‹ GalvanothérapieChapitre 26 sur 64 · THÉRAPEUTIQUES ANTÉRIEURES · texte numérisé non relu

THÉRAPEUTIQUES ANTÉRIEURES

bien encore par remploi de courants induits, quoique plus lentement, à réveiller l'activité des antagonistes.

Cependant le 25 juillet 1856, j*eus à traiter un malade dont l'observation certes avait droit à une plus grande signification, car nn médecin très-habile dans l'application de rélectricité avait échoué complètement sur ce malade en employant les courants induits. C'était le nommé Friedrich Specht, fendeur de bois, âgé de 49 ans (n. 18) (1).

Il y a un an, pendant qu'il aiguisait sa scie, il fut pris d'une crampe et d'une courbure persistante (contracture] du médias de la main gauche. De ce dmgt, la crampe et la contracture s'étendirent aux autres fléchisseurs du bras gauche jusqu'à l'épaule. Il éprouva en même temps dans toutes les fibres musculaires du bras gauche des contractions ou plutôt des mouvements ondulatoires. Depuis la Noël un semblable état s'était développé peu à peu sur le bras droit, toutefois avec cette différence qu'ici la maladie débutait par l'épaule et allait en progressant vers les doigts. A partir du mois de février ou de mars le malade observa sur le côté gauche un amaigrissement notable des chairs de la main, s'étendant de la région hypothénaire jusque vers l'épaule, et depuis environ quatre semaines un semblable travail s'efiectue sur la main et le bras du côté droit. La sensation est normale dans les deux bras, ils n'ont aucune force et le malade ne peut s'en servir. Il lui faut un aide pour s'habiller ou se déshabiller. En le déshabillant, je vis se produire dans tous les muscles du cou, des bras, de la poitrine et du dos, un mouvement fibrillaire alternant et changeant si rapidement, qu'il m'était impossible d'en constater une certaine loi de régularité, quoique quelquefois une telle loi puisse se présenter.

(1) Pour ce malade déjà traité dans la clinique du professeur Romberg (de Berlin), comparez la thèse inaugurale*de Marcuse : De atra^ pMa progremva.heriAM, 1856.

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Ce mouvement fibrillaire est plus rare et plus faible dans les muscles de rabdomen et des cuisses. L* atrophie des muscles du bras confirme pleinement les dire du malade, le long supinateur seul est fortement développé/se trouvant être moins frappé par Tatrophie que les fléchisseurs et les extenseurs de Tavant-bras, qui tous présentent cet aplatissement caractéristique des muscles affectés d*atrophie musculaire progressive. Le soulèvement ainsi que le mouvement en avant et en arrière du bras gauche est très-restreint, à cause de la faiblesse du deltoïde et de la contracture des antagonistes qui ne cèdent à aucune traction. A droite, il existe un état semblable, mais bien moins prononcé. En présence de plusieurs praticiens, de MM. Bergson, Eulenburg, Klaatsch et autres, je fis d*abord passer à droite, selon la manière ordinaire, à travers les muscles de Tépaule un courant de 15 éléments de Daniell; pendant cette manipulation les courants ascendants développèrent des contractions d'ouverture (signes d*une excitabilité augmentée d'une manière anormale), et l'on remarque que les mouvements en tout sens du bras sont devenus plus faciles. L'effet produit par de semblables courants est rendu encore bien plus visible^ en faisant passer un courant à travers le grand pectoral (en suivant le trajet du nerf musculaire). Le malade soulève ses deux bras et les croise sur sa tête, ce qu*il nous dit n*avoir pas exécuté depuis plus d'une année ; il peut cependant lever plus haut le bras droit que le bras gauche. Ce n'est que le jour suivant qu'une semblable application du courant continu rétablit entre les deux côtés une parfaite égalité.

