‹ GalvanothérapieChapitre 8 sur 64 · CHAPITRE I. — HISTOIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — HISTOIRE

ART. l*^ — RECHERCBES SUR LES ANIMAUX.

Les plus anciens observateurs se sont aperçus déjà que des cuisses de grenouilles, excitées plusieurs fois à des con^^ tractions, par un simple couple voltaîque, se contractent plus facilement que lorsqu'elles n*ont jamais encore été excitées.

Alexandre de Humboldt avait fait une observation analogue sur lui-même ; il s'était appliqué un vésicatoire sur la nuque, et sur la surface dénudée de ce vésicatoire, il recevait des chocs produits par un seul couple voltaïque. Voici ce qu*il dit : « De même que souvent des cuisses de grenouilles fati- « guées ne se contractent pas au commencement de la galvaa nisation, et qu'elles se contractent vivement après avoir été <c excitées trois à quatre fois, de même j'ai observé clairement <c sur Ojipi-méme que les premiert chocs ne sont perçus que « d'une manière obscure, tandis que les suivants sont sentis €( plus vivement. Le stimulus lui-même n'augmenterait-il pas « Texcitabilité des organes, de manière qu'au quatrième choc, c l'irritation restant la même, l'impressionnabilité seule serait « augmentée? Ou bien encore rexcitabilité ne se modifierait- « elle pas, tandis que la matière irritante s'accumulerait dans

40 CHAPlTnB I. — HISTOIRE.

« les fibres musculaires? Je crois la première hypothèse plus a vraisemblable (1). i>

Plus tard« Ritter a démontré d*après ses recherches wr les cuisses de greDouil|e9,.que c'est le courant oui modifie rexcîtabililé des nerfs et des muscles (2). Car un courant oontinu, qui trairerse (pendant une demi-heure ou une heure à peu près) une préparation galvanique de la grenouille (3) doit faire diminuer Tirritabilité, en tant que cette irritabilité se traduit par des convulsions, au moment de Touverture ou de la fermeture de la chaîne. Cependant les directions des courants, établissent des différences.; ainsi un courant descendant la cuisse pendant environ une heure, rend celle-ci incapable à Touverture et à la fermeture de la chaîne d'entrer en convulsions, tandis qu'un courant ascendant la cuisse, après une demi^beure et même une heure d'influence, présente de violentes convulsions, non-seulemebl à l'ouverture de la chaîne, mais encore longtemps après des contractions tétaniques, qui ne cessent qu'autant que la chaîne se rétablisse. En cbangeant ainsi dans les deux cuisses la direclion des courants, on peut dans un court laps de temps, placer chacune d'elles dans l'état où se trouvait sa congénère, et répéter plusieurs fois cette expérience jusqu'au décroissement de rexcilabilité. Tous ces changements ne touchent que les nerfs et les pariïéB de nerfs^ qui sont mis en rapport avec le courant. Gela' s'obsenre très-bien quand un courant descendant a traversé le nerf seul; alors chaque partie nerveuse excisée de la profondeur du muscle, présente ion excitabilHé hormate.

(0 Recherches mr rexcUatitm des mwdes et des nerfs. Posenet Berlin, !797,t. 1, p. 330.

(2) Preuves qu'un galvanisme indépendant accompagne le processus vital dans le règne animal, Weimar, 1798, p. 119 à 133.

(3) On appelle ainsi les cuisses de grenouilles dont on enlève la colonne vertébrale et le bassin, en laissant subsister les nerfs.

ART. 1^. — - RSCBBRCHES SUR LES ANIMAUX. il

Ritter avoue lui-même qu'il, n'a émis ce» résultats que d'après çeu de riecherdies.. Comme d'ailleurs du Bois- RejBiond la fait woir (1), une autre affirmation de Ritter se lie évidemment à ces données (2) ; affirmation d'après laquelle il 88 trouve, que quand on expose les deux bras à un fort courant d^une pile, ascendant d'une part et descendant de Fautre > on éprouve dans le bras^oumis au courant ascendant le* sentiment d'une plus grande mobilité» et dans le bras souàiis au courant descendant un sentimait de lourdeoc* Plus tard (3), Ritter a rectifié cette donnée, en disant t que l'excitemeat qui se développe quand uq courant ascendant traverse une cuisse, ne se produit ^que quand on emploie une simple chatney pai; conséquent des courants faibles; mais que si l'on agit avec des courant^ plus forts, avec 20 ou 30 éléments par exemple, les deux directions du courant développent( en agissant plus longtemps une action déprimante, o'est'à-dire que Pexeitabilîté 4*un muscle ou â*un nerf mus^ culaire^^sonmiaetàuo /pareil cburatit, doit s^affaiblir en général fka$ vite ({uei^utnd les or^nts sont laissés en repos. Cette nouv«iie reotîficaiion ile Ritter date de l'époque où Volt^ avait déjà publié des expériences sur^ le même sojet^ auxquelles' il était arrivé par )me autre voie. .. >«

>.Galiirani.j^evte6,4a méconnu son admirable découverte. :

Il considérait les muscles comme contenant de l'électricité aninude, et les comparant à unebouteille de Leyde, il admettait qu'ibékaient négatifs A leur surface, positifs à leurinlébi rieur, et que lès nerb'diattsjibuaîeni Vélectrieité dans let nauades oommesles vaismanx le fiungv Qu'un arc métallique mie en nqpport ptir ses deux bouts, avec un nerf et un muscle,

(i) Recherches sur VUectricUé animale» Berlin, 1848, 1. 1^ p. 367.

(2) Gilbert, Armales de physique, I80i, t. VU, p. 482.

(3) J. Ritter, CorUributUms à l'étude du galvanisme. 1805, t. Il, 3* et 4e partie, p. 124-126.

If CBATinE I. — BlSfOm.

foolirail Téleclrieilé négalire de la partie supérieure da musde, et que la contraction défait apparaître oorome effet de Faction do trop plein rar la sariace, de l'électricité paaitiro accumulée dans Tintérieur du muscle (1). Il était réaenré i Voila de prou? er que Tare métallique ne produisait d^eflet, qu'autant qu'il était composé de deux métaux. Que loiii d*ligir comme conducteur, il devenait excitateur, en déieloppaiit par le contact de deux métaux différents un courant électrique. C'ist ainsi qu'il faut aitendre l'identité que Voila cherche à démontrer dans son Traité sur V identité du fluide électrique et galvanique (2), quand il prétendait que les oontractiont d*une cuisse de grenouille soumise à un arc métallique, loin de profenir, comme le voulait Galtani, d*une électricité siégeant dans les parties organiques provenaient au contraire d'une électricité siégeant dans l'arc métallique. Volta découvrit donc ainsi réleclricité métallique ou de contact, en inventant la pile. 11 dirigea dès lors toutes ses recherches de manière à prouver l'identité du courant de contact, avec l'électricité due au frottement et de lever les difficultés théoriques des effets de ce courant comparé aux secousses produites par la bouteille de Lejde. Quoiqu'il connût parEaitement l'action chimique du courant continu (décomposition de Teau), il préfère parler de l'action du courant galvanique sur rhomme.

