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THÉRAPEUTIQUES ANTÉRIEURES. J9.S

passer à travers le corps de très-forts courants, les praticiens d*abord s'étaient formé les idées les plus confuses et les plu9 erronées sur les dangers que présentaient de forts courants. Quoique souvent sur moi-même j'eusse occasion de reconnaître combien peu cette opinion était fondée, on doit pourtant s^imaginer que dès le début de mes expériences thérapeutiques j'étais très-craintif dans l'emploi de courants d'une certaine force. Cette crainte ne devait pas échapper à certains malades très-observateurs et contribuer ainsi à les éloigner. D'autres circonstances vinrent encore entraîner le progrès de l'application des courants continus. La première observation que j'avais faite et qui portait sur la résolution de contractures paralytiques, m'avait montré que les effets du courant continu, quoique ne dépassant pas une certaine mesure, pouvaient cependant se manifester assez subitementy dans leur juste et rationnel emploi même.

Tout d'abord je partis de ce point de vue, que dans toutes les expériences ultérieures, le résultat devait toujours être un résultat immédiat quoique restreint^ et je résolus de ne pas abandonner celte série d'expériences avant d'être arrivé à les avoir complètement développées.

Dès qu'un malade entrait en traitement, j'employais sur lui les forces et les directions de courants qui s'étaient déjà montrées utiles dans des cas analogues et que je trouvais toujours cofnsignées dans mon journal. Si au bout de quelques séances j'avais acquis la certitude de l'inutilité de cette manière d'agir, j'examinais alors comment les nerfs et les muscles de la -partie affectée se comportaient à l'égard du courant, et je cherchais d'autres combinaisons.

Obtenais-je la moindre amélioration, par cette voie nouvelle, quelque légère qu'elle fût, je cessais tout traitement, pour voir si le mieux se soutenait; si l'inverse avait lieu, ce qui parfois arrivait, c'est-à-dire si les courants employés

avaient aggravé Tétat du malade, je cherchais à rétablir le statu quOy ou bien encore j'attendais alors, pour m'assurer si l'aggravation continuait à persister. En tout cas^ il sera facile de comprendre qu'alors que ma méthode se trouvait encore être à son début ; les raisons les plus diverses m'engageaient à ne continuer le traitement que quelques minutes étale disposer de manière que plus tard, en comparant Taction à l'effet, je pouvais arriver a obtenir un résultat aussi clair que possible, et qui fût à même de faire progresser la méthode.

H fallut pour arriver à ce but, que je constatasse avec une craintive exactitude l'état actuel du malade tant avant qu'après le traitement, et sauf erreur, le résultat n'avait une valeur réelle que lorsqu'il se reproduisait très-souTent dans des conditions analogues ou à peu près semblables. Comme on peut le concevoir, je ne manquais pas de recourir aux contre-épreuves, afin de m* assurer si dans certains cas, où Ton avait appliqué méthodiquement le courant continu et où l'on avait réussi, on aurait pu arriver à ce même résultat en employant le courant sans aucune méthode. Jamais cette dernière supposition n'a pu être confirmée.

De même une personne, en parcourant journellement sans méthode et sans ordre les touches d'un piano, ne peut devenir pianiste, quoique par hasard il lui arrive de produire quelques sons harmonieux ; de même aussi, on ne peut obtenir aucun résultat thérapeutique dans les maladies des nerfs et des muscles, si l'on n'examine pas graduellement et méthodiquement les effets du courant, et si, réunissant ces effets isolément obtenus en un faisceau, on ne les approprie pas à une action d'ensemble thérapeutique.

J'acquis bientôt la conviction que la méthode expérimentale était absolument nécessaire, non-seulement pour le développement de la méthode elle-même, mais encore pour le résultat thérapeutique de chaque cas en particulier. Car dès

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que je quittais cette voie» soit à cause du trop grand nombre de malades^ ou bien par la présence de médecins désireux de Yoir et de sMnstruire, et que je ne consignais plus sur mon journal le mode d*emploi et Teffet correspondant (car mon journal contient non-seulement Thistorique de toutes les maladiesy mais aussi celui de tous les traitements], j*eus toujours à regretter cet oubli.

