‹ GalvanothérapieChapitre 7 sur 64 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

J'ai publié en 1843 quelques observations microscopiques sur la contraction des fibres musculaires (1). J'avais observé que parfois jusqu'à quarante-huit heures après la mort, on voyait persister sur le diaphragme du lapin le mouvement des fibres musculaires, mouvement que j'avais appelé mouvement de va-et-vient, c*est-à-dire la faculté de présenter une espèce de contraction vermi forme sous l'influence d'une pression.

Geltd observation paraissait alors militer en faveur de la doctrine de Tirritabilité de Haller, d*après laquelle les muscles réagissent contre dee irritations qui ne touchent pas immédiatement les nerfs, par des contractions. Car ayant coupé immédiatement après la mort sur un lapin le nerf phrénique d*un côté, je vis le jour suivant pd mouvement des fibres seulement de ce côté (2), et non du côté opposé.

(1) J. Muller, Archiv fût ÀnaUmie. 1843, |b 182 à 189.

(2) Tout récemment Brown Sëquard a publié des observatioQl analogues {Comptes rend, de VÀead. des se. 1857, t. XLV^pi 460), croyant

s IKTIODUGTIOR.

Depuis cette époque jusqu^en 1855, j^ai employé une partie de mon temps annuel à des eipériences et des observations, sur la manière d^agir de la Gbre musculaire pendant la con» traction, et notamment aussi après PinQuence du courant éiedriqoe.

Avant d^avoir pu terminer ce travail non publié jusqu*icit et dans lequel, certes, la question de Teiistence de Tirritabilité de Haller était mise enjeu, j'appris par Touvrage de IM. Duchenne de Boulogne (l)que» d*après cet observateur, il existait pour chaque muscle de T homme un ou plusieurs points dont Texcitation électrique provoquait la plus forte contraction musculaire.

Une recherche entreprise sur l'homme sain et malade, me fit bientôt voir que ces points n*élaienl autre chose, que les points d*immergence des nerfs musculaires ; et je reconnus aussi de suite par des expériences comparées, que la plus ou moins grande force de la contraction musculaire dépendait

y trouver des preuves pour ëublir rirritabilLlé. Il a observé comme mol qu'un muscle qui, après la mort^ reste en communication avec les organes centraux^ perd plus vite son excitabilité qu*un autre muscle qui en a été séparé. Ce paradoxe trouve^ du reste, sa solution dans la circonstance que, des organes centraux mourants, il part des excitSitionssur les muscles qui y abolissent rexcitabilité. On voit des signes évidents de ces influences sur les cadavres d'animaux, dont les organes centraux ont été sonmis à l'action de poisons qui produisent des contractions muKulaires pendant la mort. Ainsi les muscles de grenouilles tuées par Tacide prussique ou le sublimé se désagrègent très-facilement en fibrilles^ et, si Ton examine )ni moyen du microscope les fibres musculaires de la queue transparente des têtards vivants, auxquels on fait avaler une goutte de sokh» tion de sublimé, on^ voit immédiatement qu'il y a des contractions partielles de chaqm fibre musculaire , à la suite desquelles elles se désagrègent en filirilles longitudinales. Pour moi, Je ne sais comment de semblables faits peuvent contribuer à appuyer l'irritabilité des muscles. Une occasion* se présentera un jour de publier mes propres observations sur ce sujet, observations qui' datent de longtemps. ' {i)Jk Vélectrisation locàlùée. Paris, 1855. t

INTRODrCriON. 3

en première ligne de lapins ou moins grande quantité des fibres nerveuses motrices sur lesquelles agissait le courant.

Je décrivis ces résultats dans un mémoire (1). Je cherchais à démontrer alors que le meilleur moyen de provoquer de fortes contractions, tout en ménageant les nerfs sensitifs, était de faire pénétrer le courant induit dans les points d'immergence des nerfs muéculaires, quand on se proposait comme but, de forcer à se contracter des muscles paralysés.

Mais j'étais loin de vouloir soutenir que des courants qui provoquaient des contractions, étaient un moyen convenable pour ramener à leur état normal, et soumettre à la volonté des muscles paralysés.

Bien moins encore ai-je voulu être le champion d*une opinion qu*on m'a depuis attribuée, i savoir que pour atteindre ce but, il valait mieux en général exciter les nerfs musculaires que les nerfs eux-mêmes, c'est-à-dire la ramification périphérique des nerfs dans Tintérieur des muscles.

L'accueil favorable quemon mémoire reçut de la part des médecins, m'engagea vivement à continuer mes travaux dans cette direction.