Il émit l'opinion, que le choc d*une pile de cent éléments, consistait en cent chocs, qui par leur succession rapide se fondent ensemble {rùmiti e confusi in un sol colpo)^ et qu'il était démontré [cosa ben sicura) que les impressions communiquées à nos organes, conservaient avaiit do disparaître

(i) Pfaff, Sur Vélectrieité animale. 1795, p. 330.

(2) SuW iderUità del fiuido elettrico col fluido galvanieo^ inséré dans Collêzione delP opère del cavalière conte Alessandro Yolta^ patrisio comaflco. Firenze, t. H, partie ii, p. 167-227.

ART. 1". — BBGBBRCflBS SDR LBS AlflM AOX. 1 3

une œrtaiue dorée d*actioD. Maintenant il rappelle encore que quand le courant continu agit pendant un certain temps sur les organes, il produit une sensation gustaliye constante, une cuisson continue et croissante dans la région du front et du nés (1).

Dansi^ une note devenue célèbre, il ajoute que ce qui était démontré pour les parties sepsitivest ne pouvait être admis pour les muscles qui ne sont doués que d'irritabilité ; pour les muscles qui au contraire ne présentent qu'une seule et courte contraction, soit que le courant les touche, euxmêmes ou les nerfs, ou quMl les quitte, comme à Touyerture de la chaîne ; de là résulte la nécessité pour produire de fréquentes contractions, d^ouvrir et de fermer souvent la chaîne. Cependant, il ne faut pas croire que le courant^ en traversant les nerfs et les muscles, reste complètement sans action sur eux. Au bout d'un certain temps d'action, ils sont lésés, et paralysés dans une certaine mesure. (Essi avvegnachè non vxsibiluente offesi^ ne rimangono dopo quai" che tempo m certa maniera paralizzati.) Qu'on en trouve la preuve dans cette expérience remarquable, qui consiste à soumettre les cuisses à un courant continu constant {siffatta correnie cùntintia)y l'un ascendant, l'autre descendant, dont l'ouverture et la fermeture du circuit développent les contractions les plus énergiques. Mais, dès qu'on ferme le circuit, et qu'on laisse les cuisses sous l'influence du courant qui les traverse pendant une demi-heure ou une heure, on observe alors à Fouverture ou à la fermeture du circuit que les muscles ont perdu toute excitabilité, et qu'ils ne se contractent plus. Cependant cet état n'est qu'apparent, et si l'on vient à re-

(I) Aune époque encore éloignée de la découverte du courant galvanique, Sultier aTait déjà remarqué que deux métaux différent^ appliqués sur la langue, développaient un certain goût. [NouvelÛ desplaisiri. iUl, p. 153.)

1 4 GHAPITRE I. — BtSTOIlB.

changer la direction du courant, c'est-à-dire de le faite dant là aussi» là où il était descendant, les contracHôM as reproduisent à l'ouYerture et à la fermeture du circoit. Soumis ainsi à cette nouvelle direction, les muscles perdenè'^ nouveau leur excitabilité, et Ton peut ainsi répéter Itapérience un grand nombre de fois, et toujours arrfftar aux mêmes résukatf » Voila joint à ces expériences ceUerlllIe mit deux doigts de sa main, il dit avoir éprouvé à- pM près^isi mêmes phénomènes.- Au bras et sur les autres parties da corps, ces derniers phénomènes ne sont pas si apparents.'

Il n'établit pas quelle a été la similitude entre oe qn'il a éprouvé sur lui*- même et entre ce qu'il a vu sur les cuisses de grenouilles et il ne mentionne qu*un tremblement {frenùioo siuparé), ainsi que la sensation de contraction on d'une donleiir croissante, quand ie corps est soumis à l'action d'an ooorant provenant de cent couples.

Nous remarquerons ici que Vol ta, en transportant œtte expérience sur l'homme, n'a pas agi avec son exactilode habituelle ; mais nous ne voulons pas trop le blâmer devceHe faute, puisqu'il observe lui-même à la fin de la note quo ces diverses expériences peuvent être employées dans ukie feule de circonstances, et que variées et répétées sur différents organesy elles finiront par trouver des applications utiles daBs:la (hw* tique médicale. Les espérances et le désir dece grandiphysH cien ne se sont pas sitôt réalisés. . > . n .

Dans les expériences thérapeutiques qui 'se pratiquèroDi peu de temps après en Allemagne avec les courants voltàiques^ on ne parla guère ni des observations de Ritter, ni de cellea de Volta, sur les effets du courant continu sur les musdeaefe les nerfs. Les physiciens, qui s'occupaient même de recherches galvaniques sur les grenouilles, s'étudiaient à trouver utié loi des contractions (c'est-à-dire une formule d'après laquelle on déduirait toutes les variations qu'on observerait par rap*

ART. 1*'. *- RECHERGBES SUR LES ANIMAUX. f 5

port à rapparilion ou à la non-apparition des contractions, h Touverture ou à la fermeture du circuit), plutôt que d'étudier les effets si importants, au point de vue thérapeutique, que produit le courant quand le circuit est fermé.

Marianii4;le premier, en 1829, et Nobili, en 1834, recommencèreiit les. expériences de Volta*

Le premier trayail de Marianinyi,(l), par nfp .pqintde.dé* part, parait ATçtir une moindre importance au point (}e vue de la thérapie physiologique». ca,r il traite de Texamen d'une hypothèse émise par Volta, d'après laquelle la contraction résultant de TouTerture du circuit serait produite par le reflux du courant électrique. Cependant ce travail contient des résultats qui ne sont pas sans. importance pour la.'tbéra:peu* tique. ■ i

Marianini se prononce tout d'abord contre Topinion dç VoUay jlchprche à., différencier les contr^tctiona d'ouverture du circuit, se^on que le coursant traverse Je muscle (il développerait une contraction idiopathique) oa biea en. tc^versantle nerf (une contraction sympathique). . ,ii\

Dans le premier cas chaque direction du courant' doit pror duîre upe .contraction à Fouverture du. circ^it^ :dafîs le second laconlraction est produite seulement par. le ooorantquj vient en senfli^jp^erse deS) branches nerveuses^ a Quand 1^ « couranjt élçptqque traverse le^ nerfs dans upe direction inr « verse àleiir pcqpro direction, au lieu d'une contraction il (k produit une sensation ; de Tapplication contraire, résulte le a contraire. i> Ces résMltats sont étonnant? en ce sens qu'ilp

(1) Mémoire ttrr la secousse qu'éprouvent les (mimaux mu motner^ où ils cessent de servir d*arc de communication entre les pôles d'un électromoteur, et sur quelques autres phénomènes physiologiques proêuitspar l'He^ricité, pai; le docteur Marianini, professeur dé phy* sique à Venise. {Annales de chimie et de physique de Gay-Lussac et Arago. Paris, 1 829, t. XL, p. 225 à 256.)

16 GHAPITBB t. — HISTOIBB.

ont été obtenus pour la première fois, non sur une cuiwe de grenouille coupée, mais |;>ien sur une grenouille entière^ après avoir séparé du tronc et conservé les nerfs qui meltaieot eo rapport le tronc et les extrémités inférieures.

