ROM FILI* THIRICI COIS
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que l'on déchiffre : 1180 Philippus, conics FlandriiV et ViromandiiV, filitts Thcodorici coiniiis ci Cibilic, fccit hoc castclltiin componi. Soit : « Kn iiSo, Philippe, comte de Flandre et de Vermandois, fils de Thierrv et de Sibvlle, fit élever ce château. »
Les larges merlons sont encore pourvus de crochets de fer ser\'ant à la manoeuvre des volets destinés à abriter les archers placés aux créneaux. ( )n en a rétabli ]»lusicurs, ainsi (jue les hourds permettant aux défenseurs de la place d'atteindre les assiégeants au pied de la forteresse. Vu du pont dit de la 1 )éo<)llation, le coup d'(til d'ensemble est de ceux qu'on ne saurait oublier.
De la distribution intérieure, les vicissitudes des siècles ne laissent plus (jirune idée vague. Il a fallu beaucoup démolir pour retrouver les vestiges de la construction j)rimilive, et l'on ne sait au juste a quoi en
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rapporter les parties. Il y a entre elles des différences de niveau considérables ; des voûtes se sont effondrées et la disposition des divers corps de logis est loin de s'accuser avec la précision voulue par un pan de mur ou une colonne. C'est donc arbitrairement que l'on dénomme » donjon » ou « chapelle », tel fragment mal défini.
Il y eut une cour basse et une cour haute : Sanderus indique leur emplacement. Le couloir, surmontant la porte d'entrée, forme une salle
de pur style roman, avec baie cruciforme et colonnettes géminées. Le donjon occupait le milieu de l'enceinte. En forme de carré long, sa masse, haute de trente mètres, ne mesurait pas moins de vingt-cinq mètres sur dix en superficie. L'appareil des murs atteste la date de leur construction, le x" siècle, sinon le ix'', l'origine du château, rapportée à Baudouin Bras de Fer se trouvant ainsi confirmée. Philippe d'Alsace aurait renforcé le burg à son retour de Terre sainte, pour tenir en respect les Gantois.
Le donjon, à trois étages, à fenêtres rares et cintrées, se termine, dans l'estampe de Sanderus, par une plate-forme crénelée.
Des constructions souterraines, à colonnes trapues, à chapiteaux romans, peuvent être rapportées au xii° siècle. La « chapelle » appuyée à l'ouest de l'enceinte, montre déjà des voûtes en ogive, alors que des colonnes romanes reçoivent leur retombée. En parfait état de conservation
est une galerie romane d'un fort beau style. Sa destination reste à définir, ('hacune de ses extrémités s'appuie à une tour contenant un escalier dont quelcjues marches subsistent.
On a, du chemin de ronde, une vue intéressante sur une partie de la ville. Rien de curieux comme une promenade le long de ses créneaux.
l^ne tradition populaire, très enracinée à Gand, veut qu'un passage souterrain ait relié le château à la campagne, permettant aux occupants de s'évader au besoin ou d'obtenir des secours. Cette tradition n'a été confirmée par aucune des découvertes résultant des travaux poursuivis dans les substructions.
La rue de Bruges, qui nous fait face, conserve de jolies maisons anciennes. En la suivant jusqu'à la rue du Poivre, par la percée de celleci, rue Haute, nous apercevons une série de façades du XVII* siècle, de gracieuse physionomie A l'angle de cette même rue, et de la rue du Poivre, une maison, datée de 1^)44, par ses ancres, est un spécimen intéressant de l'époque Les n'" 6^), (>S et 70 sont dignes, également, d'intéresser l'archéologue.
S'il n'est trop pressé, l'artiste ou le curieux préférera faire un crochet à droite, suivre les rues infiniment pittoresques du Pot-d'Ktain et d'Abraham. Ici encore des constructions d'aspect caractéristique méritent de l'intéresser. Il y a, notamment, le bel ensemble du Mont-de-Picté, rue d'Abraham, érigé au XVlT siècle par le peintre-ingénieur Wenceslas Coeberger, le promoteur de ces charitables institutions. Hikr l.EENT MEX DEX AER.MEX oocK SONDER IXTEREST (ici, aux pauvres mêmes, l'on prête sans intérêt^, dit l'inscription ancienne taillée au-dessus de la porte. Les armoiries de l'évêque Triest ne sont pas loin ; nul doute qu'on ne doive à la philanthropie du prélat ce secourable refuge.
Kn droite ligne, la rue d'Abraham nous mène à la « Cour du Prince » à peine mieux qu'un vestige. Tout se borne à un portique nouvellement restauré. C'est ici qu'à dater du XIV* siècle, les souverains eurent leur résidence ; Charles (Juint y vit le jour. Au moyen âge on y tenait des lions. Albert Durer dessina l'un des fauves, avec la mention : Zti Geni\
Nos pas nous ont conduit dans un milieu bizarre, imprévu, quelque chose commt» une [)eiite ville perdue dans la grande, le Béguinage désaff<*rté. Kmpreint toujours dune atmosphjTe conventuelle, l'ensemble est extjuis avec ses demeures basses, proprettes et riantes, tour à tour précédé(*s d'un jardinet ou en<'loses, aux portes basses j)ourvues de heurtoirs.
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On circule peu dans ce quartier; c'est comme une nécropole, ayant sa place plantée d'arbres, son éfflise, — non. ses églises, — sa pompe banale et, aux confins de la cité bruyante, nous apparaissant comme un lieu de refuge et de méditation.
On y a érigé, dans un petit square situé derrière le chevet de l'église un monument à la mémoire du poète Georges Rodenbach, le diantre de
Bruges et de la vie claustrale. Celte sculpture, sorte de tombeau, est de (reorges AUnne,
L'ami du pittoresque ne peut omettre de visiter ce charmant et très typique ensemble, dont, il faut le craindre, l<'s néct'ssiiés urbaines auront bientôt modifié l'aspect'. Nous quittons cette Thébaïde pour gagner le boulevard et ne tardons pas à voir se dessiner le profil imposant du M Rabot ». En passant, saluons la statue d'un bienfaiteur de l'humanité
■-t ;i r,Atr.-.iiii.' .!.■ Il riv Haut-', nie ,le l.T l'..rt.- .!.■ Uni-.-;. 'iiiVst -iliu-i' \a
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■ ., f..riii.- aiij"iir.nnii nw .i.-prnJ:iiii-.v D.iii-. Luiiii- iliap.-lli-, r.mvfrtio <-n ronK-i- ■r.-, furent ■I.TMUv.Ti.-i «■>\-. [■■ \>.,.\\-.-.;\. .;, r^];. ,!.■- fr.-.|ii--i r.prr-r-nt;int tfps ( milit.iir.-s .lu Mil- -MI .lu \u M.il.>..la,i-. I, .,[,i,-;i.>s r;,r>-h.-nl. mii,- F.'li«; Oovijjn.p:i-^ à v..irl.*<iMr[..,r.iti.,n- ^.,nu.l~.-< Tu.. |„.l,:i,i.iii.- ay.int -iir-i. au .-ours de
souffrante, du fameux aliéniste Joseph Guislain, monument érigé en 1887. Guîslain fut le promoteur d'un nouveau traitement des aliénés, soumis précédemment à de véritables tortures.
Le Rabot, dans une situation particulièrement pittoresque, constitue un type précieux de l'architecture militaire au moyen ;ige. A cheval sur la Liève, l'histoire nous le montre comme une redoute élevée par les (iantois à la suite de leur énergique résistance contre l'empereur Frédé-
ric III et son fils Maximilien, roi des Romains, en 1488. Commandés par Adolphe de Clèves, les métiers et les bourgeois eurent raison des assiégeants.
La première pierre du Rabot fut posée en 1489, le i3juin, apprenonsnous par les plaques, aux beaux caractères gothiques, maçonnées dans les parois de l'édifice.
l'annce 1893, sur Iti f<>rini- du (}i),-JenJ,ig, l'armt' îles iiiiliLTs Rniitnisc's, un des îuituurs
Ifs puinturi'S reprnihiiti's ;i tilrc d ne u m en la ire diins s<in nuvrajjf sur les corporations gantoises, La Sociéli- d'Histnire et dArrhéuln^ii- de Gand fit alors pnicOdcr à un exarava Je lani-itinnc chapclk' . Les rapports de ses commissaires vinrent ri-vi'ler ([ue tonte traee des fresiiueri ;ivait disparu. On en trouve les cak[nes au Musée dArchùolosie.
Quelque peu modifié en 1860, le « Rabot » se compose de deux tours rondes, aux toits coniquss très aigus, reliées par un corps de bâtiment à haut pignon à gradins. Il commande la Liève et en pouvait barrer le cours au moyen de herses, tandis que ses embrasures tenaient en respect l'assaillant. L'ensemble est d'un effet décoratif peu ordinaire, surtout du
Musée JeGjnd. Portuil, p:ir Fians Hais, (Cliclii! de ïlmcnhivi „rcbc,.l.'si.i,.t de G.,ml )
côté de la ville. Vers l'extérieur, les tours sont fortement enterrés. Il est question d'en dégager la base
I-a passerelle de la Liève. dont la vue s'étend sur le Rabot, nous conduit vers le pittoresque et rustique quai Saint-Antoine. Au fond dun jardin, on y voit encore le local des arquebusiers de Saint-Antoine, dont la façade porte les insignes avec la date 1645. En majeure partie, les maisons basses alignées le long de la chaussée étroite formant le quai, ne sont guère moins anciennes. A certaines heures, leurs pignons reflétés par les eaux de la Liève offrent au peintre un motif exceptionnellement heureux.
