‹ GalvanothérapieChapitre 25 sur 64 · HISTOIRE DE MES PROPRES EXPÉRIENCES THÉRAPEUTIQUES · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE MES PROPRES EXPÉRIENCES THÉRAPEUTIQUES

Non-seulement les expériences que j*avais faites surPhomme sain, m'avaient amené à douter de la vérité des opinions admises sous le rapport des effets paralysants du courant continu constant, mais encore elles m'avaient singulièrement familiarisé avec les moyens d'introduire dans les muscles et les nerfs les courants galvaniques, de manière à leur faire jouer le rôle d'agents excitateurs. De plus, ces expériences m'avaient encore procuré la mesure des forces de courant à employer, sans en incommoder le corps vivant. J'appris aussi à connaître l'innocuité de semblables influences, dans les limites tracées par la douleur même qui résultait de ces courants. J'arrivai à l'habitude de spécifler la série successive des courants employés dans les expériences sur l'homme, à noter leur effet visible ou sensible, et à réunir ainsi, comme résultat général, des matériaux capables de servir de base à une plus large expérimentation future.

La connaissance exacte du fait que les nerfs et les muscles de rhomme vivant répondaient presque avec la même exactitude aux questions les plus délicates de la physiologie et de la physique, question qui, depuis près de soixante-dix ans, avait toujours été adressée aux nerfs et aux muscles de la grenouille, par tous les expérimentateurs; cette connaissance, dis-je, promettait beaucoup pour l'avenir de l'électro-thérapie.

Il est vrai de dire que ce qui m'engageait le plus à continuer de semblables expériences, était l'opinion que j'avais été, pour ainsi dire, forcé de subir en poursuivant mes recherches sur les contractions galvano-toniques sur l'homme sain ; à savoir, que le courant continu, dans un certain degré facilement supportable, agit sur les organes centraux, et provoque, ou du moins entretient de là, par mouvements réflexes, des

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coDlraclions , même dans des groupes de muscles anta^o- Distiques.

Cette manière de voir qui , comme me l'oot démontré mes expériences et mes observations ultérieures, n'était pas fondée en tout poiat, en tant qu'elle s'appuyait sur les contracticuB gaWano-toniqnes chez l'homme sain , ne m'engagea nnUement à employer sans réflexion le courant constant dans des bats thérapeutiques; an contraire, cette opinion m'en faisait craindre jasqu'à un certain point son emploi, et atfermis- BÛt de plus en plus mon intention de ne pas entreprendre de suite des expériences thérapeutiques, mais à n'avancer que pas à pas dans la voie de l'expérimentation dans laquelle je me trouvais être engagé. De là viot que du mois de décembre 1855 à juillet 1856, je restreignis mes expériences à l'appllcation du courant induit sur des malades, tout en continuant mes essais, sur l'homme sain, des cfiels produits par le courant constant. J'agissais ainsi pour arriver, autant que possible, à résoudre tes problèmes que déjà présentaient, à l'étal nwmal, les effets visibles et perceptibles du courant constant.

Deux voies contribuèrent pour ainsi dire, contre ma vo l(Hité, à faire faire de très-rapides progrès à l'application thérapeutique du courant constant.

D'un côté , j'étais arrivé , par mes expériences physiologiques sur l'homme sain, à reconnaître qne le courant constant, loin ^affaiblir l'excitabilité dn nerf, V augmentait au contraire dans de certaines limite!). Ce tait se traduisait dans les nerfs sensilifs par l'augmentation de la sensibilité, même pour de moindres forces de courants, et dans les nerb moteors parla force des contractions momentanées, qui se produisaient à l'inlemiption du courant excitateur lorsque son action avait eu une certaine durée. D'un autre cAlé, j'avais trouvé que la focullé d'un muscle de se contracter à l'instigation d'un courant induit faible était augmentée par un

courant constant parcourant , pendant un certain laps de temps, le nerf de ce muscle. Ces deux découvertes ne se rattachaient évidemment qu*à Texcitabilité électrique des nerfs et des muscles.