Le 28 juillet, je fais passer encore des courants par les muscles pectoraux, et dans le procès-verbal du 31 juillet se trouve la note suivante (écrite par le docteur d'Orelli) : « Le (( soulèvement du bras s'opère mieux, avant-hier le malade

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« a fendu une voie de bois, ce qui depuis longtemps lui était a impossible, la hache lui tombant à cbaque instant des < mains, n Je fis passer alors le courant par les muscles de la maio el des doigts ; ce qui facilita de beaucoup leur exteauon. Le 2 août : « Hier le malade a fendu tout seul deux a: voies de bois, le mouvemeat fibrillaire n'est plus si pro- « Doncé. »

Pendant plusieurs mois le malade ne se présenta plus à ma consntlalion, voulant e( pouvant jouir actuellement de sa jonrnée de travail I Je reviendrai plus lard encore sur la marche ultérieure decetle maladie. Si j'ai cité ce fait, j'ai voulu . dire qu'il engagea à des expériences ultérieures dans ce sens et montrer que ce beau résultat confirmait suffisamment la puissance qu'a le courant continu d'augmenter les fonctions des muscles atrophiés et paralysés, même dans des paralysies et atrophies pour lesquelles une origine centrale peut à peine âtre mise en doute. Déjà pendant te traitement de ce dernier malade j'avais cru observer que les contractions d'entrée et de sortie, qu'on peut à peine éviter à cause de la grande excitabilité des muscles, affaiblissaient leurs fonctions musculaires ; et que l'eSêt du courant continu était d'autant plus favorable que l'on cherchait autant que possible à éviter la contraction, co qu'on pouvait obtenir en choisissant un courant convenable qu'on faisait entrer et sortir de la partie afiectée en employant une extrême prudence et une grande douceur. Je fis bientôt celte même remarque sur d'autres malades affectés des paralysies les plus diverses. Comme aussi à cette époque je réussis en employant exclusivement les courants continus, el évitant les contractions momentanées, à faire disparaître en dix séances un reste de faiblesse dans le bras et la jambe d'un individu affecté depuis quatre ans d'hémipl^e, j'eus la profonde conviction que le it continu était appelé à prendre une lai^ part, et à

acquérir une valeur thérapeutique certaine dans le traitement des paralysies en général.

Dès- lors je portai toute mon attention et mes soins à la résolution des questions suivantes :

l"" Quelles sont les paralysies qui sont en général susceptibles d'un tel traitement?

2' Quels sont, dans les différentes paralysies, les nerfs qu'il faut exciter par le courant continu? Sont-ce les nerfs musculaires ou nerfs sensitifs (dans le dessein de provoquer une action réflexe], ou les troncs nerveux mixtes eux-mêmes? \

3"* Quelle force et quelle durée doit-on accorder à l'excitation?

4"" Quelle est, selon les diGEérents buts qu'on se propose; la direction des courants la plus convenaUe?

S"" La direction de courant dans un sensv ou celle dans deux sens (alternatives de Volta) est-elle plus efficace dans tous ou seulement dans quelques cas ?

Toutes ces questions se compliquèrent encore par Toccasion que j*eus, en quelques semaines, d^observer, de la manière la plus évidente, que, dans 4e oerlaiÉes conditions, les courants continus guérissaient aussi des névralgies, des anesthésies, certains spasmes, comme les mouvements choréiques, par exemple le tremblement àes muscles, même certains états de iabes dorsalis, et certains cas d'atrophies musculaires. De même qu^il est difficile ou plutôt impossible de raconter, après une bataille, ce qui est arrivé de particulier à chaque combattant, et de rattacher ensuite tous ces faits épars à l'issue générale du combat^de même il m'est complètement impossible aujourd'hui, pour pouvoir répondre aux questions que je m'étais posées plus haut, de tracer un historique des mille expériences que j'ai instituées sur plus de deux cents malades atteints d'affections les plus diverses, depuis le 25 juillet jusqu'à la fin d'août 1856. Tout ce que je puis dire, c'est