Le pont de l'Académie traversé, nous gagnons le Musée archéologique, situé dans le proche voisinage, rue Longue-des-Pierres. L'ensemble est digne, à tous les titres, de la plus sérieuse attention. Bien que disposé avec méthode, il semble bien à l'étroit dans l'ancienne et pourtantspacieuse église des Carmes. Sa composition est extrêmement variée ; elle permet au visiteur de passer en revue toutes les époques, représentées par des séries remarquables. Celles, notamment, du fer forgé et de la céramique, forment, à elles seules, un millier de numéros, sur deux
Mu9ée archéologique. Fragment d'une figurine de cavalier en terre vernissée, xm* siècle.
mille environ in.scrits au catalogue. Celui-ci, œuvre de M, Herman van Duyse, conservateur aujourd'hui défunt, est fort instructif. Il date malheureusement de 1886.
L'attention du visiteur peut être utilement dirigée vers quelques objets tout particulièrement remarquables. N" bzS. Figurine en terre émaillée de guerrier gantois, du Xlll' siècle, débris trouvés dans des fouilles du Marché du Vendredi, en 1864 ; autre fragment du même genre, trouvé en 1899. La série des étendards comprend la bannière des Gantois au XVT siècle, avec la Pucelle emblématique de la cité (n° 775}. N" 871, enseigne d'un chirurgien-barbier du xvn' siècle, où se voit le barbier rasant un mouton, sujet dont il existe une estampe ancienne; n° 875, ancien coffre aux privilèges des métiers, datant du XlV siècle et procédant du Beffroi.
La ville a, du reste, enrichi son musée de souvenirs précieux, de tout genre. C'est ici, notamment, que sous les n" 1001 à 1006 nous voyons
les précieux insignes des messagers de la Keure de Gand, ménétriers du Beffroi, pièces d'orfèvrerie remarquables du xv" siècle, exécutées par Corneille de Bont, pourvues de leurs jolies gaines de cuir. Un prix énorme fut oPFert. il y a quelques années, d'un de ces objets, par un opulent collectionneur parisien. La masse des huissiers de la Keure, sous Philippe II, est, de même, un remarquable travail de ciselure : le collier du doyen de la gilde des Arquebusiers, en or, décoré d'émaux translucides, morceau du xviT siècle, d'un dessin admirable ; un églomisé
Musée artliculogii^ue. Insigne* des niessagiTH Je la o Keure o,
flamand de 1523, représentant sainte Catherine dans un bel ornement d'architecture; un autre spécimen du même genre datant du xV siècle, représente la Trinité. Des tapisseries magnifiques sont signées van den Heke. Une cotte de héraut d'armes, au blason de l'Empire, du XVI* siècle, selon le catalogue, mais moins ancien, pensons nous. Ravissant médaillon de cire de Laurent du Bois, œi. 48, 1581. Divers curieux costumes locaux; dans le nombre, un masque de femme, en cuir bouilli, datant du xvi° siècle, trouvé danq un puits à la Cour du Prince ; un second masque, en velours noir, du xvii' siècle, pièce de conviction provenant du greffe du Conseil de Flandre! De splendides bassins liturgiques en cuivre, portant des gravures et datant du xiv* siècle, trouvés dans le lit du Bas-Escaut, Au centre, Dieu le père ; à Tentour, des tètes nimbées. D'admirables plaques tombales de cuivre gravé. N° 1900, celle de Guillaume de Wenemar, silhouette profondément entaillée, dont les creux
sont rehausses d'émail noir, donc, un véritable nielle. Le personnage, tué en 1325. dans un combat, est représenté de grandeur naturelle, nu-tête, armé de toutes pièces, tenant lecu émailté à ses armes, et l'épée haute, avec ces mots gravés sur la lame : horrrhant diuli/tii rcprobi tiic ccrncrc itudiiiii. (Toujours, les méchants ont frémi de me voir nue.) A tous égards, une œuvre de premier ordre.
Non moins belle, la plaque de Marguerite de Brune, épouse du pré-
MuiOc arcllcologiqHj r;guriiio- d 'cscriiiltiir-. \\\- siùule.
cèdent, n" 1901, également gravée et niellée, La dame élève les mains jointes en prière.
Le n° 1909, plaque tombale, en cuivre doré et niellé, de l'abbé mitre Léonard Bette, mort en 1607, travail des plus distingués portant la signature :/,/^r/V vnn h'ghi-in ntc fccit Mrchliniœ. Cette plaque ne pèse pas moins de cent kilos.
Dans la classe des meubles il en est d'absolument remarquables, le n" 922 notamment, daté de 1640, ayant servi à la conservation des archives de la corporation des marchands de vin. Le cabinet en style rocaille, n° 924, est une œuvre exceptionnelle. Deux figurines en bois, d'escrimeurs, datant du xiV siècle, proviennent de l'église Saint-Jacques ; nous les reproduisons. Une immense chaussure offerte, remplie
d'or, au conseil de Flandre, en 1783, par la corporation des Savetiers, est une pièce intéressante. Il y a, en outre, quelques tableaux dintérèt, historique réel. L'un (n" 1895), signé P. Heelant, rappelle la légende gantoise du fils bourreau de son père, qu'on voit figurée dans Sanderus, sur le pont dit « de la Décollation ». Un père et son fils ayant encouru la peine capitale, le magistrat offrit de faire grâce à celui des deux qui pro-
céderait au supplice de l'autre. Le fils ayant, sur les instances du père, consenti à se faire l'exécuteur, l'épée se rompit entre ses mains au moment où allait s'accomplir cet acte sacrilège, — X° 18S4, J. B. van V'olxsom : Joyeuse cul rce, à Giind,di- l'empereur Charles VI et sou'inauguration au marché dn Vendredi. Peinture des plus intéressantes, ayant autrefois orné la salle des Mtats à l'Hôtel de Ville. L'empereur est représenté par le marquis de Prié, son Gouverneur Général aux Pays-Bas, dont visage ne dément pas la dureté que lui reproche l'histoire.
En sortant du musée archéologique, à gauche, par la ruelle des Tonneliers dont il forme l'angle, nous avons, du même côté, un porche donnant accès à l'ancien cloître du couvent des Carmes chaussés, immeuble
dont les occupants actuels se chiffrent à plus d'une centaine. Il y a là un dédale de couloirs et un grandiose escalier du xvir siècle, avec rampe à balustres, formant un très bel ensemble '.
Poursuivons. Par la rue du Roitelet et le fossé des Corroyeurs, nous gagnons la rue du Vieux-Bourg, avec, en face, le pont du Laitage. Pour
l'amateur des choses d'autrefois, le milieu est fort attrayant. C'est d'ailleurs un des plus anciens quartiers de la ville.
Les deux maisons faisant face au pont du Laitage, à l'angle de la rue du Vieux-Bourg, sont des échantillons précieux de l'architecture civile duxvii* siècle. Les façades de ^^rande richesse ornementale expriment l'opulence et le bon goût des premiers propriétaires. Lune, datée de 1669, enseignée le Cerf volant, dvii Vl!rgi>u1en Hcrt, esl couronnée
d'un pignon de remarquable élégance, dont le faîte et les saillies se décorent des statues de la Foi, de l'Espérance et de la Charité. D'une lunette, émerge un joueur de flûte. Aux décharges des fenêtres, des figures couchées, La maison contiguë, moins haute, a, pour bas-reliefs, six des Œuvres de miséricorde. Par une aimable subtilité la septième ; loger les pèlerins, est constituée par la maison elle-même.
Plus loin, dans la rue du Vieux-Bourg, s'élevait, récemment encore,
une maison décorée de bas-reliefs où étaient figurées des opérations chirurgicales; la tradition en faisait, peut-être avec raison, la demeure du fameux Palfyn, une des illustrations de l'art chirurgical et à qui l'on fait remonter l'invention du forceps.
Les maisons faisant corps avec le pont du Laitage, sur lequel s'alignent leurs façades basses et de conception élégante, forment, avec le pont, un ensemble exquis.
Le pont traversé, vers la droite, à l'entrée de la rue longue de la Monnaie, l'on aperçoit le grand canon, palladium de Gand, que le peuple nomme « DiilU- Grict », Marguerite l'enragée. C'est une bombarde de plus de six mètres. Certains auteurs ont prétendu la faire remonter à Marguerite de Consiantinople, ex|)liquant par là le nom populaire de
Tengin. La chose n'est guère soutenable. En effet, d'autres pièces du même type, en Angleterre et en Ecosse notamment, sont baptisées également Marguerite : « Mons Meg », « Roaring Meg ».
M. Joseph Garnier, dans son livre sur V Artillerie des dtics de Bourgogne, cite des pièces ayant appartenu à ces princes, toujours nommées <( Griette ». Au musée de Bâle, sur une pièce toute pareille au canon de Gand, mais de moindres dimensions, provenant des armées de Charles le Téméraire, nous avons relevé la signature : Jehan de MalineSj 1474. Les bombcirdes bourguignonnes lançaient des projectiles de pierre. Leur poids atteignait jusqu'à quatre cents livres, et nécessitait une charge de septante livres de poudre. La pièce gantoise serait, dit-on, un trophée de victoire des Flamands sur les Bourguignons. Où fut-elle prise ? On ne saurait préciser. Pour bourguignonne, elle Test sûrement, vu qu'elle porte gravé, près de la lumière, le briquet de la Toison d'or.
La batellerie, très active dcins la traverse de Gand, n'est pas un des spectacles les moins curieux de la vénérable cité. On verra, longeant les maisons qui confinent aux canaux, et presque au ras de ceux-ci, un plancher à saillies régulièrement espacées : la chaussée des hàleurs. Parvenus à un point où les piles d'un pont interrompent leur course, ces hommes vaillants gravissent une échelle, traversent le tablier dans le sens de la largeur, pour redescendre ensuite au niveau de leur quai improvisé et poursuivre leur laborieux trajet.
Le Marché du Vendredi, rectangle d'un hectare de surface, constitue, en réalité, le Forum gantois. Au centre s'élève un bronze colossal, Jacques d'Artevelde (1290-1345), œuvre de Devigne-Ouyo, père de Paul Devigne, auteur du groupe de Breydel et de Coninck, à Bruges. L'attitude quelque peu théâtrale du tribun s'expliciue et se motive par la puissance entraînante de sa parole qui bien des fois se fit entendre à la place même aujourd'hui décorée de l'image de l'illustre citoyen.
