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M. DE FREYCINET

D'après une photographie.

PI. 4, page im.

LE MARÉCHAL DE MAC-MAHON

à la France des alliances ». Son jeu était clair : la France allait-elle à la république? C'était l'anarchie; allait-elle à la monarchie? C'était la guerre. Il voulait convaincre les monarchistes que les républicains les menaient à la démagogie, et les républicains que les monarchistes les menaient aux aventures. Le malheur est que les uns et les autres, dans l'âpreté furieuse de leurs luttes, allaient se montrer parfois trop enclins à se laisser convaincre et à accepter contre leurs adversaires ces terribles accusations.

Le 21 novembre 1873, le pape Pie IX avait publié une encyclique où, déplorant les malheurs récents de l'Église et du Saint-Siège, il dépeignait sous les traits les plus sombres la situation des catholiques en Italie, en Suisse, en Allemagne. Le gouvernement suisse avait rompu ses rapports diplomatiques avec lui. Le gouvernement italien avait adressé aux puissances, le I" janvier 1874, une circulaire confirmant la loi des garanties. En France, un grand nombre de prélats avaient répondu à l'appel du Saint-Siège. Des mandements incriminaient la politique de Bismarck. L'évêque de Nîmes écrivait : « L'Allemagne de Bismarck a voulu continuer cette tradition de bassesse et d'immoralité ». Le duc de Broglie regrettait ces imprudences : « On voit bien, dit-il mélancoliquement, qu'ils ne portaient pas le poids du jour ». Le ministère avait lancé, le 26 décembre, une circulaire rappelant qu'il y a entre les États des égards mutuels qui ne se peuvent oublier.

Bismarck, qui voulait accroître la force militaire de l'Allemagne, profite aussitôt de ces imprudences; il les exploite à Rome, et, pour alarmer l'Italie, feint d'être alarmé lui-même. Il déclare à notre ambassadeur Gontaut-Biron que la circulaire est insuffisante, que le gouvernement français a des armes plus efficaces pour mettre un terme à cette campagne. Si on l'y contraint, le gouvernement allemand invoquera les articles de la loi française de 18 19, qui l'autorisent à poursuivre lui-même, directement, devant les tribunaux français. « C'est pour nous une question de sécurité. On fomente la révolte chez nous, dans l'empire. Eh bien! nous serons obligés de vous déclarer la guerre avant que le parti clérical, s'emparant du pouvoir, la déclare à l'Allemagne. »

La droite de l'Assemblée dénonce la faiblesse du ministère. Du Temple, député de l'extrême droite, demande à inter-

peller. Le nouveau Reichstag se réunit; le gouvernement réclame le vote d'urgence de la loi militaire, destinée à assurer la prééminence de l'armée allemande. Le duc Decazes, ministre des Affaires étrangères, le 20 janvier, répond à Du Temple : « La France entourera d'un pieux respect, d'une sollicitude sympathique et filiale le Souverain Pontife; mais elle entretiendra sans arrière-pensée avec l'Italie, telle que les circonstances l'ont faite, des relations pacifiques et amicales ». Le Reichstag se réunit le i" février 1874. Dans le discours du trône, l'empereur réclame le vote immédiat du projet de loi militaire. Moltke insiste : « Un cri sauvage de revanche nous arrive de l'autre côté des Vosges; nous pouvons être appelés à faire face à l'Est et à l'Ouest, des deux côtés à la fois ». La loi est votée le 2 mai. A la fin de l'année, le prince de Hohenlohe, qui venait de succéder au comte d'Arnim comme ambassadeur à Paris, s'entretenait de Gambetta avec Bismarck. Le chancelier lui dit : « Nous n'avons rien à craindre de sa part, même s'il organise la France aussi solidement que vous le pensez. Nous sommes toujours à la hauteur de la France, même d'une France forte. Le danger, c'est la coalition ; or la République n'arrivera jamais à former de coalition contre nous. » — Bismarck ne se trompait pas pour Gambetta, qui n'eut pas le temps de nouer les alliances qu'il rêvait, mais il se trompait pour la France et pour la République.

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