Il ne me parut donc pas sanef importance pour le développement ultérieur de la thérapeutique physiologique expérimentale, de continuer sur l'homme vivant, des expériences dont les résultats i^soudraient des questions ardues de physiologie et serviraient les besoins de la pratique.

J'espérais par mes recherches trouver des lois scientifiques nettes et claires pour l'application thérapeutique des courants électriques dans les maladies des nerfs et des muscles; car, plusqnejamais aujourd'hui, l'application' de ce nouvel élément semblait réclamer des bases scientifiques.

(l) Sur rékctrUation méthodique des muscles paralysés. Berlin 4885, 1866.

4 mnoiHXTnoii.

Je ne pouvais alteindre ce but, cest-à-dire appreadre à oonnaiire ce qu'exige la pratique, qu'en employant moimême le courant induit dont on s'était senri jusqu^alors, dans les diflTérentes affections morbides qui demandaient leur guérison à Télectricité.

L'obligeance de plusieurs de mes confrères, entre autres MM. Ascherson, Bergson, Cahen, Hollstein, Philipp, et Sacbse (Spandau), me fournit bientôt l'occasion de traiter un certain nombre de malades, et me convainquit pleinement de Tinsuffisanoe de Taclion du courant induit, dans beaucoup d'états morbides surtout dans les paralysies rhumatismales et saturnines qui selon M. Duchenne doivent en être guéries.

Ce qui dans ces recherches me présenta de grandes diffi* cultes, etmêmem^en rebuta souvent, c'est cette rigidité électrique musculaire qu'on rencontre par exemple dans la paralysie saturnine atrophique quand on emploie pendant un certain temps, un courant induit fort; enfin joint à cela la lenteur, Finconstance des effets obtenus, et l'impossibilité dans laquelle on se trouvait alors, dans l'état actuel de nos connaissances, d'indiquer même approximativement la cause de cette inconstance, ou d'acquérir des notions plus certaines des effets du courant induit.

M. Duchenne prétendait que les hémiplégies compliquées de contractures sont inaccessibles à l'action du courant induit. En présence de cette assertion je résolus de m'occuper avec attention de la valeur antiparalytique des courants induits, surtout dans des maladies dont la signification comme paralysies, était hors de doute, ce qui ne peut pas toujours se dire des différents états morbides dans lesquels, selon les médecins électrisateurs, le courant induit était utile.

M. Duchenne avait établi au commencement de son ouvrage comme base fondamentale que dans les paralysieSi il fallait électriser ou faradiser chaque muscle séparément;

lirrRODUCTION. 5

c'esl-à-dire qu'il fallait les forcer à la contraction ao moyen de courants induits.

Il est étonnant que cette loi fondamentale de Duchenne (de Boulogne) n'ait pas réveillé les doutes des médecias, car si elle était vraie, et s*il suffisait de mettre en contraction un muscle pour le soumettre à la volonté, la complicité des nerfs dans les paralysies était exclue de toute pièce, ce qui de prime abord ne paraissait pas vraisemblable.

J*ai constaté^en efiTet en mars 1856, avec M. le docteur Sachse, sur M. deR., âgé de 60 ans, qui souffrait depuis deux ans d'bémiplégie, j*ai constaté, dis-je, qu'au moyen de courants induits, ^arrivai dans un certain espace de temps à rétablir la faculté des muscles de l'avant-bras à se contracter sous Tinfluence du courant induit ; mais à part cela le malade n'acquérait en aucutae façon la faculté de soumettre à sa volonté ces muscles excités pour le courant.

Ceci prouve, ce qui du reste avait a peine besoin de preuve, que le rétablissement de Tirritabilité électrique d'un muscle n*est pas identique au rétablissement de Tëtat de soumission de ce muscle à la volonté.

Mes recherches ultérieures faites sur le même malade me firent voir qu*en prenant les nerfs musculaires il n*était pas même possible de provoquer une contraction au moyen du courant, et encore moins quand on excitait les troncs nerveux eux-mêmes.

Je reconnus donc que dans ces cas les nerfs suivaient la loi qu'avaient indiquée Nysten, Valli et Ritter, dans leurs expériences sur des cadavres, c'est-à-dire que l'excitabilité des nerfs avait disparu du centre vers la périphérie, jusque même dans rintérieiir des muscles.

Alortf fespérais encore qu'en rétablissant Texcilabilité élec-

(t) De rêUOHàaiim UmAUie. Paris, 1855.

6 niTHODiicnoN.

