IV. — EFFETS ANTI-ARTHEITIQDES
La classe de malades goutteux fut une des premières à avoir recours au courant constant.
Dans l'arthrite noueuse (arthritisnodosa)^ il arrive parfois qu'à la suite de la disparition des gonflements épiphysaires de certaines articulations, prmcipalement dans l'articulation
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scapulo-humérale, la a paralysie )> persiste^ parce que, dans le coars de Taffection, les muscles se sont aiisaigris, ils restent alors contractures du côté des fléchisseurs, et paralysés du côté des extenseurs. Dès qu'à travers de semblables muscles on dirigeu n courant constant, ils se gonflent, reçoivent de nouveau l'influence de la volonté, et les phénomènes paralytiques disparaissent en peu de temps.
Je ne pensais nullement à traiter aussi les tumeurs goutteuses qui existaient encore sur les malades, sachant que bien souvent elles disparaissaient spontanément «quoique de nombreux faits de guérison eussent été indiqués par ceux qui, avant moi, s'étaient occupés d'électrothérapie. Je renvoyais donc presque tous les goutteux chez lesquels le traitement galvanique musculaire n'était pas indiqué. Mais le 30 novembre 1856 se présenta à ma consultation la femme Bietenmayer (n® 332), âgée de 34 ans, mère de sept enfants, brodeuse en argent.Cette femme est d'une très-faible constitution ; depuis l'âge de dix-huit ans (1) elle est aflectée de gonflements goutteux des épiphyses supérieures des premières phalanges. Cet état est principalement prononcé aux deux premiers doigts de la main droite; les doigts sont déplacés en dehors; il existe une faiblesse progressive dans les deux mains ; plus développée à droite qu'à gauche, avec une très-grande tendance au tremblement. Il y a deux ans, la malade fut atteinte d'un gonflement des articulations des genoux et des régions tibio-tarsiennes , la marche ne fut plus dès lors possible qu'à l'aide des béquilles. Les extrémités inférieures furent soulagées par l'emploi de bains sulfureux ; mais les extrémités su-
(1) Parmi les goutteux que je renvoyais se trouvait une fille âgée de i8 ans, affectée de goutte articulaire confirmée aux deux mains, avec déplacement monstrueux des doigts en dehors. Ce déplacement se remarque quelquefois chez des personnes employées à de îovU travaux manuels;
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périeures restèrent dans le même état. Ce dont la malade se plaint le plus aujourd'hui^ c'est des douleurs qui existent dans la main droite ; et, de plus* une tendance qu'a cette même main* à la suite d'un travail, à cause de la faiblesse des extenseurs amaigris, à rester dans la flexion. Pour la faire sortir de cette position, la malade se voit forcée d'employer sa main gauche. Les accès de douleurs sont fréquents, surtout à chaque printemps. Je la soumis pendant quatre séances à un courant stabile, que je dirigeais suivant le trajet des nerfs, et à des contractions galvano-toniques des extenseurs, dans le seul but de modérer la douleur et la faiblesse. J'atteins ce but ; mais je ne réussis à faire complètement disparaître le tremblement de la main qu*en faisant passer des courants stabiles descendants de 25 éléments de Daniell par le deltoïde antérieur, et des courants stabiles ascendants du même nombre d'éléments par le deltoïde postérieur. Quant aux tumeurs elles-mêmes, je ne les soumis à aucun traitement. Le 14 décembre, la malade fut tellement satisfaite du traitement qu'elle put reprendre ses occupations. Cinq mois après, à la suite d'une broderie fatigante, elle revint me voir en accusant des douleurs et un gonflement plus fort dans les premières articulations des doigts. Depuis de longues années, elle n'a pas passé un hiver aussi tranquille que celui qu'elle vient de traverser ; et Taccès du mois de mars n'a pas apparu cette année. Je fais passer des courants douloureux de 30 éléments de Daniell et plus du nerf radial profond jusqu'à la main ; les douleurs disparaissent immédiate* ment ; et, ayant répété trois fois cette opération jusqu'au 19 mai, le gonflement articulaire diminue. Je renvoie la malade. Elle ne revient que le 28 février 1858, après huit mois de tranquillité. Nouvelle difficulté d'étendre la main et les doigts. Les tumeurs articulaires sont à peu près dans le même état qu*au mois de mai 1857. Je constate cette fois que les dif-
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Icultés de certains mouvements des doigts doivent être principalement mises sur le compte des inter-osseux et des lombri- :auXy qui se trouvent être éans un état de contracture etd'atro- >hie secondaires. Je traite pendant quatre séances les muscles st les tumeurSy et j^arrive, au 1*' mars, à guérir la paralysie les doigts. Je m'aperçois que non-seulement les gonflements les bouts supérieurs des phalanges ont disparu, mais que les îpiphyses sont atrophiées; les doigts peuvent être étendus iresque d^une manière normale. Mais, dès que la malade locbit ses doigts, les phalanges tombent vers la paume de et main ; cette nouvelle position provient de ce que les cap^ ules articulaires dilatées par un gonflement qui a duré plusieurs années ^ ne sont pas revenues sur elles-mêmes
mesure que la disparition des tumeurs osseuses s'effecuait. Après cinq séances, ne pouvant rien espérer de ce côté, e renvoyai la malade le 16 mars (1).