Le Marché du Vendredi a, du reste, été le théâtre des principaux événements de l'histoire de la cité. Ici, en 1340, Kdouard III d'Angleterre, appelé par Artevelde, jurait de ne point abandonner la cause des Flamands ; ici, peu d'années plus tard, le 2 mai 1345, tisserands et foulons se livraient cette lutte fratricide dont l'histoire locale a conservé le souvenir sous le nom de « mauvais lundi »; ici encore, en 1382, Philippe d'Artevelde réunissait le peuple pour marcher sur Bruges; ici, enfin, directement ou par procuration, prêtaient serment les souverains, se célébraient les fêtes, avaient lieu les tournois. Dans les temps modernes encore, l'expression des sentiments populaires s'y traduit en réunions
souvent tumultueuses. Au cours des dernières années, le parti ouvrier socialiste, constitué sous le nom de Vooriiit : « En avant », a, sur ce même Marché du Vendredi, inauguré le vaste local de ses réunions politiques et de ses fêtes fraternelles.
Un tableau de François Duchatel, au musée de peinture, donne une
idée fort précise de la place ancienne, dans sa parure des grands jours ; il nous prouve que même à la fin du xvil' siècle, les constructions d'aspect monumental y étaient rares. En majeure partie elles étaient basses et de secondaire importance : plusieurs, encore, avaient des façades de bois. Une statue de Charles-Quint décorait la place.
Centre d'un quartier populaire, c'est au commerce de détail qu'elle doit sa physionomie vivante et caractéristique. Le vendredi, ce marché
immense, envahi par les échoppes aux marchandises les plus disparates, vieilles et neuves : habits et ferrailles, livres et chaussures, de génération en génération, se représentant aux mêmes endroits, offre le spectacle d'une foire de Leipzig en raccourci.
Quelques constructions du xvill' siècle se remarquent encore de-ci, delà, autour de la place, particulièrement au sud, mais à part celje connue
L'cgllse Sjint-Jucqucs, vue Ju Marche Jii VvndicJi.
sous le nom de Torcken, tourelle, dalantsans doute du XV siècle, aucune ne présente d'intérêt sérieux. Naguère on assignait à cette tourelle une origine historique ; on en faisait une survivance de l'ancien Hôtel de "\'ille. V.n réalité, il dépendait du local de la corporation des tanneurs.
La tourelle et la maison à pignons aigus qui s'y rattache, forment d'ailleurs un ensemble de physionomie très heureuse, dans ce milieu évocateur du passé gantois.
A l'est, et se confondant avec le Marché du Vendredi, s'étend la vaste place Saint-Jacques, emplacement de l'ancien cimetière de l'église de ce nom. Celle-ci, fondée au Xll' siècle, est d'ensemble très monumental. En grande punie refaite, il y a quelque trente ans, par l'architecle van Assche,
Saint-Jacques est à la fois la plus ancienne et la plus belle des églises de Gand. Les deux tours romanes de la façade sont curieuses ; celle du nord est pourvue d'un toit à quatre pans ; l'autre, d'une flèche à crochets,
nl.J.CLju.
de l'époque ogivale. Bâti en pierre de Tournai, 1 édifice a ses murs extérieurs légèrement en talus. Les chapelles, datant du xv' siècle, sont appliquées en hors-d'œuvre.
L'intérieur, à quatre nefs, n'offre rien de caraclériNtique. L'élévation
ôo GAND
graduelle du niveau de la place fait qu'on pénètre dans Téglise en descendant. Sa parure artistique consiste en productions de ces peintres locaux souvent rencontrés : G. de Crayer, van Cleef, Roose, etc. A droite, dans le chœur, datant du XVJI'' siècle, un tabernacle de marbre, très élevé, d'ornementation abondante, à portes de cuivre ouvragées et que couronne le pélican symbolique. Ce gracieux édicule semble dater du xvir siècle, tout en ayant inscrite, sur une de ses portes, la date de 1593. Egalement dans le chœur, le tombeau de Guillaume de Bronchorst et de sa femme, Marie de Warluzel, sculpté par Jean Mattheys, en 1659. C'est un morceau distingué. La chaire, où se confondent le marbre et le bois, est de Charles van Poucke auteur, aussi, du monument érigé dans la grande nef, en 1784, à Jean Palfyn par le Collegium medicorum, sculpture malheureusement placée très haut. La figure en marbre blanc, représentant la Science éplorée, est gracieuse et charmante.
Une des cloches de Saint-Jacques, le Salvador, daté de 1628, porte, à sa partie supérieure, une danse macabre en relief. Un jeune homme et un vieillard entraînés par la mort se livrent à une sarabande échevelée \
La Bibliothèque de l'Université de Gand, située dans le proche voisinage de Saint-Jacques, occupe les locaux de l'ancienne abbaye de Baudeloo, extérieurement de peu d'intérêt si l'on en excepte une gracieuse tourelle de l'ancienne église. A la façade, des plaques de marbre portent les noms des donateurs principaux. On y relève celui de Joseph Bonaparte, suivi de l'année 1844. L'ex-roi de Naples fit cadeau à la Bibliothèque de la collection des œuvres de Piranesi.
Particularité digne de mention, l'origine du dépôt littéraire est antérieure de plus de trente années à la constitution de la Belgique même. En effet, à l'époque de la suppression des couvents, en 1797, l'ensemble des bibliothèques monastiques se trouva concentré à l'abbaye de Baudeloo, par l'initiative du célèbre bibliophile van Hulthem. L'année suivante, la bibliothèque était rendue accessible au public; elle n'a point cessé, depuis, d'occuper les mêmes locaux, bien que s'étant naturellement fort accrue. Aussi parle-t-on de son transfert.
Sous le rapport des sources littéraires et historiques, tout particulièrement de celles relatives à Thistoire du pays, elle est d'inestimable valeur. Les documents graphiques sont à peine moins précieux; tout le passé de Gand revit en des dessins, au nombre de plusieurs milliers, source d'information dont l'importance n'a pas besoin qu'on y insiste
I. Voir lo dessin de ce bandeau dans Kervyn de Volkaorsbeeck, I.cs cgliscs Je Gand^ t. 11,1). 30.
(;and 6[
L'ancienne chapelle de llaudeloo, convertie en bibliothèque, est de très pittoresque effet,
L'Athénée royal, contigu à la Bibliothèque, occupe, d'autre part, une partie de l'ancien couvent. Le salon a gardé un peu de sa parure ancienne : ses lambris de style Louis XIV, ses panneaux, ensemble cossu.
Les vastes et ombreux jardins de Baudeloo, formaient le jardin botanique de cette ville de Gand. dès le XVII' siècle fameuse dans le domaine horlicole. On les a convertis en square. Ils ont leur entrée dans la rue Saint-Georges. Nous la suivrons pour gagner les ruines de l'abbaye de Saint-Bavon , le précieux musée lapidaire dont il a été question à plus d'une reprise, au cours de ce travail.
Notre chemin nous conduit en plein quartier maritime, car Gand est aussi un port de quelque importance.
Longeant le quai de la Tour Rouge, où, avertissons-en le lecteur, n'apparaît aucune tour, et traversant le pont de Pauw, nous voyons bientôt se présenter les pans de murs de ce qui fut, jusqu'au xvi' siècle, une des plus puissantes abbayes de la Flandre, le centre de « la ville >' de Saint-Bavon.
Situées à l'écart du mouvement urbain, *'l"","''^"* '^" thiriirgicn Joun Pjilfyn. ces ruines doivent à leur isolement même i7«i™M,i(u.tto%,,jH( J* g.iii.(,) une partie du charme dont elles sont
imprégnées. Qu'on soit archéologue, artiste ou simplement curieux, leur visite laisse d'ineffaçables souvenirs. Non que ces ruines, inscrites par les guides au programme du touriste, soient d'aucune manière accommodées à leur destination nouvelle; on ne les a ni embellies ni dramatisées artificiellement ; elles sont ce que le temps et les circonstances les ont faites.
Chose curieuse, à coup sur peu fréquente, sinon unique dans l'histoire de la Flandre, c'est à Charles Quint qu'est due la dispersion de celte communauté religieuse. L'empereur, ii la suite du soulèvement de 1539,
ayant voulu ériger une citadelle pour contenir les Gantois fit, accompagné de son frère Ferdinand et, dit-on, du duc d'Albe, l'ascension de la tour de Saint-Jean, aujourd'hui Saint-Bavon. Il choisit pour emplacement de sa future citadelle Tendroit précis où, depuis neuf siècles, les moines se livraient à leurs pieux exercices.
Le couvent fut donc démoli presque en entier et ses matériaux utilisés à l'édification de la forteresse. Pour dédommager le chapitre, l'empereur le transféra, avec ses droits et privilèges, à Téglise Saint-Jean, laquelle, depuis, s'est appelée Saint-Bavon.
De l'immense abbaye telle que nous la font connaître d'anciens tableaux ou des estampes, ce qui subsiste se réduit à de rares arceaux, à quelques travées d'un cloître, à des celliers, enfin à un vaisseau de nobles proportions, ancien réfectoire des moines, le tout envahi par les végétations parasites, la ronce, le lierre, le saxifrage mêlés aux . branches capricieuses d'arbrisseaux poussés là en toute liberté.
L'impression qui se dégage de cette nécropole, où nul bruit du dehors ne trouble la rêverie du visiteur, est comparable à celle éprouvée dans les galeries du Campo-Santo de Pise. Ici, comme là, tout parle du néant des choses, et le pied qui foule ces dalles branlantes, soulève la cendre des morts dont parle le poète. Et le silence qui plane sur cette solitude n'est troublé, de loin en loin, que par le battement d'ailes de l'oiseau venant boire à la nappe accumulée par la pluie au fond de quelque fruste morceau de sculpture perdu dans l'herbe.
