I. Tournai eu l'joi
d'eau qu'on se borne à dénommer ici « In petite rivière », franchi, suivant, vers la gauche, le boulevard des Nerviens, l'on arrive bientôt au carrefour formé par la rencontre des rues de Marvis et des Croisiers. A l'angle de
cette dernière, un groupe de maisons du xvi* siècle, portant les numéros 43. 4' et 39 — elles se présentent dans cet ordre — avec étage surplombant, est d'un effet remarquiiblement pittoresque. Les types du genre sont aujourd'hui très rares partout, spécialement à Tournai.
Le couvent des Croisiers ou, pour parler plus justement, ce qu'il en subsiste, c'est-à-dire le vaisseau de l'ancienne église, se dessine un peu plus loin, à gauche. La construction, de style ogival, pour^'ue de massifs
contreforts, date du XV siècle. Le portail, du xvil' siècle, n'est pas dénué de physionomie. Il est toujours surmonté de la croix de l'ordre. L'ensemble est incorporé dans la caserne de cavalerie, élevée sous Louis XIV. Laissant à droite l'église Saint-Jean, dont la tour, couronnée d'une haute et élégante flèche à crochets — seule partie ancienne, — date du XIV" siècle, nous gagnons le plus pittoresque des points que doive nous
procurer cette promenade : l'ancienne enceinte, ou, plus exactement, les vestiges de la troisième enceinte, construite au Xlil' siècle.
L'ensemble est de nature à impressionner profondément l'artiste et le curieux. Pénétrons-nous bien du passé vers lequel nous reportent ces vestiges de si imposante grandeur. Confondant avec le roc leurs puissantes assises, de toutes parts envahis par les herbes parasites et la folleavoine, ces témoins découronnés de six siècles révolus semblent de force encore à braver bien des assauts. Que de fois ils ont répercuté l'écho des canonnades guerrières ou des salves triomphales, saluant le cortège des princes qui, successivement, firent de Tournai le siège de leur puissance!
C'est par la porte de .Marvis, maintenant disparue, que firent leur entrée Philippe le Bel et Louis XIV de France, et Charles d'Espagne. Un témoin oculaire, Calvete de Estrella, nous trace un tableau vrai-
ment prestigieux de la réception grandiose faite par la population de Tournai à Charles-Quint et à son fils.
Klle avait, la veille à peine, salué de ses acclamations Henri VIII d'Angleterre et devait le lendemain ouvrir ses portes à d'autres conquérants, mais le séjour de Charles-Quint fut l'occasion de splendeurs exceptionnelles.
Franchissant la brèche qui nous ramène vers les Croîsiers, suivant l'étroite et tortueuse rue des -Six-Filles, prolongée en rue des Moulins' nous aboutissons à la rue Saint-Rrice, l'une des plus importantes du vieux Tournai. A droite, la haute et massive tour Saint-Brice ; presque en face, le fameux groupe de maisons du XIT siècle, échantillons uniques, à Tournai ou ailleurs, d'habitations de cette époque lointaine.
L'église Saint-Brice, très ancienne, a subi, au cours des siècles, de multiples remaniements : extérieurement autant qu'intérieurement, elle est à ce point dénaturée qu'il fut question, à maintes reprises, de la démolir. Complètement dégaifée, elle ne manque pas, aujourd'hui, d'effet pittoresque.
Sa tour est coiffée d'une bizarre calotte métallique, datant de 1822. Du sommet de ce clocher, l'œil embrasse un panorama de la ville, vraiment admirable et, chose précieuse, de Tensemble de la cathédrale.
Reportée en avant de la nef, la tour offre pour intérêt unique un portail ogival surmonté d'une gracieuse figurine d'ange tenant Técu de France. On retrouvera un type similaire au Musée.
Primitivement en forme de basilique, avec chœur arrondi, Saint- Brice a été, semble-t-il, dès le xii*" siècle, doublé en profondeur. Extérieurement rien ne révèle sa lointaine origine. Une toiture sans caractère ; un chevet plat, aux fenêtres ogivales aveuglées, des bas côtés insignifiants, complètent sa peu gracieuse physionomie.
L'intérieur, sans impressionner davantage, n'est pas dénué de l'intérêt qui s'attache à la vénérable ancienneté de l'édifice. Les collatéraux, chose bizarre, d'ailleurs expliquée par les agrandissements successifs, l'emportent en largeur sur la nef même. L'extraordinaire épaisseur des piliers qu'on remarque à l'entrée du chœur, s'explique par la circonstance qu'à l'origine ils portèrent la tour romane, maintenant disparue. La voûte en en berceau a, depuis le xiv° siècle, remplacé le plafond primitif. On voit, par ces détails, à quel point l'église a été remaniée au cours des âges.
Quelques travées romanes subsistent encore dans la grande nef, non loin de l'entrée.
L'ensemble du chœur a de la noblesse et les nervures de ses voûtes, autant que les chapiteaux de ses colonnes méritent l'attention de l'archéologue.
L'autel central est décoré d'une Descente de Croix de Jacques van Oost, de Bruges ; les toiles des autels latéraux sont d'un Tournaisien, Michel Bouillon, obscur imitateur de Rubens. On désigne à tort sa Visi tation comme une copie d'après l'illustre chef d'école; c'est l'œuvre personnelle de Bouillon, lequel passe pour avoir été le maître de Philippe de Champagne.
Une lame tombale de cuivre, placée dans le chœur, est consacrée à la mémoire de Jean de Dour, de sa femme, Catherine d'IIarlebecque, et de leurs enfants. On peut la citer comme un curieux échantillon de la gravure au xv" siècle. Elle est malheureusement très restaurée. Le monument de marbre, de Jacques Martin de Polinchove, président du Parlement, (car Tournai eut son Parlement sous Louis XI V), se voit également dans le chœur. Nous le signalons comme un morceau de sculpture remarquable.
Le trésor de Saint-Brice possède de nombreux ornements sacerdotaux
presque tous de grande richesse ; aucun cependant n'est fort ancien. Une agrafe de vermeil, qu'on assure avoir fait partie du trésor de Childéric I", semble de beaucoup moins ancienne.
Ce fut dans le voisinage de l'église, en 1653, sur l'emplacement actuel de la maison n" 8 de la terrasse Saint-Brice, qu'à une profondeur de huit pieds, fut découvert le fameux ensemble d'armes et de bijoux mérovingiens, désigné sous le nom de Trésor du roi Childéric I" (f 481);
Plus de cent monnaies d'or des empereurs de Byzance, plusieurs centaines d'abeilles du même métal, des pièces d'argent, presque toutes du Ilaut-Kmpire, des armes, des fibules, des boucles y étaient confondues avec des ossements humains.
Un anneau d'or portait un buste d'homme chevelu tenant une lance et les mots Chihlerici Régis.
Ces très précieux objets, fréquemment décrits, après avoir, au moment de leur découverte, appartenu à Léopold-GuilJaume d'-Vutriche. alors gouverneur général des Pays-Bas, devinrent la propriété de l'empereur Léopold. Celui-ci, en 1664, les offrit à Louis XIV. Déposés plus tard à la Bibliothèque royale, ils furent en majeure partie dérobés en 1831.
gb TOURNAI
Les voleurs, poursuivis, se débarrassèrent de leur butin en le jetant dans la Seine ; on en récupéra plus tard quelques pièces actuellement conservées au cabinet de numismatique de la Bibliothèque nationale.
Les maisons romanes, n ' 8 et lo, de la rue Barre- Saint-Iîrice, attestent à suffisance l'antiquité du milieu que nous parcourons. L'une et l'au-
tre à trois étages très espacés, séparés par des cordons de pierre, elles ont des fenêtres carrées, que parta)re. une élégante colonnette médiane. Seules, les portes sont en plein cintre.
L'appareil en moellons et la ligne générale font immédiatement songer à la maison de l'Ktape, à (iand. L'analogie est frappante. En dehors de la façade, les deux maisons sont totalement modernisées.
La maison n" \><, à l'angle de la rue des Bouchers-.'^aint-Brice, cons-
titue un type élégant du XVIT siècle, aux fenêtres larges' et bien comprises, sous un élégant pignon.
Tandis que cette façade, datée de 1660, semble plus ancienne, une
autre, formant le coin de la terrasse, et portant le millésime 1559, offre plutôt les caractères du xvir siècle.
A signaler, encore, comme des plus intéressantes, la maisonnette, en briques et en bois, n" 5, à l'angle des rues Barre-Saint-Brice et des Campeaux. A Tournai, de semblables échantillons sont peu communs et dignes d être notés.
Le bourg Saint-Brice, indépendamment des antiquités mérovingiennes exhumées sur son sol, a prouvé, par quantité d'autres trouvailles, la très haute antiquité de son origine.
l'..rl,nl J,.- rAtliviiOi.-. ;nKi>.-.,„c di.ipcllf Jii Nuïi^i.il a..■^ J^-iiJlc
C'est ainsi qu'à proximité de l'endroit où nous sommes, à l'angle des rues de Monnel et Childéric, l'on a, en it***;, mis au jour un vaste cimetière gallo-romain. La lécolte en poteries et autres meubles a grandement concouru à enrichir les collections du musée.
Derrière Saînt-Brice s'ouvre la rue du Ouesnoy, Ici, précédée d'une grille, elle-même ancienne et remarquable, se voit la chapelle de l'ancien noviciat des Jésuites, dépendance actuelle de l'Athénée royal. On lui donne pour auteur un Frère de la Compagnie ; le portail est un des
M:ii^oo qiui T^iillepicrrc, n~ i.
types les plus gracieux de la Renaissance aux Pays- lias. On peut le dater des premières années du xvu" siècle,
La porte, en cintre surbaissé, est pourvue d"un entablement porté par quatre colonnes surhaussées, d'ordre ionique, cannelées et rudentées ; la frise est décorée d'élégantes sculptures.
Le bourg Saint-Brice, indépendamment des antiquités mérovingiennes exhumées sur son sol, a prouvé, par quantité d'autres trouvailles, la très haute antiquité de son origine.
