CHAPITRE III
LE CONFLIT AVEC LA PRUSSE
LES ORIGINES DE LA GUERRE || COMMENT JA PRUSSE DEVINT MENAÇANTE 1| NAPOLÉON III ET BISMARCK (1862-1870) H LA
DÉPÊCHE d'EMS.
L'histoire naît de la géographie. La politique d'un Ét^it résulte de sa constitution physique. La France a trois bonnes frontières, la mer, les Pyrénées et les Alpes, et une mauvaise, au Nord-Est. De là sa lutte contre ses voisins de l'Est, autrefois TAutriche, aujourd'hui l'Allemagne. Leffort séculaire de sa diplomatie a tendu à contenir, à écarter le péril qui la menaçait de ce côté.
En 1862, la France avait pour frontière le Rhin, de la Suisse au Palatinat. Elle était séparée du reste de l'Allemagne par le Luxembourg, le Palatinat et le grand-duché de Bade. Elle ne touchait la Prusse que sur une faible étendue, vers Sarrelouis. La Prusse était coupée en deux par le Hanovre, la Hesse et le Nassau.
Le 23 septembre 1862, Bismarck devient premier ministre. Il veut faire l'unité de l'Allemagne sous l'hégémonie de la Prusse. Or, par un des plus extraordinaires paradoxes de l'histoire, il va trouver, pour accomplir son dessein, le concours de celui-là même qui devrait l'empêcher, l'empereur des Français.
Gomment expliquer ce contresens?
Napoléon I" avait dit à Sainte-Hélène : « Une de mes plus grandes pensées avait été l'agglomération, la concentration des mêmes peuples géographiques, qu'ont dissous, morcelés
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les révolutions et la politique. Ainsi, Ton compte en Europe, bien qu'épars, plus de 30 millions de Français, 15 millions d'Espagnols, 15 millions d'Italiens, 30 millions d'Allemands; j'eusse voulu faire de chacun de ces peuples un seul et même corps de nation. L'agglomération des 30 millions de Français était faite. Quant aux 15 millions d'Italiens, l'agglomération était déjà fort avancée. L'agglomération des Allemands demandait plus de lenteur. Comment est-il arrivé qu'aucun prince allemand n'ait jugé les dispositions de sa nation ou n'ait pas su en profiter? Cette agglomération arrivera tôt ou tard par la force des choses; l'impulsion est donnée, et je ne pense pas qu'après ma chute il y ait en Europe d'autre équilibre possible que l'agglomération et la confédération des grands peuples. » {Mémorial, 11 novembre 1816.)
Napoléon III apporta au pouvoir le rêve de sa jeunesse et la pensée de son oncle, qu'il avait exposée dès 1839 dans les Idées napoléonien^ies, où. l'on trouve à la fois le commentaire de Sainte-Hélène et tout le programme de son règne futur.
En 1850, devenu Président de la République, il confie à son ministre des Affaires étrangères, Tocqueville, et au ministre de Prusse, Hatzfeld, son projet : l'agrandissement de la Prusse par l'alliance française. « La France et la Prusse n'ont-elles pas toutes deux, dit-il au diplomate prussien, même culture, même idéal de libéralisme éclairé, même intérêt à émanciper et à unir les nations et les races? » Et, quelques mois après, lorsque le duel entre l'Autriche et la Prusse — qui ne se réglera qu'en 1866 — est sur le point d'éclater (octobre 1850), Louis-Napoléon, qui attendait ce conflit comme une occasion propice d'intervenir en Allemagne, appelle sous les drapeaux 40000 hommes et les répartit dans les places fortes du Nord et de l'Est, pour être prêt; la soumission delà Prusse à Olmlitz rend ces préparatifs inutiles.
Pendant la guerre de Crimée, il confie à Palmerston et au prince Albert son dessein d'amoindrir l'Autriche en émancipant les Allemands, les Italiens, les Polonais.