Fondée au vu* siècle par saint Amand, l'abbaye aurait eu pour architecte Eginhard lui-même. L'appareil des murs et les baies en plein cintre, encore debout, confirment d'ailleurs la date assignée à la construction.
La galerie voûtée du cloître, élevée par l'abbé de Mercatel, et où l'on pénètre l'enceinte franchie, ne date que de 1480. C'est la préface de ce grandiose ensemble de débris qu'on serait tenté d'appeler l'ossuaire d'une ville. Ici, en effet, se trouvent rassemblés des fragments de toute sorte, pierres tombales, épitaphes, fonts baptismaux, fûts et chapiteaux de colonnes ; figures couchées ou adossées aux parois ; frontons et basreliefs détachés de maisons disparues et jusqu'à des rampes d'escaliers et des balcons, le tout se confondant de la manière la plus pittoresque.
En première ligne, parmi ces vénérables débris, figure un fragment du portail même de l'abbaye, découvert seulement en 1852. Le morceau, datant du xi* ou xii* siècle est des plus remarquables. Il représente, en haut relief, les reliques de saint Bavon, exposées en 1058, et les
GAN;n 6.Î
miracles qu'elles opérèrent. C'est du très grand art, appartenant à cette époque exempte totalement des roideurs gothiques, signalée par Courajod comme une première renaissance. Au gré de certains auteurs, ce remarquable fragment de sculpture serait une œuvre tournaisienne,
I-a salle dite du Chapitre, ou encore Crypte de la Vierge, aujourd'hui un simple préau à ciel ouvert, aux flancs envahis par les plantes para-
Vuu Julie paitie das ruines Ju l'Ahbayc Je Saint-Bavoii.
sites, n'est pas seulement à signaler sous le rapport pittoresque ; vingt et une tombes, ayant la forme de cercueils de momies sont creusées dans le sol. Elles ont, en quelque sorte, gardé l'empreinte de ceux dont la dépouille y séjourna. C'est par d'admirables baies en plein cintre qu'oa pénètre dans ce vénérable asile. L'arcade centrale en forme la porte; comme ses voisines, elle est pourvue de montants en faisceaux, et constitue, avec ses arcs géminés, reposant sur des colonnettes accouplées, un ensemble infiniment gracieux,
A la gauche de cette même galerie s'élève un édicule octogone à étage, dit Baptistère de Saint-Macaire, consacré en 1179. Il est, à sa base, absolument envahi par le lierre. Huit têtes sculptées, d'un style
remarquable, apparaissent à l'inlersection des pans de l'étage. Cette
tourelle est pourvue de fenêtres romanes.
L'ancien cellier des moines est un morceau de puissant intérêt archéo-
l-cs luincî Jl- l'Abbayu de Saiiit-Uavon. (Le Mu,™ Lapidaire)
logique. La voûte entière repose sur une seule colonne, vers laquelle convergent ses puissantes nervures.
L'ancien réfectoire des moines forme, avons-nous dit, un bâtiment à part ; il suffit à donner une idée de l'importance de cette communauté dont l'étendue nous frappe de surprise, dans le plan de 1534- On en
jugera d'ailleurs par le fait que, jusqu'en 1882, ce bâtiment servit d'église paroissiale.
Anckn réfectoire Jcs Moines Je l'Ahbjye Je Sainl-Bavon. (Le Musée Lapidaire.)
Le très spacieux vaisseau, à voûte apparente en bois, est éclairé par vingt-huit baies en plein cintre. Le tout est passablement fruste. On a relevé, sur le chanfrein des fenêtres, des traces de polychromie, figures de saints non encore déterminés. Ces peintures semblent dater du xi'
OU du XI i» siècle. Au pignon oriental s'ouvrent trois fenêtres parallèles.
La nef constitue, en réalité, le noyau du musée lapidaire. Dans le périmètre entier, dressées aux parois, s'alignent de précieuses dalles tumulaîres mises au jour en 1885, par la démolition de l'écluse de Braemgaten dont elles formaient le radier. Cette découverte imprévue et stupéfiante fit du musée lapidaire de Gand un des premiers du monde. Gravées dans la pierre, les effigies tombales datent, pour la plupart, du xiii® siècle. Ce sont de vraies planches en taille douce, susceptibles d*ètre imprimées. En dehors de leur puissant intérêt archéologique, plusieurs constituent des documents précieux pour l'histoire du costume. Dans le nombre, nous relevons la tombe d'un Jean d'Artevelde, frère du tribun gantois, mort en 1270^ Sur certaines plaques, le visage et les mains sont incrustés de marbre ou d'émail, dans des espaces réservés à cet effet, à la façon des émaux cloisonnés. Comme échantillon de ce travail, le type le plus curieux est la dalle à! Asscheric van der Couderborch. Celleci, en marbre noir, porte un château fort, peut-être une porte de ville, dont les incrustations, en rouge et en blanc, forment les contours. Le château est pourvu de sa herse ; sur ses créneaux apparaissent les hommes d'armes, tout cela d'une précision remarquable. Cette dalle paraît dater de la première moitié du xiir siècle.
Non moins intéressante est une plaque anonyme, oii est gravé un navire du Xlir siècle, portant, au grand mât, sa hune et son pavillon, ayant l'ancre suspendue à son flanc. La pierre tombale de Frère Guillaume de Mude [-^ 1272), est du plus beau style. Ailleurs, Jean Blome nous dit : « Je fus tué l'an 1290. »
Précieuse entre toutes, est la pierre tombale d'Hubert van Eyck, mort à Gand en 1426 et inhumé dans la crypte de l'église Saint-Jean, aujourd'hui la cathédrale, où fut retrouvé, en 1892, ce précieux débris déterminé par M. St. Mortier.
Haute de 2", 8; large de i^jio, elle porte, en creux, un squelette tenant devant lui, également en creux, l'espace rectangulaire de o"',66 sur o'",45, ayant servi à l'insertion d'une plaque où figurait l'épitaphe rimée, donnée par van Mander.
Dans un angle de la chapelle, se voit la statue d'homme d'armes descendue du Beffroi en 1869, où elle figurait depuis 1338, avec trois autres semblables. Elle mesure 2 mètres de haut et reproduit avec une fidélité scrupuleuse le costume militaire du temps : haubert de mailles,
I. Bcthune de Villers, Anciennes peintures murales aux ruines de Saint-Bavou [Revue de l'Art Chrctie^i, 1890, p. 361 et suiv.).
cubitières, etc. Au moment de sa descente, cette figure avait^donc occupé sa place depuis plus de cinq siècles.
Citons encore la remarquable enseigne des tireurs de vins gantois,
Muscc Lapidaire : Pierre tombale JHubcrt van Eyck.
sculpture remarquable du XVI' siècle, par malheur très détériorée ; le superbe tombeau de Jean, bâtard de Clèves et son épouse, damoiselle de Lichtervelde, magnifique ensemble de sculpture, provenant de l'église de Roulers et, chose incro\'able, cédée par les marguilliers au comte de Thiennes, en 1840. Elle passa ensuite au comte de Limburg Stirum.
qui en fit don au musée. Le seigneur y est représenté revêtu de l'armure, les pieds sur un lion; la dame, drapée, les pieds sur un chien. Non loin de là, fixé au mur, un charmant haut-relief de la Sainte Famille, sculpture du XV siècle, portant des traces de polychromie et de dorure, travail d'origine tournaisienne , Mentionnons encore un excellent groupe de deux enfants qui s'embrassent, sculpture vraiment distinguée du xviT siècle.
Au centre de la chapelle, on a reconstitué en partie, un beau pavement de mosaïque du Xlir siècle.
Le verdoyant jardin, semé d'une profusion de morceaux de sculpture ancienne, refait d'une manière intéressante le passé gantois. A signaler, notamment, un bas-relief ayant décoré le tympan de la porte de l'école des orphelins. L'ensemble est tout à fait heureux. Au milieu, siège la pucelle de (îand. couronnée par deux anges; à ses côtés, le chapeau à la main, ses petits protégés dans leur pit- I toresque costume. Le chronogramme :
sCiuiLa i'aVpkbVM,
date le travail de 1662.
On s'arrache avec peine à ce milieu où parle avec tant d'éloquence la poésie des choses lointaines.
Régagnant la ville par le pont van Eyck et la rue du même nom, à l'extrémité de laquelle se dessine la silhouette imposante de la cathédrale, on rencontre en foule les constructions anciennes et pittoresques. Particulièrement intéressantes sont les maisons à l'angle de la place et de la rue ; le n° 21, maison à double pignon, datant sans doute du xvr siècle, et plus loin, à gauche, à l'angle de la rue Frans Ackerman, l'irrégulier ensemble de constructions, entouré d'un mur bas et complété par des dépendances disposées comme à souhait pour tenter le pinceau. Traver-
GAND tç
sant la rue Charles-Quint, nous suivons le quai du Bas-lîscaut, limite, au Xlir siècle, de la Flandre française et de la l-'landre impériale, saluons, derechef, le steen de Gérard le Diable et, par la rue du Hainaut, aboutissons en droite ligne à l'Université dont la noble façade octostvle, d'ordre corinthien, s'élève à front de la rue des Foulons. Conçue par Roelandt, et érigée en i S26, elle fut longtemps réputée la plus magnifique construction universitaire de l'Europe. Aujourd'hui même et nonobstant les palais universitaires de Vienne et de Strasbourg, son ordonnance demeure très imposante. La salle des Pas- Perdus et la salle Académique sont vraiment majestueuses. A hauteur du premier étage, les escaliers sont décorés de fresques par L. de Taeye, V. Lagye et A. Cluysenaar.
Elles retracent les grandes phases de l'histoire de l'humanité, pour finir par la Révolution française.
Un léger détour, par la rue des Champs, nous procure l'occasion de voir, n" 61, le vaste et superbe immeuble, en style Louis XV, autrefois l'hôtel d'Hane Steenhuyse, où tint sa cour le roi Louis XVllI, durant cette période de l'histoire de France connue sous le nom des ■< Cent Jours ".
