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ART. II. — EXPÉRIENCES PRÉLIMIN. MÉTHODOLOGIQUES

2"* Effets extrapolaires centraux. — Chez l*homme sain, nons D6 connaissons rien de Faction de ces effets sur les nerfs moteurs ; quant aux nerfs sensitifs, nos connaissances se bornent à la sensation douloureuse, pour le cas où les contractions antagonistiques décrites plus haut aient lieu en effet, sans que Faction du courant se transmette aux cellules neryeuses des organes centraux. Dans le chapitre de la thérapeutique, nous trouverons en effet bien des cas qui paraîtront rentrer dans ces faits. Plus haut (page 71), nous avons déjà cité un exemple de mouvements réflexes galvanotoniques , dans une paralysie hémiplégique.

Pour les nerfs sensitifs, j'observerai encore que souvent des individus paralysés, soit par une paralysie cérébrale ou spinale, m* ont assuré avoir perçu les courants, que je faisais passer par les nerfs de Fune on de Fautre de leurs extrémités, dans d'autres membres, notamment dans les membres paralysés.

Un des cas les plus remarquables est celui du menuisier TiiU affecté d'hémiplégie au côté gauche. En faisant passer un courant descendant dans la partie supérieure du nerf médian du bras gauche paralysé, le malade déclara en percevoir la sensation, comme un fourmillement, dans Findicateur de la main droite. J'interrompis alors le courant pour examiner dans ce sens une autre portion du médian située plus bas; mais cette sensation réflexe n'eut pas lieu, et il ne produisit que des fourmillements dans le domaine du nerf frappé par le courant.

S 5. — Effet» polaires du covrant constant.

On peut désigner par ce nom les effets qui ont lieu aux pôles^ et qui proviennent de Feutrée et de la sortie du courant. Ce sont donc ces effets qu*on regarde communément comme dépendant de la loi des secousses et des douleurs, et

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les inodiBcalions que le séjour des pôles produit sur la peau. V Prédominance du pâle zinc. — Avant tout, il faut mentionner un fait sur lequel Grapengiesser a seul insisté (1). Dans toutes les conditions, aussi bien au moment que pendant la fermeture de la chaîne, le pôle zinc a une plus forte action^ Grapengiesser cite à Tappui de son opinion les observations de Ritter. Mais ici le fait cité n'est pas applicable; car dans le mémoire de Ritter il s'agit de courants longitudinaux, ayant des directions différentes. Dans le livre de Grapengiesser, il n*y a de remarquable que cette observation^ d*après laquelle il se produit toujours au pôle zinc, quand on fait passer un courant par les deux yeux ou les deux oreilles, une plus forte sensation de lumière ou de son. J'ai eu occasion de constater l'exactitude de ce fait expérimental sur plusieurs individus sains et malades ; mais quand on considère les rapports anatomiques des nerfs de la vue et de l'ouïe, et leurs distributions périphériques, on pourra reconnaître qu'il pourrait bien s'agir ici d'effets provenant de courants ayant des directions différentes. La valeur de ces faits diminue encore plus, par les différences qu'on observe dans les effets transversaux, différences sur lesquelles nous reviendrons bientôt. D'après mes propres observations, je crois cependant pouvoir conGrmer l'opinion de Grapengiesser, sur la prédominance du pôle zinc. Si l'on applique les deux électrodes sur deux points qu'on peut supposer égaux par rapport à l'épaisseur de l'épiderme et à l'excitabilité de Texpansion nerveuse, l'application des électrodes étant prolongée, les malades désignent le pôle zinc comme étant le plus douloureux ; et lorsqu'on enlève les électrodes, les altérations de la peau au pôle zinc, dont je parlerai plus loin, confirment pleinement ces

(i ) Veriuche des Galvaniimut xur Heilung einiger Krankheiten anzuwenden, von G. J. G* GftpoigiefHer. Berlin, 1801, p. 47.

▲RT. II. — nPÉRlERGES PRÊUMIN. MÉTOODOLOGIQUES. 99

données. Ea un mot, les phénomènes (électrolytiques) sont plus prononcés au pôle zinc, ou du moins y sont plus perceptibles. Ce résultat est pins encore à Tabri des objections nombreuses qu*on peut faire auiexpériences sur le vivant, lorsqu'on applique deux réophores, de grandeur et d'humidité égales, Tun à c6té de l'autre, sur deux points du bras. (On fera pour le mieux, en les appliquant sur des nerfs cutanés parallèles.)