Comme conséquences de ces deux faits énoncés ci-dessus, il était naturel de rechercher comment se comporterait, pendant et après Taction d*un courant tant induit que constant, la faculté de fonctions dun muscle. Mes essais sur le biceps dMndividus sains me firent admettre, comme à peine douteux, que, sous l'influence d'un courant induit modéré, la force de l'homme de surmonter une traction diminue, et que cette diminution se produit d*une manière plus évidente sous l'action du courant induit primaire que sous celle d'un courant induit secondaire ; tandis que, sous l'influence d'un courant continu encore supportable, cette diminution de la traction n*a pas lieu (1).

Vu la grande inconstance que les fonctions des muscles de l'homme montrent au dynamomètre, l'examen sur l'homme sain me parut donner à peine un faible espoir de réussir dans

(1) On soutient le coude d'un homme comme dans Texpérience rapportée (p. 69}, et on lui dit alors de résister par la contraction du biceps à une traction qu'on exercera sur l'avant-bras en saisissant la main.

Si maintenant on fait passer par le muscle, dans ce moment, un courant induit, on trouve que la faculté de pouvoir résister à celle traction diminue plus rapidement que si un courant constant, aussi douloureux que le courant induit , vient à passer quelque temps après. Il est plus facile d'abaisser le bras quand les chocs d'inductions sont plus rares que quand ils se succèdent plus rapidement. Depuis lors je n'ai pas eu le temps de répéter ces expériences.Weber a prouvé que Textensibilité des muscles de la cuisse de grenouille augmentait par les secousses d'inductions. Ce fait ne parait donc pas non-seulement se produire sur l'homme, mais, comme je le démontrai ailleurs, les chocs d'induction forment encore un obstacle à l'empire de la volonté.

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ks difficiles recherches pour trouver si la facullé de fonctions d'un muscle éprouvait, par l'action du courant induit, une perle durable, ou bien si elle gagnait une augmentalioa durable par l'action d'un courant continu constant. Je déclarai donc aux étudiants qui avaient eu l'obligeance de me livrer leurs bras pour ces essais en partie douloureux , et auxquels j'avais l'habitude de faire connaitre à l'avance les idées qui présidaient à ces expériences, que l'époque me paraissait être arrivée ofi il fallait examiner cette question physiologique par la voie thérapeutique, c'est-à-dire, en cherchant à agir sur des muscles paralysés ou affaiblis.

Cependant il n'était pas encore réservé à cette série d'expériences de donner naissance à l'emploi thérapeutique du courant constant. J'ai déjà mentionné plus haut (p. 5] un homme affecté d'hémiplégie, chez lequel, par l'emploi de courants induits, j'avais réussi à résoudre les coalractions des Sécbisseurs de l'avant-bras.

J'y étais arrivé en intercalant à la place du marteau de Neef, qui dans l'appareil de Dubois-Reymond produit l'intermption, un interrupteur particulier (que je nomme compteur de courant). Cet appareil a, sur mes indications, été fabriqué par MM. Siemens et Halske sur le modèle d'un cadran télégraphique. Il me permet, par la plus ou moins forte tension d'un ressort, de produire à volonté, dans une seconde, de 4 à 60 interruptions, qu'il est alors possible de compter sur le cadran (1). Je donnais au ressort de l'appareil une lension telle que j'obtenais dans une seconde 15 interruptions (par conséquent 15 chocs d'ouverture et 15 chocs de fermeture). J'y intercalais encore un changeur de courants, au moyen

(1) H. Siemens a décrit et représenté un appareil analogue Eervant de l>aicale ou de balance. (Poggeadort, Annale», 18S7, t. Cil. n 1,

duquel, à chaque seconde, je changeais la direction du courant. J'appliquais Tun des réophores sur les muscles fléchis* seursde Tayant-bras, et Tautre sur les muscles extenseurs, ou bien sur le nerf médian et radial, au niveau du pli du coude.