Pnrl.Ml Je rAllitiii't. :nuicniic cli;ipcllc Jii ^u^iciil^ Je- Jt-uitcs.
C'est ainsi qu'à proximité de l'endroit où nous sommes, à l'angle des ruesde Monnel et Childéric, l'on a, en liSK;, mis au jour un vaste cimetière gallo-romain. I,a lécolte en poteries et autres meubles a grandement concouru à enrichir les collections du musée.
Derrière Saint-Brîce s'ouvre la rue du Quesnoy. Ici, précédée d'une grille, elle-même ancienne et remarquable, se voit la chapelle de l'ancien noviciat des Jésuites, dépendance actuelle de l'Athénée royal. On lui donne pour auteur un Frère de la Compagnie ; le portail est un des
M.ii-i>0 4M,ii T.iLllcpicrrc. n" I.
types les plus gracieux de la Renaissance aux Pays-lias. On peut ledater des premières années du xvii' siècle,
La porte, en cintre .surbaissé, est pourvue d'un entablement porté par quatre colonnes surhaussées, d'ordre ionique, cannelées et rudentées ; la frise est décorée d'élégantes sculptures.
Vient ensuite une niche en berceau, agrémentée de gaines et décorée d'enroulements. Au-dessus, une armoirie, très fruste, sommée d'une couronne tenue par deux figures d'anges d'un excellent style. Une statue de la Vierge qui, précédemment, occupait la niche, se conserve au Musée. L'ensemble mériterait d'être vulgarisé par le moulage.
Avec d'autres constructions religieuses du XVII^ siècle, en Belgique, la chapelle est encore de style ogival. On en a fait le gymnase de TAthénée. Un élégant et svelte campanile la couronne.
Les cours de l'ancien noviciat, entourées de galeries à colonnes doriques, ne manquent pas de physionomie.
Jusqu'au xvir siècle le Bourg conserva sa juridiction propre ; on en signale encore le siège, à l'angle de la large rue de Pont, vers le quai. Cette construction, élevée au xiv® siècle, forme aujourd'hui plusieurs habitations distinctes.
L'Escaut, dans la traverse de Tournai, ressemble au plus placide des canaux de la Hollande ; c'est particulièrement le cas pour le quai Vifquin, auquel ses beaux arbres donnent un aspect riant et pittoresque.
Les ponts, au tablier de bois, à la rampe de fer, sont d'une banalité deux fois désespérante pour qui se souvient de leurs devanciers de pierre, aujourd'hui disparus. Les maisons bordant le fleuve, sont, pour la plupart, d'un type français très accusé, chose naturelle, plusieurs des quais datant du règne de Louis XIV.
Pourtant, sur la rive gauche, le « Pont à pont » ;Pont aux Pommes), franchi, quelques façades anciennes se signalent par leur physionomie pittoresque.
Quai Taillepierres, n" i, par exemple, nous trouvons un type élégant, à trois étages, les deux supérieurs à fenôtre unique, combinaison heureuse et rarement rencontrée. La construction semble dater de la fin du xvr siècle '.
Quai des Poissonceaux, n" 26, on observera une autre jolie façade du xvr siècle, en pierres et briques, aux ancrages élégants.
Nous longeons le Marché au Poisson, lorsque, soudain, par la percée de la rue de la Lanterne, apparaît, écrasant en sa masse, l'ensemble des tours et du transept nord de la Cathédrale ! Ce coup d'œil inattendu produit une profonde impression.
La rue de l'Hôpital-Notre-Dame, où le tympan de la porte de l'Académie (l'ancien hôpital), garde un gracieux bas-relief de la Vierge, par
I. M. Eui^. Soil d<^ Moriiiiné: L habitat ion tournaisicnne^ Ju XI^ au XVIIP sicc/e. tlnniif cctt».' façade dans son état primitif. Elle scml)!*: dater du xv*^ siècle.
N. Le Creux (1733-1799), va nous conduire, en droite ligne, vers la plai
des Acacias. Ici, toute la largeur du fond, est occupée par l'imposante masse de la cathédrale : le chœur, le transept et, devant nous, les nom-
breux degrés donnant accès à la fameuse «. porte mantille ». Ensemble d'effet prestigieux.
En dehors de la place de l'Evèché, d'où l'œil embrasse la façade principale, et de l'endroit où nous voici parvenus, la cathédrale de toutes parts enserrée dans les constructions parasites, ne se dévoile que par parties. Une chaude propagande se fait pour arriver au dégagement total. L'entreprise exigera de vastes expropriations, et sa réalisation est entourée de
U .ju.i Vifquin.
difficultés sérieuses, du moins s'il s'agit de résoudre le problème d'un isolement radical du colosse de pierre.
La cathédrale de Tournai, le plus ancien et te plus vaste des édifices du culte en Belgique, est aussi le type le plus complet d'architecture romane. On la range, à juste titre, parmi les plus beaux monuments sacrés de l'Europe.
Son prodigieux développement — 134 mètres de long sur 6û de large — n'est pas seul à lui imprimer un rare caractère de majesté. L'harmonie des proportions, la noblesse des lignes y concourent pour une part considérable, aussi, évoquant le souvenir des admirables cathédrales de Norwich. de Gloucester, d'Ely en Angleterre ; de Laon et de Soissons en France.
L'édifice n'a pas été construit d'un jet. Alors que le plein-cintre règne sans partage dans le vaisseau et les transepts, respectivement du xl' et du XII' siècle, le chœur, commencé en 1242 et achevé en 1325, est un échantillon remarquable de style ogival primaire. Elevé sous l'épiscopat de Walter de Marvis, il remplacerait, au gré des archéologues, un chœur roman détruit, chose infiniment probable.
Le chœur, non moins étendu que la nef, la dépasse en hauteur de quinze mètres.
La CjtliiJr,ac. d'jpK-s U iiuqucUc di; M, C. V,i-c,i,. (Myi-co Ji- 1 uuriui.)
Il n'y a point exagérati<yi à dire que cette différence concourt à la majesté du sanctuaire, comme elle ajoute à la splendeur décorative de l'ensemble de la basilique. Extérieurement, elle est faite pour déconcerter.
Ce qui donne à Notre-Dame une physionomie à part et caractéristique, est le faisceau de ses tours, au nombre de cinq, à la croisée du chœur et delà nef. Qu'on s'imagine, en un rêve fantastique, la rencontre de deux cathédrales, les splendides transepts formant la liaison; ce sera l'effet produit, à distance, par ce prodigieux ensemble.
Nous ne sachions point qu'ailleurs se présente une disposition similaire. Elle existait à Laon ; Limburg. sur la Lahn, Bamberg s'en rapprocheraient le plus. Mais, dans ces dernières basiliques, les tours se trouvent différemment placées.
On ne peut que conjecturer comment prit naissance, à Tournai, cette disposition particulière. Elle donne, incontestablement, une haute idée de
l'étendue des ressources et de la grandeur de vues de ses inspirateurs.
Que les tours, comme elles nous apparaisssent, soient indifféremment
d'une seule époque, on ne peut le croire. Celle du milieu, rectangulaire
comme les autres, mais plus massive et de deux étages moins haute, rachète la différence par le bel élancement de sa flèche. Celle-ci, à huit pans, est cantonnée de clochetons.
Les tours d'angle, hautes de 83 mètres, et identiques, au premier aspect, varient néanmois d'une manière considérable sous le rapport du détail. Indistinctement à quatre étages, elles ne sont pareilles ni par le type ni par la disposition des arcatures. Tandis que les deux tours les plus
S du chœur sont : celle de droite, entièrement romane, el celle qui lui fait face, de la transition, les deux autres accusent des périodes plus avancées ; l'une est même franchement gothique.
Les flèches, pyramidales, ont été refaites au XVI° siècle. Qu'elles eurent, à l'origine, la forme que nous leur voyons, c'est douteux, à s'en
Sculplurcs du portique J'cmréc Je la cathédrale.
tenir au couronnement des tours de même époque existant en Allemagne, par exemple.
Vue en façade, soit de la place de l'Évêché, la cathédrale est d'effet beaucoup moins favorable. Elle choque même par la discordance de ses parties, discordance encore accentuée par l'immense rose rayonnante dont on jugea devoir, en 1851, décorer la façade, en remplacement, il est vrai, d'une succession de baies, d'effet plus désastreux encore, ménagées dans le pignon.
La série d'arcatures gothiques, de largeur inégale, de l'avant-porte abritant l'entrée, et au-dessus desquelles règne une tribune, date du xvi* siècle ; l'effet n'en est nullement heureux. Au-dessus de la rampe de pierre on peut voir, formant l'étage de ce corps d'architecture, le sommet des baies romanes de la façade primitive.
io6 TOURNAI
Comme contraste, et vraiment grandiose, apparaît le passage voûté, « fausse porte » dans le langage tournaisien, dont l'étage, à trois baies, aux élégantes colonnettes, raccorde la cathédrale à Tévèché et lui sert de chapelle.
Sous Tavant-porche se superposent des bas-reliefs, aussi des hautsreliefs d'époques diverses, sorte de résumé de l'histoire de la sculpture tournaisienne, durant plus de six siècles. Ces œuvres méritent l'attention la plus spéciale de l'archéologue et de l'artiste.
Dans un remarquable travail portant pour titre : Sur une ancienne école de sculpture à Tournai, publié par le Knnstblatt de Stuttgart, en 1848, Waagen fit, le premier, ressortir la haute signification de la sculpture tournaisienne au Xiv" siècle et n'hésita point à lui attribuer une part très grande d'influence dans la direction que devait prendre, au siècle suivant, la peinture flamande, sous les frères van Eyck.
Nulle part ailleurs en Belgique — la chose n'est guère contestable — la sculpture n'a brillé d'un plus vif éclat qu'à Tournai, et cela, à une époque où la peinture flamande était encore dans les limbes. Waagen allait jusqu'à signaler un bas-relief du xiv* siècle, aujourd'hui à la cathédrale, comme l'emportant en mérite sur les créations d'x\ndréa Pisano !
Plusieurs des sculptures décorant le portail de la cathédrale justifient cette appréciation chaleureuse, tant par l'ampleur du style que par la remarquable interprétation de la nature.