L'Autriche, à ce moment, nous offre son alliance. Drouyn de Lhuys, ministre des Affaires étrangères, dit à l'empereur : <r Toute politique autre que l'alliance autrichienne serait fatale ». Se séparer de l'Autriche, c'était déjà prendre parti
pour la Prusse, dont le crédit en Allemagne allait grandir par l'impuissance de sa rivale. Le 5 mai 1855, l'empereur — sans consulter son ministre, qui donne aussitôt sa démission, — rejette les propositions autrichiennes.
La guerre de Crimée finie, l'empereur, malgré Walewski, qui était, lui aussi, soucieux de ménager l'Autriche, fait admettre au congrès Cavour € sur un pied de parfaite égalité ». Au mois de juillet 1858, il le reçoit à Plombières et de cette entrevue sort la guerre d'Italie.
Tous les esprits clairvoyants annoncent que les événements qui se déroulent au delà des Alpes auront pour conséquence une lutte nouvelle entre le Piémont agrandi et l'Autriche; or, abaisser l'Autriche, c'est faire le jeu de la Prusse. En effet, voici que de l'affaire italienne naît, ou plutôt renaît l'affaire danoise. Napoléon, afin de servir les desseins de l'Italie contre l'Autriche, s'assure le concours de la Prusse en lui laissant prendre les duchés. Profitant des embarras que nous créons à l'Autriche, le gentilhomme de la Marche de Brandebourg commence la série des coups de force par lesquels, en sept ans, il va abattre successivement le Danemark, l'Autriche, la France, établir l'hégémonie de la Prusse en Allemagne et la prépondérance de l'Allemagne en Europe.
Drouyn de Lhuys, revenu aux affaires, presse Napoléon III d'accepter les offres de concours de l'Angleterre, de faire respecter la signature que lui-même a apposée en 1852 au traité de Londres pour garantir l'intégrité de la monarchie danoise et de secourir la vaillante nation qui nous avait si fidèlement défendus pendant les guerres du premier Empire. L'intégrité du Danemark n'est-elle pas liée au droit public de l'Europe et aux intérêts généraux de la civilisation? Les grandes routes du commerce, les clefs et les passages des mers peuvent-ils tomber aux mains d'un État assez puissant pour les fermer à son gré? La Prusse, devenue maîtresse du port de Kiel, commandera-t-elle désormais la mer du Nord et la Baltique?
La France, pour son malheur, n'intervient pas et de cette première violence vont naître les autres. 1864 est comme une première épreuve, en raccourci, de 1866, l'année fatale, et de 1870, l'année terrible.
De la guerre entreprise avec l'Autriche pour alliée, Bis-
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marck va susciter une guerre contre l'Autriche. En l'entraînant dans cette aventure sans scrupules, il a créé le litige qui va lui permettre de se retourner contre elle; il va faire, suivant la tactique qu'il emploiera toute sa vie, de sa complice de la veille sa victime du lendemain.
En octobre 1865, il se rend à Biarritz, pour sonder l'empereur. Il voit que l'esprit de Napoléon est dominé par cette pensée : donner la Vénétie aux Italiens. Il dit à Nigra, en passant par Paris : « Si l'Italie n'existait pas, il faudrait l'inventer ». Napoléon a accordé un laissez-passer : Bismarck se met immédiatement à l'œuvre et négocie une alliance avec l'Italie. La Prusse promet à l'Italie de lui donner Venise ; l'Italie garantit à la Prusse des acquisitions équivalentes en Allemagne.
Une partie de l'opinion française, égarée, continue de soutenir la Prusse. Les politiques perspicaces comprennent que le péril a changé de côté, que la lutte contre l'Autriche est devenue un anachronisme; ils ne cessent de signaler à l'empereur sa fatale méprise et le danger d'accroître en face de l'Autriche, sous prétexte de la contenir, une puissance qui ne cherche à l'abattre que pour prendre sa place.