Chez deux autres personnes, la femme Niemek (n"" 627) et i femme Hellevey (n"" 633), affectées depuis de longues anlées d'une déformation semblable des premières phalanges les doigts, je n'ai poussé le traitement qu^au point de leur iciliter les mouvements, et durant cette application, j^ai con-. taté une notable diminution des tumeurs.
Ces trois malades n'avaient que des incommodités locales, ans aucune trace de flèvre. Chez la femme Bœtticher, au ontraire, on remarquait de fréquents accès de fièvre, son irine formait des dépôts rougéâtres; aussi le traitement élecrique fut-il sans donner lieu à un beau résultat. Enfin, chez la ame Buchboltz (n"" 755), âgée de soixante ans, l'application
(1) Jusqu*à ce jour (2 août) madame B. n'a plus éprouvé de dou- Burs; son état est très- satisfaisant. Le relâchement particulier des rticiilations est toujours le même. Quoique ayant traité plus de vingt as de ce genre^ je n*ai jamais assisté dans l'arthrite nouvelle à une narche aussi spontanée vers la guérison.
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du courant constant ne fît pas disparattretoutà fait les douleurs dans les os tuméfîés du carpe, ni dans les articulations des doigts, et le courant induit réussit mieux dans ce cas ; partout Fusage alternatif des deux courants agissait bien non-seulement sur les douleurs, mais encore sur les tumeurs. Cette observation m'engagea à Femploi alternatif des deux courantSy comme je Payais déjà pratiqué sur le malade Fladis (337), sur TouTrier Schultze (n* 768) souffrant depuis neuf mois d'une affection goutteuse de diverses articulations, et chez lequel des gonflements articulaires des premières phalanges des doigts menaçaient depuis quatre semaines de rester tout à fait stationnaires. Il me fut donc permis aussi de me convaincre, ce qui, antérieurement pouvait être attribué à une guérison spontanée, que sous les yeux de Tobservateur, les tumeurs goutteuses diminuaient sous Tinfluence des courants électriques.
Je crois devohr me limiter, et ne donner ici que des indications générales, n'ayant pour but aujourd'hui que de traiter de rélectrothérapie des nerfs et des muscles^ et de ne parler des phénomènes électrolytiques qu'accidentellement et pour ainsi dire sous forme d'introduction. Je terminerai ce court dbapitre en faisant remarquer 'que Cahen, en appelant Fattention des observateurs sur les bons effets des courants électriques dans le traitement des tumeurs goutteuses, a bien mérité de la science médicale (p. 188).
Tout ce que je puis dire en terminant, c'est qu*il faudra traiter tout accès de goutte par des moyens internes ; mais dès que la fièvre aura cédé, on pourra sans aucun danger employer les courants électriques; on choisira surtout les courants qui posséderont à un haut degré une propriété électrolytique suffisante pour activer la résolution goutteuse, et dans ce cas, comme je Fai indiqué plus haut, on préférera les courants magnéto-électriques aux courants électro-magné-
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iques, à moins toutefois, que, par une certaine modification «8 appareils, ces courants ne développent une plus grande omme d*électrolyse. On n^arrivera toutefois que graduellelent et très-lentement au but qu'on se propose, et, dans de ertainscas très-opiniàtres, on ne réussira nullement, à moins 'employer de forts courants constants de 30 à 60 éléments de taHliell ; plus le volume de l'os affecté est développé, moins il ludra attendre jusqu'à la disparition complète de Tinflammaon locale. Lorsque donc on aura à traiter des gonflements on douloureux et devenus stationnaires, il faudra pour comlencer un traitement électrique attendre la réapparition des ouleurs. Pour moi, je crois que dans les cas où les douleurs e reparaissent plus, l'action électrique sera peu efficace, »ut à fait comme dans les cas de tumeurs blanches chroniues, lorsque Vostéoporose sera déjà passée à l'état d'osiéo^ lérose. Une foule de questions resteront encore ainsi à éluder pour remploi des courants électriques. Telles sont celles 3 savoir si, à l'époque où son application sera encore effiice, existent déjà les dépôts uriques et phosphatés qu'on encontre si souvent sur les cadavres des arthritiques, et de iielle manière s'opérera la décomposition de ces sels. Il sera tile d'examiner ces questions en dehors du corps humain, 1 s'appuyant sur des expériences physiques et chim iques. On s'étonnera moins des faits que je viens de citer, si l'on msidère que le gonflement d'un os ne peut être mis dans le rincipe que sur le compte de la substance fondamentale gétineuse, et quen présence de mes observations sur le rhulatisme, on est obligé d'admettre, sans aucun doute, l'action irecte du courant sur d'autres tissus gélatineux de l'éconolie. On concevra aussi que dans ces cas comme dans le rhulatisme le succès thérapeutique dépendra en grande partie 3S conditions si obscures encore que la circulation générale »urnit à chaque instant.