D'époques diverses, nous l'avons dit, elles se divisent en trois zones. L'inférieure, du xiii^ siècle, est surtout remarquable. Elle se compose des figures d'Adam et Eve, et d'une suite de figures de prophètes et de docteurs de l'Kglise, de moindre relief, taillées en pierre bleue et surmontées d'une arcature ogivale. Au nombre de dix, de part et d'autre, ces figures appartiennent aux plus belles productions du moyen âge en Belgique. Plusieurs ont gravement soufi^ert. Moins toutefois que les hautsreliefs qui les surmontent et qui, taillés en pierre blanche, sont d'un artiste encore indéterminé, du xvr siècle. On peut saluer en lui un des maîtres de son art.
La procession qu'on voit se dérouler à gauche, en onze panneaux, traduit, d'une manière très sensible, l'influence italienne. Les panneaux de la même ligne, vers la droite, retracent des épisodes de l'histoire du roi Chilpéric, dans ses rapports avec. Tournai; c'est du moins l'avis des historiens locaux.
La rangée supérieure enfin, statues d'apôtres dans des niches en forme
de conque; l'image de la Madone; celle des patrons de Tournai, saint Piat et saint Eleuthère, sont de valeur beaucoup moindre.
Pour se bien rendre compte de la grandeur de ligne et des belles proportions de Notre-Dame, c'est par la porte centrale qu'il faut pénétrer. On est ici de plain-pied avec le niveau de la place, alors qu'il y faut gravir de nombreux degrés pour atteindre le portail nord, qu'au
io8 TOURNAI
contraire il en faut descendre plusieurs en pénétrant par le portail sud.
Et ceci n*a rien que de fort naturel, la basilique étant assise sur le versant d'une colline.
L'impression, une fois le seuil franchi, est profonde, inoubliable. Le vaisseau, vaste au point que, d'après les calculs d'un auteur tournaisien, il pourrait abriter les deux tiers de la population, est du plus saisissant effet. La nef, haute de 33 mètres, et où se superposent quatre rangs d'arcades en plein cintre, aux arêtes vives, aux archivoltes en retrait, se caractérise par une noble simplicité. Une voûte en berceau, par malheur substituée, en 1 771, au plafond primitif, a gravement dénaturé la conception. Mieux vaudrait aussi l'appareil visible que l'affreux enduit d'un blanc jaunâtre qui, à partir de la naissance des arceaux, recouvre les parois. Le coup d'oeil d'ensemble est néanmoins d'impressionnante majesté.
Les piliers massifs, à base romane, cantonnés de colonnes aux chapiteaux d'une abondante fantaisie, et complétés par des colonne ttes prismatiques, contribuent puissamment à la splendeur d'effet de cette succession de neuf travées formant, en quelque sorte, l'avenue du chœur majestueux baigné de lumière, dont les voûtes semblent se perdre dans rinfini.
L'église est en forme de croix latine, les arceaux de ses bas côtés faisant retour vers le transept. Ici, comme dans la nef centrale, la seconde rangée, haute et large autant que celle du bas, s'ouvre sur de spacieuses galeries. C'est d'un puissant effet.
Plus haut, règne un triforium à double archivolte concentrique, et, couronnant le tout, une clerestory, en plein cintre, également.
Les bas côtés et les galeries reçoivent la lumière par deux rangs de fenêtres.
Non plus que la nef centrale ou les galeries, les collatéraux ne sont pourvus de leur plafond primitif, remplacé par une voûte d'arête dont les arcs doubleaux s'appuient, d'une part aux piliers de la nef, de l'autre à une rangée de piliers, desquels l'on a, mutilation déplorable, fait disparaître la primitive colonne engagée. Particularité dont n'est pas sans s'apercevoir le visiteur, le bas côté droit est à la fois plus large et plus haut que l'autre. On explique cette asymétrie par la circonstance que la nef de droite aurait été, à Torigine, la place réservée aux hommes.
A la rencontre de la nef et du transept, un faisceau massif de colonnes constitue un superbe élément d'effet. Citons, enfin, pour mémoire, une rangée de figures d'apôtres, adossée aux piliers de la nef. Ces sculptures, du xvir siècle, sont d'intérêt secondaire.
Le coup d'œil de la grande nef, dans la direction des orgues, impressionne moins favorablement. Outre que limmense rose, aux vives couleurs
dépouille l'église de son mystère, la combinaison, ingénieuse peut-être, mais peu élégante, consistant à faire suivre au buffet d'orgue la courbe du vitrail ; le jubé lui-même, enfin, sont des hors-d'(i,'Uvre d'un goût discutable.
Le transept, en revanche, provoque l'admiration sans réserve. C'est à ■ bon droit que la plupart des artistes, dans leurs vues intérieures de la
cathédrale, lui donnent la préférence. Long de soixante-six mètres, il se termine en hémicycle et, pour être un peu moins ancien que la nef, en suit néanmoins partout le principe architectural.
Sept arcs en plein cintre, supportés par de hautes colonnes monocy-
TOURNAI m
lindriques, supportent une galerie aux colonnes trapues, ' surmontée d'un triforium dont les piliers, encadrés de colonnettes, donnent naissance à une série de nervures rayonnantes dans l'intervalle desquelles
Vue Je la gciiiidc nef lers l'entrée principale.
s'ouvre un rang de fenêtres en plein cintre, Un arc immense encadre ce splendide motif, du plus saisissant effet. On le retrouve, très analogue, à la cathédrale de Soissons. Déjà se révèlent les signes précur; style ogival.
Large tfe 14. mètres et haut de 35 mètres, le trassept, à son intersection avec la nef, apour point culminant la lanterne, correspondant au
clocher central et dont la voûte d'arête repose sur des faisceaux de colonnes parties du sol. Chose à noter, la hauteur de cette lan terne est de
qntiruntf-hiiit mètres.
Terminant en quelque sorte le chœur, s'élève le fameux portique ou
jubé, œuvre de Corneille Floris, d'Anvers, une des maîtresses créations de la renaissance aux Pays-Bas. Il date de 1572. Les colonnes doriques, de marbre rouge, y alternent avec le marbre noir des contours architecturaux, avec le marbre blanc des médaillons aux sujets empruntés à l'Ancien etau Nouveau Testament. Ces sculptures symbolisent la rédemption du genre humain. Complétant le tout, d'élégants culs-de-lampe supportent les statues de la Vierge, de saint Kleuthère et de saint Piat.
La Calhédrale. JuK- de Comcilk- Hluri».
Plus simple, la face vers le chœur n'est pas dénuée d'élégance. Nous n'en disons pas autant de la partie inférieure vers la nef, décorée de vasesde marbre blanc et de statues de plâtre. Il semble douteux que le plan primitif comportât ces adjonctions et plus douteux encore que l'architecte les conçut, au risque de masquer le chœur.
Quant à l'immense iigure de saint Michel, par Lecreux, couronnant l'ensemble, c'est un morceau de sculpture distingué du xvill" siècle, dont malheureusement le style et les proportions concourent peu à l'harmonie de l'ensemble de Floris.
Latéralement au jubé, sur les murs du transept, on a mis à nu, il y a peu d'années, de remarquables peintures murales illustrant la légende de sainte Marguerite. Elles semblent dater du xiT siècle et sont dans un état assez satisfaisant de conservation. D'ordinaire elles sont couvertes.
Dans les fenêtres de la rangée inférieure du transept, l'on a inséré des vitraux, d'abord placés dans le chœur, où les remplacent aujourd'hui des verrières modernes, d'un style mieux adapté à l'ensemble de l'église, sans doute, mais d'une moindre valeur artistique.
L'attribution à Thierry Bouts, de Louvain, ou à Luc Ariaens, d'Anvers, de ces précieux échantillons de la peinture sur verre, est pure hypothèse contredite par le st3'^le même des vitraux, très caractéristique du xvr siècle.
Les sujets tirés de l'histoire locale, sont rendus avec animation et particulièrement dignes d'examen pour l'étude du costume et des mœurs du temps. Sept fenêtres, de part et d'autre, sont ainsi décorées en deux zones.
Le chœur, par ses nobles proportions et la pureté de ses lignes mérite d'être signalé comme un des beaux types du st\'le ogival primaire. Il remplaça, on le suppose, du moins, un chœur primitif, saccagé par les Normands, au IX*' siècle.
La voûte, où s'épanouissent, en d'admirables nervures, les faisceaux de vingt colonnes d'extraordinaire élancement, est d'un effet exquis. La ligne sinueuse du déambulatoire concourt au charme de cet ensemble. Un élégant triforium, surmonté d'une très haute clerestory imprime au tout un remarquable caractère de majesté.
Le maître-autel, riche et gracieux, ne date que du XVIII* siècle ; il ne s'adapte pas trop mal à l'austérité des ambiances où le hasard l'a transporté. Œuvre de l'orfèvre tournaisien (îaspard Lefebvre, il fut créé pour Tabbaye de Saint-^Martin. Les médaillons d'argent repoussé, les hauts candélabres qui le décorent, les figures d'anges à la robe flottante qui l'accompagnent sont dignes d'admiration. L'autel a, en outre, le mérite, étant de proportions modestes, de ne point intercepter la vue du déambulatoire.
Aux côtés de l'autel sont déposées des châsses monumentales d'extrême richesse ; elles sont, l'une et l'autre, du xiir siècle.
La châsse de Xotre-Dame, placée à droite, est datée de 1205; elle porte, en outre, la signature de Nicolas de Verdun, bourgeois de Tournai en 1207, et l'auteur du fameux retable émaillé de Klosterneuburg, sur le Danube. Cette châsse, en vermeil, représente, en haut-relief, sous des arcs
trilobés, les sujets principaux de la vie du Christ, dont l'image, à l'une des extrémités, fait pendant h V Adoration des rois. L'émail concourt,
avec la ciselure, à faire du cet ensemble un objet de très haute valeur artistique. Xicolas de A'erdun, au f;ré de quelques archéologues, serait le plus ancien graveur au l>unn. L'affirmation maniiue absolument de base.