Quoique ces secousses d'inductions, qu'on pouvait compter et changer de direction, eussent agi peu de temps, la flexion et Textension de la main se produisirent bientôt alternativement, et, au bout de huit jours de ce traitement, les contractures rigides des fléchisseurs avaient disparu. La main, détendue, relâchée et flasque, pendait cependant sans que les muscles relâchés fussent soumis, en quoi que ce fût, à la volonté du malade. Déjà, à l'occasion de cette observation faite au mois de mars 1856, il m'avait paru vraisemblable que l'effet obtenu dans sa partie essentielle dépendait d'une paralysie ou d'un relâchement des muscles contractures produits par les secousses d'inductions, relâchement ou paralysie qui permettait aux muscles antagonistes se contractant régulièrement et alternativement de surmonter la résistance que leur opposaient les fléchisseurs (1). Ce point ne pouvait être examiné que sur un nouveau cas de contracture paralytique. Ce fut seulement le 13 juin 1856 que j'en trouvai l'occasion, M. le docteur Bergson m'ayant amené une malade affectée depuis deux ans d'hémiplégie avec contracture. Sur cette malade, ma supposition se confirma complètement. Efa faisant passer un courant induit, c'était un extra-courant , par les fléchisseurs contractures de la main et des doigts, je pus facilement ouvrir la main et l'étendre, mais ce relâchement des muscles ne persistait pas ; et, quant à la malade, elle n*en

{\) Je renvoie aux explications physiologiques (p. 118), où Ton trouvera indiquée ]a cause en vertu de laquelle, lorsqu'on change la direction du courant, les fléchisseurs et les extenseurs se contractent alternativement.

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avait retiré aucun aTanlage, n'ayaot aucune inQuence toIoqlaire directe, ni sur les muscles reiftchés , ni sur leurs antagODÎstes. Il était donc naturel maintenant d'examiner de quelle manière se comporterait, à l'égard des contractures paralytiques, le courant contiuu constant.

Le 22 juin, j'essayai pour la première fois, en présence de plusieurs médecins et d'étudiants, sur la malade indiquée cidessus, de résoudre les contractures an moyen de courants constants descendants (16 à 20 éléments de Daniell), iatrodoits dans les nerfs des fléchisseurs contractures pendant ea- TÏroa une minute. L'effet en fut surprenant et entièrement opposé à celui produit par le courant induit. On n'eut pas besoin d'exercer ane extension en sens opposé pour effectuer le relâcberaent du muscle frappé par le courant. Le ramollissement da muscle-, par exemple du grand pectoral , put déjà être aperçu au toucher pendant l'action du courant ; et, après que l'on eut enlevé les réophores , la malade put élever le bras autant que le relâchement du grand pectoral le lui permettait. En même temps apparut l'influence de la volonté sur les muscles délivrés de la conlraclare, Ce dernier fait pouvait £tre expliqué par une action locale du courant sur les nerfs et les muscles, sons avoir besoin de recourir à l'aclion des centres nerveux. Mais cependant , comme la malade avait en même temps recouvert plus d'empire sur les muscles antagonistes, je crus devoir rapporter ce deuxième fait à une action des centres nerveux, parce que le reiâchenieat'd'un muscle contracture, produit d'une part par le courant induit et par une traction, n'avait pas procuré à son muscle antagoniste une telle augmentation de mouvement volontaire (1). Cependant mon

(1) J'avoue qu'alors je n'avais pas encore port^ mon attenlion sur les effets qui proviennent de l'introduclion d'un courant par le cdté opposé d'un membre dans les nerfs et )es muscles de ce memlire, et

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attention fut délournée alors , pour le moment , de cette circonstance importante par la difQculté de ramollir et de soumettre à la Tolonté, par de semblables courants, les muscles extenseurs antagonistes aussi, qui se trouyaient à leur tour dans une sorte de tension outrée (contracture], comme d'ailleurs on pouvait facilement le faire voir par la courbure passive de Tavant-bras et de la main paralysés.

Après bien des tâtonnements, je finis par reconnaître que, dans ce sens, la direction du courant jouait un grand rôle, pour arriver au but indiqué ci-dessus ; que les muscles de Tépaule, par exemple» qui se trouvaient du côté de la flexion étaient délivrés plus facilement de la contracture, et soumis ainsi plus vite à la volonté par Tinfluence de courants descendants. Je publiais bientôt ce résultat dans un travail : De la résolution de contractures paralytiques au moyen du courant galvanique constant (1), travail qui représente la première étude physiologico-thérapeutique faite dans ce domaine.