Dirigeait-on un courant ascendant à travers les troncs nerveux, il se produisait des contractions au moment de Voaverture de la chaîne ; la direction contraire du courant ne produisait qu'un cri, qui encore par moments manquait.

On comprend qu'à Tépoque où la doctrine de Bell, et la constitution microscopique des nerfs, était encore inconnue, on conçoit, dis-je« que Marianini n'a pas pu donner à ces résultats toute la signification qu*on peut leur donner de nos jours. Aujourd'hui nous pouvons dire que le courant desoNh dant frappe plus les nerfs sensitifs que les nerfs moteurs, et que quand le courant longe un nerf composé de fibres ner^ veuses sensitives et motrices, le choc d'ouverture du courant descendant ne se fait sentir que dans les fibres nerveuses sensitives, le choc du courant ascendant seulement dans les ïbres nerveuses motrices. Ces résultats s'accordent si bien comme Du Bdis-Reymond le démontra (1) (avec ceux que Ritter a obtenus pour les nerfs sensitifs), que Du Bois présume (2) que les différences des observations devraient être expliquées de la même manière, puisque, quand on a mis à nu et maltraité les nerfs, ce qui a presque toujours lieu, même en prenant les soins les plus minutieux, il existait dee inversions de la loi pour les sensations; inversions qui se produisaient plus facilement et plus rapidement que pour le mouvement.

Au sujet de cette distinction que fait Marianini des con-

(1) UrUerêÊiehungm iiber thierische Elektrieitàt. Berlin^ t. l,p. 3M à35S.

(2) Jbid.

ART. 1*'. — REGREIIQBBS SIJll LES AITIIIAUX. 17

tractione idiopathiques et sympathiques. Du Bois exprime par les paroles remarquables suivantes, qui devraient être un continuel objet de réflexion pour les défenseurs ardents de Tirritabilité, son opinion en ces termes : « Nous n'avons^ dit-il, a jusqu'ici aucune raison plausible d*admettreqaele courant «( excite au mouvement d'une manière médiate, les muscles; c< parce qu'on ne peut pas admettre deux causes pour un seul a effet, quand une des causes suffit à* elle seule pour expliquer <c cet effet (1). »

Dans Tintervalle du travail de Marianini dont nous venons de parler, et d'un second travail dont nous parlerons bientôt, parut un mémoire de Nobili, qui doit être admis comme faisant époque dans l'histoire de Télectro-thérapie, ou plutôt qui peut être regardé comme le premier essai physiologicothérapeufique des courants galvaniques.

La majeure partie de ce mémoire traite de la loi des con*traclions (2) dont nous ne parlerons pas ici parce qu'il ne présenteras pour le moment une grande valeur thérapeutique ; notre intérêt se portera spécialement sur sa 6n, dans laquelle Nobili traite du tétanos galvanique artificiel,, de l'efiet du courant tx>n6tant sur le tétanos naturel, et de l'application thérapeutique des résultats obtenus. Gomme Touvwtw» et la fermeture d*une chaîne, qui embrasse une cuisse de grenouille, produit des phénomènes qui ont la plus grande analogie avec lelétante naturel, Nobili présume que^ dans ce cas, les 6bre8 MTveuses sont soumises à des variations seo»blables d'excitation et de relâchement. 11 luiestarriyé^qu'une

(1) Ouvrage cité, p. 362,

(2) Analisi sperimerUale e teorica degli effetti eléth-th^iologici délit rana eon un* appendice tntomo alla naiura del teiano e délia poralisi ed al modo di curare queste due makUtie colV elettricitçij impresse in Memorie ed osservazioni édite ed inédite del cavalière Leopddo Nobili. Firenxe, 1834, vol. I, p. i35-i56. (Voiraussi \9l Bibliothè^ univereelle de Genève, mai 1830 ; Annales de chimie et de physi^te, mai 1830.)

miAK. a

18 CHAnTRB I. HISTOIRE.

grenouille qui était devenue tétanique, par une cauM ioooiinue, était restée dans cet état sous Tinfluence d'une direction du courant^ tandis que sous la direction opposée du miiiie courant les membres se relâchaient. Depuis cette époque il n*a vu ce phénomène se reproduire que deux fois, et il ne cite celte observation que pour dire que le courant constant agissant dans une direction, ou dans les deux, pourrait devenir pour le tétanos, un moyen calmant spécifique, ou du moins servirait à en empêcher le développement.

En effet, s'écrie Nobili, si le tétanos, comme je le pense* provient d'une agitation continue des fibres nerveuses [agita-' xtone), de quelle manière pourrait-on mieux arrêter un tel mouvement* si ce n'est par l'action d'un courant constant, qui est capable de modifier l'ensemble de la structure du nerf, sans le désorganiser [capace (Talterar Mta la struttura dél nervo senxa di$argani%%arlo,)

Car il est évident que le courant constant modifie d*une certaine manière l'état des nerfs, et que ce changement, amené jusqu'à un certain point, modifie la cause de la coa* traction ; qu'une préparation de grenouille, enfermée dans la chaîne d'une pile pendant une demi-heure, n'obéit plus à l'excitation qui auparavant produisait la contraction.

Si, continue Nobili, passant du tétanos à la paralysie, nous nous demandons de quoi il s'agit quand on applique l'électricité à un membre paralysé, il s'agit ici de placer le système nerveux à\m organe dans l'état d'excitation correspondant à celui qui a lieu lors de chaque mouvement de cet organe. L'action du courant continu émousse jusqu'à un certain point les nerfs, et leur enlève une partie de leur excitabilité. Au contraire l'action du courant rapidement interrompu par un moyen artificiel tend à un résultat opposé, c'est-à-dire à entretenir l'excitabilité des nerfs dans une action telle qu'un tétanos artificiel en soit l'effet.

ART I*^ — RECHERCHES SDR LES ANIMAUX. f9

Dans la paralysie le système nerveux a perdu son irritabilité , dans le tétanos, Texcitabilité se trouve exaltée. Dans les deux cas, le traitement doit être opposé, a Dans le tétanos le cou- « rant continu vdtaïque doit chercher à émousser les nerfs « (istupidire) ; dans la paralysie le courant interrompu doitri^ a veiller à chaque instant F excitabilité... »

Ne remarque-t-on pas, en lisant ces lignes» que Nobili se trouve ici sur un terrain étranger, et que cette explication contient des suppositions arbitraires? Si le tétanos naturel était produit par une altération des fibres analogue à celle qui a lieu dans le tétanos artificiel, Tespoir d*employer dans ces cas avec succès le courant constant ne serait fondé qu'autant que le courant frapperait en même temps, la cause du tétanos, ce qui du moins parait être une espérance bien hardie pour le tétanos traumatique.

Il serait tout aussi téméraire de supposer que le moyen, c'est-à-dire le courant souvent interrompu, qui produit des convulsions tétaniques, est en même temps propre à soumettre à la volonté des muscles paralysés, et à leur rendre leurs fonctions normales. Ne serait-on pas aussi en droit de craindre que de semblables contractions tétaniques, en désorganisant le muscle, ne le rendent incapable d'obéir à la volonté ?

