‹ Gambetta et l'Alsace-LorraineChapitre 6 sur 27 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

PREMIER PROJET d'eNTREVUE DE GAMBETTA AVEC BISMARCK

On reproche aux républicains, en 1877, de s'entendre avec Bismarck. — Accusation précisée contre Gambetta. — M. Crispi à Paris. — Il rencontre Gambetta. — Sa mission à Berlin. — La question du désarmement. — Le comte Henckcl de Donncnsmark. — Avant 1870. — Préfet de Metz. — Négociations avec M. Thiers. — Réinstallé à Paris après la guerre. — Son entourage. — Gambetta chez le comte. — Le rôle d'Emile de Girardin. — Entrevue projetée. — Lettre du comte Herbert de Bismarck. — M. de Gontaut-Biron est remplacé par M. de Saint- Vallier. — L'Exposition universelle de 1878. — L'Allemagne refuse d'y participer. — Pas d'entrevue. — Le ministère de Broglie et la cour impériale allemande. — La mission d'Abzac à Berlin. — M. de Gontaut à Metz près de Guillaume I". — Les princes d'Orléans.

Le 15 novembre 1877, Gambetta, à la tribune, engageait le procès du gouvernement du maréchal de Mac- Mahon et signalait, ainsi que nous le disons plus haut, les défiances de l'étranger, lorsqu'un député de la droite bonapartiste, M. Galloni d'Istria, l'interrompit :

— Vous faites appel à M. de Bismarck!

Cette interruption, insérée à V Officiel, ne produisit en séance aucun effet. Personne ne la releva.

Ce ne fut que longtemps après la mort de Gambetta que l'accusation se précisa, accusation d'entente avec la chancellerie allemande, ^de « conspiration » j'^pour nous servir

de l'expression même d'un ancien ministre du IG Mai, M. de Meaux.

Sur quels faits, sur quels documents, sur quels témoignages cette accusation repose-t-elle?

La publication des Notes et souvenirs de M. de Gontaut- Biron nous a fait connaître que, le 30 juin 1877, l'ambassadeur notait à Ëms :

u X... est venu à moi ce matin, se disant chargé d'une commission de M. W..., actuellement à Ems. \\J ... m'a fait exprimer ses regrets de ne pas me connaître, malgré le désir qu'il en aurait, mais il ne le réalisera pas, car, comprenant la délicatesse de ma position,- il craindrait de me compromettre. Il me fait dire qu'il sait sûrement que M. Gambelta est en communication avec la chancellerie allemande ou le prince de Bismarck, d'où il est aisé de conclure que la campagne contre le ministère français est ainsi menée d'accord entre eux. »

Dans une lettre au duc Decazes, M. de Gontaut-Biron désigne en toutes lettres M. Windthorst comme l'auteur de cette confidence.

L'ancien chef du centre catholique allemand, mort avant la publication des Souvenirs de l'ambassadeur, ne s'est jamais expliqué sur l'incident.

En décembre 1877, enfin, lord Odo Russel, ambassadeur d'Angleterre, aurait dit à M. de Gontaut :

u Nous regardons comme certain à savoir que M. Gambetta est en relations depuis longtemps déjà avec le prince de Bismarck. "

Ce n'était là qu'une simple présomption; quant au témoignage de M. Windthorst, il n'est appuyé d'aucune preuve, ni même d'aucun commencement de preuve.

Ce qui n'est pas douteux, c'est que le chancelier, sans intermédiaire secret, recevait de son ambassadeur, assidu du salon de M. Thiers, des correspondances fort intéres-

santés sur les velléités, sur les tendances de quelques républicains notoires.

« Thiers, écrit M. de Hohenlohe, semble toujours tenir à son idée favorite : le rapprochement avec TAllemagne, ou du moins fait comme s'il y tenait. «

L'ambassadeur ajoute :

u Même je me souviens du mot d'Orloff : Thiers aime à jouer à la bascule et à entretenir de bonnes relations tour à tour avec chacun. »

M. de Hohenlohe avait rencontré pour la première fois Gambetta chez M. Thiers le 3 juillet 1877; le soir même il écrit : « Gambetta fait bonne impression. Il est courtois, aimable, et pourtant Ton devine en lui l'homme d'Etat énergique et conscient de sa force. »

C'est tout.

M. Thiers mort, le 3 septembre, Gambetta devint le personnage de premier plan, le chef incontesté de l'opposition au gouvernement du 16 Mai.

C'est par un article posthume de M. Crispi et par la publication des lettres du comte Henckel de Donnensmark que nous savons quelles furent alors les relations entre le grand orateur français et le chancelier allemand. L'homme d'État italien et l'homme d'affaires prussien jouèrent le rôle de courtiers marrons politiques. Le premier, ancien conspirateur du " Risorgimento » , devenu président de la Chambre des députés de son pays, se trouvait de passage à Paris en août 1877.

11 n'était pas en odeur de sainteté à la République française, journal de Gambetta, qui le malmenait fréquemment, et l'avait même formellement accusé d'être à la solde de Bismarck (1).

(1) Numéro du 15 novembre 1874 : La faction de Crispi et tutti quanti sinistri de là-bas, tous à la solde de Son Ex. Bismarck.

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