Celui qui lira ce travail verra avec quelle timidité ce sujet a été traité. Si le courant constant a la puissance de résoudre les contractures hémiplégiques et de soumettre les muscles à la volonté, il est évident quMl est le moyen qui, dans des circonstances favorables, guérit ces mêmes paralysies, pour le traitement desquelles, de l'aveu même de M. Ducbenne, le courant induit est non-seulement inutile, mais même préjudiciable (2).

Mais j évitais alors à dessein de faire entrevoir à mes lecteurs cette perspective, parce que je ne voulais pasm'engager dans des travaux que cette indication m'eût, pour ainsi dire,

dont j'ai parlé à la suite des expériences thérapeutiques ultérieures, dans la partie physiologique de ce livre (p. 71, 79).

({) Deutsche Klinik, 1857, no 28.

(2) De Vélectrisation localisée, p. 721 .

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inipoeés. Je fus cependanl bientôt entraîné plus loin que je ne l'eusse Toolu. J'étais curieux de vmr d'abord comment se comporteraient, à l'égard des extenseurs et des fléchisseurs, lesobserrations que je viens de rapporter snr l'action Ihérapentique différente de la direction des courants, observations qui rappelaient celles de Ritter, si combattues de son temps par d'antres physiciens, et que j'eusse TÎTcment désiré voir se reproduire dans d'autres maladies analogues. Je n'eus pas le bonhenr d'avoir à traiter, aussi promptement que je l'eusse désiré, des malades de ce genre. Le 13 juillet 1856, M. Rombergeot l'obligeance de m'amener nue fille de vingt-sept ans, affectée depuis son enfance d'un spasme des muscles du bras droit, forme de maladie que je décrirai plus loin, en ayant ol>> serve plusieurs cas, et qu'on nomme communément chorée ^ar/te//e (cborea partialis) (1).

L'extension et le soulèvement du bras malade, notamment aussi la main,' étaient difficiles et restreints; les doigts de la main s'agitaient continuellement, et ce mouvement semblait en tons points pareil à celui qu'on exécute avec les doigts quand on compte de l'argent. Ces symptômes me parurent différencier essentiellement les contractures que j'avais sous les yeux de celles que Von observe d'ordinaire dans les hémiplégies, et me Brent à p«ne espérer un résultat favorable de l'action qn'on pouvait en attendre en les soumettant aux effets d'un courant constant. Je déclarai immédiatement mes doutes à H. Romberg lui-même et à d'autres praticiens présents à l'expérience. Qu'on juge donc de combien ma confiance dans les actions du courant constant a dû croître, quand je vis de nouvean le résultat plus que favorable quej'obUns

(1) J'espère pouvoir démontrer plus loin que cet état e^t la conséquence d'une tiémiptégie cérébrale double, frappant la même moitié du corps, et je déilgneni donc cette maladie sous le nom A'hémifUgiidoubh tpatmodiqutfJtemijJegia duplicata Mpaitiea).

dans cette nouvelle circonstaDce. En peu de jours, et par remploi analogue chez celte malade de courants constants sur les nerfs et les muscles, je pus observer une rémission visible du spasme et se développer des mouvements volontiers plus libres du bras et de la main. A cette occasion encore je fortifiais à nouveau ma conviction, déjà acquise, d*une certaine influence du courant sur les organes centraux ; que ce courant avait la faculté d'augmenter Tinfluence de la volonté sur les muscles paralysés el de résoudre les contractures des muscles antagonistiques, c'est-à-dire que, en un mot, le courant rendait aux voies nerveuses leur propriété normale de recevoir les impressions de la volonté. Je commençais à dessein, chez cette malade, le traitement, en faisant passer des courants continus ascendants par le bnas et Tépaule du côté de Textension; j*eus le bonheur .de voir bientôt que cette fille pouvait soulever avec une certaine énergie le bras, et que les muscles antagonistes qui, antérimirement, étaient si durs et si résistants, qu'ilsreodaieiit impossible le soulèvement du bras» et que Textension, même en employant de fortes tractions, ne pouvait avoir lieu; que ces muscles cédaient maintenant à l'influence de la volonté «t qu'ils se ramollissaient.