Moins ancienne (i:;47^, la châsse de saint Eleuthère, en revanche, est
ii6 TOURNAI
plus fameuse entre les productions de l'orfèvrerie du moyen âge. Elle est en forme de sarcophage et pourvue d'une crête ajourée, de laquelle se détachent trois pommes richement émaillées. Complètement en argent doré, la châsse de saint Eleuthère garde la trace de diverses restaurations.
Aux faces latérales, sous des arcatures aux colonnettes élégantes, se succèdent des figures d'apôtres, tandis qu'aux tympans et aux angles apparaissent des demi-figures d'anges, d'un travail délicat. Sur les versants, d'autres figures d'apôtres, la Vierge et l'PIglise, toutes en pied et d'un style absolument grandiose.
Aux extrémités se présentent les figures assises du Christ et de saint Eleuthère, en ronde bosse, comme les précédentes. La perfection du travail, la richesse des pierreries et des camées, la beauté des émaux et des filigranes nous donnent ici un ensemble d'exceptionnelle valeur. Le créateur de cet admirable travail n'est pas connu.
Exposés très haut, et difficiles à bien voir, les précieux reliquaires ne se déplacent que dans les circonstances les plus solennelles. La châsse de Notre-Dame, en grande vénération chez les Flamands, fit plusieurs fois le voyage de laPUandre, en des temps calamiteux. Pareils exemples ne sont point rares dans les annales ecclésiastiques.
La décoration et le mobilier du chœur offrent peu d'intérêt, si l'on en excepte un lutrin en fer, tendu de cuir, datant du xv" siècle, et des chandeliers de cuivre, dont quelques-uns, au reste, sont des reproductions.
De pitoyables grisailles des Sacrements du Poussin déparent ce grandiose ensemble architectural.
C'est de la cathédrale de Tournai que procède le triptyque des Sept SacremcfitSj de Roger vander Weyden, aujourd'hui un des joyaux du Musée d'Anvers.
Aucune des œuvres picturales réléguées dans le pourtour du chœur n'est digne de lui être comparée.
Le Christ montré au peuple^ figures à mi-corps et de grandeur naturelle, production attribuée à Quentin Metsys, où se remarquent des types animés, mais vulgaires, est plutôt de l'école du maître anversois. Le coloris en est, du reste, éclatant et harmonieux. Le musée de Madrid possède du même peintre une couple de volets attribués à Metsys, également à tort. Michel Coxcie a été proposé comme auteur de cette production.
Une petite Résurrection de La:iarc, porte la signature de François Pourbus et la date de 1573. Les productions de ce maître ne sont pas communes. Gendre de Corneille Floris, l'auteur du jubé, Pourbus fut, on
ivJrjlo : Li a,:\>~c
ii8 TOURNAI
peut Tadmettre, tout naturellement amené, par ce rapport, à participer à la décoration de la cathédrale.
Un excellent portrait de religieuse, par van Oost; une Nativité^ par Martin de Vos, et, très spécialement, un ensemble de la Vie de la Vierge, attribué à Lancelot Blondeel, méritent de fixer l'attention du curieux.
La Madone, assise sur une haute tribune, tient l'enfant Jésus. Dans le bas se déroulent les principaux épisodes de la vie de la Vierge : l'Annonciation, la Visitation, etc., le tout encadré d'une ornementation abondante, du meilleur style, exempte des dorures rencontrées presque invariablement dans l'œuvre de Blondeel. Une étude récente de cette création, fort remarquable, nous conduit à l'attribuer à Pierre Coeek, le peintre-architecte qui fut au service de Charles-Quint.
Poursuivant notre visite de la cathédrale, nous trouvons, à droite cette fois, un petit tableau d'après van Dyck, le Christ expirant sur la croix, où les anges recueillent dans des calices le sang du Sauveur. De cette composition, gravée par HoUar, nous ne connaissons point l'original et ne songeons pas à l'identifier avec la présente peinture*.
Au chevet du chœur s'élève un haut monument de marbre, érigé à la mémoire des évèques de Tournai. L'effigie couchée est celle de Maximilien Vilain, de Gand. On attribue les figures d'anges à Jérôme Duquesnoy. L'ensemble architectural est du commencement du xix® siècle, tandis que les sculptures qui le décorent sont plus anciennes.
Il n'y a aucun compte à tenir de l'attribution à Lucas de Leyde de deux volets d'un style fort médiocre, la Visitation et V Adoration des Mages, Lucas de Leyde a le privilège de devenir partout le refuge des critiques en peine d'attribution.
La date de 1833, au bas d'un tableau de Gallait, la Gttérison de r Aveugle^ semble d'abord contredite par le caractère de la peinture, (lallait avait à peine vingt-trois ans, au moment où il créait cette page repeinte par lui au cours des dernières années de sa carrière. De là le peu d'accord avec les œuvres de ses débuts.
Dans le bras méridional du transept, décorant un autel, on observe un vaste retable de la Généalogie de la Vierge, daté de 1623 et portant le nom d'un peintre connu par cette seule production : M. van Nègre.
I. Chose à noter en passant, la fille de van Dyck, alors lady Stepney, durant un s. 'jour qu'elle fit à Anvers en 1660, avec son époux, peignit un tableau de ce môme sujet pour sa tante Suzanne, laquelle résidait au Bésjuinaj^e. Conf. V^anden Branden, Geschiedénis der Antwerpsche SihihierscJiooî (Hist. de l'École d'Anvers], p. 'jj\.\.
Bien que nécessairement d'origine flamande, cette vaste page trahît des influences italiennes. Descamps la cite avec éloge dans son Vaytig^" pittoresque. Elle n'est pas sans mérite. Les volets, précédemment placés
La Cnthcarale. Piurie G«ck Cf, : U vie Je la Vierge. peinUice atlriKuéc ;■ Laneclol Blondeel,
dans le pourtour du chœur, sont aujourd'hui rattachés au panneau central. Ils représentent la Naissance de saint Jean-Baptiste, la Vierge présentée ail temple, le Mariage de la Vierge, enfin le Grand-t>rêtre Zacharie .
Les grandes statues, à l'entrée du chœur, .sont d'un sculpteur anversois, Michel Vervoort (1667-1737}.
La chapelle Saint-Louis, de style ogival, construite en hors-d'œuvre, à la droite de la nef, non loin du transept, intéresse surtout par les peintures qui la décorent.
Un Rubens, le Purgatoire, vaste toile conçue pour décorer le grand autel de la cathédrale, est barbarement défiguré par les repeints. Le Crucifiement, par Jordaens, placé sur l'autel, ne saurait compter parmi les pages saillantes de son auteur, lequel, plusieurs fois, traita ce sujet. On en voit d'autres versions dans la cathédrale de Bordeaux et au musée de Rennes, sans parler de l'église Saint-Paul, à Anvers.
Lambert Lombard doit être tenu pour tout à fait innocent d'une peinture que lui attribuent les guides : Un roi de France recevant V étendard pontifical, Quelques personnages, empruntés à Goltzius, sont introduits dans cette œuvre d'absolue médiocrité.
Chose bizarre, la cathédrale n'étant pas une paroisse, on n'y célèbre point d'offices, et c'est une de ses annexes, où l'on accède par le collatéral nord, qui porte le nom de paroisse Notre-Dame. Cette dernière, fondée au XV!*" siècle, par Henri VIII d'Angleterre, pendant son bref passage à Tournai, n'offre rien de saillant sous le rapport de l'architecture, du mobilier ou de la décoration picturale.
Nous ne pouvons négliger de signaler expressément à l'attention de l'archéologue, le riche ensemble des sculptures votives, appliquées aux murs des chapelles du chœur ou groupées dans une des dépendances de la salle capitulaire.
Pour la plupart très mutilées, ces créations appartiennent à des époques diverses. Les plus anciennes remontent au xiv° siècle ; les plus récentes au xvii'* siècle. Le tout illustre d'une manière remarquable l'histoire, si intéressante, de la sculpture tournaisienne.
Les bas-reliefs exposés dans le couloir de la sacristie procèdent, pour la plupart, de l'ancien couvent des Récollets. Waagen, dans le travail déjà cité, les commente avec enthousiasme. Entre tous il cite le monument de la famille de Colard de Seclin, daté de 1341. On y voit, encadré d'une ornementation de style ogival, la Vierge allaitant l'enfant Jésus. Colard de Seclin, vêtu de la robe doctorale, est agenouillé à gauche, près de sa femme ; son fils, sergent d'armes du roi de France, lui fait face. La tète de la Vierge a disparu ; celle de l'enfant Jésus et ses mains accusent un artiste de haute valeur. « L'art avec lequel les plis sont ajustés, dit AVaagen, est digne d'admiration. Pas la moindre trace de cette disposition conventionnelle des plis, avec leurs côtes maigres et saillantes, que l'art gothique avait inaugurée et qui se montre générale-
ment dans la sculpture de la même époque; ici,. au contraire, c'est une étude de la nature aussi exacte que pleine de goût. »
Les personnages agenouillés sont également dignes d'admiration ; ils font, comme le dit Waagen, l'effet de portraits réels, appartenant à l'époque d'un art arrivé à son épanouissement complet. On a cru pouvoir attribuer ce beau travail à Guillaume du Gardin, sculpteur fameux. Le duc de Brabant, Jean III, l'avait chargé, en 1341, précisément, d'exécuter pour l'église des Franciscains, à Louvain, un monument à la mémoire de son oncle Henri, de ses fils et petits-fils, Jean et Henri de Louvain. Waagen, dans son admiration, allait jusqu'à donner comme des plus probables l'influence de l'école de sculpture tournaisienne sur Roger van der Weyden, natif de Tournai, chose ignorée au moment ott écrivait le savant critique.
Notons, à ce propos, que le bas-relief en question fut originairement revêtu d'une polychromie à l'huile.
Dans la chapelle de Saint-Eleuthère, au pourtour du chœur, se trouve placé un monument de la famille Coitrel, daté ^^ CnhéJrjic : u monumocu dci
' Oïtque^. Clichd Je M. K.-J. Sùil pour
de 1580, production que "Waagen désigne n I.a CntlléJrale Je Tournai ».
