VII. — YALEDR THÉRAPEUTIQUE DU GOURANT CONSTAIfT
Quelque peine que je puisse me donner à énuméfer d*après mes observations et sous la plus modeste des formes, les différentes maladies dans lesquelles Temploi du courant constant 8*esl montré utile, je ne me cacherai cependant pas que cette énumération causera aux médecins qui ne connaissent pas, pour les avoir vus eux-mêmes, ces admirables effets du courant une impression défavorable, et qu^à j9rû>n, ils repousseront en partie les faits observés. En effet, quand on considère qu'il est rare que la matière médicale s'enrichisse de moyens nouveaux, et que ces moyens n*ont souvent qu'une sphère d'action très-limitée, on sera naturellement porté à regarder avec une certaine déGance, un moyen qui a la prétention nonseulement d'être salutaire, mais encore qu'aucun autre ne peut remplacer dans une si grande diversité d'états pathologiques. Pour ma part, je suis convaincu que cette circonstance rendra difficile l'admission du courant constant dans la pratique médicale, surtout s'il incombe à cette classe de médecins électrisateurs que nous possédons aujourd'hui.
Un tel sujet ne peut, à mon avis, utilement se développer que quand il est repris, traité et commenté par des médecins instruits et au courant des vivisections physiologiques.
Le prix élevé des premiers appareils offre sous ce rapport moins de difficulté que celles qui en résultent des locaux ponr leur établissement, et surtout pour l'entretien des batteries, qui exigent qu'un homme s'en occupe journellement pendant plusieurs heures.
Dans les villes où il existe des stations télégraphiques, les médecins pourraient s'entendre avec certains employé| chargés du soin des batteries, pour qu'à de certains jours et à de certaines heures, des hommes apportassent dans leurs cabinets des batteries toutes montées ; ils n'auraient donc besoin que d'un système de fils de cuivre blanc, munis de courbes (p. 79] pour les embranchements et pour pouvoir intercaler des résistances déterminées. Ainsi se trouverait à leur disposition un nouvel élément thérapeutique , nonseulement pour guérir ou soulager certaines affections désespérées des nerfs et des muscles, mais encore qui pourra servir employé en temps utile dans d*autres maladies.
Il restera encore au courant constant à combattre l'opinion si souvent répétée par certains électrisateurs, que le courant* induit a la même puissance, et qu'il est préférable au premier, à cause de la facilité avec laquelle on se procure, de nos jours, des appareils d'inductions. Cette lutte ne peut cependant être ni sériease, ni de longue durée, dès que des médecins non prévenus et non intéressés à la destinée du courant induit auront cherché et trouvé par eux-mêmes les effets beaucoup plus étendus du courant constant. Cette prédominance pourra certes déjà ressortir de la clarté avec laquelle nous aurons l'occasion de rendre évidents les effets du courant constant et de rattacher pour ainsi dire, en nous basant sur une série d'expériences progressives, les différentes actions de ce courant à des lois physiologique.
Une tftche scientifique et pratique reste toujours indispensable, celle de déterminer d'une manière aussi précise que possible les limites de l'action du courant induit. Si jusqu'ici les électrisaleurs n'ont pu résoudre ce travail, cela tenait, non pas seulement à eux-mêmes, mais bien encore à la circonstance qu'un moyen qui, comme le courant induit, agit en général si lentement, et dans des cas si rares, se trouve
REMAK. ^
être peu ou point du tout approprié à des expériences nettes ^t précises sur sa véritable sphère d*action, ou bien encore sur sa véritable manière d'application. Ce rude et difGcile travail ne sera donc, en quelque sorte, facilité qu'aux médecins qui, par une étude approfondie et par une longue série d* expériences physiologiques et thérapeutiques des effets du courant constant, se seront procuré ainsi des- notions assez sûres et suffisantes pour établir entre les eSets du courant induit et constant un parallèle aussi complet que possible.
Pendant quelque temps, je crus que, sous ce rapport, les données ultérieures des médecins électrisateurs pourraient venir jeter un nouveau jour sur cette question. Mais en considérant combien ces données doivent être incomplètes, venant de la part de médecins qui ne sont pas encore familiarisés avec le courant constant, et surtout en me rappelant les difficultés presque insurmontables que j'avais éprouvées à mon début; voulant établir le courant induit sur des bases physiologiques nettes et claires; il m'a de nouveau paru trèsutile de ne pas abandonner mes expériences comparatives antérieures sur la valeur thérapeutique et physiologique des deux courants.