Centre du commerce de luxe, la rue des i^^,^^. i.j|„jj,,^ . Gucrfur ju li. tfr... Champs, comme d'ailleurs toutes les larges '■■'*
voies confinant à la place d'Armes, emprunte
à ce voisinage un air de distinction marqué. Le vaste et imfx>sant quadrilatère, en langue populaire Kaiitir, plaine, par ses aristocratiques demeures du XVIIl" siècle, sa jolie Bourse de commerce, imposante construction de la même époque, et jusque par les ormes encadrant son terre-plein, conserve un aspect vieux régime, tout â fait typique. C'est, en outre, le rendez-vous de la société élé^^anti;, comme le -Marché du Vendredi est demeuré le centre plébéien.
Parla rue du Soleil ou par ':elle du Th'-âtre, prolongeant Itrs angli-s de la place d'Armes, à l'ouot, on arrive au Palais de Justice, conçu en style classique, auquel la Lvi et l'Ks' aut forment, sur ihrux <le ses côtés. un cadre des plus avanta;(';ux. Frij^é en i"" \'i, il eut pour auteur Kwflandt
et constitue un morceau d'architecture fort noble. Sur le terre-plein devant le palais, s'élève une belle statue de bronze de Metdepenningen, membre distingué du barreau gantois (1799-1881} par Julien Dilleos.
On pénètre au Palais de Justice par le côté est, faisant face à la rue du Théâtre. Un large escalier conduit à la salle des Pas-Perdus, décorée de peintures modernes pour la plupart, n'ayant aucun rapport avec la destination de l'édifice, à l'exception d'une belle Allégorie de la
Justice pnr Théodore Kombouts, peintre du xvil* siècle. Les portraits en pied de Bonaparte, premier consul, en habit rouge, et de Joséphine par Suvé3 (1743-1807), de Bruges, premier directeur de l'Kcole de France à Rome, sont encore les pages les plus dignes d'attention de cette galerie où figurent, en outre, des toiles de Math. Van Brée, de Vanaise, de de Taeye, de van Severdonck, de K. de Pratere, de P. van de Vin et de iVlontald.
Nous dirigeant vers le sud, soit de la façade postérieure du Palais de Justice, par la large rue de Courtrai, nous prenons le chemin de rilo-ipice de la Biloque dont la visite s'impose essentiellement à l'archéologue. Ce faisant nous gravissons le mont Blandin, où s'élevait la
fameuse abbaye de Saint-Pierre, « au mont Blandin », dont l'abbé régissait une partie du territoire gantois : la n ville de Saint-Pierre », comme nous avons vu la « ville de Saint-Bavon ». Au travers des maisons basses et parfois très anciennes, des échappées de vues nous sont offertes sur les campagnes arrosées par la Lys, et la déclivité des ruelles, à notre droite, comme à notre gauche, est relativement très forte, dans cette ville au terrain peu accidenté dans sa partie centrale.
A droite, la chapelle de l'hospice Schryboom, mentionnée par quelques guides, bien que d'intérêt secondaire. Elle offre cette particularité d'être tapissée de portraits d'enfants voués à la Madone. Aucune de ces peintures n'est antérieure au xvill* siècle; aucune, non plus, n'est de sérieux mérite artistique.
A l'extrémité de la rue de Courtrai, à droite, le pont franchi, l'œil s'étend sur l'ensemble des constructions formant la Biloque, à la fois hospice et hôpital. Dès l'abord, on aperçoit le pignon de briques du xiir siècle, « le beau pignon ". dépendant de l'hospice des vieillards. C'est un morceau d'architecture d'intérêt capital.
Par le n" 3 du quai de la Biloque on pénètre dans l'immense enceinte des hôpitaux gantois.
Ses corps de bâtiments, séparés par de vastes pelouses, et ombragés d'arbres plusieurs fois séculaires, forment un ensemble peu banal. A droite, un pavillon en briques et en pierres, du xvii" siècle, sert de boulangerie; c'est un type élégant de Tarchitecture de l'époque, quelque chose comme une dépendance de demeure seigneuriale. Plus loin, sur le grand préau, s'élève Tantique chapelle, contiguë à l'infirmerie, un des plus remarquables échantillons de style ogival que possède la Belgique.
« La ville de Gand n'eût-elle à montrer aux vo^'^ageurs que son ancien hôpital de la Biloque, dit M. A. Verhaegen, dans sa monographie de rétablissement, ceux-ci n'auraient nullement à regretter leur excursion dans ses murs : la grande salle des malades et le pignon de la salle du chapitre, sont, en effet, des monuments uniques en Belgique et très rares à rencontrer en Europe. »
Construites en pierre de Tournai, les deux façades se raccordent jusqu'à la naissance des pignons. Le soubassement est pourvu d'une rangée d'arcatures supportées par de minces colonnettes aux chapiteaux ornés de crochets. A la base règne un banc de pierre. Deux porches de style ogival primaire, à moulures très saillantes et à colonnettes, donnent accès au bâtiment.
L'ancienne chapelle possède une fenêtre, aujourd'hui murée, à jolis meneaux trilobés. Quatre fenêtres géminées, deux roses, et une vaste baie centrale, prise dans le pignon, éclairent l'immense infirmerie. La voûte, à charpente visible, peut être qualifiée d'admirable. Elle date du commencement du xiiT siècle. Ce vaisseau immense, dont le bas est malheureusement soustrait à la vue par des cloisons, n'a pas moins de 55 mètres de profondeur, sur une largeur de i6 mètres. La voûte, haute de i8 mètres, est divisée en travées, et les fermes de la charpente ont pour soutiens de puissants contreforts, appuyés à des semelles. La succession de ces courbes est d'un effet prestigieux.
L'hospice des vieillards est largement digne aussi d'attention, quoique moins ancien d'un siècle. Le beau pignon de briques taillées et moulurées est un échantillon exceptionnel. Pour atteindre cette partie de la construction, il faut traverser le réfectoire des vieillards, ensemble curieux du xvil* siècle. Un plancher, posé en 17 15, forme un faux étage à la vaste pièce que M. Verhaegen suppose, avec raison sans doute, avoir servi de réfectoire primitif. Une cheminée à hotte immense, en occupe tout le mur occidental et se dessine à la façade, où son orifice couronne le pignon. La salle date du xiV siècle.
Les parois portent une imposante décoration de figures à la détrempe,
sur fond rouge. Elles représentent d'une part, Saint Jean et Saint Christophe; de l'autre, au mur oriental, le Christ et la Vierge sur le trône.
Dans un état de conservation excellent, ces peintures sont parfaitement à portée de la vue. En revanche, labsence de recul les prive d'une
bonne partie de leur
effet décoratif.
Très remarquable aussi est la voûte en bardeaux. Ses puissantes nervures polychromées reposent sur de minces colonnettes, elles-mêmes portées par des culs-de-lampe pourvus de mascarons infiniment curieux.
Sortant de la Biloque et repassant le pont, nous suivons, vers la gauche, le boulevard de la Citadelle, confinant à un beau parc, de création récente.
C'est ici qu'est situé le musée de Peinture. Le quartier est riant et coquet. A quelque distance s'élève la fontaine
monumentale consacrée Hospice Je la Ililuquc : Le a beau pignon ..
à la mémoire du comte
de Kerchove de Denterghem, bourgmestre de Gand, de 1857 à 1881,
gracieux ensemble, dû au statuaire Hippolyte Leroy.
Le musée des Beaux-Arts, œuvre de l'architecte Ch, van Rysselberghe, date de 1904. C'est une construction de style grec, dont le portique, surélevé de plusieurs marches, est pourvu d'un attique. Cet avant-corps tetrastyle, d'ordre ionique, est décoré de sculptures discrètes, par M. van Biesbroeck, tandis qu'une frise, où se déroule l'histoire de l'art à travers les siècles, se prolonge sur tout le tour de l'édifice. Cette peinture mono-
chrome est exécutée d'après les cartons de M. J. Delvin, Gantois comme M. van Biesbroeck.
Cent cinquante toiles anciennes, un nombre à peu près égal d'œuvres
Hupitjl Je U Ui1g.|im : l'.iVJJc do la Clur'-'"'-- .'^' J-^ riiiliiiiKJ le.
modernes, une centaine de sculptures composent le musée. Ces productions réparties dans dix-huit salles, sont décrites dans un catalogue de M. L, Maeterlinck, conservateur de la galerie (1905].
Sans compter aucune œuvre de valeur exceptionnelle, la galerie
s'impose néanmoins au critique par la place importante qu'y occupent les maîtres locaux. Elle s'accroît d'ailleurs d'une manière ininterrompue et sérieuse par la coopération d'un groupe d'esthètes, « Les amis dumusée », dentales acquisitions dénotent, en général, le goût et la compétence. Nous n'avons à signaler ici que les œuvres principales, en suivant l'ordre du catalogue.
Hiipitiil de h Diluquc : Voûte de l'InGriucHc.
Disons d'abord que les attributions paraissent difficilement admissibles pour un nombre sérieux d'œuvres parfois décorées de grands noms. C'est ainsi que les attributions à van Dyck ne nous semblent pouvoir figurer à bon droit au bas d'aucune des productions assignées à ce grand peintre.
I.a distribution des locaux du musée gantois, d'ailleurs disposé avec goût, entraîne à un peu de confusion. Il importe de consulter le plan affiché dans chaque salle et reproduit au catalogue. Les salles sont réparties de telle sorte que les œuvres anciennes et les œilvres modernes sont complètement séparées. D'un salon central le visiteur se dirige à droite pour les premières, à gauche pour les secondes, les deux sections
étant reliées par une série de cabinets en éventail, rayonnant autour de rhémicycle réservé aux sculptures.