également. Le Christ y est représenté
trônant dans sa gloire, c'est-à-dire le globe sous ses pieds Jean Cottrel et ses trois fils sont agenouillés à gauche, s(»us la protection de leurs saints patrons, les deux saints Jean, saint Jacques et saint Pierre. L'épouse, les trois filles du personnage et leurs patronnes sont figurées à droite. On a fait un rapprochement entre ces figures de saints et les ermites du célèbre retable de van Eyck, à (iand. Le style du présent bas-relief le cède toutefois à celui du monument de Colard de Seclin.
Très remarquable est la petite épitaphe, datée de 1438, de Jehan du Bois et de sa femme Catherine Bernard. La Vierge, tenant l'enfant Jésus, y est assise sur le trône, devant une draperie tendue par deux anges. Jehan du Bois, sa femme et sa fille, ayant près d'eux leurs saints protecteurs, sont agenouillés devant la Madone. C'est un morceau de sculpture d'exécution supérieure.
Outre les châsses aux reliques, exposées dans le chœur, la cathédrale possède, dans son trésor, un nombre infini d'objets précieux. On les montre dans une pièce de forme ovale, éclairée par le haut. Ici se trouve exhibée une tenture du plus sérieux intérêt, tissée à Arras, en 1402, par Pierot Feré, comme il résulte d'un document authentique. En une succession de tableaux animés, se déroule la légende des deux apôtres du ïournaisis, saint Piat et saint Eleuthère.
Source précieuse pour l'étude de l'histoire de Tart en Flandre, au début du XV'' siècle, cette tenture peut se ranger à la suite des peintures deMelchiorBroederlam, à Dijon. Par malheur, elle a, au cours des siècles, subi de cruels outrages. Même on peut s'étonner qu'elle soit venue jusqu'à nous. Non seulement on l'utilisa comme tapis de pieds, mais on s'en servit pour boucher les trous d'une toiture !
D'intérêt moindre sont les tapisseries de l'Histoire de Joseph. Cellesci datent de 1554 et, comme les précédentes, ont des bordures rapportées.
Parmi les objets principaux appartenant au trésor, figure en première ligne un diptyque en ivoire, dont les plaques ont été adaptées comme reliure à un manuscrit liturgique de peu de valeur. Sur l'une des faces est représenté le Christ sur le trône, environné d'anges et des attributs des évangélistes ; puis, le Sauveur crucifié, avec la Vierge et saint Jean, au pied de la croix. Dans un médaillon central, soutenu par deux anges, l'agneau mystique. L'autre feuillet, jugé d'antiquité moindre, par certains archéologues, représente saint Nicaise entre deux diacres.
Du xiir siècle, date une croix-reliquaire, à double traverse, d'un travail délicat, rehaussée de rubis et d'émeraudes, et décorée, au revers, de très précieuses niellures en argent.
On verra, avec un intérêt considérable, deux coffrets retirés de la châsse de saint Eleuthère. L'un est recouvert d'un tissu de soie d'un magnifique dessin, parfaitement conservé.
La torche, dite des « Damoiseaux », confrérie tournaisienne, date du xiv** siècle. C'est une gaine d'argent, destinée à contenir un cierge bénit. A l'extérieur, et en relief, sont fixés les écus d'armes de la plupart des membres de la noble association. Quelques-uns de ces écus ont gardé leur émail.
Au point de vue artistique, lâchasse et l'insigne des Damoiseaux, tous deux du XVI* siècle, offrent un intérêt moindre.
Un psautier du XIV' siècle, à miniatures délicates, et deux crucifix d'ivoire, naturellement attribués à J. Duquesnoy, auteur responsable de toutes les pièces analogues, sont exposés dans la sacristie.
Les vêtements sacerdotaux, bien que tous de grande richesse, ne se signalent point par une extraordinaire valeur dart. D'importance exceptionnelle est nécessairement la chasuble de saint Thomas de Cantorbéry,
La CiilKjrjlc ; Monuiiii-.ils â b niLinuirc de Juhau du |]..i.. et Je Cuthoni.e llu.i.,itJ.
en soie de couleur violette, sans autre décor qu'un bel orfroî, où se présente le motif connu comme l'arbre paradisiaque. Ce précieux objet du culte est déposé aujourd'hui à l'évèché. Il provient de l'ancienne abbaye de Sainl-.Médard,
Un manteau de velours rouge, décoré de rinceaux ciselés en or, fut, la tra<lilion le veut, porté par Charles-Ouint au Chapitre de la Toison
d'or, tenu dans la cathédrale en 1531. Ce somptueux vêtement nous semble être d'origine espagnole.
La salle, dite de musique, est décorée avec élégance, dans le style du
xviii° siècle. On y voit de jolis médaillons en bois sculpté représentant la vie de saint (ihislain.
Pour sortir de la cathédrale, nous prendrons le portail nord, datant du xf siècle, couramment désigné à Tournai comme la « porte i^lantille ». On s'ingénie à expliquer celte appellation bizarre de diverses manières, le plus généralement par la guérison miraculeuse, en cet endroit, par saint Eleuthère, d'un aveugle du nom de JUantilius.
Pour présomptueux qu'il puisse paraître, nous nous permettons de
proposer une autre explication. Le nom populaire de la porte, à notre gré, serait tiré de son contour, très voisin de celui du manteau des femmes belges au XVI' et au xvu' siècles : la « mante » ou « mantille ». Qu'on regarde donc ce vêtement, si fréquemment figuré dans les estampes et les tableaux de l'époque, on sera frappé de l'analogie de sa ligne avec celle
du porche reproduit dans notre planche. Le peuple a été, de tout temps, prompt aux rapprochements de ce genre.
La porte, en plein cintre, à double archivolte, est accompagnée de minces colonnettes. Elle est inscrite dans une haute arcature trilobée de combinaison gracieuse et originale et surtout remarquable par les sculptures qui, latéralement, la décorent. Il faut les examiner de près, entre les colonnettes.
lib TOURNAI
Au point de vue ornemental, l'ensemble relève du style normand. Par le costume, les personnages intervenant dans ces sculptures présentent, ainsi quel'observait Waagen, une étroite parenté avec ceux de la célèbre tapisserie de Baveux.
Caractérisée par leur allongement, ces figures sont d'une étonnante précision de détail. L'expression des visages, la netteté de contour des armes, des pièces de l'armure, létude soigneuse des draperies, leur donnent un exceptionnel intérêt. Il y a là, notamment, un homme d'armes, s'abritant en partie sous un vaste bouclier, digne d'être signalé comme un morceau de sculpture d'intérêt tout spécial .
Dans les chapiteaux, la figure humaine se mêle à une ornementation fantastique.
Sans chercher à pénétrer la signification emblématique ou symbolique du détail, nous nous bornons à le signaler, avec tout l'ensemble de la porte, comme méritant l'étude très attentive de l'archéologue,
Xous dévalons les degrés
MahoH Ju xv[' siècle, m; ji> Pjtis. nombreux qui, de la porte
conduisent vers la place des
Acacias, maintenant privée d'arbres, et, par la droite, gagnons la rue des
Chapeliers dont la courbe s'est en quelque sorte moulée sur le chevet
de la cathédrale.
La réalisation commencée du projet de dégagement de l'édifice, a entraîné la disparition d'une partie de celte voie, nullement dénuée de physionomie et le long de laquelle se rencontrent des façades d'une agréable diversité. Plus d'un pignon y est gracieux, plus d'une enseigne typique.
Cette partie de la cité est d'ailleurs extrêmement ancienne. .Sous le
n" 41, par exemple, se superposent, jusqu'à trois étages de caves dont l'inférieure est, dit-on, du xii° siècle.
La rue des Chapeliers, en forte pente, est perpendiculaire à la rue de
Paris, où subsistent plusieurs jolies maisons anciennes. L'une même, datant du xvi' siècle- n" 25), a conservé sa fa(,'ade primitive. Elle esta trois ' étages, d'un type flamand, voire brugeois très accusé. On peut envisager comme peu probable qu'elle fût dans le passé, comme elle l'est aujourd'hui, une exception,
Quelques pas encore, et directement, à notre droite, apparaîtra le beffroi. Inclinons-nous, c'est le plus ancien de la Hclgique entière!
Isolé de toutes parts, ce vénérable témoin des siècles occupe le sommet du triangle isocèle formé par la Grand'Place. Pour peu qu'en imagination, on Iç dépouille de ses enjolivements, relativement modernes, l'analogie avec le beffroi de Gand devient irrécusable.
A l'origine, — nous parlons du xii' siècle, — privé des puissants contreforts atteignant la première galerie, c'était une simple lanterne de guetteur, tenant lieu de campanile. Au xiii* siècle, on le pourvut de contreforts en pans coupés, d'un comble élancé, enfin de pinacles.
On l'a, de nos jours, rendu presque ainiable. Le rude appareil en moellons a été l'objet d'un ravalement soigneux; les clochetons se sont terminés en statues de guerriers, conçues dans un esprit beaucoup trop moderne, un balcon de pierre, à quatre feuilles ajourées, est venu encadrer la première galerie. Le campanile, enfin, s'est couronné d'un dragon de cuivre.
La hauteur totale du Beffroi est de soixante-douze mètres ; ses étages ont, pour les éclairer, des fenêtres gothiques. Nous disons étages, car si en fait, la tour n'a que deux galeries, la seconde située au pied du campanile, on y rencontre, à diverses hauteurs, des chambres voûtées ayant même, jusqu'au xix*" siècle, pu servir de cachots.
Arrivé à la base du clocher, après une ascension de deux cent cinquante-six marches, on rencontre le guetteur. Sa fonction est de signaler les incendies : le jour par un drapeau, la nuit par une lanterne. La vue, du haut de la tour, est fort belle. Elle embrasse le panorama étendu de la ville et des campagnes environnantes baignées par l'Escaut. Le coup d'oeil d'ensemble sur la cathédrale, moins favorable que celui obtenu de la tour Saînt-Brice, est néanmoins fort beau.