On ne peut guère trop juger sévèrement ces remarques de Nobili que lui-même a désignées sous le nom d'idées^ quand (p. 155) il prie le lecteur de vouloir bien juger ces idéis d*une manière bienveillante et de les examiner sérieusement, et qu'il termine son mémoire par les mots suivants v

a lo ho esposte candidamente le mie congietture e candi- « damente desidero che vengano assoggettate a prove deci- « sive dalle persone dell'arte per servire, nel caso di qualcbe « sneoesso, al sollievo deir umanità. Questo è ciè che dee in- « teressare assai più che la lusînga d'aggiungere un qualche a stérile risultato alla scienza. d

tO GHAPITBB I. -^ HISTOIRK.

(J'ai exposé franchement mes suppositiœiSy et je qo*elles soient examinées par des hommes compéteots, pour le bien de rfaumanîlét bien que je mets au-dessus du plaiair d'introduire dans la science un résultat peut-être inutile.)

Quatre années plus tard, Marianini fit ' paraître un second mémoire qui renversa toutes les explications de Notili (1).

En examinant les alternatives voltaîquesy Marianini constate que la cuisse de grenouille est rendue insensible au choc d* ouverture et de fermeture par une influence plus longiie du courant, la direction restant la même; mais que Texcitabilité reparaît dès que la direction opposée a agi pendant un espace de temps a peu près aussi long ; cependant en général Texcitabilité diminue en raison de la durée et de la fréquence de Tallernative. Ces phénomènes se produisent à peu près dans le même espace de temps^ quand on emploie des courants de différente force, c est-à-dire de deux à soixante éléments, en tant toutefois qu*on se sert, pour Texamen des contractions, de la même pile qui a servi pour produire le changement de Texcitabilité.

Tous ces phénomènes ne s* observent que sur la cuisse de la grenouille coupée. Sur Ut animaux viraïUs, on remarfm à peine les aliematives. Marianini, pendant trois fteures, soumit les extrémités postérieures d*une grenouille, extrémilée qni n'avaient pas été séparées du reste du corps, à laction d*une pîle de soixante eouples ; au bout de ce temps, les oontraotiens musculaifes n'avaient presque rien perdu de leur force.

(I) Mémoire sur le phénomène électro-physiologique des alternatives volUiqnes, c'est-à-dire sur les phénomènes que présenteet les ausdesdes animaux récemment tuÀ, si Ton soumet longtemps ces musdes an eourant électrique, par le professeur E. Marianini Ou à l'AlMné* '^^ ^ M mal ie34 ; abgedruckt in den Annales de chù

^ lU^tLVI, p. 387-426.)

ART. 1*'. — > VieHBRCBlS SUR 1X8 ANIMAUX. 21

Ce n*est qo'après ane nouvelle demi-heure, en tout donc trois ^ heures et demie, que les contractions devinrent plus faibles, > itiais reprirent aussitôt dès que la direction du courant fut changée." '

Trois Maveliés heures après» il n'existait aucune trace de ' dîminotmil des coBtractions ; éprhs qu'on-eut de nouveau'' changé la directiondu courant, elles redevinrent plus fôirtes, et ne diminuèrent qn*«u boid' d'une heure ; mais dès qu'o» «ut de nouveau reehangé la <)irecttsndu courant,* elles redevinrent de nouveau plu^ fortes encore.

En un mot, ce ne fut que lorsque le' courant eut duré 4rès-' longtemps, qu*il se montra une diminution dans les contlrabtions, et qu'<m observa anssinM^augmentation en efaangeanti le courant ; mais toutes ces modiBcations étaient en général très-peu appréciables. «Ily a^ par conséquent,' dit Maria-' « nini, dans l'animal vivant une force qui répare les atteintes a portées àuxorganesde mouvement par le conrantéiectriquOb a En effet, dès qu'une grenouille tourmentée par des leou»-. (< rants électriques jusqu'au poin^que les contractions miaHsa culaires se soient affaiblies, peut jouir d'un certain repos,' «elle reprend sa force primitive, et ses liontraetîotts repren^;* «nent leur première force, sans que l'animal ait été souamis à Taction d^un courant d'une direction oppoeéei;^')» Cette force réparatrice existe, selon les expériences* «de lia^' rianini, même encore dans les organes qui*sont capables de viv^ quoique séparés du corps; Plus longtemps les oti^ f ganes sont séparés du* corps>, moins longue «efiii^action du courant ci^tinn pour provoquer l'afiaibUssemedt découvert par Volta (p. 401), et les organes n'ont faesoîni après 4eur séparation du corps, comme sur l'aiumal vivant, que d'un court repos (quelques minutes) pour reconquérir Texcilabilité perdue par le courant continu. lU reconjuifreht êêtte excUahiliti perdue^ $ous linfluence même d'un fim/fmU^ ,

22 CBAPITRB I. HISTOIRI.

moim farif que n^eiait celui qui a praduii leur affaibliêiô^ menti

Marianini s^occupe ensuite des alternatives de Voila qu'U a observées en employant souvent des courants interrompus. Quand par Taction de courants interrompus les contractkms commencent à diminuer, elles redeviennent plus fortes dès qu^on change la direction du courant.

Marianini a constaté aussi ce que Ritter amit déjà observé ; que lorsque Ton interrompt souvent le courant, les contrac* tions d^ouverture augmentent en force, tandis que les contractioDS de fermeture diminuent

L'apparition des contractions d'ouverture, dit41, est toujours un signe certain qu'on est arrivé au but de ralternativei c'est-à-dire que la pièce est devenue plus sensible à Tadioa de la direction opposée du courant.

Ce physicien cherche ensuite à expliquer les alternatives de Volta ; nous ne nous en occuperons pas ici, cependant nous signalerons les faits dont il parle à cette occasion :

En premier lieu il fait ressortir la particularité qu'on rencontre chez des individus traités par des secousses électriques qui deviennent d'autant plus sensibles, qu'ils en reçoivent davantage.

Employant même une électricité plus faible, tous ceux qui électrisent des malades, doivent observer cette augmentation de sensibilité au bout de quelques jours, et ne pas toujours rapporter cet état à une amélioration dans la maladie (1).

Les courants agiraient donc d'une manière analogue aux secousses, et (comme l'avaient déjà observé Volta et Huml)oldt) lorsqu'un courant agit sur des parties sensibles, les sensations deviennent peu à peu plus fortes.

(1) Marianini renvoie ici à un travail qu'il a publié dans les Anr nales du royaume Lombard-VénUien, 1833^ et que malheureusem^it je n'ai pu me procurer.

ART. l*'. — ' RBCBERGBBS SGR LIS ANIMAUX. 2^

Pour renforcer son opinion, diaprés laquelle, Touverture d'une forte chaîne dont Taclion est continue, laisse dans le muscle ou dans le nerf que le courant a parcouru, un restant d'électricité qui tend continuellement à quitter les organes dans la direction opposée, Marianini attire l'attention sur les effets tétaniques» qu*on obsènre quelquefois sur la cuisse de grenouille, tant après Touyerture de fortes chaînes, que pendant leur action amstante.