On sait que Porret en 1816 a découvert, et ce fait a été constaté depuis par Davy, que, dans Télectrolyse, des liquides peuvent être transportés d'un électrode à Tautre sans être décomposés. Ce physicien divisa un verre en deux, par un diaphragme de vessie animale ; il remplit les deux compartiments avec de Veau, et plongea dans chacun une plaque de platine, qu'il mit en communication avec une pile de 80 couples : presque tout le liquide fut poussé dans le compartiment négatif. Ce phénomène n'eut plus lieu dès que l'eau fut rendue plus-conductible (et plus décomposable] parTaddition d'acide sulfurique. Daniell l'a même vu se transporter du pôle positif au pôle négatif de Falbumine récemment précipitée (1). Ces recherches ont été poussées plus loin par Wiedemann, qui les résume dans les propositions suivantes (2) :

i • Les liquides se meuvent tous du pôle positif au pôle ivégatif de la pile galvanique ;

2* La quantité de liquide passant dans une unité de temps à travers une paroi poreuse , est en proportion directe avec l'intensité du courant employé; elle est indépendante de la surface et de V épaisseur de la paroi poreuse ;

3' La quantité de liquide guipasse, varie d'après la na-

(1) Joh. MûUer, Berichte Uber die Fortschrilte der Physik, t. I^ p. 433.

(2)Poggeiidorf, Armalen der Physik, i. LXXXVII, p. 321,elt.XCIX, p. 177 (1856, t. IX).

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iure du liquide^ et elle est d'autant plus grande que la conductibilité est plus petite ;

4" La force motrice du courant galvanique se mesure par une hauteur de pression qui tient en équilibre à la transportalion du liquide par lui-même, et se trouve en proportion directe avec l'intensité du courant et r épaisseur de la pa^ roiy et en proportion inverse avec la surface de cette paroi;

5*" Toutes choses égales bailleurs, la hauteur dépression dans les différents liquides est en proportion directe avec la résistance qu'ils opposent à leur transmission.

Ces résultats montrent donc que Tintercalation d'une paroi poreuse, à laquelle les tissus animaux peuvent être comparés, favorise la transmission du liquide du pôle positif au pôle négatif, et que la conductibilité des tissus animaux favorise d^autant plus cette transmission que cette première est plus petite; que cette transmission est plus énergique quand Télectrolyse est empêchée par la qualité des liquides ou des obstacles mécaniques, et que par conséquent, comme Wiedemann le soutenait contre Graham et d^autres physiciens, il était impossible de démontrer qu il existait un effet mécanique particulier différent de Teffet électrolytique (Chimique, et que ces deux effets se trouvaient être en une certaine opposition. Je ne déciderai pas ici ju8qu*à quel point on peut rapporter aux effets mécaniques du courant que je viens de décrire ici, les phénomènes électrotoniques découverts par Dubois-Reymond dans les nerfs. Je me contenterai seulement de faire observer que nous sommes libres d'expliquer les modifications plus visibles et plus périphériques du pôle zinc comme étant une conséquence des modifications qui ont lien à ce pôle, ou bien comme une conséquence de la transmission des liquides concomitant à l'électrolyse. Les exceptions à cette règle pourraient être expliquées par les différences que pré-

AIT. II. EXPËRIE?kCES PRÉLIMIN. MÉTHODOLOGIQUES. 10^

sente, aux points d*entrée et de sortie, la résistance de transmissioD, d'après la qualité et les sécrétions chimiques de la peau. La probabilité d'un transport de liquides, dans les tissus animaux enfermés dans une chaîne galvanique, ne renferme pas, à cause des influences de la circulation, la nécessité que des solutions médicamenteuses introduites dans le corps par un courant doivent marcher d'un pôle à l'autre , comme Fabré Palaprat et un très-grand nombre d'observateurs Pont cru et soutenu depuis cet expérimentateur.

Pelikan etSavelieff (1) nient cette transmission pour l'iodure de potassium et d'autres substances. Je n*ai pas réussi non plus, tout en prenant les plus grandes précautions pour me préserver d'erreur, je n*ai pas réussi, dis-je, à faire passer sur l'homme, d'un pôle à l'autre, une solution d'iodure de potassium. Une question bien plus difficife à résoudre est celle de savoir si le courant facilite le passage de substances médicamenteuses dans les liquides du corps. 11 faut observer ici que, sous l'influence d'un courant, toutes les parties de la peau du corps ne se comportent pas d'une même manière envers ce courant. Ainsi je me souviens que dans mes expériences, faites à l'hôpital de la Charité, à Berlin, en 1 846 J'arrivai, en badigeonnant la région inguinale avec de Tiode, à retrouver focilement cette substance dans l'urine, tandis quen opérant sur le genou, j'obtenais difficilement et même quelquefois aucun résultat. Je renvoie à ce que j'ai dit plus haut (page 77) sur l'entrée du courant galvanique dans le corps humain.