Avertissements inutiles! Et lorsque, le 3 mai 1866, Thiers prononce au Corps législatif ce discours, le plus grand de sa vie parlementaire, où il prédit l'unité allemande sous l'hégémonie des Hoheuzollern, déjà il est trop tard : depuis le 8 avril, le Piémont a signé avec la Prusse son traité secret, sous les auspices de l'empereur. L'Autriche, prise entre deux feux, est vaincue à Sadowa. Les journaux de l'opposition rivalisent avec ceux du gouvernement pour applaudir à la victoire de la Prusse : « La Révolution, dit l'un deux, a vaincu la féodalité ». — Hélas! la France, sans se battre, venait d'essuyer le plus grave échec qu'elle eût subi depuis Waterloo.
Guillaume I" a dit : « Napoléon pouvait et devait attaquer l'armée prussienne sur ses derrières ». Et Bismarck a indiqué ce que Napoléon aurait dû faire pour empêcher la Prusse d'achever la conquête de l'Allemagne du Nord : 'X Un petit appoint de troupes françaises sur le Rhin, uni au corps nombreux de l'Allemagne du Sud, nous eût mis dans la nécessité de couvrir BerHn ». Oui, en cette heure suprême, une simplo
dénionstration sur le Rhin eût lait encore de 1 cnipereui des Français l'arbitre de la situation.
Le 5 juillet 1866, grand conseil à Saint-CIoud : « C'est la journée la plus décisive du règne tout entier », a dit M. Pierre de la Gorce, dans son Histoire du second Empire. Les ministres, notamment Drouyn de Lhuys, supplient l'empereur de ne pas laisser échapper cette dernière chance d'intervention; ils obtiennent d'abord un décret de mobilisation ; le maréchal Randon, ministre de la Guerre, offre 80000 hommes immédiatement disponibles et 250000 hommes vingt jours après. Mais le ministre de l'Intérieur, La Valette, survient et retourne l'empereur. Le souverain redoute une entreprise trop \aste au lendemain de l'expédition du Mexique. Le parti italien, et l'inclination de Napoléon III pour la nation allemande, le détournent de s'opposer aux victoires de la Prusse.
Le 18 juillet 1866, la reine de Hollande, femme d'esprit supérieur, tendrement attachée à l'empereur et à sa famille, écrit : « Vous vous faites d'étranges illusions! Votre prestige a plus diminué pendant cette dernière quinzaine que pendant toute la durée du règne. Vous permettez de détruire les faibles, vous laissez agrandir outre mesure l'insolence et la brutalité de votre plus proche voisin. Je regrette que vous
ne voyiez pas le danger d'une puissante Allemagne »
Magne, Persigny pensaient de même, et beaucoup dautres serviteurs fidèles de l'Empire.
Guillaume I" et ses généraux, pour prix de leur victoire à Sadowa, réclament une partie du territoire autrichien. Mais Bismarck prévoit qu'il aura besoin de la neutralité de l'Autriche dans une lutte contre la France. Il dit à un ancien ambassadeur des États-Unis en Espagne, Karl Schurz : « Maintenant, c'est le tour de la France. Nous aurons la gueric;, et c'est l'empereur lui-même qui nous la fera. Il y sera contraint par la nécessité de maintenir son prestige. Cette guerre éclatera dans deux ans. Nous serons vainqueurs. L'Allemagne fera son unité à l'exclusion de l'Autriche, et Napoléon se trouvera à terre. »
Bismarck, pour ménager l'Autriche, se débat désespérément contre son roi et le parti militaire; il offre sa démission. Le roi finit par céder : la Prusse, assurée désormais de la prépondérance en Allemagne, laisse l'Autriche intacte pour réserver l'avenir.
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Tiindis que Bismarck c\ite ainsi de blesser grièvemeut l'Autriche, de la jeter dans les bras de la France et garde la possibilité de renouer avec elle, le ministre de Prusse à Paris, Goitz, va trouver Drouyn de Lhuys et lui demande, au nom de Bismarck, quelques lambeaux de la Saxe, de la Hesse et du Hanovre — 300000 âmes; Drouyn de Lhuys refuse. Aussitôt, Goltz court à Saint-Cloud, et obtient de l'empereur le Hanovre, la Hesse, le Nassau, Francfort — 4500000 âmes. Il revient au quai d'Orsay et apprend à Drouyn de Lhuys, confondu et navré, la décision de l'empereur. « Maintenant, dit Drouyn de Lhuys à son chef de cabinet Chaudordy, il ne nous reste plus qu'à pleurer. » .
