‹ GambettaChapitre 5 sur 15 · PRÉSIDENT 1>E LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

PRÉSIDENT 1>E LA RÉPUBLIQUE

a raconté :

... Un jour, au Palais de Versailles, il y avait eu séance très mouvementée.

Lu iiuii était venue; chacun était la»,

Cuiulutla munie à la tribune. Xnits étions tous deux, Sénard et moi, au $on une/ i/es gradin». En pleim

et spleudide (t'a/luve. eounne il eut vite

réveillé cette mUle endormie '. Noue ëcoution», non pus charmé» , maie comme pétrifiés par ce fini domin et Sénard, me prenant par le ira», me •lit h rm i tri* baeee : tlegardee

donc!.., e'eei Mirabeau I ■ fus un moi

'le plus. et peut être MtUttTi

n'auroit'il peu eu lu forée de te dire...

Dimanche, 17 mars 1872.

Mon cher père, l'an dernier, j'étais, par la cruauté du sort, réduit à t'envoyer mes vœux de la frontière d'Espagne. C'était au milieu de nos angoisses nationales que je me tournais vers toi, à l'époque bénie où nous avons tous la coutume de te souhaiter ta fête. Aujourd'hui, les temps sont devenus un peu plus sereins, l'espérance renaît à 1 horizon et tout nous laisse croire que nos efforts, longtemps méconnus, sont de jour en jour mieux appré- H qu'ils n'auront été infructueux ni pour l'honneur de lia France, ni pour l'avenir de la République.

st donc avec une confiance de plus en plus ferme

que je I envoie mes souhaits de bonheur ; c'est d'une .une

plu- rassurée que je le conjure de te conserver pour nous

afin que tu puisses, un jour, saluer noire triomphe

commun. Après avoir tanl lutté, tant fail pour moi, ce

' que justice d en être récompensé par le Bpectacle

du succès.

le prié ma chère sœur, ma bonne mère, de t'embra

sur les deux joues, et de se faire imiter par mon cher petit électeur. Je vous envoie à tous l'assurance de mon amour filial et fraternel : quel que soit le silence que m'impose ma vie tourmentée, ne doutez jamais de l'affection ardente, inaltérable, qui emplit le cœur de votre fils dévoué.

Encore une embrassade à tous.

Votre

Léon Gambetta.

Paris, le 20 décembre 1872.

Mon cher père, tu penses bien que je ne vais pas laisser clore cette malheureuse année sans t'envoyer l'expression des sentiments d'inaltérable amour, de profonde reconnaissance que je te dois pour tous les soins, tous les sacrifices dont tu as su entourer mon enfance et ma jeunesse avec le concours de cette bonne maman que j'embrasse ici en imagination.

J'avais espéré, quelques jours, pouvoir venir en personne à Nice, vous embrasser tous et passer des heures avec vous, sous le toit que tu viens d'élever.

Je m'en étais ouvert à mon ami, M. Adam; mais la cruelle déesse qui tient toute ma vie en a- disposé autrement. La politique me condamne à rester en faction à Paris. Je n'en bouge pas. Je suis, heure par heure, le travail auquel se livrent actuellement le Président d'un côté, les Trente Tyrans de l'autre, et aussi nos amis dissolutionnistes pour leur part. Je suis relativement satisfait et rassuré. Les intrigues des monarchiques échoueront : M. Thiers finira ou par les forcer à capituler, ou par les dissoudre. En attendant, et pendant qu'il les ocupe d'une

main, de l'autre il paie les Prussiens, abrège les détails de l'occupation, c'est-à-dire rapproche l'heure de la dissolution que, dans le fond de son âme, il désire plus ardemment que nous-mêmes.

Le pays incline tous les jours davantage vers la République. Les indifférents se rallient et tout permet de penser qu'en mai ou juin la grande voix de la France se fera entendre et remettra chacun à sa vraie place.

Jusque-là, nous sommes tenus à beaucoup de sagesse et aussi de travail. Ce qui ne veut pas dire que la sagesse et le travail ne nous seront pas encore plus nécessaires au lendemain du triomphe, mais, simplement, que pour le moment je ne peux m'absenter et que j'en suis réduit, malgré les désirs de mon cœur, à écrire comme autrefois ma lettre du jour de l'an et à t'embrasser par correspondance, toi, maman, ma sœur et mon cher petit Léon. Ne m'oublie pas auprès de M. et MIIie Séméria, que je tiens comme membres de la famille.