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qn'aa milieu des efiels curatîfs les plus dÏTergentis en appareoce, je ne perdais jamais de vue la pensée conductrice qui animait ces travaux presqu'au-dessus de mes forces, à savoir : l'examen de l'hypolhèse physiologique ; jusqu'à quel point s'étendaient les effets curatîfs sur les centres nerveux du courant continu. Au commencement du mois de septembre, je quittai Berlin pour un voyage d'agrément. D'Oslende je me rendis à Paris, oii, le 22 septembre, je fis une commonicatioo à l'Académie des sciences, sur l'action physiolt^iqne et thérapeutique des courants continus dans le traitement des maladies des nerfs et des muscles (1).

Cette communication faisait entrevoir les expériences dont je m'étais occupé, les résultats obtenus, el surtout les points de vue qui me guidaient dans ces recherches. On peut voir, dans ce travail, que je n'indiquais pas les diOërenles parlicniarilés de ma mitAode, pour l'application du courant continu, afin d'obtenir les résultats décrits plus baul. Je prévoyais qu'il était impossible que l'action continue Sùl le dernier et le seul mot du courant constant, et. dès lors aussi, je regardais comme très-osé de livrer à la publicité une méthode aussi imparfaite, surtout quand je savais que tontes mes expériences devaient être en partie reproduites par d'autres médecins. C'est aussi pour cette raison que je choisisdevant la commission nommée par l'Académie, et composée de HM. Andral, Rayer et Veipeau, d'entreprendre pour la démonstration- des faits énoncés dans ma communication, la résolution de contractures rhumatismales, sur lesquelles je possédais déjà alors une plus grande expérience. Il me fut très-difficile d'établir d'une manière convenable la préparation de ces expériences. M. Rayer eût désiré me les voir en-

(t) Sur Vaction physiologique et thérapeutique du courant, elc {Comptes rendut de l'Académie if» 5ci>nc». Septembre ISS6.)

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treprendre dans les salles de la Charité. Mais là se présenta la grande dirBculié pour établir une pile dans les salles, et d*y trouver un nombre suffisant de malades. Je dus à l'obligeance de MM. Despretz et Rayer, la facilité de me servir de trente éléments de Daniel, parfaitement conservés et entretenus, du laboratoire galvano-plastique de M. Hulot, employé supérieur de la Monnaie impériale, et, de plus encore, il me fut accordé une pièce dans cet hôtel, qui, quoique petite, pouvait toutefois servir à recevoir des malades. Restait la difficulté de me procurer des malades. MM. Cazalès et Moissenet eurent Textrême obligeance de passer en revue toute la Salpêtrière, hospice qui, comme chacun le sait, est spécialement réservé aux femmes. Mais ils rencontrèrent parmi ces dames une violente opposition, et même quelques-unes crièrent au blasphème quand on voulut les engager à se laisser guérir dès différentes contractures qui les affligeaient depuis de si longues années, et pour lesquelles elles paraissaient avoir acquis un véritable amour. Je pus à peine engager deux jeunes personnes à venir se faire soigner à Thôtel de la Monnaie. Je n'oublierai jamais, et je les en remercie ici, l'extrême bienveillance que me montrèrent M. Davenne, directeur général de Tassistance publique, et M. Blot, directeur de la Salpétrière, présents tous deux à cette visite, et qui me permirent de faire transporter à la Monnaie les malades que j'avais choisies. Malheureusement, un examen plus approfondi fit voir que chez l'une de ces deux malades, les contractures de la cuisse provenaient d'un foyer purulent existant dans le bassin, et que, chez la seconde, il y avait encore dans la cavité de la moelle un exsudât non encore résorbé. Ces deux cas étaient donc complètement impropres à servir à une démonstration des effets rapides du courant. Je m'adressai alors au Bureau central des hôpitaux, dont les services étaient ^dirigés à cette époque par MM. Broca et Follin. Ces confrères

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me permirent d'examiner les malades qui passaient dans ce service hospitalier, avant d'être dirigés, chacun selon l'aCTec- Uon dont il était atteint, dans les diflérents hôpitaux de la ville. Ce ne fut qu'à la consultation gratuite de l'bApital Saint-Louis que je pus trouver une douzaine de malades affectés de coniraclures un de douleurs rhumatismales.