Irique des troocs Derveux au noyen da courant induit, j'ar* riverais au but désiré, c'est-à-dire de soumettre à la colonie les muscles paralysés. Cependant, je reconnus bienlM forcément que même le.rétablissement lent et difficile de Teici-. tabilité des troncs nerTCux au moyen du courant induit, n'offrait point de résultats thérapeutiques. Mes expérienoes déjà commencées * sur les effets du courant constant sur les nerfs de Tbomme, me firent concevoir la pensée d'employer une certaine influence du courant induit (les alternatives de Rilter), influence dont je parlerai plus tard encore une fois. En opérant ainsi j'arrivais à relâcher pour quelque temps les muscles contractés de Tavant-bras et de la main, sans pouvoir toutefois donner au malade la puissance sur les muscles relâchés ou sur leurs antagonistes. Ces expérienoes me firent en même temps comprendre comment le jeu admirable des muscles sous Tinfluence du courant induit peut faire concevoir aux médecins et aux malades, l'espoir trompeur d'une réussite; que quand on voit un muscle obâr si facilement au courant, on est disposé à croire'. qu'il ^nîra par obéir à la volonté.

Néanmoins j'étais loin de nier comme conséquences de ces résultais, tout effet ou toute influence des courants induits en général dans les paralysies vraies (centrales).

Ne pouvant consacrer à des travaux si stériles et si peu scientifiques le plus précieux démon temps, je ne voulus €e*<i' pendant pas renoncer à l'espérance qu'on arriverait peul-4lre au moyen d'améliorations dans le mode d'emploi, à assurer aux courants induits un cercle d'aotioo pkis «rasis, et Déposant : sur une base physiologique.

Mû par ces raisons, je crus plus que jamais nécessaire de continuer mes recherches sur les effets du courant induit sur les nerfs et les muscles de l'homme sain. Je m'y étais pour ainsi dire engagé à la Gn de mon travail sur l'électrisation

méthodique,. efn disant qfaejé-in'oceiipaiftà perfectionner la technique de J'emploidoeotiriRt indoit ; j*entend«fe ladétermioilioB d'une loi fondamentale, dHiprès laquelle il fallait choisir €t coordonner les naoyens 4^eicitatîon qui se trou-^ valent dans uq appareil d'induction galvanique:

J'arrivais aussi à trouver certaines combinaisons au moyen desquelles remploi du courant sur les nerfs et les muscles provoquait des contractions fortes et aussi peu douloureuses que possible.

Mais comme les résultats thérapeutiques du courant induit sont lents à obtenir j je manquais de tout point <â1ipfpui, pdur jugerai telle ou' telle oombinaison était la plus utile.

L'eiamen en détail du problème que je m'étais proposé mé démontra qu'on ne ponvail arriver à la connaissance du <;boix des moyens excitateurs, qu'en ayant acquis par une étude parfaite les effets physiologiques, des chocs indnits isolés qui produisent par leurs successions rapides Taspect d'une contraction permanente.

Ces expériences eussent dû me conduire, comme on voit, à en continuer d'autres sur les effets physiologico-thérapeutiques des chocs d'induction isolés; effets qu'on peut facilement obtenir avec tout appareil d*induction.

Mais encore en suivant une semblable direction, je n'espérais pas obtenir des résultats satisfaisants, tant qu'on ne connaîtrait pas l'effet de la~ contraction produite par l'ouviarture ou la fermeture d*ane chaîne galvanique constante, renfermant un muscle ou un nerf musculaire.

Comme, d'un autre côté, sans qu'on connût l'effet du courant constant continu sur les nerfs et les muscles de l'homme, il paraissait à peine possible de tirer au clair la valeur de la contraction qui est produite par l'entrée ou la sortie du courant, je dus principalement porter mon attention sur les expériences feites depuis Galvani dans ce sens, principalement

8 nmoDUcnaii.

sur les cuisses des grenouilles ;.ékpérieDces auxquelles (1829), VarianiDi (1934) «féoemment Eckbard (1853) aYaient cherché à donnor une direction thérapeutique* 4^pràs avoir fait, à partir dedébembre 1855, jusqu'en juillet 1856» une série d'expériences physiologiques préparatoires sur rhomme sain, je me décidai à passer à des applications thérapeutiques.

J'ai opéré depuis ce temps, dans ce sens , sur 700 malades (1), et j'ai acquis la profonde conviction, que le courant constant est plus efûcace que le courant induit, et quMl peut étendre sa sphère d'activité à un plus grand nombre de cas.

Tel est le but de cet ouvrage, et si la conviction peut se répandre parmi mes confrères, je les prierai, surtout de suivre et d*étudier les expériences physiologiques fondamentales, qui ont servi de point de départ et de but à mes travaux thérapeutiques.

(1) Maintenant (au mois de novembre i859) le nombre des malades qui font l'objet de ces recherches dépasse onze cents. R.

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