Le Beffroi possède un mélodieux carillon, plus jeune de beaucoup que ses cloches. La principale de celles-ci, la « Bancloque », fondue en 1392, appelait le peuple aux armes ; la seconde, le « Timbre » de même date que la précédente, sonne les heures et signale les incendies. Le « Vigneron », enfin, aujourd'hui, comme au moyen âge, sert de cloche du travail.
La configuration étrange de la Grand'Place de Tournai, serait due, au gré des historiens locaux, à la rencontre, en cet endroit, de deux routes romaines. Vemplacement du Beffroi, d'où l'œil s'étend sur la place entière, prouve, dans tous les cas, un tracé de celle-ci extrêmement ancien. Le nord, c'est-à-dire la droite de qui se tient le dos tourné au Beffroi, n'offre guère d'intérêt monumental. Il n'en est pas de même des autres faces du triangle.
A gauche, en effet, s'alignent des constructions d'un joli style, parfois
d'ancienneté sérieuse, donnant un cadre approprié ù la Halle aux Draps, convertie en musée de peinture et d'archéologie. Tout ce côté de la place, et son prolongement, la rue des Meaux a, mieux que l'autre, résisté aux rajeunissements successifs'. Reste, comme base du triangle, entre des façades assez élégantes, l'église Saint-Quentin, une des plus anciennes, aussi des plus remarquables de Tournai.
I.e bronze de la princesse d'Epinoy, Christine de Lalaing. érigé au
ptiiicc,-,c d'tpinoy.
centre de la place, perpétue le souvenir de l'hémine qui, en 1 5S 1 , deux mois durant, sut tenir en échec les troupes espagnoles, commandées par Farnèse,
En l'absence de son époux, gouverneur de la ville, Christine sut à ce point stimuler le courage des assiégés que, jusqu'aux femmes et aux filles, combattirent à ses côtés sur les remparts.
1. Dans !<■ procinix nuvrap-, L'h.il'ilnlion touni.ihi,ii,i,\ pur ]■; ). Soil (li> Moriainv, (l()'>.!\ fiRliro un CLl^u■ll^: di'>siii di> ]:i jduir ;ui .wiC >i,-,-Ic. n^Jiu-ti-m df \'.>r\^m:\\ appurtrnant fi la Hil)lh.lliriivic d(- Tmirnui. Kn d.'li..rs d.' 1:l (1 ni. ui' l'hic- de- Urux.-llos, pi'u d'cnsi'inl)U's architecturaux avnii'nt, à ct:itc ipinnii'. uiii^ plus i-harniantc phvsinnomio dcndcmUc.
Nièce du comte de Homes, elle luttait contre les Espagnols avec une indomptable énergie, bien qu'elle comptât dans les rangs ennemis un
frère et un beau-frère. Ce fut avec eux qu'elle dut traiter de la capitulation (30 novembre), après avoir soutenu vingt-trois combats et résisté aux assauts les plus meurtriers.
Elle sortit de la ville par la porte Saint-Martin, à cheval, h la tête de
la garnison, bannières au vent. La chute de Tournai lui porta un coup fatal. Peu de mois plus tard, le 9 juin 1582. elle expirait à Anvers, où elle s'était retirée.
La statue, inaugurée en 1863, est l'œuvre d'un Tournaisien, A. Dutrieux. Son intérêt principal est dans le souvenir qu'elle consacre; vue sous certains angles, elle ne manque pas d'élan.
L'église Saint-Quentin se développe presque entièrement en façade à l'ouest de la place. Elle annonce peu, extérieurement, son importance et son antiquité. Du Xll' siècle pourtant, encore en partie romane, elle a été, il est vrai, bien remaniée dans les temps postérieurs. Au simple
aspect, il serait difficile d'assigner une date à sa construction. La physionomie générale fait songer à quelque temple du culte anglican.
Entre deux tourelles s'élève un pignon suraigu, terminé par une croix. Il couronne deux étages de trois hautes et étroites baies gothiques, surmontant un portail en plein cintre, substitué en 1845, à Tceuvre primitive.
L'intérieur surprend par ses dispositions inusitées et produit un grand effet, au point de vue décoratif.
La nef étroite, sans bas côtés, s'évase subitement en deux chapelles placées à l'intersection d'un court transept, débordant de peu sur le chœur. Le chœur, qui est roman, a été pourvu, au xvr siècle, d'un pourtour, dans lequel, en hors-d'œuvre, s'ouvrent deux chapelles absidales. On a mis à découvert, en 1906, dans celle de gauche, les restes assez bien conservés d'un remarquable monument funéraire de Jacques Kastangues, mort en 1328. Le personnage est couché dans une niche, les pieds sur un chien. La base du monument porte, dans des arcatures ogivales, huit figurines de deuillants, conçues dans le style de celles des tombeaux de Dijon. Le tout est malheureusement bien endommagé ! La figure tombale n'a plus de tète; les bras manquent de même.
Les arceaux du pourtour forment un ensemble qu'il est permis de louer.
La nef, prenant jour par deux étages de fenêtres romanes, contribue à rehausser l'effet pittoresque.
Un autel de marbre, du xvii® siècle, s'élève à l'entrée du chœur. Qu'il s'accorde peu avec le style de l'église, c'est certain ; pourtant qu'il ne choque en rien le bon goût.
L'origine romane s'accuse avec précision par le transept large, à chevet plat, où une rose surmonte deux baies en ogive. Quatre piliers de beau style, cantonnés de colonnettes, supportent la lanterne.
Dans le chœur, des fenêtres cintrées se mêlent aux arcatures gothiques du déambulatoire et aux fenêtres en style flambloyant qui l'éclairent.
Et, à ce mélange de tant de styles, s'associe une clôture marbre, d'un dessin gracieux, contournant le sanctuaire et datant du xviT siècle!
La fenêtre du fond encadre une statue de la Vierge se découpant ainsi en vigueur sur cette baie lumineuse, combinaison très appréciée dans les chapelles fréquentées surtout par les dames. Elle est médiocrement en rapport avec le reste de l'église.
D'anciennes peintures murales, restaurées, représentant des anges, décorent cette chapelle du fond. Les vitraux sont modernes et pour ce qui est des tableaux répandus dans l'église, aucun n'offre un sérieux
intérêt artistique, sauf peut-être une D^co/Za/zon de saint Jean, signée « Lucas Fraochoys pinxit, 1650 ».
N'omettons point de signaler, en passant, une chapelle dédiée à Notre-
Le lédutt des Slons.
Dame de Hal, en Brabant, dès le xv" siècle, et dont la confrérie est toujours établie dans l'église.
Seule entre les façades qu'on voit sur l'alignemeut de celle-ci, la maison dite du i( porcelet », au pignon à gradins et aux assises de pierre, alternant avec la brique, mérite l'attention. D'origine plus ancienne, elle semble, dans son état actuel, dater du xvif siècle.
Le côté sud de la place, à proprement parler la rue des .Meaux, intéresse davantage. Ici, sous le n° 10, nous trouvons une construction datant
de 1633 [Hâtcl de Fruncc), digne d'être citée comme un type élégant de l'époque. L'image de Saint-Martin, décorant la façade, se motive par la circonstance que cette maison dépendait de l'abbaye du nom.
La maison contiguë, Hôtel de l'Impératrice^ eut l'honneur d'héberger l'empereur Joseph IL au cours de son mémorable voyage dans les Pays-Bas, en 1781.
A l'angle du « Réduit des Sions », une maison à façade imposante.
le numéro 64, fut le sit-ge de l'ancien bailliage. Ses caves, à troisétages, servirent de cachots.
Ce 11 Réduit des Sions » offre un groupe de façades qu'il est permis de ranger parmi les plus intéressantes non seulement du vieux Tournai mais de la Belgique entière. Les numéros 14 et 16, en briques, à cordons de pierre, très délabrées, il est vrai, contrastent par leur bon goût, avec la banalité des constructions de date récente, élevées dans leur voisinage. Elles seraient, nous disait-on, vouées à disparaître pour satisfaire aux exigences d'une de ces « rectifications », devant lesquelles ne trouvent grâce, dans les villes belges, ni la valeur archéologique, ni le mérite architectural.
La fondation Jean Hannart, pour sept veuves, tout à côté, remonte à 1540, Tournai est riche en asiles de ce genre; les vieillards de l'un ou de
chose indifférente. Les œuvres de Robert Campin restent à identifier; ne désespérons pas de voir quelque jour ce résultat atteint. Pour ce qui est du maître dit de « Flémalle », un critique l'identifie avec Jacques Daret, tournaisien, également.
Le Musée de Tournai est malheureusement pauvre en peintures primitives; aucune de celles qu'il détient n'est de haute signification.
Le catalogue admet à figurer parmi les productions de Roger de la Pasture, une Disceiile du Croix, en figures de grandeur naturelle, à micorps, qu'il est permis de croire de la composition du maître, dont, cependant, la peinture ne saurait émaner de lui. Il s'agit d'ailleurs d'une des nombreu.scs versions d'un prototype sans doute perdu, versions dont la meilleure, à notre connaissance, appartient au musée de Naples.
têque. Comme couronnement, enfin, une balustrade d'un bon style, derrière laquelle se montrent des lucarnes au contour élégant.
Une restauration, longtemps différée, fut entreprise en 1881; trop tard, malheureusement. Peu de semaines après le début des travaux, rédifice s'effondra, menaçant de reléguer parmi les souvenirs ce précieux témoin du passé tournaisien. Cette fois, par bonheur, l'opinion s'émut. Elle se prononça en faveur de la reconstruction. Celle-ci, conduite avec soin et une consciencieuse exactitude, aboutit à doter la ville du musée qui lui manquait. L'on peut toutefois prévoir, dans un avenir prochain, la nécessité d'extensions nouvelles. Peut-être même la municipalité se verra- t-elle contrainte de chercher ailleurs un emplacement pour ses collections. Il serait regrettable, à coup sûr, de voir la physionomie du local s'altérer par des adjonctions toujours difficiles à harmoniser. Chose non douteuse, les collections sont à Tétroit; le plus simple serait encore de les doter d'un édifice complètement approprié à sa destination spéciale. Au double point de vue de l'art et de l'histoire, les collections sont dignes de plus de notoriété et d'un emplacement meilleur.