Le salon d'entrée, tendu de tapisseries du xviir siècle portant les noms de Leyniers et de Vanden Hecke est d'aspect engageant. On y a rassemblé des sculptures, modernes pour la plupart; les bustes du Roi et de la Reine des Belges, par M. T. Vinçotte y occupent la place d'honneur.
Un très beau bronze de M. J. Lambeaux, Blessé à mort y le Vénusberg, par M. Egide Rombaux, Héro, par M. Hippolyte Le Roy, Hélianthe^ par M. Paul Devigne; une figure d'un beau style, par M. D. Vanden Bossche, la Veuve, enfin un Aigle dévorant une biche, terre cuite dorée, du xviir siècle, sont les pièces capitales de cette petite galerie. Dans le prolongement de la grande salle du milieu s'élève, sur un piédestal de marbre noir de style classique, rappelant par le profil le socle du Colléone, la belle statue de Paul Devigne, V Immortalité. C'est un souvenir consacré, par le Cercle artistique gantois au sculpteur P. Devigne (1843-1901) et au peintre Liévin de Winne (1821-1880). Le monument, inauguré au début de 1906, porte à sa base les bustes des deux artistes, le premier par Rodin, le second par Paul Devigne lui-même.
Le catalogue du musée, malgré sa date récente, ne renseigne point les acquisitions faites parles soins de la Société des Amis du musée au cours des derniers mois. Entre celles-ci se fait remarquer surtout une œuvre attribuée, avec raison croyons-nous, à Velasquez. C'est un morceau fort remarquable de la jeunesse du maître, une Vieille femme, un vieillard et un jeune garçon devant un repas de bouillie.
Cette production, très distinguée, s'apparente à d'autres œuvres du maître conservées spécialement en Angleterre et dénommées bodegones, dans l'histoire du célèbre peintre espagnol.
Abordant l'étude du musée proprement dit, nous signalons (n" 2), un Crucifiement attribué à Jacques Cornelisz, dit d'Amsterdam, morceau de bonne qualité, acquis en 1904. Il provient du couvent des Dominicains. (904) de Robert von Audenaerde, Le chapitre des moines dît couvent de Baudeloo, vaste peinture d'une trentaine de personnages. Très visiblement, le peintre s'inspire des maîtres italiens sous lesquels il travailla à Rome. (N° 7) Berchem : Etude d'Animaux ; excellent spécimen. (N° 10) Pierre Boel : Gibier mort dans un paysage. Attribution ancienne, discutable. (N" 13) Jérôme Bosch : \e Portement de la Croix. Ensemble de tètes grimaçantes ; production authentique, peu attrayante. (N** 16) Philippe de Champagne : Portrait de Pierre Camus, morceau très remar-
quable, authentiqué par la gravure qu'en a donné Morin. (N" 18) François Du Chastel : L'inauguration à Gand, de Charles II d'Espagne, en 1666. Le souverain est représenté par le marquis de Caste! Rodrigo, gouverneur général des Pays-Bas. Une des peintures les plus intéressantes du musée, dont les innombrables figurines sont touchées avec infiniment d'esprit et de goût. Le tableau est daté de 1668. (N° 24) Raphaël van Coxcie : le Jugement dernier, œuvre importante, défigurée par de bar-
bares repeints. Elle appartint à l'hôtel de ville et le décora jusqu'au milieu du xviii' siècle.
Les Gaspard de Crayer sont, au musée de Gand, particulièrement nombreux. Grandement éclipsé par ses contemporains Rubens, vanDyck et Jordaens, Crayer n'est pas cependant un maître à dédaigner. Ses types ne manquent ni de charme ni de distinction; sa technique, monotone, n'est point dénuée d'adresse. Mort en 1669, le peintre gantois compte au musée de sa ville natale une douzaine de toiles importantes, appartenant à toutes les époques de sa carrière. Le Martyre de saint Biaise, daté de 1668, est indiqué comme peint à quatre-vingt-six ans. Un tableau de composition similaire existe au musée de Bruxelles. Le Coiironneincnt de sainte Rosalie est un morceau gracieux légèrement traité, ayant le tort de trop se modeler sur la composition et le style de van Dyck. Le n" 31, le Christ triomphant de la mort est, à notre sens le meilleur échantillon de l'artiste ; on en décora sa sépulture à l'église des
Dominicains. Parmi les Flamands de l'époque rubénienne, avec une somme de savoir et de pratique nullement ordinaire, Crayer n'arrive pas à dépasser le second rang, ce qui résulte à merveille de l'ensemble rassemblé dans les salles du musée gantois. Des œuvres exposées sous le nom de van Dyck, aucune ne mérite de figurer parmi les productions authentiques du maître, pas plus les compositions que la grisaille du portrait d'Adrien Stalbant, reproduction médiocre d'une gravure.
i^" 57) « École flamande », Adoration des bergers, composition de Bronzino, peut-être reproduite par un maître néerlandais, Lambert Lombard.
(N** 58) Pierre Coeck d'Alost, selon toute vraisemblance. Le Christ et la femme adultère. (N° 70) « Ecole franco-flamande » : le Christ mort soutenu par deux atiges, curieuse petite peinture sur fond d'or, provenant de la collection de Somzée. Rapports évidents avec le maître de Flémalle, jugé surtout dans la Trinité du musée de Louvain, composition reproduite en gravure dès le xv' siècle. (N"* 75), Corneille Engelberchtzen, de Leyde : Descente de Croix ^ acquise en 1904. (N** 76) Jacob van Essen : Excellent tableau de comestibles, huîtres, fruits, bombons. (N" 82) Gossart Mabuse : Le Christ à la colonne. Une des nombreuses copies du même sujet.
(N*" 83) Frans Hais : Portrait de femme , signé du monogramme du maître et daté de 1640. Morceau de belle maîtrise, de tonalité un peu sombre, mais accusant nettement son auteur. (N"' 86 et 87) Martin Heemskerck : Le Christ entre deux anges, couronné d'épines, et le Crucifiement, œuvre importante d'un peintre de valeur, très influencé par Michel-Ange, dont il n'a d'ailleurs aucune des qualités, mais dont il souligne les défauts. ;[N" 8g) Portrait d'une dame accompagnée de sa fille, par Louis Vander Helst, assure le catalogue. Fils de Barthélémy, Louis Vander Helst, peintre secondaire, n'est intéressant que par sa parenté avec le grand artiste dont il porte le nom. (N° 92) Anselme van Huile, portraitiste de quelque importance, auteur des portraits des plénipotentiaires assemblés à Munster, est représente; ici par un Christ mort sur les genoux de la Vierge, page médiocre, mais très authentique. Van Huile, de son nom réel Hebbelynck, était gantois. Il fut peintre de l'empereur d'Allemagne.
(N**' 95-99) Jordaens. Toiles sans grande importance de ce maître inégal. l^ejiigement de Midas, en petites figures, est un morceau de qualité moyenne. C'est la meilleure du contingent. Le n° 97, têtes d'études; nous montre le vieillard souvent utilisé par le peintre dans ses compositions,
particulièrement dans la belle toile du musée de Bruxelles, les Dons de rAutomnCy où le personnage — car il s'agit du même homme — représente un satyre. (N" loi), Jouvenet (J.) : Portrait du moine dominicain François Roman, architecte du pont Royal, à Paris, dont il tient le plan. Une effigie identique figure au musée de Caen. (N° 103) Chrétien de Keuninck, peintre courtraisien, mort à Anvers en 1635. Tableau intéressant, représentant un cataclysme. Des navires en flammes se brisent contre les rochers. Les tableaux connus de Keuninck sont peu nombreux. Le musée de Cologne possède de Tartiste une scène de chasse. (N° 104) Adr. Thomas Key, bon portrait d'homme, simple tête, de grandeur naturelle. (N°' 105 et 106) attribués à Guillaume Key, Portraits d'homme et de femme eu buste, petite nature. Très bons morceaux, particulièrement le portrait de la femme. L'attribution à Key, d'ailleurs acceptable, n'a rien de péremptoire. Nous opinerions aussi volontiers pour François Pourbus. (N" 107) Portrait de femme âgée, attribué à Thomas de Keyser. Douteux comme deKeyser; morceau excellent, d'ailleurs. (N*"* iio- 115';, Nicolas de Liemaekere, dit Roose, peintre gantois, né en 1601 et mort en 1646. Ses pages religieuses aimables, bien composées, mais assez banales, abondent dans les églises de Gand. Rubens passe pour les avoir louées. D'un coloris puissant et agréable, elles méritent de fixer l'attention. La Vision de saint Hyacinthe, surtout en ce qui concerne la figure du saint, est une création de sérieuse valeur. (N" 117) Corn. Mahu, d'Anvers (1613-1638): Nature morte. Peinture intéressante d'un maître de valeur, peu représenté dans les collections. Les galeries de Berlin et de Prague possèdent de ses toiles. (N"" 118). Sous le nom de van Mander, le musée de Gand expose un triptyque avec le Christ prêchant, environné des huit béatitudes. Peu connu comme peintre, van Mander, dont quantité d'estampes nous conservent le style, aurait bien en effet quelque droit sur cette production, de provenance ancienne. Les figures, bien conçues, sont dans un style assez proche de celui des compositions gravées. La page mérite un examen sérieux. (N' 134) Rubens : Saint François recevant les stigfnates. Morceau authentique, mais peu attrayant, défiguré par des repeints. (N" 141) Suvée, Joseph Benoît (non Bernard, comme dit le catalogue^, directeur de l'Académie de France, à Rome. Toile daté de 1776, sujet mythologique. Le morceau dénué de style, ne fait guère deviner le rôle important joué par son auteur dans l'histoire de l'art français du temps. Suvée était brugeois. fX*" 143) Pierre Thys, sectateur de van Dyck : Saint Sébastien, martyr, consolé par les anges. Excellent tableau, d'un coloris suave
8o GAND
et d'une analogie, nullement rassurante, avec van Dyck. L'œuvre est d'ailleurs soignée. (N° 150) Martin de Vos : la Descendance de la Vierge, excellent spécimen du peintre anversois, élève du Tintoret. (N° 152) François Wauters, de Lierre, élève de Rubens et imitateur de van Dyck : la Vierge dans un paysage. Saint Jean-Baptiste et des anges, rendent hommage à l'enfant Jésus. Ce morceau, précédemment attribué à Pierre Vanden Avont, a pu être, sur la foi d'une peinture existant au musée de Vienne, restitué à Wauters par M. Gust Gluck, conservateur à la galerie impériale. C'est une œuvre d'agréable coloris et d'un grand charme de composition. L'influence de Rubens s'y fait sentir d'une manière indirecte. (N° 154) Gérard Seghers ou Zegers : le So)igc de saint Joseph, Excellente création d'un maître que l'histoire range parmi les rivaux de Rubens et dont une partie considérable de la carrière s'écoula en Espagne.