A la fin de ce Mémoire, il est des observations qui rappellent un fait récemttient émis par Heidenhain , et qui ont rapport au rétablissement de Vexcitabtlité qui a disparu éPune manière abiolun par l'emploi des courants constants.

Ainsi, une grenouille, soumisependantdeuxheures et demie à Faction d'une pile de soixante éouples, et tourmentée par to changement fréquent des courants, avait complètement perdu la faculté de se contracter au bout de ce temps. Soumise à l'action de la même pile pendant cinq heures, elle eut à l'ouverture de la chaîne, et plus encore quand on changeait la direction du courant, de fortes contractions.

Plus loin, une cuisse de grenouille décapitée fut laissée pendant cinq heures en rapport avec le p6le positif d'une pile de sept éléments, et l'autre cuisse avec le pôle négatif de la même pile.

A l'ouYerture ou à la fermeture de la chaîne, il n'y eat pas de contractions. La même cuisse ayant été soumise pendant cinq heures et demie à l'action d'une pile de soixante éléments, dont les courants ayaient été changés, réacquit si bien son excitabilité, qu'on put en employant seulement une pile de sept couples, Yoire même une pile de quatre à trois, obseryer de nouyeau cette faculté !

Les effets affaiblissants obseryés par Volta se présentent, selon Marianini, sur l'animal yiyant, ou presque pas, ou seu-

M CHAPITRE I. — HMtOlU.

lement après de longues heares d'aciioa dtt conraDt, et dans ce cas alors très-imparfoitement. D*un autre cAté, comme le prouve l'extrait que nous venons d'm donner, Mariaoini cite dea observations desquelles il parât trait résulter que .le courant constant rétablit rexûitabiiité des muecles ou des: nerii tourmentés. Cependant on ne a'mpresaa guère de repcendra dans ce sens les expériences sur Faction du courantcoDstanl sur les nerfs et les muscles. Les tra¥ajUi4tMatteucGi« dans le domaine de Télectricité animale, se rapportent biqn plus aux courants découverts par Nobili, courants électriques qu'on peut montrer dans les nertÎB et dans les muscles % Tétat frais. Plus loin nous parlerons desobservationsqueMa^taucd a faites sur le tétanos, qu'il dit pouvoir être produit par aetion réflexe au moyen du courant constant, et sur le manque de contraction qu*on remarque^quand un courant pénètifi JHS^ pendiculairenaentdans des fitures nerreuses» .. <.|^

U faut pourtant mentionner ici la tentative qu*a faite MM^ teucci en 1838 à Turin avec le docteur Farina, suivant la pn^ position de Nobili, de guérir un tétanos traumalique, aq^ moyen d'un courant constant produit par une pile de trent0^ à quarante éléments*

Un courant ascendant fut dirigé du sacrum à la nuque, et afin d'éviter les contractions d'entrée et de sortie, le! courant fut introduit à travers des bandelettes humides, qui étaient en rapport avec les excitateurs métalliques el qui furent petit à petit raccourcies.

Plus.tard Matteucci rapporte (i) qu^on peut faire disparatlr^y les contractions en employant un courant constant chex des grenouilles rendues tétaniques par Topium ou la strycljinine;. de telle sorte que la mort survient sans qu'aucune contraction^

(1) Traité des phénomènes éleetro^ynologiques des animauœ. Pari8> 1844, p. 270.

Alt» 1*'. •«« nCHÊRGBKS 8Uft LB8 ANIMAUX. S5

ait lieu. Pour remplir le but de celte expérience, le courant ascendant est préférable au courant descendant^ le premier produisant mânsde contraction.d^entrée. Matleucci parle (1) de remploi tbérapefttiqoe du CQuraot éleclrique^Ml part de la mène . Qiaïuàre de Toir que Nobili, tout en y ajoutant une addition remarquajUe. L0t alternatives de VoUa démontrent qu*un nerf privé de son excitabilité par une direction donnée du couranft^) UPIlpipaeia» iDo/yen delà idireMioD> opposée. Plus loiii^, coiane MarianiDi Fa découvert^ et Matteucci Ta constaté, les nerft inoteurs él les nerfs sensitifs sont excités phts ou moins fortementv le3ti)as par l^Mourkfats 'ascendants, les autres pair les courantSi descendants. On dpit donc, supposant quîB hilparsAysie de ces nerfs est un fatit analogue à Gelai ^'on peutijproditirt-lMn/iesooarants constants, ayant touijours la mAme 4irectioQ^tCii*doit donc traSter les paralysies du .niouiteraiBÀi par bs eoarants ascendants, et les pa- «alysies des nerfs] sensîtib^ par les courants descendants.

Matteuoei voulait-il parler ici de l'emploi de courants constants? Ce ^fai'ue ^ressort <pas trop clairement du chapitre dté; oependadt . il tiaiil- leconnattre que cette proposition est nouvelle et tràs-earadéristiquej car Nobili lui-même commande, comme moyen très-approprié à la guéHson des para-' lysies, TinterruptioD 'du courant . >

Il faut encore dire qu'à la page suivante (p. 268) Matteucci recommande le courant intermittent de Tappareil de Masson^ pour le traitement des paralysies, et qu*il cite en louantles expériences de Biagendie avec Tappareil électro^magnétique de Clarke.

Immédiatement après il parle des guérisons obtenues par Marianini par l'emploi seul des courants galvaniques; malheureusement, comme nous Tavons dit plus haut, nous n*a-

(1) Loco dUOo, p. 264 à 272.

26 CHAFITIB I. — HUTOnn. ^'

▼ODS pa nous procarer ce mémoire. U relate plosieors cm de goérisons obeenrés et connus par lui à Pise, et encore id fl ne parleqnedej€eoiisfefél€crfi9if^fâontMariamnidoH8*étre9erTi.

Enfin Malteucci recommande ponr k traitement do tétanos, remploi de courants non interrompus, en se fondant sur sa propre eipérience, que nous a^ons rappdée plus haut.

Les difiérents articles que Valenti n a pohKés (i) lar Tâe^tricité animale et le galvanisme, ne sont en grande partie qu'une œuvre de compilation. Je renvoie le lecteur à r<MK vrage de Du Bois-Reymond (2), pour la signification des observations qui sont propres à Valentin.

D'après Eckhard (3), il se trouverait dans la physiologie de Valentin des eipériences sur les effets dits paralysants do courant constant; cependant je ne les ai trouvés, ni.à Pendroit cité, ni dans les autres ouvrages de Valentin. En suivant Tordre chronologique des publications et des expérienees sur Télectricité, nous arrivons aux remarquables travaux de Du Bois-Reymondy qui, quoique consignés dans un ouvrage non encore terminé, doivent être regardés cependant» dèi aujourd'hui, comme l'appui le plus puissant de la base pbf* siologique de Téleclro-thérapie.

Dans ce magnifique travail Tauteur tend principalement à examiner la nature des forces qui agissent dans les nerfs et dans les muscles.

n cherche à prouver leur identité avec les forces élec* triques ; forces qui ont été si souvent affirmées et si sonyenl niées.

(0 HandwôHerbueh der Phynologie von D. Wagner. Braunschweig, i842, t. I.