Il est vrai qu'il était permis de supposer que Texcitation pouvait être communiquée aux fléchisseurs du bras par des courants dérivés; mais cette supposition tomba d'elle-même, quand je vis que la direction de courants qui augmentait l'empire de la volonté sur les muscles de Tépaule du côté de Fextension, restait presque sans aucun effet sur les nerfs du côté de la flexion.

* Ce fait, à la vérité, ne réfutait aucunement le soupçon qu'on pouvait avoir à l'égard des effets que produisent les courants dérivés quand ils frappent les troncs nerveux qui passent entre les muscles de Tépaule. Contre mon attente, je me trouvais ainsi de nouveau transporté sur le terrain des mêmes

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eipériences physiologiques que j'avais entreprises peu de temps auparaTsnt sur l'homme sain, et que j'avais disconlinoées sans oser en faire uu emploi thérapeutique; je veux parler des contractions galvano-toniques des muscles, décrites plas haut. On se rappelle que j'avais interprété ces conlracliuiB comme devant être des phénomènes réflexes. Comme dans ces expériences thérapeutiques j'ohsêrvais des phénomines qui ne me paraissaient [loiivoir être expliqués aussi que par une action réflexe des organes centraux, il en résulta que je rattachais ensemhle ces deux séries de faits observés, sans pourtant ne pas me cacher qu'il était possible qu'ils prissent luisBancfl de deux causes différentes. Avant tout, il me restait robtigalÎM) d'examiner jusqu'à quel point s'étendaient mainlenaDt ces supposés effets centraux du courant constant. Cet examen ne pouvait se faire qu'en agissant sur un trèsgrand nombre de malades ; et comme mes honorables confrères étaient à peine en étal de m'en procurer quelques-uns, cette cal^orie de malades, ne cherchant aucun secours dans l'art, je résolus, un peu contre moi-même, de recourir i la voie des journaux, ce que je fis dans les derniers jours de juillet.

Parmi les premiers malades qui répondirent à cet appel, il s'en trouva plusieurs qui, depuis de longues années, souffraient de faiblesse invétérée, par cause ou rhumatismale ou goutteuse des muscles de l'épaule, avec contraction des antagonistes de ces mfimes muscles, et qui, par cette raison, se trouvaient hors d'étal de pouvoir soulever le bras. Comme je l'ai aigris par des recherches comparatives ultérieures, ces étals pathologiques ne sont autre chose que des restes de douleurs rtinmalismales antérieures, ou des restes de pseudo-ankylotes, qui se guérissent penà peu, par \h seule force de la na ture, laissant à tout jamais les muscles, devenus atropbiqnes par leur inactivité, dans un étal croissant de faiblesse.

Dans des cas de ce genre, je réussis quelquefois à rendre libres les mouvements du bras d*une manière si complète, que cet effet si prompt se soutenait toujours, et qu'une seule séance de cinq minutes, pendant lesquelles je faisais passer, suivant Tindication donnée plus haut, des courants provenant de 20 ou 30 éléments, par les muscles de Tépaule, guérissait instantanément le malade. Ce sont là des « contrdctures rhumatismales j » desquelles j'ai déjà parlé dans un travail, et dont la résolution appartenait déjà alors aux résultats que j'obtenais journellement (1).

Je ne relèverai ici qu'un cas de ce genre de mon journal :

Henriette Paul (n° 19), âgée de quarante- neuf ans, femme d'un tisserand, mère de sept enfants, actuellement très-maigre, et d'une constitution étiolée, parait avoir plus que son âge. Depuis dix-sept ans elle souffre de vives douleurs dans les pieds et dans les bras; articulations tuméfiées, principalement aux doigts ; amaigrissement, tremblement des membres, faiblesse des reins; en la déshabillant, on constate un tremblement et une atrophie des muscles des deux bras et des deux mains ; il existe des contractures des fléchisseurs depuis Tépaule jusqu'à la main ; les bras ne peuvent être soulevés qu'à la hauteur horizontale; l'extension est très-limitée, par suite de la contracture des biceps. Elle nous assure que, dans cet état, elle ne peut se livrer à aucun travail dans son ménage, qu'elle a besoin d'une personne pour se vêtir et lui donner à manger.