L'biver 1856 à 1857, était une époque certes très-peu favorable pour défelopper ma découverte» s'il m*est permis d'appeler ainsi l'emploi méthodique et expérimental du courant constant dans le traitement des maladies des nerfs et des muscles. Les résultats que j'avais déjà alors obtenus, m'imposaient, pour ainsi dire, le devoir d'examiner jusqu'à quel point s'étendaient les actions du courant constant. Je ne renvoyais donc jamais un malade chez lequel par des Culs observés antérieurement, il était possible d'obtenir sinon une guérison, du moins une très-grande amélioration. Gomme il arrive toujours, au moment où ma méthode était en enfance et où je n'avais pas encore dépassé le premier point de vue physiologique, à savoir, l'excitation des organes centraux par les courants continus agissant sur les troncs nerveux, il se présenta à cette époque le plus grand nombre des cas pathologiques désespérés. La mauvaise saison dans laquelle on se trouvait empêchait souvent les malades de se rendre à la consultation, et de plus, exerçait sans aucun doute une influence fâcheuse sur certains états morbides. Joignez à tous ces déboires, la calomnie et la défiance dont on entourait mes recherches, et qui, comme je m'en étais aperçu plusieurs fois, décourageaient pleinement mes malades.

Le 19 janvier 1857, je fis à la Société de médecine scientifique de Berlin, une communication et une présentation de malades sur les effets curalifs du courant constant. Il y avait une foule de médecins : mes adversaires n'y firent certes pas

défaut. Les invectives sur ma méthode^ ma personne, furent publiées alorsdans des journaux scientifiques et politiques, notamment la Gazette hebdomadaire de Vienne (ce que j'en ai appris quatre mois plus tard). Je laissai faire, mon attention alors était tout entière dirigée sur la valeur thérapeutiqu ede la contraction momentanée^ et sur les moyens d*en modérer l'influence hyposthénisante. Une communication faite à la Société de Hufeland, le 27 mars 1857, résuma le résultat de mes travaux pour tout ce qui avait trait aux paralysies (1). Mais des observations que je fis ultérieurement m'apprirent bientôt que les moyens par lesquels je croyais changer en remède anliparalytique l'interruption du courant, ne remplissaient également ce but que dans de certains cas particuliers et qui, comme j'ai pu m'en convaincre depuis, ne sont pas même très-fréquents.

, Ma méthode ne commença à prendre une base plus solide qu'à partir du 5 mai, jour où je découvris que les courants labiles dont j'ai déjà parlé plus haut, Die permettaient peutêtre d'arriver au but désiré. Je résolus donc de ne publier ce résultat qu'après avoir constaté par un examen des plus attentifs et des plus suivis, que cette observation, si elle se confirmait entièrement, pourrait devenir pour le moins dans le traitement des paralysies, comme tout semblait lefaire présager alors, la pierre angulaire et le couronnement de l'emploi du courant constant.

Mes mémoires « sur la valeur antiparalytique des différents appareils électriques (2] d et suv la valeur anti-paralytique des courants induits (3) v>. donnent tous deux dans ce sens une idée préalable du terme auquel est arrivé l'emploi du courant constant dans le traitement des paralysies.

{i)Allgem. Medicinische Central. Zeituug. l8o7, n® 30.

(2) Deutsche Klinik, 4857, no 50.

(3) Deutsche Klinik. 1858, n« 2.

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Quant à mes observations sur les effets du courant constant dans les spasmes, notamment danslachorée, le tremblement et la crampe des écrivains, je n'en ai pas Tait jusqu'ici le sujet d'une communication spéciale et très-élendue. Je n'ai pas voulu te faire par la raison que ces états si divers ne se laissaient pas si facilement réunir sous des points de vue communs, comme cela a lieu pour les paralysies, et parce qu'aussi la consolidation et l'exposition physiolc^ique de la méthode, en tant qu'elle est développée jusqu'à ce jour, peuvent à peine s'établir d'une autre façon qu'en mentionnant d'une maniàre toute spéciale les résultats obtenus, et les moyens qu'on a employés pour y arriver.