2" Excitation transversale. — Les observations sur l'excitation transversale des nerfs, dont j'ai déjà parlé plus haut,

(i) Desptrquets, Électricité médicale. Février 1858. Dans ce tra- ▼ail on constate la différence que j'ai déjà notée plus haut (p. 92) , c'est-à-dire, comment la peau humaine se comporte par rapport au papier- tournesol. Une confirmation analogue se trouve chez HifTelsheim. {Qax, des hôpitaux, 1858, n. 16.)

lOS CDAP. 11. — EXPÉRIE^XES SUR l' HOMME SAIN.

présentent encore bien des difficultés et des doutes. En faisant passer à travers les tempes de plusieurs individus un courant de 10 éléments de Daniell, j^observai, les réophores étant parfaitement égaux, en fermant régulièrement et alternativement des deux côtés la chaîne sur le nerf du muscle frontal, qu^à chaque changement de réophore du côté zinc, il se produisait non-seulement dans Tœil des phénomènes lumineux plus forts, mais encore une plus forte contraction dans le muscle. On peut chercher la cause de ce phénomène dans la prédominance du pôle zinc, dont nous venons de parler, ou bien encore dans la plus forte résistance de conduction de Tos frontal, résistance qui ferait dévier le courant le long de la peau du front, de manière à ce que le courant fût obligé de frapper dans une direction ascendante, c'est-à-dire plus excitante, le nerf qui fait contracter le muscle du côté zinc. Cette hypothèse prend plus de force et de consistance qu'elle n*en perd, parla circonstance suivante. Il se produit, lors de la fermeture de la chaîne, sur les muscles frontaux eux-mêmes, de semblables phénomènes décrits plus haut, mais à un degré plus faible après qu*un courant est entré et sorti plusieurs fois, et seulement dans cette région. Pour comprendre ce fait, il faut noter qu^il existe, comme je Tai démontré pour les interruptions de courants constants, la même loi que pour les courants induits, à savoir, que le degré de la contraction est proportionnel à la somme des fibres qui sont embrassées par le courant. Mais en ne considérant que la direction du courant, la contraction devrait être tout aussi forte, si les deux réophores (la direction étant ascendante] sont appliqués sur le point d*entrée et sur Texpansion d*un nerf, d'un seul muscle frontal, que si ce courant passait transversalement à travers les tempes ; bien plus elle devrait être plus forte, puisque, dans ce cas, la résistance se trouve être plus faible. Cependant ce fait n'a pas lieu, et la contraction

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est beaucoap plus forte en faisant passer transversalement le courant par les deux tempes. On pourrait encore admettre que dans ce cas, le courant frappe toutes les fibres nerveuses avec une densité plus grande et plus uniforme, et que, lors de Tapplication des réophores sur la paroi extérieure du nerf, il se produit des courants dérivés, qui, avec une densité plus faible, frappent les fibres nerveuses. Les difiérences de densités du courant peuvent à peine être invoquées ici en présence, d'une part, du faible diamètre transversal du nerf, et de la résistance encore active provenanl de la peau. 11 vaut donc mieux se rapporter a Texplication suivante : que Vexcitation transversale d^un nerf, toutes choses étant égales d'ailleurs, produit un efiet autre, c*est-a-dire un effet plus grand que rexdtation longitudinale. On peut à peine récuser cette explication, en voyant ce qui se passe pour les phénomènes lumineux qu*on produit si facilement, en faisant passer par la (été un courant constant. Peut-on savoir actuellement quels sont ceux des phénomènes qui se rapportent à Texcitation de l'encéphale, ou quels sont ceux d*enlre eux qui dépendent d*une excitation du nerf optique ou de la rétine? 11 pourrait à peine s^élever un doute, dans les conditions données de Texpérience, que toutes les fibres nerveuses, qui peuvent être intéressées quand Téclair se produit, ne soient frappées par une direction transversale du courant, à moins toutefois qu*on n'admette que les fibres du nerf optique dans Tintérieor de la base de l'encéphale, même n'ayant pas toutes une direction longitudinale, mais encore une direction rayonnante à l'extérieur, ne soient intéressées à ce phénomène. De semblables doutes pouvant être élevés par rapport au nerf acoustique, au sujet duquel Grapengiesser avait déjà mentionné la prédominance du pôle zinc, il serait nécessaire d'examiner le mode de réaction des nerfs des membres, mis en présence de ce pôle. Cet examen se complique déjà par la