Le 25 juillet, en présence de plusieurs praticiens, je fis passer de la manière suivante un courant de 15 à 18 éléments par les muscles de Tépaule et du bras :

1° Des nerfs thoraciques au nerf circonflexe de Vé^ paule ;

(1) Deutsche Klinik, 1856, n* 35.

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2* Des nerfs thoraciques au muscle deltoïde antétneur ;

3* Du deltoïde postérieur au nerf circonflexe y dans la fosse suS'épineuse.

Tous ces courants étaient ascendants.

4^ Le soulèyement du bras est déjà plus facile et s'opère a^ec moins de tremblement.

Je fis alors passer :

5*" Un courant ascendant par le muscle triceps;

Et 6"" un courant descendant par le biceps. Après ces diverses épreuves, la malade put élever son bras à une hauteur telle qu'elle nous assura n'avoir pu atteindre depuis dix-sept ans.

Lie lendemain, Henriette Paul vint nous revoir, et nous affirma qu'elle avait pu se coifier de la main droite elle-même, ce qui ne lui était pas arrivé depuis dix ans, et qu'elle pouvait porter à sa bouche une cuiller sans trembler.

J'institue le même traitement aux muscles de l'avant-bras et de la main, ce qui procura entre autres à la malade, la faculté de pouvoir écarter les doigts, qui jusqu'alors étaient restés immobiles et presque soudés les uns aux autres, par suite d'un état de contracture des interosseux.

Le 27 juillet, le mouvement du bras droit est libre comme hier, et le bras gauche se trouve dans son état antérieur, c'est-à-dire que son élévation n'est possible que jusqu'à la ligne horizontale , et que l'extension de l'avant-bras et de la main est très-limitée (1).

J'entreprends le bras gauche (en présence de M. le docteur Bergson, Galewski, Klaatsch, WolfT, etc.) de la même manière et avec le même succès. Le 25 juillet j'avais attaqué le

(1) M. Rasche, dessinateur très-habile, a relevé par un dessin l'état remarquable de celte femme. Ce dessin la représente pendant que le bras droit est soulevé très-haut^ tandis que le bras gauche^ par suite des contractures^ se trouve dans une position très-caractéristique.

bras droit. Actuellement la malade peut porter ses deux bras sur sa tête.

A cette occasionne remarquai pour la première fois alors, que la partie supérieure au thorax, aplatie et très-amaigrie, ne changeait pas de forme au moment des mouvements inspiratoiresy et comme je supposai que cette immobilité pouvait bien reconnaître pour cause une rigidité et une contracture des muscles pectoraux et intercostaux, je fis passer de chaque côté, à gauche et à droite, environ à la hauteur de la troisième et de la quatrième côte, un courant de 12 éléments de Daniell, des nerfs thoraciques (fosse sous-claviculaire) au muscle grand pectoral. Ce procédé rendit T inspiration profonde et libre, de sorte qu'on put voir se vousser la partie supérieure de la poitrine (1).

Je continuai à traiter aussi les muscles de Pavant-bras et de la main du côté gauche, et le 18 août après huit séances, j'eus la satisfaction de voir l'état de la malade amélioré à un tel point qu'elle put reprendre ses travaux de ménagère. Je suspendis cependant alors le traitement en présence des tuméfactions goutteuses des articulations^ parce qu'à cette époque je n'étais pas encore arrivé à appliquer le courant galvanique à de semblables affections.

De si rapides guérisons de paralysies invétérées amenèrent à ma clinique un grand concours de malades atteints d'afieclions diverses. Dans beaucoup de ces cas je ne pus cependant que leur attribuer une valeur thérapeutique restreinte, car je n'avais en somme soumis à la volonté que des muscles qui par des causes périphériques avaient perdu quelques-unes de leurs facultés de fonctions. Peut-être même dans beaucoup de ces cas serait-on arrivé aux mêmes résultats, en employant le chloroforme pour ramener la contracture des muscles, ou

(1) Voir plus haut, p. 13S.

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