emploi de directions de courants opposés. Un grand nombre d'observations thérapeutiques se conforment à ce résultat, quoique, dans une question aussi difficile à résoudre', elles soient rarement à l'abri de tout reproche. Le seul point à faire ressortir ici est que Faction déprimante d^alternatives nombreuses* sur lesquelles Marianini s*attache tant, ne peut être véritablement reconnue chez l'homme que quand le changement de direction se fait au moyen d'un métal commutateur de courant; de sorte qu'il se produit des contractions cloniques, dont nous démontrerons, dans la partie thérapeutique, les effets affaiblissants. Ces observations renferment en partie la clef qui nous servira pour comprendre les effets du courant induit, qui consistent dans des alternatives rapides et interruptions plus rapides encore, et qui par conséquent augmentent d*un côté l'excitabilité, de l'autre dépriment la faculté fonctionnelle du nerf, d'autant plus que ce nerf n'est pas en état de supporter l'action de ces interruptions subites du courant. Nous ne pourrons entrer plus avant dans ces questions que quand nous aborderons la question thérapeutique.

S 4. — WSitteim extrapolalrea du eonrant.

Je nomme ainsi les effets du courant qui se manifestent par la sensation ou le mouvement, en dehors des électrodes, dans le trajet des fibres nerveuses embrassées par le courant.

94 GUAP. H. — EXPÉRIENCES SUR l'hOVVB SAIN.

1* Effets extrapolaires périphirigues. — On observe ces effets, sur Thomme sain, bien mieux sur les nerfs sensilirs que sur les nerfs moteurs. J'ai déjà dit (1) qu'en employant les courants induits sur les nerfs cutanés (sensitifs), la pression que les électrodes opèrent sur ces nerfs diminue la douleur, et la fait paraître plus profonde. Alors aussi j'ai fait remarquer que ce fait est plus énigmatique qu'il ne le paraît être au premier abord. En effet, d'après Topinion qui a cours aujourd'hui sur Tapparition excentrique des sensations, on doit s'attendre à ce que, pour une fibre nerreuse frappée par une excitation douloureuse, il est tout à fait indifférent que le trajet nerreux situé au-dessous du point d'excitation soit ou non perméable à des influences excitantes centripètes.

Eu faisant passer un courant par un nerf cutané (2), on voit que Tapparition des phénomènes excentriques, sentis et désignés par les malades sous le nom de a eat^atUs^ i» sont influencés de deux manières. Ce phénomène n'apparaît pas quand, au moyen de l'électrode inférieur, on comprime fortement le nerf cutané : dans ce cas, la douleur n'est ressentie (]u'aux deux électrodes, et entre eux. Si on opère ainsi avec l'électrode supérieur, la douleur n'apparaît qu'à cet électrode, et dans le nerf lui-même.

La deuxième circonstance, qu'on ne peut démontrer que sur des membres paralysés, doit pourtant être mentionnée ici. Lorsqu'on irrite un nerf cutané, la sensation excentrique (à l'expansion périphérique) n'a pas lieu ayant que la partie

(1) Ueber methodische Elektrisirung. 2« édition, 1856, p. 25.

(2) Il faudra toujours admettre, là où je ne Tai pas indique expressément, que le courant a été introduit dans le corps par des réo phorcs métalliques enveloppés de bandes minces et humides, et imprégnés d*eau de puits. Les réophores ont, en général, un pouce à un pouce et demi. Le courant a donc été introduit dans le corps dans des circonstances qui n'excluent pas tout à fait les effets labiles du courant, quand bien même on ne les aurait pas voulu produire.