Sous ses formes diverses, l'art constitue d'ailleurs un chapitre important des annales tournaisiennes.
Outre la brillante école de sculpture dont, au cours de notre promenade, nous apparaissent les fréquentes et précieuses manifestations, des sources maintes fois utilisées ont permis d'établir l'importance que prirent de bonne heure, à Tournai, la ciselure, l'orfèvrerie, la verrerie, la fabrication des tapisseries, la fonderie. La céramique tournaisienne put, un moment, rivaliser avec celle de Sèvres.
En ce qui concerne la peinture, bien que les archives locales, d'extraordinaire richesse, fassent connaître en foule ses représentants, sauf pour l'un des plus illustres, Roger de la Pasture, mieux connu sous le nom de van der Weyden, il n'a été possible, jusqu'ici, de rattacher une œuvre quelconque au nom des nombreux artistes mentionnés, dès le xiv^ siècle, dans les sources locales.
Il ne saurait être douteux que des très nombreuses productions de l'art pictural du xv*" siècle, venues jusqu'à nous, l'école tournaisienne ne fût en droit de revendiquer une part considérable. Mais ces pages sont anonymes. C'est à un simple effet du hasard qu'est due la révélation de l'origine tournaisienne de van der Weyden, si fréquemment appelé « Roger de Bruges ». Le hasard, espérons-le du moins, mettra encore quelque chercheur sur la voie d'identifications ultérieures. Savoir que Roger se forma dans sa ville natale et sous Robert Campin n'est pas
chose indifférente. Les œuvres de Robert Campin restent à identifier ; ne désespérons pas de voir quelque jour ce résultat atteint. Pour ce qui est du mailre dit de .( Flémalle », un critique l'identifie avec Jacques Darct, tournaisien, également.
Le Musée de Tournai est malheureusement pauvre en peintures primitives; aucune de celles qu'il détient n'est de haute signification.
Le catalogue admet ù figurer parmi les productions de Roger de la Pasture, une Descente Je Croix, en figures de grandeur naturelle, à micorps, qu'il est permis de croire de la composition du maître, dont, cependant, la peinture ne saurait émaner de lui. Il s'agit d'ailleurs d'une des nombreuses versions d'un prototype sans doute perdu, versions dont la meilleure, à notre connaissance, appartient au musée de Naples.
Une belle figure de Saint Donatien, tenant la roue éclairée, nous semblerait plus digne de la glorieuse paternité du maître. Le catalogue dit Gossart ou Bellegambe. Nous y retrouverions plutôt la main du premier. Le morceau est des plus remarquables.
S^ihlt Jean prêchant devant un groupe de fidèles, de « van der Goes », appartient au maître colonais dit du « Saint Barthélémy .1. J,e
Baptême du Christ de « Patcnier », est une composition de Martin Schongauer dans un paysage élargi, peut-être de Patenier.
Très intéressant, le portrait de Jean Sans Peur de peintre indéterminé. La Sainte famille, attribuée à l'école italienne, est de quelque Flamand, influencé par les maîtres méridionaux Le Paysage, effet de neige, un extrait, nullement dénué de valeur, d'un tableau de Pierre Breughel le vieux, au musée de Vienne.
Pierre lluys est peut-être l'auteur du curieux tableau représentant le Raccommodetir de soiiffiets. Digne aussi de mention est la Vierge avec l'enfant Jésus, dans le genre de Lancelot Blondeel.
La série des maîtres déterminés contient plus d'une page intéressante.
Un portrait de famille, en grandes figures, signé L. ou J. van Dalen,
TOURNAI ij9
daté de 164g, émane de l'élève de Paul de Vos, inscrit comme Lancelot van Dalen à la gîlde des peintres, à Anvers, eu 1636-37, h moins qu'il ne s'agisse de Jean van Dalen ou Ualem dont les galeries de Vienne et de Saint Pêtersbourg possèdent les rares productions '. Très importante petite Nature morte signée David de Heem, un des très rares spécimens de son auteur. Autre et belle nature morte de Joris Van Son; tableau de Poissons, très remarquable, portant la signature de L. de Stoop, artiste peu fréquemmenl rencontré ; Oiseaux morts, par Adriaessen, peinture signée et datée de 1642 ; un grand et bon portrait de famille, par Théodore Van Thulden ; une très jolie marine de lîonaventure Peeters, une charmante petite figure de buveur par Adrien Brouwer, etc.
Parmi les œuvres de maîtres moins anciens, nous signalons un beau portrait équestre de
Louis XIV, par Le «ri' m
Urun; une remarquable pir lly-n-inthc Ki^.>uJ
effigie de l'évêque Saint- Albin, de I-{yacinthe Rigaud, celui reproduit en gravure par Schmidt, unique toile du € van Dyck français » existant en Belgique, enfin. plusieurs jolies peintures de Louis Watteau, dit de 11 Lille ».
Les contemporains occupent au musée de Tournai une place considérable. Lne immense toile du Christ iiii touibciiu de P. A. Ilcnncquin, n'est pas sans trahir l'influence de ce peintre sur Louis Gallait, son élève.
De ce dernier, la galerie possède un riche contingent de productions.
I Voir ri snn >ujft : (iu-t. Ohick. .lus liibeni /.,it i,:ul S.linl,'. W.-mr. içnj. Lantfur iii'.Titiiinnc; la toik i': T'iurniii cumnif imu di.= plu? im|)L.r[,iJiti= Ju maitrc.
datant de presque toutes les époques de la carrière du fameux représentant de Técole belge.
Par voie d'achat, la ville natale du peintre est entrée en possession de la grande toile, réputée son chef-d'œuvre : Derniers honneurs rendus aux comtes d'Egmont et de Homes, par le serment des arbalétriers de Bruxelles, Le tableau date de 1851, et porte, d'une manière courante, le nom des « têtes coupées ». C'est, en effet, devant les corps décapités des deux nobles victimes de la t3'rannie espagnole dans les Pays- Bas, que défilent les représentants de la Confrérie bruxelloise. L'épisode est dramatique.
Les cadavres disparaissent sous un drap de velours noir, sur lequel
repose un crucifix d'argent ; seules, les tètes exsangues demeurent visibles. La composition bien agencée, le coloris brillant, le dessin serré, la distinction des types, enfin, expliquent et légitiment la réputation de cette grande page d'histoire nationale. Elle fut gravée par
Mjriiiic.N des Porcelaines de Tournai. Commu- larilIieL.
niquêes par M. u.-j. Soii. Quantité de portraits de toutes
dimensions , résument dignement la carrière de Gallait. Le portrait de Lepez, œuvre de jeunesse; un autre, de Ch. A. Campan, publicisle; le portrait collectif des frères Haghe, sont d'excellentes petites choses. Viennent ensuite les portraits, de grandeur naturelle, de la mère et de la sœur du peintre; du colonel Hallard, son ami, qu'on pourrait nommer une symphonie en blanc ; le remarquable portrait inachevé de Louis Haghe, autre ïournaisien, mort à Londres, dessinateur de la reine Victoria. Toutes ces pages mériteront d'intéresser les futurs historiens de l'art en Belgique.
Haghe n'est représenté lui-même, au musée de sa ville natale, que par une seule aquarelle, Vue intérieure de la cathédrale de Sienne, Un vaste tableau de Jos. van Severdonck retrace l'épisode de la Défense de Tournai par la princesse d'Epinoy.
Ces toiles, et bien d'autres, également des sculptures, dont le détail ne saurait trouver mention ici, occupent la grande salle de l'étage, vers la place. KUes débordent sur des galeries du pourtour, affectées, d'une manière plus spéciale, à l'exhibition des antiquités, disposées avec infini-
ment de goût et réparties avec une parfaite entente par le conservateur, M, Eug. Soil de Moriamé.
Cette partie de la collection est de premier ordre. Le nombre et l'importance des antiquités gallo-romaines n'ont rien qui doive surprendre à Tournai. La plus récente et l'une des plus fructueuses trouvailles est du 7 mars iqoo. Elle se compose de poteries, de verreries et de bronzes , quelques-uns fort, remarquables. D'importance moindre, la section des antiquités mérovingiennes ne dispose naturellement d'aucune partie du trésor de Childéric, représenté seulement <'n moulages,
La collection précieuse de monnaies et de médailleâ, formée par le comte de Nédonchel (■J- iQoi), et généreusement donnée à la ville par ce distingué numismate, peut être envisagée comme sans rivale au point de vue tournaisicn.
Les monnaies anti- r-, •,-,,,,. ,, ,,. . , ^
Olonlicaliun Je Joseph I!. groupe en hui^int Je Tourn.ni.
ques , les camées , les Coiieciion je m. e.-J, Suil.
intaîlles, ninsi que la
collection de pierres précieuses, sont un legs de M. Fauquez, un des derniers faïenciers tournaisiens, mort à Saint-Amand. en l^<^3.
Il Importe de signaler une très remarquable dalle en terre cuite, à personnag^'S, datant du xv' siècle ',
1, On en trouviLT.-i hi n^produtiion diiiis le livre de M. F.iig. Soil, Potiers et /.lieiicù-rs
La section des verreries, des céramiques réclame Tattention très spéciale de l'antiquaire.
Tournai, on ne Tignore point, eut au xviir siècle une renommée universelle pour ses produits céramiques, exportés en Angleterre, et jusqu'en Russie. Leur marque, bien connue des collectionneurs, est une tour, en or ou en couleur; aussi les épées croisées et cantonnées de croix. Ces marques ont été contrefaites ; l'amateur doit donc y regarder de près avant d'admettre l'authenticité de toute pièce où elles figurent.
Laissant de côté les armes, les drapeaux, les uniformes, les costumes d'intérêt purement local, nous avons à signaler comme un objet absolument hors de pair, un manteau de velours rouge, aux merveilleuses broderies, représentant les Œuvres de miséricorde. Il est, en outre, semé du chiffre et des armes de Guillaume Fillastre, évéque de Tournai, chancelier de la Toison d'Or, sous Charles le Téméraire. Contemporaine des antiquités bourguignonnes conservées à Berne, cette pièce mérite de leur être comparée, ce qui n'est pas peu dire.