J'agis donc actuellement ainsi :
Dans tous les cas où l'efficacité du courant induit n'est pas encore bien prouvée, je fais d'abord usage du courant constant. Dans toutes les maladies alors où les bons effets du courant constant ont été, par 4a nombreuses observations, maintes fois prouvés, je reprends dans ces mêmes états le traitement, en commençant par les courauts induits. A l'heure quil est, toutes ces expériences comparatives peuvent se résumer dans les propositions suivantes :
l"" Les effets du courant, tant induit que constant, dépendent essentiellement du mode d'application de ces mêmes courants. Les données sur l'efficacité ou l'inefficacité des
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courants induils, dans des maladies déterminées, n'ont de valeur qu'autant qu'on se trouve en état de désigner clairement leur mode d'application, el de rattacher d'une manière comprébensible les effets observés aux qualités pbysiologtqnes du courant, et à la nature de la maladie. Un empirisme brutal et aveugle peut parfois obtenir des résultais; mais l'analjse physique et physiologique donne au médecin d'autant plus de supériorité daos t'éleclro-tbérapie, qu'elle est faite avec plus de sévérité.
2* Le courant induit paraît développer le plus haut degré de son erticacilé si, en l'employant, on n'abandonne pas les points de vue qui résultent des observations faites sur les effets du courant constant.
3" En mettant à profit même tous ces avantages, il n'est pas douteux que, dans ta plupart des cas, peut-être dans tous, en employant convenablement l'action du courant constant, cette action ne surpasse en rapidité et en facilité celle du courant induit.
4° Il existe un grand nombre d'étals pathologiques des nerf», des muscles et d'autres tissus, dans lesquels l'emploi HKidéré des courants induits ne produit aucun résultat ; l'emploi trop prolongé produit des effets nuisibles, taudis que le Goarant constant dans des états pareils,- même après l'applicatioQ infructueuse du courant induit, se montre utile, quelquefois déjà en peu de séances. Cette thèse peut être confirmée notamment dans presque tous les états morbides qui présentent des allérationi vitiblet des membres [des paralysies, des atrophies, des spasmes ou des gonÛeroents).
5* Je ne crois pas pouvoir jusqu'à ce moment citer aacnn ^t morbide où le courant induit soit supérieur au courant constant d'une manière non douteuse ; pourtant on observe quelquefois certains malaises subjectifs (névralgiques et rbu-
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matismaux) où le courant paraît être plus efficace, soit dès le commencement, soit après l'emploi du courant constant. Cela n'arriye que dans des cas où il est très-probable qu*il s'agit seulement de modifier rexcUabilité d'un nerf et non d'éloigner des irritations matérielles palpables.
O"" Dans les cas rares où le courant induit se trouve indiqué, ses efiets sont aussi rapides que ceux fournis par les courants constants. On peut généralement regarder le retard de l'apparition de ces efiets, ou comme une contre-indication de l'emploi des courants électriques, ou comme une indication de l'emploi du courant constant.
T"" Il est nécessaire d'insister sur cette précédente proposition, parce que nous avons appris, par Tobservation et Texpérience, qu'une application infructueuse et longtemps continuée de courants induits exerce non-seulement en général (notamment dans les paralysies et les spasmes, en produisant la rigidité musculaire électrique) une influence nuisible sur rétat pathologique, mais encore qu'elle oppose certaines difficultés notables à Tapplication ultérieure de courants constants.
S"* Il m*a paru, dans quelques cas de névralgies et de rhumatismes, où, en commençant le traitement, j*aî employé infructueusement et comme essai des courai^f indoits modérés, de voir, en employant après eux le courant constant, se développer des effets plus rapides que quand j'employai le dernier courant seul. On comprendra, à la vérité, combien il est difficile d'arriver a un résultat certain, dans ces cas, où l'amélioration obtenue par le courant constant sera d'autant plus vivement ressentie que les courants induits ont été moins utiles. On peut aussi considérer, comme je l'ai déjà dit, d'ailleurs, plus haut que le courant indoit augmente l'excitabilité des nerfs et des muscles pour le courant constant ; c'est-à-dire que, d'après mes observations, il parait aug-
meater, pour le courant constant, la Tacutté de conduction des tissus (1). •
9° Les résultats que nous venons de communiquer gardent tous leur valeur, si dans les différents courants on distingue leurs effets immédiats ou primaires des effets secondaires, qui souvent diOèFenlnotablementdespremitrs.Jetraiterai spécialement cette question dans le chapitre des eflets calaliftiques. U sera aisé de comprendre aussique, pourétablîrde semblables expériences, il faudra s^adresser à celte classe d'individus sans éducation, ou qui, du moins, n'ont aucune notion sur les différents courants qu'on emploie, et qui arrivent aux consultations sans opinion ni idées préconçues.
10° Comme les effets du courant constant sont non-seutement plus rapides, plus étendus et plus sûrs que ceux si embrouillés du courant induit, je me crois fondé de dire que toute action électrique sur le corps humain doit débuter par le courant constant, et qu'il ne faut guère employer les courants induits qu*à litre d'essais, ou quand les premiers ont été inefficaces, ou quand on croit encore à une chance de guérison par remploi de courants électriques.