AIT. U. — IXPiBIIRCBS FRiLIMlN. MÉTHODOLOGIQUfcS. 9 5

périphérique de ce nerf ne se trouve être dans un certain élat excitable, et cet état ne peut être produit que par l'action locale da courant constant sur la ramification périphérique elle-Doéme. Ce phénomène excentrique est donc lié à la condition d'un certain état moléculaire de la partie périphérique de la fibre nerYeuse, état que le courant doit produire. Il n'est pas possible d'indiquer ici dans quel rapport se trouve être ce résultat avec celui qu'on rapporte aux sensations excentriques qui se développent dans des membres amputés, et on ne peut pas désirer que ces recherches soient de nouveau reprises aujourd'hui.

Lorsqu'un courant constant d'une force considérable (20 à 36 éléments de Daniell pour les membres) agit pendant un certain temps, plus d'une minute, soit sur un nerf cutané purement sensitif, ou sur un nerf complet, sans que la voie qui conduit ce courant à la périphérie ait été interrompue par une pression» la sensation de fourmillement dans la ramification périphérique, par exemple pour le nerf médian dans le bout des doigts, cesse immédiatement avec Tinterruption du courant; et cbex l'homme sain il ne reste plus, au bout d'une minute et plus, qu'une sensation émoussée. La direction du courant a certes une influence dans celte occasion, et sous ce rapport le courant descendant parait être le plus efficace.

U est à remarquer qu'il faut que, pour que cette sensation cmoussée soit perçue, les fibres nerveuses soient complètement dans leur état normal ; elle n'est pas perçue dans des membres paralysés, dans lesquels il n'est pas rare de voir, dans les mêmes conditions, se présenter une sensibilité augmentée (1). Quant à la manière dont les effets analogues

(i) Un jeune et robuste ouyrier, affecté de douleurs rhumatismales et ctiei lequel j*a?aîs fait passer^ par le nerf âcialiquc cl ses branches, des courants descendants pendant plusieurs minules, éprouve dans le iloinaine de tout le nerf > à la vcrilé plus fortement aux points tou-

96 GHAP. II. — EXPÉRIENCES SUR L^HOMVB SAIN.

extrapolaires se présentent dans les nerfs musculaires, je n'ai pas encore pu la trouver chez Thomme jusqu'ici , à moins toutefois qu'on ne range dans cette catégorie les augmenta-* tiens de l'excitabilité que nous avons mentionnées plus haut. Je mentionnerai cependant ici, comme complément à ces faits, mon observation thérapeutique, de laquelle il ressort que des secousses (et des contractions galvano-toniques) ne peuvent parfois être développées par Texcitation d'un tronc nerveux, ou d*un nerf musculaire, que quand les branches nerveuses motrices ont réacquis à nouveau leur eicitabilité au moyen du courant (1). Gela veut dire : l'action extrapolaire du courant dans les nerfs moteurs n'est possible que dans un état certain de l'expansion périphérique , qui peut être rétablie par l'action immédiate du courant continu. A cette sensation émoussée, observée dans les nerfs sensitifs, correspond , comme je l'ai souvent senti sur mon propre bras soumis longtemps à des courants constants, une sensation de lourdeur et de faiblesse^ mais qui se dissipe dès que l'on fait quelques mouvements volontaires. Il est possible que la dilatation des vaisseaux sanguins musculaires , sur laquelle je reviendrai plus tard, et Thypérémie passagère qui en est la conséquence, prennent dans la production de ces phénomènes une part essentielle.

chés par les réophores, mais aussi à la pointe des pieds^ qui n'avaient pas été touchés^ une disparition instantanée de la douleur^ et une insensibilité qui persista pendant plusieurs jours. Cette insensibilité ne disparut que lorsqu'on employa le courant descendant pendant plusieurs minutes.

(1) Partout où il s'agit de rirritabilité de Hallcr^ j'ai continué, comme on a pu le voir, de supposer qu'elle n'existait pas, et je rapporte à l'expansion pi^riphérique des fibres nerveuses ce qu'on a l'habitude d'attribuer aux muscles eux-mêmes. Cela n'empêche pas d'admettre que le courant puisse placer la substance même du muscle dans un état favorable à Texcitation de son nerf. Ce fait deviendra même probable dans la suite de ce travail.

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