ObsePi^ons ici le vice essentiel de la diplomatie du second Empire. Napoléon négociait lui-même directement avec les ministres et les ambassadeurs étrangers, ce que Louis XIV s'était bien gardé de faire, afin de laisser toujours à ses agents une ligne de retraite, et ce que Napoléon I" lui-même avait déconseillé. Certes, la politique de Guillaume I" aussi était une politique de pouvoir personnel ; mais, du moins, le monarque prussien ne négociait pas à l'insu de son ministre et contre lui : lorsque Bismarck n'était pas d'accord avec son roi, il commençait par l'amener à ses vues, soit par la persuasion, soit par une menace de démission.
Au lendemain de cette crise. Napoléon III expose la situation dans une circulaire signée par La Valette, intérimaire aux Affaires étrangères : « La Prusse agrandie assure l'indépendance de l'Allemagne. La France n'en doit prendre aucun ombrage. Le sentiment national de l'Allemagne satisfait, ses inimitiés s'éteignent. Une Europe rendue plus homogène par des divisions territoriales plus précises est une garantie pour la paix du continent. Une puissance irrésistible, faut-il le regretter? pousse les peuples à se réunir en grandes agglomérations en faisant disparaître les États secondaires. Peut-être est-elle inspirée par une sorte de prévision providentielle des destinées du monde.... >> Ainsi, le principe des nationalités se transformait, dans l'esprit du souverain, en théorie des « grandes agglomérations ». Tout l'effort de la monarchie avait tendu à diviser l'Allemagne; tout l'effort de l'Empire tendait à l'unir. Quelque temps après, Napoléon III, dans son discours du trône, citait les paroles mêmes de son oncle à
Sainte-Hélèue. Ou a dit souvent de Napoléon III qu'il était un rêveur; oui, mais un rêveur à idée fixe.
Après avoir fait le jeu de Bismarck au nom du principe des nationalités, il va continuer de le faire en violant lui-même ce principe. En essayant de réparer ses fautes, il les aggrave. Il demande, en compensation des annexions prussiennes, la rive gauche du Rhin, jusqu'à Mayence. Trop tard : Bismarck refuse. Alors, ne pouvant obtenir un territoire allemand, Napoléon se rejette sur la Belgique et sur le Luxembourg. Bismarck, se souvenant de l'exemple de Frédéric, prie notre ambassadeur Benedetti de lui laisser un écrit : cela lui servira plus tard pour s'assurer la neutralité de l'Angleterre, inquiétée par nos convoitises sur les rivages de la mer du Nord. Enfin, de concessions en concessions, l'empereur finit par borner son ambition au Luxembourg, et là encore il est joué par son terrible adversaire.
Pendant ces tristes années, la mort de l'empereur Maximilien terminait tragiquement l'expédition du Mexique. Le maréchal Niel, ministre de la Guerre, se heurtait, dans ses projets d'organisation militaire, aux résistances du Corps législatif et de l'opinion. Des voix illustres disaient : ^c Ôtez l'armée, vous ôterez la guerre ». Dans tous les temps, des hommes ont cru qu'il suffit, pour éviter la guerre, de ne la point préparer, et étendu à l'armée, instrument de la guerre, la haine qu'ils portent à la guerre elle-même. Malgré les avertissements de Rothan, de Stotîel, de Ducrot, et alors que le roi Guillaume et son ministre augmentaient considérablement l'armée prussienne en dépit de la Chambre, le gouvernement impérial proposait la réduction du contingent.
Au dehors, l'Angleterre affectait l'indifférence dans les affaires continentales; la Russie était éloignée de nous par la guerre de Crimée et par les affaires de Pologne. Les deux seules alliances qui demeuraient possibles étaient celles de l'Autriche et de l'Italie. Depuis 1867, il y avait eu avec Vienne et avec Florence des conversations, des correspondances, mais aucun accord précis, aucune convention ferme. Entre la France et l'Italie, il restait Rome, que Victor-Emmanuel guettait et que Napoléon III, inconséquent avec son principe, ne voulait pas livrer. L'Autriche, avant de s'engager, voulait achever ses préparatifs militaires et voir venir les chose.s.
