‹ Gambetta et l'Alsace-LorraineChapitre 16 sur 27 · LA FRANCK \E SE RESIGNE PAS · texte numérisé non relu

LA FRANCK \E SE RESIGNE PAS

« Météore castillan, je pensais en l'écoutant à notre Lamartine, à notre Ollivier, et je me surprenais à le haïr moi-même. "

Gambetta aurait répondu à Jaurès comme le Ht M. Clemenceau, s'adressant à un collaborateur de VHumanilé, M. de Pressensé. L'ancien président du Conseil radical distingue judicieusement entre protestations et protestations.

« Oui, certes, je reconnais que Jaurès et Pressensé ont protesté formellement. La différence entre eux et moi, c'est que, lorsqu'ils ont protesté, ils se croient en règle avec eux-mêmes, avec la France, et, passant à d'autres sujets de conversation, prétendent nous interdire toute préoccupation de rentrer dans notre droit, de notre propre effort, si jamais la chance nous en est offerte par la destinée. C'est à cela que, pour ma part, je ne souscrirai jamais.

'; La protestation de l'impuissance aux abois atout justement la valeur d'une parole au vent. La protestation d'un homme ou d'un peuple qui veut survivre à sa défaite — loin d'être l'ultime convulsion d'une défaillance suprême — doit apparaître comme le premier sursaut d'une énergie révoltée. C'est en quoi ma protestation diffère profondément de celle de Pressensé. Ou plutôt je ne proteste pas, je n'ai pas besoin de protester si ma protestation ne doit être qu'une procédure verbale pour me soumettre, tête basse, à la brutalité d'un dominateur. Je ne proteste pas, je ne me dépense pas en paroles vaines. Silencieusement, méthodiquement, je tends l'effort de ma pensée, de mes actes, vers les réparations de l'avenir. Pressensé veut les attendre de la paix. I*ersonne plus que moi n'en serait heureux. Mais je considère l'état de l'Europe, et partout je découvre d'immenses préparatifs — dans des proportions inconnues jusqu'ici — pour d'autres entreprises que de pacification, et force m'est bien d'accepter

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une situation qu'il ne dépend pas de moi de changer.

u Je ne consens pas à affaiblir mon pays. Je prétends^ au contraire, accroître sa force militaire...

'•i Pressensé, j'en suis sur, croit servir la France mieux que moi en subissant avec résignation la violence faite au droit, après une protestation pro forma dont il n'entend tirer aucune conséquence. Moi, je dis que le droit vaincu n'est jamais vaincu tant qu'il y a, pour le représenter, des hommes qui ne se résignent pas. Je dis que la paix voulue de Pressensé, comme de moi-même, ne se fonde, pas plus dans l'ordre social que dans l'ordre international» sur la violence de l'inicjuité. J'ai sollicité la contradiction de Pressensé sur ce point, je ne l'ai pas obtenue. J'ai demandé à Pressensé pourquoi il admettait la révolte de l'opprimé dans l'ordre social et non dans l'ordre international. Il ne m'a pas répondu. J'ai demandé à Pressensé où serait la limite de sa protestation passive, s'il se révolterait pour la Champagne, la Bourgogne, l'Ile-de-France. Il ne m'a répondu.

" La Pologne est écrasée, démembrée. Pressensé lui permet la protestation résignée, mais qu'elle n'essaye pas de revivre! Les Danois arrachés de leur patrie par la Prusse pourront se dépenser en protestations éloquentes, non essayer de se reconquérir. Les Arméniens, les Macédoniens — après quelles tueries! — se révoltent contre l'oppresseur, et Pressensé lui-même propose que la France vienne k leur secours par une procédure diplomatique qu'il dépend de la volonté du sultan de faire aboutir à la guerre. Et nous, ces mêmes PVançais qu'on pousse à l'action pour la Macédoine ou l'Arménie, nous n'aurions qu'à demeurer passivement inertes lorsqu'il s'agit de l'Alsace- Lorraine! La Fayette ira rejoindre Washington combattant pour l'indépendance, nous tirerons le canon à Navarin pour la Grèce, la France versera son sang pour aider à la

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