‹ Gambetta et l'Alsace-LorraineChapitre 13 sur 27 · LA FRANCE NE SE RESIGNE PAS · texte numérisé non relu

LA FRANCE NE SE RESIGNE PAS

Un seul des anciens familiers de Gambetta, sous Tinfluence des passions déchaînées par l'affaire Dreyfus, M. Ranc, sans cesse hanté par le spectre du général dictateur, a semblé approuver la manière de voir de M. Jaurès dans un article publié en 1905 et dirigé surtout contre la politique de M. Delcassé :

u Non, nous ne sommes pas infidèles aux enseignements de Gambetta, dit M. Ranc après avoir reproduit la phrase fameuse sur la majesté du droit, quand nous répétons avec lui : Pratiquons la politique des mains libres, quand nous disons : ne soyons les ennemis de personne, ni de r Allemagne! ni de T Angleterre! C'est bien assez, c'est

« tous les partis saluent le patriote incomparable, à la fois clairvoyant et '^'passionné, — la politique de Gambetta. « Qu'a-t-il apporté à l'appui de ce paradoxe téméraire, contre lequel proteste toute la carrière de l'illustre chef de la Défense nationale? Quelques citations de discours, qui se retournent contre lui avec une aveujjlante évidence : quelques extraits de notes intimes, ou il n'y a pas un argument en sa faveur. On voit, dans ces notes, qu'à certains moments, notamment en 1878, à propos de la question d'Orient, (lambetta estima qu'il pouvait cire avantageux d'entrer en conversation diplomatique avec l'Allemagne. En rcsulte-t-il que le premier mot d'une telle conversation dût être une renonciation formelle et définitive, à la mode de M. Jaurès?

^ Pas le moins du monde. Il n'y a rien, dans les textes cités par M. Jaurès, qui autorise cette hypothèse injurieuse pour la mémoire du grand patriote. Il estimait simplement que l'intérêt de la France ne lui permettait pas de se tenir, dans une bouderie systématique, à l'écart du concert des puissances. Qui dit le coniraire? Le but invariable de la politique de (ianihetta a été le relèvement national. Il a toujours été disposé à poursuivre cette œuvre partons les moyens que fourniraient les circonstances, sans en négliger aucun. Mais il n'a jamais oublié que l'appel à la force ne dépendait pas de nous seuls, et que la guerre pouvait être imposée aux plus fermes partisans de la paix; et qu'enfin, il n'y a ni action diplomatique ni sécurité possibles dans la paix pour les nations faibles et désarmées.

'^ Quoi de plus lumineux, de plus décisif à cet égard, que les paroles adressées par (îambetta en 1872 aux délégués d'Alsace-Lorraine, et imprudemment citées par M. Jaurès? »

trop d'avoir été pendant des années les complaisants de la Russie. «

Or cet article n'exprime que l'opinion de M. Ranc, qui approuvait les violentes attaques de M. Jaurès contre M. Delcassé; il n'engage que M. Ranc, et rien ne démontre que (iambetta, s'il vivait, penserait et parlerait de même. Les intimes de Gambetta savent parfaitement que le grand orateur et le grand silencieux n'étaient pas toujours d'accord.

Bien plus, M. Delcassé, quelques jours après être sorti du ministère des affaires étrangères dans les conditions que l'on sait, nous déclarait à nous-même :

— Je n'ai fait que pratiquer, au ministère des affaires étrangères, la politique de Gambetta : résistance au pan germanisme et, dans ce but, entente avec les puissances dont les intérêts sont les mêmes que les nôtres, avec l'An gleterre et avec la Russie.

Et d'ailleurs l'argnment de M. Maurras ne prouve rien, surtout parce que le discours de Gambetta, évoqué par M. Ranc, discours prononcé en 1881, affirmait sans réserve l'idée de revendication irréductible :

u Je pense, j'espère que je verrai ce jour, où par la majesté du droit, de la vérité, de la justice, nous retrouverons, nous rassemblerons les frères séparés. »

Paroles graves, paroles presque compromettantes, dans la bouche de celui qui les prononçait, puisqu'il se proparait à entrer quelques semaines plus tard au ministère des affaires étrangères!

Elles contrastent singulièrement même avec celles de M. de Rroglie qui se croyait obligé, si bon Français qu'il fût, et nous ne suspectons pas son patriotisme, de faire déclarer à Berlin par M. de Gontaut-Biron que la France acceptait désormais l'état politique de l'Europe tel que le Gxait le tiaité de Francfort comme définitif.

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