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ni HINISTHE
Mo chère enfant, ma bonne sœur, lu iafc aujourd'hui la terrible nouvelle que }e devais finir par te laire connaître,
Ce pauvre Gabriel a succombé à l'épidémie qui n'a cessé de régner depuis un an dans Paris, cette maudite petite vérole. Tu as autant de courage que tu avais d'affection pour ton pauvre et malheureux Gabriel. Tu sais si, moi aussi, je l'aimais et combien je tenais à lui aplanir la vie. Le destin n'a pas voulu qu'il survécût aux malheurs de la France et que je puisse lui faire une situation digne de lui. Mais, dans notre commune affliction, il nous reste à tous deux un souvenir, une consolation et un devoir. C'est ton adorable petit Léon, que je regarde tout à fait comme mien. Je ferai tout ce qui sera en moi pour soulager ta douleur et tu me connais trop pour ne pas te reposer sur moi dans tout l'abandon de ton cœur.
Je serai, avec les tiens qui t'entourent, le guide et le tuteur de ton fils et de toi-même. Je sais que le temps seul peut amoindrir ta tristesse; mais je ne veux pas que tu sois triste sans moi, sans ton frère qui t'aime, t'embrasse et te protégera toujours et en tout temps, dans l'absence comme dans la présence.
Toutes mes caresses et mes exhortations à te montrer courageuse.
Embrasse bien notre cher petit et compte sur ton frère,
h . LÉON GAMBETTA.
Libéré enfin, le tribun s'inclina devant la capitulation de ses collègues et quitta le pouvoir avec une sérénité fière : il avait concience d'avoir fait son devoir, et même beaucoup plus que son devoir. Les attaques de ses adversaires le laissaient indifférent : il attendait avec confiance le jugement impartial de l'histoire.
Bordeaux, le 19 février 1871 .
Mon cher père, j'ai reçu ta bonne et ferme lettre et, comme toujours, j'ai retrouvé la justesse de tes vues. Tu as fort bien jugé notre situation politique et la mienne propre. Pour le moment Je n'ai qu'une préoccupation : chercher, après nos efforts impuissants pour chasser l'étranger, à sauver du moins les institutions républicaines.
Mais la France est bien bas ; les esprits sont bien troublés, bien obscurcis ; Paris lui-même semble avoir perdu sa faculté initiatrice et il faudrait encore bien des épreuves avant de retrouver le calme et la liberté. N'importe : j'irai, comme par le passé, droit mon chemin, serviteur convaincu de l'idée de justice qui est le fond de la Révolution française et, malgré le jugement des hommes, je ferai ce que me dicte ma conscience.
Ma santé a été un peu ébranlée par toutes ces commotions ; mais c'est ma santé morale, encore plus que mes forces physiques, qui a été éprouvée. Quelques précautions me remettront sur pied. Mais quand pourrai-je venir vous voir, quelques jours ?... Je l'ignore et ne peux le deviner; car moins que jamais je m'appartiens Je me dois à tous nos amis politiques, qui me demandent de rester en communication constante avec eux. Mais aussitôt que je verrai une lueur, je viendrai vous embrasser.
.r.ti vu Marc Dufraisse, qui m'a porté de bonnes nouvelles de vous tous. Continuez à vous soigner sane trop inquiéter de moi et croyez m«>i toujours votre toul dévoué fils,
LiOH G WII'.I.TTA.
[%• Ht Court du xxx-.iuiiiH, ., Bordeaui
330 f'.AMBETTÀ PAR GAMBETTA
Mon cher père, malgré les tristesses qui m'accablent et les injustices qui s'amoncèlent, je ne veux pas que tu puisses croire que ma pensée n'est pas toujours avec vous. Je serais venu moi-même te souhaiter ta fête et vous embrasser tous si la raison politique m'eût conseillé de traverser Marseille à l'heure actuelle.
J'ai été obligé d'ajourner ma visite aux premiers jours d'avril : j'aurai, à ce moment, retrouvé mes forces et repris suffisamment en dédain tout ce qui se fait contre moi pour pouvoir venir passer quelques jours en famille sans autre préoccupation que de jouir de votre affection. Je sais si bien que c'est là que je me retrouverai toujours, que je garde comme un suprême remède à tous mes maux cette visite au foyer paternel.
Jusque-là, je vous prie de vous tenir tous en bonne joie et en santé, de bien soigner mon petit électeur1 avec lequel il me tarde de lier quelque forte conversation. Embrasse bien sa mère pour moi et dis-lui bien qu'il est à nous deux. Je ne compte rentrer à Paris qu'après Pâques. Je ne sais à quelle époque auront lieu les réélections et vraiment je suis peu friand de les voir faire et de me voir forcé de rentrer clans cette assemblée ignorante et lâche, qui n'a su que plier et céder sous, les injonctions du vainqueur.
Mais voilà que je me remets à penser politique, ce qui m'est sévèrement défendu. Je brise là et te prie de recevoir mes souhaits, pour que tu puisses couler la plus douce et la plus longue existence sur les bords que tu as préférés.
' Le petit Léon Jouinot, le fils de sa sœur.
Embrasse maman pour son fils sur les deux joues et reçois toutes mes affections filiales.
Léon Gambetta.
Saint- Sébastien, Espagne, ce 18 mars 1371.
Emilio Castelar disait alors de lui :
— « Dans cette tète énorme, dans ce large front, dans l'éclat concentré du seul œil qui lui reste, dans cette bouche qu'effleure un sourire de bonté, dans ce visage vermeil au teint sanguin, dans cette stature herculéenne malgré sa petitesse, dans toute cette attitude, on reconnaît, au premier regard, l'heureux mélange de l'intelligence avec la force, des hautes idées avec les résolutions énergiques.
La nature croit à la division du travail et groupe, avec variété, les vocations humaines. D'ordinaire, quand ellecrée un homme d'action, elle ne le dote pas des facultés du penseur. (I réciproquement. Le penseur aime la retraite, l'homme d'action, la société; celui-ci est épris de la paix de ['esprit, celui-là aime la lutte ; l'un ne rêve que gros livres, l'autre est avide de grandes passions. Assurément, Platon n'aurait jamais l'ait un l'isistrate, ni Montesquieu un Golbert. Unir la pensée à l'action, comme César, est un prodige. Unir l'énergie de la parole a l'énergie de la volonté, comme Danton, es! un miracle. Les grandes qualités sont d'ordinaire la contre-partie de grandi défauts. L'équilibre de l'idée et d<- l'action, l'harmonie de l'intelligence et de l'activité, tel esl le rare privilège que la nature a départi a Gambetta
Je ne mois rien au-dessus de ce beau titre : Patriote avant tout !
Gambbtta.
Monsieur ARMAND FALLIERES