(2) Loco ciUUo, 1. 1, p. 129-159.

(Z)BeitragezurAnai(mieufid Physiologie. Giessen» 1S55, impartie, p. 54.

AKT. 1*'. — ftE€HER€HE8 SUR LES ANlVAmC. 27

Qaoiqu'il ne parle de Taction des coaranis électriques sur les nerfs et les muscles, que comme d*un moyen de mettre en jeu les forces propres de ces tissus, son ouvrage se recommande encore, par Thistorique, fait avec une persévérance et une sagacité sans pareilles, des expériences d*irritabilité sur la cuisse de grenouille, historique qui facilitera tant rétude à ceux qui veulent scruter le vaste domaine de réleclricité.

En outre, pour Télectro-thérapie, telle que j'espère qn^elle sortira de mes mains, tout ce que Du Bois-Reymond a trouvé à force de soins, d'étude et de patience, doit être apprécié comme utile et digne d'être connu par ceux qui s*occupent de cette partie nouvelle de la science.

Plus loin nous parlerons soovent de la loi générale trouvée lors de ses recherches par Du Bois-Reymond, loi qui régit l'excitation des nerfs, quand ils sont soumis au courant électrique (1) et de la loi des contractions trouvée par ses recherches historiques.

Nous ne dirons ici qu'un mot de sa découverte de Véiat iketro-ionique des nerfs, et des conséquences théoriques qu'il déduit de la signification physiologique de cet état, qui est si important à connaître, au point de vue thérapeutique.

Après que Du Bois-Reymond eut constaté, que non-seulement les muscles, mais encore les nerfs, développent, immédiatement après leur séparation de l'animal vivant jusqu'à leur mort, un courant électrique, courant nerveux statique, allant de la coupe longitudinale, à la coupe transversale, il découvrit encore :

1* Que la force de ce courant augmente aussi longtemps qu'un courant constant passe par une seule portion du nerf

(1) UnUrtuchftngen Uber thierische Elektricitàt, 1. 1, p. 25S.

S8 GHAPITIB I. — HUTOIIB.

(de manière à avoir la même direction que le cotnaattida tronc nerveux lui-même, cette portion cependant dàtt être en dehors de celle dans laquelle existe le courant statique};

2^ Que la force de ce courant diminue, quand le oounnl constant excitateur a une direction opposée ;

3"* Qu'enBn le courant nerveux cesse de se manifester aciiasi longtemps que le nerf subit une excitation (secousses d-inductions, irritations mécaniques ou chimiques) capable de provoquer des mouvements ou une sensation.

Du Bois appelle négative cette dernière oscillation, tandis que les deux autres manifestations sont nommées Hai élec* irO'taniquê^ ou électrotonoê des nerfe.

La signiBcation physiologique, je puis même dire thérapeutique de cet électrotonos consiste en ce qu'on constate, après Tapplication d'un courant constant sur le nerf, des modifications qui se présentent en dehors de la partie traversée par le courant constant lui-même, (partie polarisée).

C*est dans ce sens qu*on peut dire que les travaux d*Eck» bard, et d'autres auteurs dont je vais parler plus bas, ratatrent essentiellement dans la catégorie des obsenatioiis dé Du Bois-Reymond. Tous ces auteurs tendent à wnÉnitaier les effets physiologiques quff produit la courant galvaniqùai soit dans la portion nerveuse excitée elle-même, soit end^ hors de cette portion.

Les observations de Du Bois-Reymond sur la force éleetro* tonique se trouvent consignées dans son ouvrage (1).

Je rapporterai ici les phrases mêmes de cet auteur, parea qu'elles me paraissent contenir des points de départ et des points d'appui pour l'électro-thérapie. En premier lieu. Du Bois fait ressortir que la transmission de la force électro-tonique est arrêtée, soit par la ligature, soit par la

(1) Loco citato, t. U, p. 383-389.

ART. 1*'. — BBCflERCBES 8UB US ANIMAUX. 29

tioQ.da >Derf, et il tire de ce fait la preuve que cette polarisatioiljdii nerf a des rapports avec le processus qui produit le mouyement et la sensation. Cette mailière de Toir est encore constatée par la circonstance que la force électro-tonique des nerfs est augmentée par tontes les conditions qui sont propres à augmenter les fonctions des nerfs^ et que cette méroe force diminue avec la contraction, c'est*à-diire avec l'expression de la force nerveuse.

Cependant cette force éiectro-^tonique n'est pas de la même nature que lepvoceseus qui produit le mouvement et la densatioui et quiapparalt lors de Taction du courant induit.

Car ce processus n*a lieu qu'à l'entrée et à la cessation du courant, et il n'est développé que par les oscillations négatives et positives de ce même courant, tandis que l'électro-tonos a une puissance ioujours égale, aussi longtemps que la chiltne est fermées voire imême lorsque le courant par sa faiblesse est insuffisant à produire par électrolyse des contractions durables.

Pour tqontrer la féritaUe signification de l'électrotonos, Du BiWnRef iDMid revient k ropinirâ que Ritter et Erman ont dherché: à. laire valoir pour la théorie des contractions.

Cette opinion, constatée par les trtvanx ultérieurs de Nobili, et en partie par eaux ^ Becqoerel et de Matteucci, peut s'entendre ainsi : Le processas qui a lien an <moment de la fer^ metore da la ohiâne^ provient 'de ce que le nerf passe dans un* éUL iOfodi&éj et qu» l'action du courant consiste à placer ce nerf tlM» cet état et à l'y entretenir tout le temps de sa durée ;< qn'enfin la contraction d'ouverture n'était que la rentrée do MiE)f modifié dan9^ l'état normal, dès que disparaissait l^infloânœ 4fai courant excitateur.

Ritter à oette-oceasiOD s'exprime ainsi : « L'organisme luimême Éd donne la secousse d'ouverture. i^

De plus, Du Bois-Reymond rappelle ici, comme quoi

30 CHAPITU I. HISTOni.

Ërman s^est imaginé qu il existait au moment essenliel de l'influence, ou dans l'action du courant» une prédominaiiee soit d'oxydation, ou d*hydrogéni&ation, de l'une o« de Tautre moitié du nerf; comme quoi aussi Nobili, pour y rattacher l'explication de la loi des contractions, distingua raltération produite sur les nerfs par le courant descendant oo asœndaot sous le nom aalterazione direlta » et «alteraiione inversa».

Plus loin Du Bois-Reymond ajoute : Si je ne me trompe, nous sommes aujourd'hui en état de compléter d*une manière plus conforme, la théorie de Nobili. Mon opinion basée sur des faits est la suivante : nous avons reconnu dans Tétat électro-tonique celte altération constante des nerfs, produite par le courant électrique, dont l'existence n*a po qa'étre soupçonnée par Ritter, Erman et Nobili.

Quand un courant agit sur un nerf, il se comporte i son égard, comme envers tout conducteur humide, c'est-à-dire l'électrol jse , qui commence par la polarisation, se développe, et tout se passe comme dans une pile.

Le passage de la disposition natorelie à la disposition dipolaire des molécules électro-motrices, produit ce trouUe de réquilibre qui se traduit par la contraction de fermetan, ou la douleur de fermeture.