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Le 3 juillet 1870, la nouvelle de ravènement du prince Léopold de Hohenzollern au trône d'Espagne arrive à Paris. C'est la reconstitution de l'empire de Charles-Quint au profit de la Prusse. En cas de guerre européenne, la France n'aurait aucune sécurité pour sa frontière des Pyrénées. Protestation du gouvernement français. Le 12 juillet, sur le conseil du tsar Alexandre II, la candidature est retirée L'incident paraît clos et l'affaire réglée à l'avantage de la France et de la paix, lorsque, après un conciliabule tenu à Saint-Cloud, et auquel n'assistaient ni Emile Ollivier ni les autres ministres, sauf le duc de Gramont, ministre des Affaires étrangères, celui-ci adresse à notre ambassadeur en Prusse, Benedetti, la dépêche exigeant du roi de Prusse l'assurance qu'il n'autoriserait pas de nouveau cette candidature (12 juillet).
Le lendemain, à Ems, un aide de camp du roi vient annoncer à Benedetti que le prince Léopold renonce au trône d'Espagne et que Sa Majesté considère l'incident comme complètement terminé. L'ambassadeur insiste pour obtenir une nouvelle audience. L'aide de camp revient, déclare à l'ambassadeur que le roi approuve le désistement; quant aux assurances pour l'avenir, Sa Majesté ne peut que se référer à ses précédentes déclarations. Benedetti insiste encore. La réponse arrive; c'est un refus, non discourtois, mais formel : le roi a dit, le matin, son dernier mot, et regrette de ne pouvoir rien y ajouter.
C'est à ce moment que Bismarck entre en scène. Il reçoit à Berlin la dépêche relatant ces faits. Il est à table, avec Moltke et Roon. On connaît cette scène tragique, accablante pour la mémoire de ceux qui en furent les acteurs. Ils déchiffrent le message, qui indique des relations tendues, mais non une rupture, et laisse une chance à la paix. Cette perspective, même incertaine, consterne le ministre et les généraux : « Mes hôtes, a écrit plus tard Bismarck, furent si atterrés, qu'ils en oublièrent le boire et le manger ».
Alors, d'après sa propre confession, il commet l'acte qui chargera de plus en plus sa mémoire à mesure que les peuples avanceront en lumières et en moralité. Par une falsification scélérate, il revêt de l'aspect d'un appel aux armes ce qui n'était qu'information diplomatique : «; Je n'ajoutai ni ne retranchai rien, a-t-il écrit cyniquement, mais je fis quelque*
suppressions ». Il livre à l<i presse »e faux, présentant comme une offense à notre ambassadeur la réponse du roi qui n'avait rien de blessant, et le télégraphie à toutes ses ambassades. « Elle produira là-bas, sur le taureau gaulois, dit-il à ses convives, l'effet du drapeau rouge. » Les trois hommes se remettent à table. Ils avaient recouvré tout à coup l'envie de boire et de manger et causaient d'un ton joyeux. Moltke, si froid d'ordinaire, devient expansif et loquace. « S'il m'est donné, s'écrie-t-U, de vivre assez pour conduire nos armées dans une pareille guerre, que le diable emporte aussitôt après ma vieille carcasse! >
Cependant Benedetti, après avoir présenté ses hommages au roi à la gare d'Ems et après avoir télégraphié à son ministre ce qui s'était passé, arrive à Paris. Le gouvernement sait donc par lui la vérité, telle qu'il l'établira plus tard dans son livre sur sa mission en Prusse, et telle que le duc de Gramont la reconnaîtra en 187 1 devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale.
Dès le 13, l'Angleterre avait représenté au gouvernement impérial la responsabilité qu'il encourrait s'il ne se déclarait pas satisfait par la renonciation du prince Léopold.
C'est dans ces conditions que l'afifaire se présenta devant le Corps législatif.