.le vohs souhaite mille prospérités et suis votre tout dévoué à tous.

LÉON Gambetta.

Parte; le M ftoftl L873.

Mon cher père, je t'envoie, comme je te l'avais promis,

l<s deux mille francs pour solde. Je te prie de croire que

j'ai eu ftrand'peine à me les procurer, car le.s temps sont

i peu favorables, et, plus je vais, plus mes dépenses

néc< augmentent.

Lutin, je me dois tout entier, co ur et biens, à la France et a la République

J'irai jusqu'au bout, h j'ai plein espoir que la grande

nation ne se fera pas faillite à elle-même, et qu'en dépit des intrigues et des violences des royalistes, la République triomphera de tous ses ennemis au dedans et au dehors. Je t'embrasse et te prie d'embrasser toute la famille, avec une distinction pour le petit électeur.

Les lettres de Léon Gambetta à sa famille ne contiennent plus que des avis rapides, des appréciations brèves — trop sévères pour être données ici — sur des contemporains dont quelques-uns vivent encore. La plupart de ses billets hâtifs montrent quelle reconnaissance ardente il gardait aux siens : il améliorait leur sort, les exonérait peu à peu de leurs charges anciennes et liquidait leurs affaires. Demeuré pauvre et trop désintéressé dans l'apparente prospérité de ses affaires, il prélevait de maigres économies sur son budget, demeuré un vrai budget d'étudiant. Quand il était trop fatigué, il s'évadait de Paris, quelques jours, en compagnie d'un intime et entreprenait un voyage de délassement, qui était toujours, en définitive, un voyage d'études. Mais il n'échappait pas toujours à la curiosité publique, sympathique à son immense popularité.

Ranc a raconté cet épisode de leur voyage en Flandre :

— ... « Un soir, à Amsterdam, nous étions entrés par curiosité dans un café-concert. Public de bons bourgeois, buvant leur bock et fumant paisiblement. Concert cosmopolite où se succédaient des chanteuses flamandes, anglaises, allemandes, françaises. C'était, en somme,* assez médiocre et sans grand intérêt.

Nous allions partir, lorsqu'il nous sembla qu'il y avait dans la salle quelque agitation. Tous les yeux se portaient de notre côté. Le directeur de l'établissement vint dire un mot au chef d'orchestre, qui fit un signe à ses musiciens, et, après quelques minutes de silence, nous eûmes la joie d'entendre les premières mesures de la Marseillaise : on avait reconnu Gambetta.

Puis une jeune femme entra en scène. Elle avait une robe noire, une robe de deuil, avec une écharpe tricolore. Elle

commença une chanson dont le refrain, depuis ce jour, m'est souvent revenu :

La patrouille allemande passe, Baissez la voix, mes chers petits ; Parler français n'est plus permis Aux petits enfants de l'Alsace !

C'était le Maître d'École Alsacien, que chantait, après la guerre, à l'Eldorado, une artiste à l'accent profond et passionné, Mm0 Amiaii.

L'Amiati d'Amsterdam chantait sans grande voix, sans art, mais d'un ton sincère et ému. Et puis la salle était prise d'avance. Tous ces flegmatiques Hollandais vibraient à l'unisson. Après chaque couplet, c'étaient des tonnerres d'applaudissements. Quand nous sortîmes, toutes les têtes se découvrirent devant Gambetta, toutes les mains se tendirent vers lui. La Hollande saluait en Gambetta la France vaincue. Dans la rue, nous n'échangeâmes pas une parole. Nous avions le cœur serré. C'esl une des plus fortes émotions que j'aie ressenties de ma vie. »

A Gustave Masure.

Paris, le -'7 ftvril 1*7 t.

Mou cher ami. je voudrais bien savoir sur quelle herbe vous avez marché pour m'envoyer. dans le Progrès du Nord d.e ce matin une mercuriale aussi inattendue ? A

qui eu aveZ-VOUfl ? Et voulez-vous que nous développions

pour voir.- réjouissance <-i celle <l>- nos adversaires les

divers discours que l'on pourra (aire a la rentrée sur la

conspiration de l'Ordre moral .'.le ne peux pas croire que

■ ii von- qui ayiez laissé passer une semblable sortie.

.h- vous serre cordialemenl la main.

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