La partie moderne du musée comprend un nombre considérable de toiles d'artistes indigènes et étrangers, acquises, pour la plupart, dans les salons triennaux. Gand est aussi un centre artistique d'importance sérieuse. L'on peut se rendre compte, en parcourant les salles réservées aux créations du xix'' siècle, de la part considérable prise par les Gantois au mouvement progressif remarquable dans le pays depuis plus de trois quarts de siècle. La période antérieure à 1830 se reconstitue fort bien, aussi, par les spécimens rassemblés dans les cabinets formant la rotonde du musée. Parmi les étrangers, nous relevons une vingtaine de noms français comptant parmi les plus estimés dans tous les genres. A l'exception d'une vaste et fort remarquable toile de M. Eug. Richter : Ribauds et Truandes, offerte par l'artiste en 1883, le catalogue permet de constater que toutes les œuvres étrangères sont entrées au musée après leur exhibition au salon de Gand. Nous nous bornons à citer les noms des principaux maîtres belges : Gallait : son premier tableau, le Denier de César (1832), une ruine; C. Meunier: le Martyre de saint Etienne. Alex. Struys, Alfr, Verwée ; Léon Frédéric {\e Repas des funérailles ; Jacques de Lalaing; Emile Claus ; Liévin Dewinne, avec sept portraits, dont la grisaille du portrait de Léopold I*" et l'esquisse de l'effigie de M. Frère-Orban, la dernière œuvre du fameux portraitiste; Baertsoen : la. Neige en Flandre (1895); J. Delvin, A.-J. Heymans, Evenepoel. Français : Bouguereau, RoU, Pelouse, Lhermite, Jules Lefebvre, Emile et Jules Breton, M"" DemontBreton, Charles Cottet, J. Max Claude, W. Wyld, etc. Allemagne : Lenbach, Ch. Gussow, Otto von Thoren. Anglais : Walton (E.-A.) Georges Sauter, Walter Mac Ewen, James
Guthrie. Hollandais : W. Maris, P.-J.-C. Gabriel, S. Verveer. Scandinaves : Zorn, Kroyer, Gronvald. Espagnol : Zuloa^a. Réunion fort choisie, on le voit. Parmi les sculptures, quelques morceaux anciens se distinguent par leur valeur exceptionnelle. On remarquera surtout une figu-
L'cglise S.iinl-I'icrie. vue .lu Qjiiii des Moines.
rine de Saint Sébastien, en bois sculpté, morceau flamand des plus remarquables ; un masque de cadavre, par un maître italien du xv' siècle, d'un réalisme terrifiant. Une tète d'homme, en terre cuite, par Guido Mazzoni, le « Modanino », magnifique et expressif morceau: une tète d'homme, en pierre, provenant, dit le catalogue, du musée d'Amiens. A remarquer, dans cette catégorie, une interprétation du xvir' siècle du groupe du Michel-Ange, de Bruges, œuvre de Rombout Pauwels, de
82 GANl)
Malînes *i()J5-i7()<>\ Voulue ou inconsciente, la traduction est vraiment, d'après le mot fameux, une trahison.
ha catèjirorie des sculptures du XIX' siècle comprend des noms fameux : Canova, Rude, C'orbet, Rodin, Paul Deviifne ^une trentaine de plâtres di* ses<puvres ; Vinçotte, Julien Dillens, Vander Stappes; Aug. Lévèque, Manjuct de Vasselot ; J. La^ae; H. Le Roy. I/immense et puissant basrelief le Calvaire de rhumanitt\ par M. Lambeaux, occupe tout le fond de la rotonde des sculpteurs.
Du musée, reprenant le chemin de la ville, nous voyons bientôt se <lessiner le dôme de l'ét^lisede Notre-Dame Saint-Pierre, érigée sur remplacement de l'ancienne abbaye !)énédictine du nom. KUe fut édifiée de i^^9 à 1719. On lit cette dernière date sur la façade même.
LVglise est du style des basili(|ues de Rome et son architecte, van Santen, s'est, assure-t-on, inspiré du projet de Raphaël pour celle de Saint-Pierre. L'ensemble n'est nullement privé de grandeur. Une caserne, rontigué à l'édifice, occupe une partie des locaux de l'ancienne communauté ; on y retrouve les restes du cloître ogival.
Intérieurement, l'église est d'effet très imposant. Un certain nombre de toiles de valeur secondaire composent sa parure. Dans le nombre, des copies, par van Thulden et Ouellin, des célèbres pages de Rubens, le Triomphe de la Religion et le Triomphe de V Iiglise, exécutées en tapisserie, en 1627, pour Tlnfante Isabelle.
Dans cette éi^lisc modern<* reposèrent, jusqu'en 18S3, les restes d'Isabelle d'Autriche, steur de Charles-Ouint, épouse de Christian II de Danemark, morte en exil, âgée de vingt-cinq ans à j)eine, à Zwynaerde, près ile^îand, en 15J'). L'infortunée princesse avait été inhumée dans l'ancienne église de l'abbaye de Saint-Pierre. Sa tombe, dont Mabuse avait fourni le dessin, fut, dit-on, saccagée j)ar les Calvinistes en 157^; les ossements, recueillis par l'abbé de Saint-Pierre, furent déposés dans un nouveau mausolée ducjuel, en i?^><3. ils furent extraits pour être transférés en Danemark, à la demande du gouvernement d<* <'e pays.
Par le pont des Moines rt la riante promenade du quai de ce nom, nous reprenons le chemin de la gare. Le chevet de l'église Saint-Pierre émerge graci«*uscmLMU drs jardins étages sur le versant d<* la colline, baigné par TKs aut L'ensemble est charmant et digne de tenter un peintre. Uientôt la voie ferrée apparaît à notre droite; noire promenade est arrivée à son i<*rme.
V n d«^rnier ob'et, pourtant, solliriie rattenlion du curieux. Notre itinéraire iii»us en a fonément éloignes.
Par la rue de la Station et la place d'Artevelde, où s'élève la moderne église Sainie-Anne, décorée, dans le style byzantin, par Théod. Canneel (1817-1892) et T. Lybaert, on aura bientôt atteint la rue Longue-des- Violettes. Ici, au n" 65. s'ouvre le porche du Petit Béguinage, par opposition au Grand Béguinage dont, au début de ce chapitre, nous avons parcouru l'emplacement délaissé'.
Logl,^eS:„»l.i■,cr.cl fat.iJo princp.ik.
Deux cent cinquante-trois mai,sons basses, aux gracieuses façades en briques, aux fenêtres à ps^lits croisillons, s'alignent, pour la plupart, autour d'une vaste pelouse, où pâturent les vaches de la communauté. Ce tapis
I. T,o (irand ltoj;ui[iat;L' a <;mij;rL' liurs villr, Jaiir, la dir.itii.n di; l'.'st, au mont Saint- Amand. Il mi-rit'; ainpltmont unt; visit..^ cl ri'-;sur.iit<' ia phy>ionomi<; ik-s villes flamandi^s du mr.yi'n ;iK't-. Ci^tt.: <;uri<.-uMo restitiLli.>n .-t Wvnvu-. dJ MM. j. Hcthune cl A. VerhapgL-n,
de verdure environne une spacieuse église en briques, datant, comme tout l'ensemble, du xvii* siècle.
Peu intéressante sous le rapport de Tarchitecture, elle possède quelques toiles de valeur, notamment un beau Gaspard de Crayer. Mais c'est à un curieux triptyque, portant la signature G.-L. Horenbault et la date 1596, qu'est due surtout l'attention du connaisseur.
Une inscription, contemporaine de la peinture, est destinée à nous apprendre qu'il s'agit d'un résumé de l'Église catholique et apostolique et de la communion des Saints. La disposition générale trahit le souvenir de Y Adoration de V agneau mystique, mais l'interprétation de la donnée est une frappante illustration des idées de l'époque.
Tandis que dans le ciel apparaît la Trinité, le sang jaillit des plaies du Christ et alimente une belle fontaine occupant le centre de la composition. La foule des bienheureux vient, avec des calices d'or, puiser à la précieuse vasque. A Tavant-plan deux groupes distincts : d'une part, les élus, de Tautre ceux qui courent à leur perdition attirés par des diables, déguisés en marchands. Leur boutique, bien achalandée d'ailleurs, se compose non seulement d'un ensemble varié d'objets de parure, mais aussi de livres hétérodoxes. Dans la clientèle, nombreuse et choisie, nous constatons la présence de princes portant la couronne et de prélats coiffés de la mitre.
Rares en peinture, les sujets du genre sont abondamment représentés dans 1 imagerie du temps, où le diable intervient avec la même fréquence que dans les fougueux sermons dont retentit la chaire. L'œuvre de Horenbault, la seule connue de cet artiste gantois, n'est point dénuée de mérite. Elle est à retenir.
Nous avons, au cours de notre longue promenade, tracé le tableau de la ville de Gand au point de vue monumental et artistique. Quantité de choses encore eussent mérité d'être mises en relief au point de vue pittoresque. Ce côté-là, toutefois, est affaire de recherche personnelle. Nous l'abandonnons à l'initiative du lecteur.