Après les effets antiparalyliques et antispasmodiques du courant constant, je me suis principalement occupé, dans ces derniers temps, de ceux que je désigne communément sous le nom d'effets électrolyt^ues, mais qui, dans la plupart des cas, mériteraient mieux la désignation plus précise et plus claira A^effets antiphlogisHques. Car, il me parait aussi que, sous le pointdevuemédicaletchirurgical.l'utilitédu courant constant dans ce sens sera non moins grande, et qu'on ne peut expliquer certains résultais qu'on obtient dans des maladies des muscles, notamment les rhumatismes, les névralgies et d'autres exsudalifs des nerfs et des organes centraux que par les effets aatiphlogisliques du courant. C'est pour celle raison que je traiterai d'abord des effets électrolytiques, dès que les remarques préliminaires thérapeutiques qui vont suivre nous auront fourni quelque connaissance des moyens et des précautions qu'exige dans les affections des nerfs et des musdes l'emploi du courant constant. Je désignerai les effets électrolytiques du courant sous le nom d'effets a catalyttçues, » parce que l'analyse des faits montrera bientôt que l'action du courant, là où il modifie un état anormal siégeant dans les tissus et provenant d'un vice circulatoire 00 d'une exsudation mor-

bidOy ne peut pas être limitée à Télectrolyse dans un sens plus restreint , c*est-à-dire à une modification des tissus tout à fait analogue à ]a décomposition de Teau, mais que, dans ces cas, la résorption et la circulation rendues plus faciles par la dilatation ^des vaisseaux sanguins jouent un rôle essentiel.

Depuis que toutes mes recherches sur les efiets du courant constant ont été publiées, elles n'ont été répétées, que je sache, que par un très-petit nombre de pratfeiens. Les journaux n'ont parlé que de quelques expériences heureuses faites par Hiffelsheim, au moyen de courants constants, à l'hôpital delà Charité, dans le service de M. Rayer (1). Hiffelsheim, dans ce travail, assure qu'à Tépoque où je communiquai mes observations à l'Académie, il avait réuni, de son côté, un certain nombre d'observations sur Faction du courant continu (inconstant); observations faites, dit-il, en présence c( de plusieurs savants confrères (2). » 11 prétend encore qu'il existe une différence radicale entre son procédé et le mien; que lui se servait d'éléments plus petits et plus faibles, qu'il cherchait à suppléer par la durée de l'application au peu de tension des courants que lui offraient ses éléments; tandis que moi, en employant 7t/€/çt/^5 minutes le courant provenant d'éléments

(1) Recherches et observations cliniques sur les propriétés physiologiques du courant voltaïque continu permanent, mémoire lu par l'auteur à la séance de rAcadémie des sciences du ier février 1858. (Gaz. des hôpitaux, 1858^ n^ 16.) Je ne puis passer ici sous silence qu'à mon départ de Paris, au mois de septembre 1856, M. Rayer me fit espérer qu*il répéterait bientôt les expériences dont il avait été témoin; j*08e croire aussi que les expériences de Hiffelsheim, faites sous les yeux de M. Rayer, en employant des courants inconstants , n'empêcheront pas ce savant distingué de reprendre ces mêmes expériences, mais en employant alors les courants constants.

(2) L'auteur ne dit pas s'il avait déjà commencé ses expériences avant le mois de décembre 1855, époque à laquelle j'ai envoyé à l'Académie des sciences mon premier Mémoire sur les effets du courant galvanique continu sur les nerfs et les muscles de l'homme.

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de Daniell, je produisais des effetsthermiques très-forts et trèsdonlonreiix (1). Pour arriver à ce but, il se sert de chaînes de Polvermacher, dont la composition et le mode d'emploi sont parfaitement connus par tout le public médical, et surtout extra-médical. Il fait porter ces chaînes, soit constamment, ou seulement 12 heures.

Il ajoute plus loin que cette chaîne (ce à quoi il fallait s'attendre) présentait dans son action la plus grande inconstance, et qu'il fallait, pour empêcher la production de phlyctènes, changer de temps à autre les pôles, notamment le pôle zinc, dont Faction était la plus forte. Il applique ordinairement un des pôles à Vorgane central (moelle), et Tautre à l'organe malade.