Cette proposition a une valeur pratique, en ce que l'inefficacité da conraot constant se montre déjà ordinairement au bout de quelqufl» séances. L'objection tirée de ce que l'on ne
(f) On obserre en intercalant le corps liumain dans uds chaîne contlante une plus forte dévlalioD de l'aiguille du galTanoscope, quand un courant induit a préalablement traversé le corps, ne fût-ce que pendant quelques minutes. Un efTet analogue le produit quand on ferme la cbslne par àet fils conducteurs métallique!; cel efiet est plus évident à la yéfilé quand les fils i leur point de contact sont recouverts d'une mince couche de gutla-percha, et que par conséquent il 7 a des résiitances & surmonter, résistances qui sont modifiées par le courant lui-même. Des observations ultérieures devront faire voir tous que) rapport ces bits se rat lâcheraient à l'observation de ltoiedict(p.8t), àsavoirque la résistance dépend de la durée et de la fiirce du courant.
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peut pas transporter les batteries tombe d'elle-mêine^ en ce que, comme nous Pavons dit, Tapplication du courant dans les états fébriles est encore bien restreint, et qu il sera très-facile d'établir ces batteries dans les hôpitaui. La proposition que je viens de formuler s'appuie encore sur l'empirisme, en ce que, comme je le montrerai, d'ailleurs, par maints exemples, la modification des tissus produite parle courant induit s'oppose plus souvent qu^elle ne la facilite à l'action efficace du courant constant.
1 1*" Je crois donc finalement pouvoir exprimer ma conviction consciencieuse, qui est que le courant induit, dans sa valeur physiologique et thérapeutique, ne doit être comparé en rien au courant constant. Le courant induit est un bien faible et pénible moyen de modérer, dans certains cas, des douleurs locales, et d*étre parfois d'une certaine utilité dans des paralysies ou des atrophies, par la rigidité musculaire qu'il développe d'une part, ou bien enoore parce qu'il constitue une espèce de gymnastique électrique. Mais il est hors d'état d'attaquer dans leurs racines les plus profondes, ou d'empêcher certains développements d'affections morbides considérables. Les efiets que produit avec beaucoup de peine le courant induit sont, au contraire, produits avec la plus grande sûreté et la plus grande facilité paille courant constant, et il n'est pas rare de le voir guérir, par sa puissance électrolytique, des altérations tophiques qui, comme Vexpérience nous l'enseigne, peuvent devenir l'origine des plus grandes infirmités.
12*" Il résulte de toutes ces données que, pour employer avec succès le courant constant, il n'est nullement nécessaire d'avoir une grande habitude du courant induit. Je suis même convaincu que ce seront seulement les médecins restés étrangers à la routine dans laquelle se traîne l'électricité de nos jours, qui accueilleront avec une certaine
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favearelle dévouemeni nécessaire lous les fails sur lesquels je me suis appuyé, pour Ecruler davantage eux-mêmes les effets thérapeutiques inépuisables du courant constant. Il ressort donc de cette exposition préalable qu'où ne peut aujourd'hui songer à baser la valeur ou la prédominance du courant constant sur le courant induit par la voie de la statistique, c'est-à-dire au moyen de tableaux qui contiendraient tous les résultats obtenus des malades traités jusqu'ici ; parce qu'il serait alors permis de songer que, selon toute apparence, l'un ou l'autre courant aurait, dans les cas choisis, produit les mêmes avantages. Ce qu'il nous faut donc est de ne choisir comme preuves justiticatives des propositions établies et encoreà établir que des cas dont la simplicité et la clarlésemblent propres à inspirer une conviction aux médecins qui n'ont pas eu occasion de connaître par eux-mêmes les eOels du courant constant, et surtout de faire bien ressortir les effets curatifs nouveaux qui promettent de rendreencore maints services à la médecine pratique.
En terminant, je dois dire quelques mots sur l'inconstance ou la fugacité des effets galvaniques, dont on s'est déjà plaint BU commencement de ce siècle (p. 160]. Plus la méthode se développe, moins je trouve ces plaintes fondées. Il est cependant des cas, et j'e nrapporterai moi-même des exemples, dans lesquels les «fiielB du courant constant ont disparu après on laps de temps plus ou moins long. Ces phénomènes se prodairont, par exemple, dans des spasmes réflexes où le courant ne peut que développer ses effets (polarisants) sur des nerfs et des muscles, sans pouvoir éliminer par catalyse Tirrilation qiTi produit Taclivité anormale des nerfs et des muscles. Encore une fois, il résulte de ce fait qu'il est urgent de faire, avant tout traitement par le courant constant , une analyse physiolc^ique exacte des étals morbides.