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circonstance que le pôle zinc produit ordinairement des phénomènes locaux plus forts. En appliquant les réophores sur deux nerfs sensilifs, moteurs, ou mixtes, situés aux faces opposées d'un membre, et en examinant souvent les effets du courant et de ses interruptions, par rapport à la douleur et à la contraction, ce qu^on fait bien mieux en opérant sur soimême, il ne sera pas bien difficile de distinguer entre eux les effets produits sur les branches nerveuses, de ceux produits sur la peau, et de se convaincre, la distance des réophores restant toujours la même, qu*ici comme aux tempes, l'excitation transversale agit plus fortement que l'excitation longitudinale sur les fibres nerveuses. On peut donc établir la règle suivante : la fibre nerveuse est plus fortement excitée, quand elle est frappée par le courant venant de l'axe longitudinal du membre, que quand elle est frappée par le courant transversal pénétrant ainsi du dehors vers ce même axe.

En présence de tous ces faits, il reste cependant douteux, s'il se produit, dans la coupe transversale des fibres nerveuses, des états de polarité, par rapport aux directions de courant, conmie Ton sait que cela a lieu pour la direction longitudinale. Chez l'homme, on ne peut pas éviter complètement cette objection, qui ressort des faits cités plus haut, à savoir que l'excitation plus forte provient de ces courants dérivés qui, dans les conditions mentionnées, frappent dans une direction ascendante, les branches nerveuses terminales qui pénètrent dans la profondeur.

3"" Influence de Fangle d^incidence du courant dans V excitation longitudinale. ^^ Nous sommes arrivés à l'endroit le plus favorable de notre ouvrage, pour dire quelques mots sur l'influence qu'a sur le degré d'excitation l'angle sous lequel un courant électrique tombe sur l'axe longitudinal d'un nerf.

m. li. -^ nrtumcu piiumif. méthodologiques. i05

Oabois-Beymond (1) a rassemblé ses expériences et celles

îles «or ce si^et par GfilYaiii, Humboldt, J. MûUer (2), Nasse,

atteocd» Guérard. Gomme on peut se rimaginer, elles ont

uim rapport aux nerfe de la caisse de grenouille coupée, et

mtwt se résumer ainsi : « Qu'à la Yérité, la direction la [dus

difiTonlde à Texcitatioa des nerfs est la direction Terli-

cale do courant, à tel point que quand le trajet nerveux n*a

qa'wne certaine longueur, et qu'U est frappé verticalement •

k Witraction disparaît quelquefois complètement. »

Oiiu on antre passage (3), Datx>is-ReymoDd confirme,

WUDPe règle, la non-apparition de la polarisation dans Texci-

ition tranifenale ; il dit cependant un peu plus loin, page 359,

ne daiia ^ certaines conditions, l'excitation transversale pro-

«it et deaeontraetions et la polarisation.

On compiwd facilement qu'on ne peut pas faire ces expéiaoçâi sur Thomme comme sur des cuisses de grenouilles. dr fses demièrea, les fils humides conducteurs peuvent être ppliqués dans n'importe quelle direclion, sur les parois soil Ktomes, internes, ou opposées du nerf. Par centime, sur hommei on a Favantage d'avoir une paroi externe déterlioée, et qui reste, pour ainsi dire, dans une position fixe, se ronvant ainsi être toujours accessible à Faction du couint (4)* On devait à pdne s'attendre que, chez Thomme, angle d'incidenœ présenterait une certaine signification ; ans mes premières recherches, j'ai à peine pris ce point en onsîdération.

(1} UtOersuchungen Uberthierltche ElelUricitàt, 1. 1, p. 296 à 301.

(S) Mmnuel de Physiologie, Paris, 1851, t. II. p. 572.

(S) UiUermêchmgen ilter thieHioke ElMricitàty t. Il, p. 354.

(4) Cette paroi externe n'est pas tout à Csdl aussi 6xe qu'on pouritt le croire, par la circonstance que les fibres nerveuses, notamment iDiies nerb qu*on peut déplacer facilement, ont un cours tortueux, «eo lequel 11 fout toujours compter aussi dans les expériences sur

)9 nerft mr^parés.

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