Hiffelsheim affirme qu'en portant ainsi une chaîne de 24 éléments et plus pendant quelque temps , il y avait production de somnolence et même profond sommeil ; que, lorsque le courant était plus fort, il se développait des symptômes d'excitation , de congestion cérébrale, de congestion de la moelle, augmentation et fréquence même du pouls ; que, dans quelques cas, la menstruation devenait plus forte, et qu'il se produisait d'abondantes évacuations alvines.

L'effet de ces chaînes est très-efficace dans les névralgies sciatiques et faciales, dans les douleurs de différente nature, même dans des douleurs traumatiques , dans la colique saturnine et la paralysie saturnine, dans la chorée, dans la paraplégie, dans l'hémiplégie et la paralysie générale. Un homme, afiecté de cette dernière maladie, reprit l'usage complet de ses membres ; la mémoire, la parole et le sommeil lui revinrent tour à tour. — A la fin de sa note, il fait ressortir

(i) Comme il parait que M. lliffelstieim n'a jamais employé decourants conslants, je ne sais où il prend l'assertion que Tapplicalion de ces courants incommode les malades dans toutes les circonstances.

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encore une fois que le courant continu peut guérir ou amender des névralgies, et que, si le courant interrompu (induit?) se trouvait être d^une inutilité non douteuse dans beaucoup de paralysies musculaires, les courants continus de Volta o/fraient des avantages très-^éels. Or, en quoi consistent ces avantages, c*est ce que Tauteur a oublié dMndiquer. On remarquera surtout que M. Hifielsheim a, en général, examiné et constaté les effets salutaires du courant galvanique dans les maladies que j^avais désignées dans ma communication à FAcadémie des sciences de Paris, le 22 et le 25 septembre 1856.

J'ajouterai encore pour terminer que , depuis Volta, on s'est toujours servi dans la pratique médicale de petites chaînes galvaniques qu'on portait sur le corps. Ainsi, je me rappelle qu'en 1843, alors que j'étais assistant de Schoenlein, ce professeur conseilla à un jeune homme atteint de céphalée de s'appliquer derrière les oreilles un couple galvanique ; et qu'un mécanicien de Berlin vendait alors, depuis longues années, des couples tels qu'on les trouve aujourd'hui décrits, et surtout vantés à la quatrième page de nos léuilles politiques. A la vérité, les chaînes de Pulvermacher s'en distinguent par la multiplicité de leurs articulations, et, si elles développent une plus grande force de courant, de combien aussi sontelles plus inconstantes ! Hifielsheim, en faisant observer que son procédé diffère principalement du mien à cause de la longue durée des courants, oublie qu'il y a une différence tout au moins aussi importante dans Vinconstance des chaînes quMl emploie. Cette circonstance me semble probablement être une des causes pour lesquelles, malgré les efforts de Pulvermacher, ses chaînes n'ont rencontré auprès des praticiens sérieux qu'une vogue très-passagère. D'un autre côté, on reconnaît de suite qu'il est impossible de limiter, sur un ou plusieurs nerfs, l'application de ces chaînes, et

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qu'elles permettent moins encore une applicalion méthodique , qu'on peut à^volonté varier de minute en miDute , comme cela arrive pour les courants interrompus et labiles d'une force déterminée et qui, sans cette profonde différence, limiteraient tout autant que les chaînes elles-mêmes la sphère d'action du courant galvanique constant. Il est donc imposdbled'admeltrequ'uneapplication de n'importe quelle chaîne, fût-elle même établie de façon à produire un courant contiau, ce qu'on peut à peine espérer, vienne jamais à remplacer IrètaTantageusemeut le maniement, de la part des médecins, d'une pile constante formée par la réunion d'un grand nombre d'éléments.

Cependant je ne laisserai échapper aucune occasion pour examiner josqu'k quel point peuvent être utiles les chaînes tant vantées par M. Hiffelsheim.

rfous renvoyons le lecteur à la Go de cet ouvrage, où il trouvera le résumé des différentes publications, depuis le commencement de l'année 1856, pour tout ce qui concerne le développement progressif et le mode d'emploi des courants induits et constants.

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