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Quant à la valeur antidyscrasi<{ue du courant constant dans Tarthrite, on neipeut guère^ à l'époque où nous sommes, pas plus que pour le rhumatisme prononcer un jugement définitif. Tout ce que Ton peut faire, surtout après l'observation citée plus haut (p. 35)» c'est d*engager les médecins à diriger leursi j^echerches dans ce sens.
J'ai observé encore une particularité digne de remarque sur le courant constant. Dans quelques cas, son application réveillerait et développet:ait^ jpoïkr bîdbi dire^ des affections goutteuses qui se trouvent à l'état latent dans les articulations. En Toiici un exemple.
Caroline Resener (n"" 765), figée de 51 ans, se présente à ma consultation le 14 juillet 1858^ La goutte est héréditaire dans sa famille, depub de longues années elle souffre de douleurs lancinantes dans la tète. .
Depuis six moia elle éprouve des douleurs dans l'épaule droite et une grsuidedftlfieullé dans les mouvements. Cet état s'aggrave. surtout durant la nuit par, la chaleur du lit^ la malade est alooS forcée de laisser à l-air son bras qui se roidit à ua tel poin^,i qu'il lui faut 1 aide de la main gauche pour ramener ce bras sur le corps. Le jour, l'élévation du bras droit s'o[ière assez bien, mais les mouvements en arrière et en avant sont difficiles; pendant' que iceS' mouvements s'opèrent, on remarque une certaine conlraôtui^ du deltculde aux points où ce muscle 8%isëre à l'humérus, évidemment à cause d'un gonflement «de la tète de cet os, qui, à la simple pression, parait être très-douloureux. Tout travail ^est pénible par suite de cette difficulté d'action. La première ^ëakic&dans laquelle je dirige le courant à travers les muscles ne produit aucun résultat; mais (le 1^6 juillet), après li^ deuxième séance où le courant traverse la tète de Tos, les phénomènes suivants apparaissent : chaleur interne, et douleurs vives s'irradiant jusque dans la main, élévation tout à fait impossible du bras jus-
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qa^à la porilion horizoQlale ; impos^bililé d'opérer les mouvements d'avant en arrière, et d'arriëre eD avant, doutears àlroces à la pre^iOD sur Iç bord de l'acromion j cette douleur lescend en suivant le trajet d^ fUres musculaires an deliHde. Le 18 juillet, uneapplicatioi} de fables equrants Btabilw toulageni la ma)a/]e, elle peut metlrç son bnu,fiir I9 téta, le nouvemeot eu arrière s'opère qu(|iqQe,avec am certaine dificullé. — 19 juillet. J)ou]ei]rSj,nWBmoiQS de tropble^dsqt es ntonvemeots. Urines irouges,, langue, saburrale, pools m peu élevé, peau chaude. Potion gomm^n^e au qilrate ^ wtasse, et au chlorhydrate d'ammoniaque. jt—SO. juillet. Le rouble dans les mouvements existe eQCOre, nrioes moinp ttuges, langue très-chargée, constipation. Potion ^yec.donir rate de potasse. Chlorhydrate d'ammoniaque et sullate de oude. — 24 juillet. Depuishifir la chaleur damJe bras a dia- >aru, état généralplussatisfaisaDt^lamala^e an élevant le bw l'éprouve plus qu^une légère tewioa dao^ les mnaçlef ^ cetif ension cède à l'emploi de co.oraDt8 stahilea de 15 àlémenlp, ppliqués pendant trois minutes an oaoyen de.réophores ea ilaques de 3 pouces de diamètre. — 3 août. I4 malade nr 'ient pour m'annoncer qti'elle se. porte.bien, totlt en épro% ant encore quelquefois des sensations désagréable» da^ soq ipanle, elle peut travailler, 40a sornfoieil.p'eat plus .tnouh^ lar des douleurs, eu un mot elle b«, crvU, jpériçu Ca.Jm nurra donc encore servir pour éclairer Jes.opérimentatevs ur la valeur thérapeutique des exacerbations que le courant trovoque souveoldaos les arthrites 'riiaraatismalei. ÎK done B fièvre est non-sealement le résultat de l'affècUiin loAle^ nais (ce dont je doute encore], un effet du Muiraot^ la ^i^fùicatioD antidyscrasique du courant n'en devindn)l.4|»e ph» (robable(4}. ■ ■■ ■■■ ■■ ■ .-'A . ....v-v-i.; ...
(1) Ducheone a d^ iDdlqnë que diDS les 4otil«tfsailiealHh«s I^ wttrtDtt électrtquei produisent nue aggiavitinB {MM^tre; (Com-
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