Le retour de celte disposition dipolaire à la disposition Da> turelle, est le moment dans lequel, comme l'a dit Rilter, Torganisme se donne à lui-même la secousse d'ouverture.

En un mot, le phénomène galvanique nous paraît étro une espèce particulière du phénomène découvert par Nicholson et Carliste, et il ne présenterait une forme remarquable que par suite de la particularité du conducteur animal. « L'irritation galvanique donc nest autre choie pour nom, ^que le premier degré de Vélectrolyse d^un nerf. »

Du Bois-Reyinond, rattache à ces remarques la justification du mot électrotonos.

ART. 1*'. — HEGBBRGHBS MJK LES ANHUmC. 31

U rappelle d'abord Tanalogie observée déjà ayant (1) entre le processus de l'excitalion des nerfs, au moyen du courant galvanique^ et le processus de rindàctioa d*un conducteur» ou d*un aimant, sur un conducteur voisin. De même que pendant la durée d'un courant, l'impression (le processus) » qui produit le mouvement et la sensation n'a pas lieu toujours à un degré constant, de même aussi l'induction qui agit sur Télément conducteur ne se produit qu'à la suite d'altérations positives ou négatives de la résultante électrodynamique ou magnétique.

Faraday avait désigné sous le nom d'état électro-tonique, l'état dans lequel des causes inductrices placent un conducteur. On pouvait donc, en voyant ce qui le produisait dans une pile, donner la même dénomination à la polarisation des nerfs. Quand un courant se développe dans un /cercle qui renferme un nerf» cette naissance s'accompagne d*une excitation de l'impression qui produit le mouvement et la sensation, puis, comme cela a lieu dans une pile, le nerf se trouve polarisé enfin dans un étal électro-toiiique.

A l'ouverture des dan chaînes Fétat électro-tonique disparaît dans le conducteur, et dans le nerf les molécules viennent de la disposition dipokire, à la disposition naturelle.

Il existe la même antithèse entre la contraction de fermeture et d'ouverture, qu'entre le courant de fermeture et d'ouverture, c'est-à-dire que la contraction de fermeture présente avec le courant descendant les mêmes particularités que la contraction d'ouverture avec le courant descendant et ttce versd.

L'auteur s'arrête ici, en promettant de donner la suite de ses observations dans le quatrième fascicule de son ouvrage, qui malheureusement n'a pas encore paru. Nous ne devons

(4)Locao«Mo,t.I,p. 300.

3S GHAPITRB I. — HI9T0IM.

pas oublier de mentionner que Dp BoiB-ReymOBda v6w8i(l), au moyen d'un courant excitateur interromj^, à profoquar rétat électro-Ionique dea nerfs ; cependant il ne fSaut pes ad- Bieitre que la cause de cet état puisse être rapportée à Tacia ' de Tinterruption lui-même. .

Bien plus» Du Bois-Reymond prouve par uni' 'longw série d'expériences très-exactes, que le résultat de la télaiii* aation des nerfs» produit par des courants alternatifs, est hm oscillation négative du courant nerveux (2). 11 en est de même aussi dans le tétanos non électrique, produit par Pemirfoi de la strychnine ou d*autres moyens chimiques. En résanié^ il est vraisemblable, en considérant toutes les î^nditiona, daai lesquelles se produisent dans le nerf, d'un cêté une eontraction, de Tautre roscillation négative du courant (3), qee cette oscillation négative est l'impression éleetro-motrioe de processus, par l'intermédiaire duquel le mouvéMent a iieii.

Ce processus ou impression primordiale^ a Heu dans le nerf dès que son équilibre intime est trouble, Mlit parées moyens mécaniques, caustiques Ou chimitîues, ou bien encore qu'un courant excitateur place le nerf dans un état électrotonique.

Ou enfin, que cet état électro-tonique subit une oscfllatien quelconque, à la suite d*une oscillation de mêiAe nom du courant excitateur ; courant dont la densité est simplement proportionnelle, dans une asses grande étendue, à la foi^e de l'état électro-tonique. '

Il est évident que toutes ces découvertes ont agrandile champ des études physiologiques préparatoires de l'éleetit>^ thérapie.

Si Télectrotonos est Timpression inséparable de Texcitatioii

(0 Loc. cit. T. 11, p. 390 à 412.

(2) T. II, p. 425 et suivantes. •

(3) T. Il, p. 658-668.

ART. l". — RBCHBRCHBS 8im LIS ANIMAUX. ^S

produite 8ur le nerf au mo^M du oourant constant la chatne étant fermée, et si Tosciliation négalife du courant dans le nerf est la conséquence et rioipressiïfifi de Tosciliation ou de rinterruption du oourant excitateur» il en résulte, dis-je, que chaque examen même le plus délicatement fait, qui se rattache à résidence de ces états, doit avoir une grande influence, dès qu'on veut se rendre compte comment les nerfs de rhomme se comportent quand ils sont soumis à des courants constants ou à des oscillations de courants. Mentionnons encore quelques travaux publiés, qui, comme nous Pavons dit plus haut, représentent, en quelque sorte, la conséquence physiologique de la découverte de Pélectrotonos. Parlons avant tout du travail d*Eckhard (1), à la tète duquel nous trouvons la phrase suivante :

« Toute contraction musculaire, dépendante d'une irritation, peut être arrêtée par un courant continu constant; tout tétanos peut disparaître sous cette même influence, i» Cette proposition est démontrée par trois séries d'expériences sur la cuisse de grenouille (non sur l'animal vivant).

1"* Un nerf enfermé dans un circuit de Daniel de quatre à cinq éléments peut être pincé sans qu'il se produise une contraction, dans la portion comprise dans la chatne, et par conséquent parcourue par le courant, mais ces contractions apparaissent dès l'ouverture de la chatne.

2*" Si rpn trempe un nerf dans une solution de chlorure de sodium qui, comme chacun le sait, produit le tétanos et si ensuite on enferme le nerf an-dessous de l'endroit irrité, le tétanos ne se produit pas, ou s'il existe, il disparaît avec la fermeture de la chatne. Lorsque les courants sont faibles, la

(i) De V emploi du courant constant pour empêcher la contraction musculaire. Zeitschrift fUr rationnelle Medizin, herausgcg. von Hcnle und Pfeuffer» t853. Neue Folge, B. 111,2. Hft, S. 1 98 203.

RKMAI. •

34 ' €BAnTRtt I. — HISTOIRV.

direction ascendaote ealk plus jDBTenable à employer» mais les deux direcUooB pQumieDt également être employéei quand les courants sont forts.

S"" Enfenne^t-on le bout supérieur d*un nerf dans une chaîne faible et le bout inférieur dans une chaîne torte^ TouYerture et la fermeture de la chaîne supérieure ne fp^ duisent aucune contraction, tant que la chaîne inférieure est fermée. Mais les contractions apparaissent immédiatemeof » dès que les électrodes inférieures approchent du nuiacie. Donne-t-on aux chaînes une position inverse, il faudra» pour rendre Touverture et la fermeture de la chaîne inférieure sans eSetS) une plus grande différence de la force des deux chaînes; la direction ascendante dans les deux chaînes est la plus favorable lorsque les chaînes sont faibles.