Le premier cas était un homme aOecté, depuis de longues années, de douleurs rhumatismales, et qui était incapable d'élever le bras jusqu'à la ligne horizontale.

Je commençai mes expériences, le lundi 2S septembre, devant M. Rayer seul. H. Andral étant malade, et M. Velpeau a;ant été obligé de quitter Paris, M. Rayer, représentant la commission, pria MM. Brovrn-Sequard et Pasquier, présents tous deux, de vouloir bien y assister.

Je fis passer alors, de la manière ordinaire et pendant environ 5 minutes en tout, un courant de 15 à 20 éléments de Daniel, à travers les muscles de l'épaule; et, comme je l'avais prédit, le malade put immédiatement lever son bras e( le placer sur la tête. M. Rayer déclara en ma présence qae, pour lui , l'effet du courant continu était jodubitahle ; et M. Brown-Sequard me répéta plus tard que M. Rayer lui avait dit avMr été très-satisfait du résultat de l'expérience. Le même jour, H. Pasquier m'adressa une malade atteinte de contracture, m'assurant dans sa lettre que, d'après les effets dont il avait été témoin, le courant continu ne pourrait qu'être Eavorable'dens le cas qu'il m'envoyait.

Le jour suivant, je continuai mes expériences sur mes malades, en présence de plusieurs praticiens, à l'effet de les mettre à même de juger, et de leur donner une idée du mode d'emploi du courant constant. Je les prévins que pour quelques-uns de ces cas, l'eBel ne serait pas si immédiat, et qu'ils étaient peu propres à servir à la démonstration des actions si rapides dont j'avais été si souvent témoin. J'ai le regret de le

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dire ici, la critique un peu amère, et peut-être peu courtoise^ dont j'ai été le sujet dans la Gazette hebdomadaire dirigée par H. Dechambre (1), a eu une très-grande influence sur les essais ultérieurs, qui eussent certes été entrepris en France. De plus, cette critique fournit aussi d'excellents chapitres de diatribes à mes ennemis de Berlin , et surtout à la Gazette hebdomadaire de Vienne.

J'acquis tout d'abord, à mon retour en octobre, à Berlin, la profonde conviction que les différents résultats que j'avais obtenus sur mes malades, en juillet et août, ne s'étaient nullement démentis dans les cas où le succès avait été complet, et que même des résultats incomplets, comme ceux que j'avais obtenus dans les hémiplégies ne s'étaient pas dissipés.

Dès lors, je reconnus que le courant continu n'était pas seulement, comme on pouvait le craindre, un excitateur passager f mais que dans de certaines conditions et dans de certains cas il imprimait aux nerfs, aux muscles et en apparence aux organes centraux eux-mêmes, un effet durable et persistant, qui plaçait ces organes dans un état tel, qu'ils étaient obligés d'obéir à la volonté, d'une manière à la vérité toujours encore anormale, mais qui déjà cependant tendait à se rapprocher de plus en plus de l'état normal lui-même.

Cette découverte était d'une valeur inappréciable, par la raison qu'il m'était de toute impossibilité de traiter chaque jour tous les malades, dont le nombre allait en croissant. Ajoutez à cela que le développement des méthodes à employer offrait encore de très-grandes difficultés. 11 régnait une certaine inquiétude au sujet des effets nuisibles que produisait le courant galvanique. Au commencement de ce siècle, dès les premiers temps de la pile de Voila, où l'on faisait

i (1) Gazette hebdomadaire de médecine. Paris^ 1856^ n'' 40, avril et mai 1857.

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