Qu'on veuille bien, au reste, se souvenir qu'à raison même de son titre, c'est tout d'abord aux choses de l'art que devait aller notre étude. Envisagée de la sorte, elle ne sera pas sans utilité, nous l'osons croire, à qui en voudra faire usage.
La Belgique ne compte point de ville où, autant qu'à Tournai, de lointaines origines rehaussent de leur prestige des monuments d'intérêt exceptionnel pour l'archéologue.
L'artiste, amoureux du pittoresque, y fera moins ample moisson. Plus rarement que dans les villes de Flandre, l'occasion lui sera offerte, au cours de ses promenades, de noter les groupements de constructions vétustés, opposant l'irrégulière fantaisie de leurs contours à la grave silhouette des édifices civils ou religieux et, par contraste, donnant un relief de plus à leur masse imposante.
Mais la cité nervienne, au delà de bien d'autres et plus que de raison, aussi, a travaillé avec ardeur à se rajeunir. L'aspect de ses rues et de ses places est devenu ainsi tout à fait moderne.
Dès le XVI* siècle d'ailleurs, les maisons en bois y étaient proscrites. « Quelques dessins d'amateurs sont les seuls souvenirs qui nous restent de ces constructions, lisons-nous dans l'excellent ouvrage de MM. de la Grange et Cloquet ^ Le feu en a consumé des centaines et les récents embellissements n'ont pas épargné les dernières. Quelques maisons en pierre représentent seules l'architecture privée du moyen âge. » L'œuvre des démolisseurs modernes, poursuivie avec constance, s'est accomplie sans contrainte ; elle n'a respecté ni les maisons romanes ni celles de la renaissance. C'est d'hier, en quelque sorte, que plusieurs des plus intéressantes ont disparu sans laisser un regret, à ce qu'il semble.
Et pourtant, un passé glorieux survit encore ici en des restes admirables. Nulle part ailleurs, en Belgique, la période romane ne livre à notre étude de plus impressionnantes conceptions architecturales, à notre contemplation plus vaste et plus magnifique ensemble que la cathédrale, objet du légitime orgueil des générations de Tournaisiens, de Tadmiration, non moins justifiée, des amis de l'art de partout.
A la Halle d'Ypres nous ne voj'ons à opposer, en Belgique, dans le domaine des constructions religieuses, que Notre-Dame de Tournai. Exceptionnelles toutes deux, elles constituent, sur le sol belge, la plus puissante expression du moyen âge monumental.
Mais si Tournai possède, en sa cathédrale, un élément d'attraction d'importance assez haute pour suffire à sa notoriété, la somme des autres monuments n'est pas moins, aussi, d'un puissant intérêt.
D'une école de peinture, très florissante, à ce qu'il semble, au xv"* siècle, un seul représentant, illustre entre tous, Roger van der Weyden, ou plus justement de la Pasture, nous est connu. Mais Roger, tournaisien de naissance, se forma dans sa ville natale sous un maître dont le nom seul survit, Robert Campin.
Tournai eut, surtout au moyen âge, une école de sculpteurs dignes de rivaliser avec les maîtres italiens les plus fameux du temps. Leurs productions, en grand nombre encore, forment la parure des principales églises. L'attention toute spéciale des curieux doit être dirigée vers ces restes, non pas seulement à cause de leur mérite intrinsèque, mais aussi à cause des aperçus qu'ils nous procurent sur la tendance d'une époque où l'art pictural, dans les Pays-Bas, ne faisait point encore présager ses merveilles.
I. Etudes sur l\irt à Tournai et sur les anciens artistes de cette ville.
A ces sources d'étude et d'intérêt s'en ajoutent d'autres ; le présent travail a pour objet de les signaler.
Il n'est point superflu de mettre le voyageur en garde contre ses impressions premières. Au simple aperçu, la physionomie de la ville est plutôt décourageante. L'on s'attendait à trouver un milieu évocateur de
Tesprit des temps anciens : des rues spacieuses et agréables, d'aspect moderne, et sans intérêt d'aucune sorte, s'ouvrent devant soi. Point de porte imposante ou simplement pittorevsque, point de remparts venant évoquer le rôle historique d'une cité fameuse dans les annales militaires. De larges et silencieux boulevards marquent la place naguère encore occupée par la formidable enceinte, ordonnée par Louis XIV et tracée par Vauban. N'était la vue lointaine que, bientôt, les rues partant de la gare ouvrent sur la cathédrale aux cinq tours, les choncq clotiers dans le patois local, nul ne songerait, en pénétrant en ville, qu'ici quinze siècles lui font accueil.
Comme configuration. Tournai n'a point sensiblement varié depuis le moyen âge ; son territoire s'est à peine accru. L'Escaut, transversalement, du sud-est au nord-ouest, la tranche par le milieu en parties presque égales : rive droite, sur laquelle nous débarquons ; rive gauche, ou cité proprement dite, où nous trouverons la cathédrale, le beffroi, l'hôtel de ville, le musée. Cette partie dévale en pente douce.
Aucune des portes anciennes n'a laissé de vestiges. L'antique « Pont des trous », comme au xii' siècle, marque l'extrême limite de l'agglomération vers le nord-ouest et, par ses arches gothiques, livre toujours passage aux bateaux plats qui sillonnent le fleuve. Il ne sert pas aux piétons.
Moins richement pourvue de monuments que la rive gauche, la rive droite possède néanmoins un sérieux intérêt historique et presque un caractère propre.
Il ne faudrait donc point que, cédant au naturel désir de connaître, avant tout, la cathédrale, l'étranger négligeât d'arpenter un quartier essentiellement digne de son attention, et si pas, a proprement parler, le berceau de la ville, tout au moins la résidence des rois de la première race et qu'on n'a point cessé de nommer le « bourg », dans une de ses parties. L'autre partie se désigne couramment encore comme « le château ».
Tournai, centre intellectuel vivace, a de tout temps compté et compte encore des archéologues et des érudits passionnés. Il n'en est que plus regrettable d'avoir à constater, presque à chaque pas, les ravages opérés par une véritable fièvre de transformations. Tandis que les monuments de fraîche date n'offrent qu'un intérêt secondaire, pour dire le moins, ceux dont les démolitions nous privent étaient, pour la plupart, d'une sérieuse importance sous le rapport de l'art et de l'histoire ; les documents anciens sont là qui l'attestent.
Déjà Bozière, le principal des historiens locaux, publiant, en 1864, son consciencieux ouvraye : Tournai ancien et modirnf, l'observait avec une amertume profonde : '< les beaux et anciens édifices dont Tournai s'enorgueillissait à juste titre, ont disparu. Les hommes se sont montrés à leur éjjard plus démolisseurs que le temps., , La vieille cité de
pierre afifecte de devenir neuve, coquette, plâtrée, badigeonnée comme une ville qui daterait d'hier. » Il n'y parait, hélas ! que trop.
Après avoir, au moyen âge, fait partie du comté de Flandre, pour passer ensuite sous le sceptre des rois de France, et leur rester de Philippe Auguste à F'rançois I"', si l'on en excepte la courte domination de l'Angleterre sous Henri VIII, Tournai, à dater de 1521, fut à l'Espagne.
Régi par Charles-Ouint et ses successeurs jusqu'à sa conquête par Louis XIV (1668), le Tournaisis appartint ensuite aux Provinces-Unies : puis à l'empereur Charles VI, pour redevenir français sous Louis XV, après Fontenoy (1745), faire alors partie intégrante des Pays-Bas autrichiens, sous Marie-Thérèse et Joseph II ; repasser à la France et partager ses destinées sous la République et l'Fmpire, jusqu'au moment de
rérectîon du Royaume des Pays-Bas, en 1815. Tournai monumental garde la trace de ces régimes successifs.
En bonne partie, son aspect contemporain est dû aux travaux entrepris sous Louis XIV. On peut se faire une idée de la physionomie de la ville dans les premières années du xviii* siècle par un magnifique plan en relief, faisant partie de la collection aujourd'hui conservée aux Invalides. « C'est, dit M. Eugène Soil dans l'intéressante étude consacrée à ce précieux ensemble topographique *, un document de tout premier ordre et d'une valeur inappréciable pour la connaissance de la ville telle qu'elle existait alors, et qui fournit des documents précieux sur un grand nombre de monuments disparus. »
En dehors des églises, et tout particulièrement de sa cathédrale, envisagée par les plus savants archéologues comme un prototype, le point de départ d'une véritable évolution dans le domaine de l'architecture religieuse, Tournai, outre un ensemble de constructions du haut moyen âge, conserve des monuments de la renaissance (l'ancienne halle aux draps, notamment), des immeubles du xvir et du xviil^ siècle. Elle porte très nettement, enfin, l'empreinte des influences tour à tour flamandes, brabançonnes et françaises. Mais tandis que les vues anciennes nous la montrent abondamment pourvue de maisons aux pittoresques contours, aux pignons dentelés, à peine aujourd'hui quelques-unes de ces constructions viennent-elles rompre la monotonie des conceptions architecturales, qu'on y rencontre en grand nombre, du temps de Louis XIV. A ces dernières, la ville emprunte un aspect de place forte française, encore très caractérisé.
Les maisons généralement assez basses, où la pierre, le plus souvent blanche, alterne avec la brique, où de hautes et étroites fenêtres ont pour couronnement une corniche très débordante, portée par de nombreux modillons ; dont, enfin, des ancres d'un gracieux dessin constituent l'ornement principal, tel est le type le plus fréquent de la maison tournaisienne antérieure au xix® siècle. Il abonde surtout vers le centre et sur les quais.
Plus de variété se manifeste dans les quartiers de la rive droite, loin des sentiers battus. Aussi importera-t-il de leur accorder un coup d'œil.
Au sortir de la gare, nous voyons au centre de la place Dolez, le monument élevé par souscription publique, à M. Jules Bara, homme politique considérable, bronze de M. Guillaume Charlier. Un étroit cours