Deux années plus tard ^ckhard (1) confirme quant aux faits principaux ses observations antérieures ; seulemenl il désigne maintenant les effets du courant <k comme paràlysanli^ » ce qui évidemment n^a qu'une signification métaphorique, puisqu'il n*existe dans ces cas aucune analogie avec les pt> raljsies des animaux vivants.

Dans ce mémoire Eckhard s'occupe principalement des actions diverses des directions du courant. 11 trouve que la direction ascendante dans tous les cas se traduit comme la plus <iparQlysanie{i)yT^ voire même que, dans des cas où le point irrité se trouve au-dessous de la portion nerveuse comprise dans la chaîne, la direction ascendante agit encore seule comme a paralysante, tu Ce qui est plus remarquable encore d'après les recherches d'Eckhard, c'est l'augmenta-

(1) Beilrâge zur Anatomie und Physiologie. Giessen, 1855, p. 23-54. De l'influence du courant constant sur rcxcitabiiité des nerfs moteurs.

(2) Ibid., p. 3^.

ART. I*'. — RBCUERCHBS- 891 (148 ANIMAUX. 35

tion de Yexeùêkiliii au-rdeMQUSHdajil'ëleclrode négatif de la chatae agiMftnl > idans* : uner • dinecUoUk 4e$e€ndante an keut supérieur da nerf, de sorte qiie/lea cMitraetions qu'oa^'y provoque sont plut fortes (p. 4^}^ GV»i ainsi que Ibut tétanos profoqué par kf jel «de cuisine devient plus fort dès qvfm aljpplique un courant coBStantj descendant au-diBSSus du point irrité-' (p. 42).

Ëckhafd iotredeft dinsi, jusqu'à nouvel ordre^ dans la physique des nerfs,' M proposition 'hypothétique suivante. , « Tout cctorant constant ■ qui.* trarorse un nerf moteur « produit sur le^lrajet parcouru ei sur la portion du nerf a située au delà del'électrode positif une diminution de Feidh a tabiliié ; tandis 'quf il produit une augmentation dans la a portion nerveuse située au ddà de Télectrode négatif. )»

Les observations propres à Eckhard donnèrent donc pour résultats que la c proprMlé paralysante i» n'appartenait pas toujours au courant. côtistant, qui même dans de certaines coodiiiona, se trouve^avoir k propriété d'augmenter Texcitabilité : ce que Harianini avait' déjà trouvé.

D'après Tordre chronologique j'arrive à mes propres recherches (1)*^ ^

Mais conuM. pes 'recherches ont été faites sur rhemmer elles doivent être rapportées dans un chapitre spécial. Je dirai seulement ici ique dans ces expériences je faisais passer un courant de Sft à 30 éléments par un tronc nerveux, le médian >paf etempie, et que même après une minute» Tinfluenoe de laifoloDté.sur les muscles animés par ce tronc nerveux n'étaiipas troublée ; qu'ainsi la propriété paralysante du courant^ continu n'a pas été constatée sur Thomme vi* vant et en santé.

(i) Anbang sur iweitea Auflage meiner Schrift, ^Ueber methodische Electrisirung motorischer Nerven, v y^ui IS december 1855.

36 CBAPIT» I. — HUTOIRB.

Les obserfations d*Eckhard sar la caisse de la grenouille

' farent bientôt généralisj^ en deux sens différents.

En premier lieuylieidenhain, sans connaître les expériences de Mariaoiniy observa (i) qaen soumettant un muscle à des

chocs dMnduction, ou en le fatiguant par des tiraillements, ou bien encore en le plongeant dans de Peau chaude (28 à 30^ cenligr.) ce muscle perdait son excitabilité (c'est-àdire la faculté de se contracter sous Tinfluence d*irritations électriques), et que cette propriété lui était rendue, au moyen d*un courant continu, d*une manière plus évidente, en employant un courant ascendant plutôt qu'un courant descendant.

En second lieu, Pflueger soumit à nnenonvelle épreuve les expérienoas d'Eckhard (2). 11 troure que des oscillations de courants d'une chaîne constante ne produisent pas dans tout le trajet du nerf moteur des contractions également fortes do muscle, mais que ces oscillations, en agissant sur un point fins rapproché du bout central du nerf, sont plus erficaces. Si en prenant ce fait en considération on examine : l"" l'influence d'oscillations de courants sur un nerf dont le bout central est parcouru par un courant constant descendant, on Toit alors, ce que du reste Eckhard a déjà trouvé, qu'audessous de l'électrode négatif, la faculté dn nerf de répondre à des oscillations de courant par le raccourcissement du muscle augmente, mou que cette augmentaiiim dimnue vert la périphirie eidieparedi eùmplitement lonjfU'on eifproekedu mueele^

2* Dans le sens inverse, un courant constant descendant, appliqué au nerf dans le voisinage du muscle agit, sur la partie supérieure, et produit une diminution des contractions provo-

(1) Physiologiiche Studim. Berlin, 1856, p. 55-427.

(2) Ueber die durch constanU elektrische Strôme erzeugte Ferdiiderung der motorischen Nerven. (Allgem. medie. Cenîral'ZeiUÊng. 1856. XXVJahrgang,22.S(ûck.

AKT. l**. — HECHBRGHI8 gUB US ARIMAUX. 37

quées par les oscillations du coarant desceDdant, oscillations appliquées dans le voisinage de rétectrode positif ; cette diminution cependant devient plue faible vers la partie supérieure j et fnit par disparaître complètement avant qu'on ne soit arrivé an bout du nerf.

3* Lorsqu'un courant ascendant frappe le bout central du nerf, Texcitabilité pour les oscillations de courants ascendants diminuée la vérité au-dessous de Télectrode positif; mais cette diminution se perd encore avant Ventrée du nerf dans le muscle.

4* Lorsque enfin le courant constant ascendant se trouve dans le voisinage du muscle et que les courants qui agissent au-dessus et qui sont en oscillations ont une direction opposée, la contraction augmente à la vérité dans le voisinage de Téleclrode négatif; mais Taugmentation diminue d'autant plus que Ton approche du bout central.

Une deuxième communication de Pflueger (1) contient quatre propositions qui de prime abord semblent correspondre aux quatre que nous venons de citer, avec la différence que les oscillations du courant sont remplacées par le courant d*induction et que le Myographion de Helmholts est employé pour évaluer la force de la contraction. Mais en examinant plus attentivement, on voit que ces quatre propositions ne correspondent pas en tout point avec celles qne nous venons de citer. La confirmation de la quatrième proposition y manque ; quant à la troisième, elle est toute nouvelle. Cette proposition dit que le courant constant agit au bout musculaire du nerf d'une manière ascendante, et que le courant induit agit aunlessus , mais aussi d*une manière ascendante : le résultat se trouve donc être, comme dans la quatrième proposition citée plus haut, une augmentation de la contraction. Ce qui veut dire : qu'un courant

(t) AUgem medie. Centrah-Zeitung. 1856, n^" 57.

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