Plusieurs manuscrits de grande beauté occupent les vitrines. Le psautier d'Henri VIII, durant son séjour à Tournai, en 1513, avec charmantes grisailles, et tout particulièrement le cartulaire de l'hôpital Saint-Jacques, prêté par la commission des hospices civils, où la miniature initiale, malheureusement très endommagée, est digne de Simon Benning, le plus fameux des miniaturistes flamands du xvi'' siècle.
On conserve au musée les montants, aux armes des Tudor, de la stalle d'Henri VIII, à l'église Saint-Nicolas, dite du château (voir ci-des- SDus); un élégant autel, en bois et en marbre, provenant de l'abbaye de Saint-Mard, sculpture de Lecreux, et la jolie statue de la Vierge, qui, précédemment, décorait la niche de la remarquable façade de l'ancien noviciat des Jésuites, maintenant l'Athénée, rue du Ouesnoy. Ce riche ensemble est, nous le répétons, très à l'étroit, et le moment ne pourra être longtemps différé où il faudra le pourvoir d'installations mieux en rapport avec sa très réelle importance.
Les salles du rez-de-chaussée offrent pour l'archéologue un intérêt spécial. On y a réuni des fragments de sculpture, parmi lesquels plusieurs de haute valeur. Nous avons noté une pierre tombale gravée, de Willaume de Manet, morceau de haute valeur. Plusieurs autres sont remarquables, celles notamment de Robert de Quinghien, mort en 1429, et de sa femme, morte en 1427. Ces admirables sculptures procèdent
lournaisietis (Lillo et Tournai, 1885' où figurent, en outre, les principaux types de Tart de terre, à Tournai.
TOURNAT 113
de l'église d'Antoing, l'n objet fort* curieux est la réduction de la cathédrale, exécutée à l'échelle, par S[. Vasseur, avec une précision surprenante. On en trouvera la gravure, page 103.
C'est chose bizarre, pourtant réelle, que le Tournaisien, amoureux de sa cathédrale, n'en puisse obtenir une idée d'ensemble que par ce délicat travail dont le mérite n'est sans doute pas étranger au chaleureux accueil fait au projet de dégagement de l'édifice.
En fait, l'unique endroit d'où l'on obtienne, sans monter au lîeffroi ou à Saint-Brice, une vue générale des cinq clochers, est l'extrémité de la (irand'F'lace, à l'entrée de la rue <ies .Meaux. Avec le recul nécessaire, l'on juge ainsi des proportions harmonieuses, du style admirable, de la parfaite unité de ligne de l'œuvre immense. Et alors, avec les Tournaisiens. on se prend à rêver la mise à découvert de l'abside et du transept, soustraits à la vue par l'amas <les ronstrurtions parasitt's. On se rend compte, aussi, de l'importance <ies sacrifices (jue réclamera l'i'ntreprise entière.
La favade postérieure de la Halle aux |)ra]is r-.t. par elle-même, insignifiante, mais la tranquille petite plare N'i'-ijnncliel, où elle s'élève, garde prnfondi-mcnt rempreinie du pa^-t', l'iiisieurs des maisons qui
l'entourent sont intéressantes. Il en est une, notamment, à double pignon, datée du XVII' siècle, dont notre photograpliîe permet de juger l'heureuse disposition.
La rue Saint-Georges s'ouvre devant nous; elle va nous transporter dans un milieu très ancien. A notre gauche, une tour, passablement défigurée, mais encore intéressante de la seconde enceinte ; ses murs ont 4)rès de deux mètres d'épaisseur. La rue du Roc-Saint-Nicaise, que nous
La pljcc SéJon^hcl.
suivons ensuite, pour aboutir à la rue Saint-Martin, se compose presque intégralement de maisons anciennes.
En face, légèrement à droite, au milieu de constructions d'aspect distingué, s'ouvre te monumental portail donnant accès à la cour d'honneur de l'Hôtel de Ville.
De ce point l'on obtient une vue singulière de la Cathédrale et du Beffroi, Les tours paraissent se confondre.
Nullement conçu pour servira sa destination présente, l'Hôtel de Ville de Tournai n'estqu'une partie minime de la ci-devant abbaye bénédictine de Saint-.Martin.
Chose difficile à croire, faite pour donner la mesure de l'indifférence des édiles du temps pour le passé monumental de leur cité, le primitif
Hôtel de Ville, ou Halle des Consaux, datant du xiii* siècle, fut démoli en 1818! Dès avant cette époque, il est vrai, l'ancienne abbaye de Saint- Martin était devenue le siège des services publics. On peut voir, du côté
Le Beffroi et la Cathédrale, vue prise de la rue Sainl-Martiii.
du parc, une succession d'arcades, aujourd'hui murées, du cloître gothique de la primitive abbaye.
Quant au bâtiment actuel, érigé au milieu du xviil' siècle, il est de nobles proportions, en style classique, à un seul étage, avec soubassement très élevé, précédé d'un élégant perron.
Le corps central, décoré de pilastres, couronné d'un fronton et surmonté d'un attique portant des vases, a très grande allure. Aux extré-
mités, deux pavillons, du même style, surmontés d'un œil-de-bœuf.
Les portiques latéraux, en retour, les gracieux parterres, donnent à tout l'ensemble un aspect général de distinction, quelque chose comme les monumentales dépendances du château de Chantilly.
L'intérieur a dû, nécessairement, être approprié à sa destination nouvelle. Des salons vastes et somptueusement décorés, dans le style du xviir siècle, intéresseront moins Tarchéologue que les immenses souterrains, s'étendant jusque sous la cour d'honneur.
Leurs voûtes, admirablement appareillées, reposent sur de massives colonnes aux chapiteaux romans. Trois étages se superposent ainsi. Ils servirent de cachot à ce que l'on croit. L'ancienneté du lieu et sa destination première rendent de telles substructions fort explicables, La primitive église, détruite par les Normands et réédifiée en 962, s'élevait en cet endroit.
Plus tard, en 1671, une église plus conforme au goût de Tépoque, sinon plus belle, remplaça le temple ancien. Louis XIV, en personne, voulut poser la première pierre. La truelle dont il se servit est encore conservée. Cette église nouvelle était fort riche ; on y voyait des œuvres d'art en grand nombre. Elle possédait, notamment, la grande toile de Saifît Martin exorcisant un possédé, œuvre de Jordaens, appartenant aujourd'hui au musée de Bruxelles.
Un parc ombreux environne l'Hôtel de Ville ; il est disposé avec autant d'art que de goût et semble plus étendu qu'il ne l'est en réalité.
A droite du palais, et se détachant sur sa façade latérale, on a érigé, en 1891, une statue à Louis Gallait, le peintre Tournaisien (1810-1887}. Ce bronze a pour auteur M. Guillaume Charlier. Il représente l'artiste en costume de travail, la palette au poing. La ressemblance est parfaite. Le socle, arrangé avec élégance, dans le style dit « moderne » est Tœuvre de M. Horta.
Descendant le jardin de l'Hôtel de Ville, par la place du Parc et la rue des Jésuites, nous nous dirigeons vers l'église Saint-Piat.
La rue des Jésuites, dans une partie considérable de son parcours, est occupée par les bâtiments du séminaire épiscopal, ancien collège des Jésuites, dont l'église, au triple pignon, à front de rue, ne manque pas de noblesse. On en attribue le plan à un architecte brugeois, appartenant à l'ordre, le même sans doute qui conçut la gracieuse chapelle de l'ancien noviciat, déjà mentionné, rue du Quesnoy.
Le vaisseau, très spacieux, est de style ogival ; ses détails de sculp-
ture, où s'accuse le souvenir de la renaissance, sont l'œuvre d'un ciseau délicat. La tribune des orgues, est même de réelle beauté. Tout en marbre blanc, figures d'anges, culs -de-lampe, le tout surmonté d'une élégante balustrade.
Sans rivaliser avec le jubé de la cathédrale, surtout au point de vue de la richesse décorative, le doxal — mot tournaisien — en question
L'Hùlcl Je Ville. Façade principale.
n'est pas indigne de lui être comparé pour ses belles proportions et l'élégance de ses lignes. C'est l'œuvre d'un maître non désigné.
En quittant le séminaire, il est intéressant de suivre, à droite, la rue de Bève, partie de l'ancienne enceinte dont elle garde le contour. On arrive ainsi dans le proche voisinage de l'église Saint-Piat.
Bien que fort ancienne — sa construction remonte au xi* siècle, — cette église n'a de particulièrement remarquable que sa tour imposante, à cinq étages en plein cintre, faisant immédiatement songer aux clochers de la cathédrale.
Ce campanile, appliqué au flanc droit de la nef, était destiné à avoir pour pendant une seconde tour, interrompue à la hauteur du premier étage. Une dernière tour, au centre de la nef, devait compléter l'en-
mités, deux pavillons, du même style, surmontés d*un œil-de-bœuf.
Les portiques latéraux, en retour, les gracieux parterres, donnent à tout 1 ensemble un aspect général de distinction, quelque chose comme les monumentales dépendances du château de Chantilly.
1/intérieur a dû, nécessairement, être approprié à sa destination nouvelle. Des salons vastes et somptueusement décorés, dans le style du XVlir siècle, intéresseront moins l'archéologue que les immenses souterrains, s'étendant jusque sous la cour d'honneur.
Leurs voûtes, admirablement appareillées, reposent sur de massives colonnes aux chapiteaux romans. Trois étages se superposent ainsi. Ils servirent de cachot à ce que Ton croit. L'ancienneté du lieu et sa destination première rendent de telles substructions fort explicables. La primitive église, détruite par les Normands et réédifiée en 962, s'élevait en cet endroit.
Plus tard, en 1671, une église plus conforme au goût de l'époque, sinon plus belle, remplaça le temple ancien. Louis XIV, en personne, voulut poser la première pierre. La truelle dont il se servit est encore conservée. Cette église nouvelle élait fort riche ; on y voyait des œuvres d'art en grand nombre. Klle possédait, notamment, la grande toile de Saint Martin exorcisant un possédé, œuvre de Jordaens, appartenant aujourd'hui au musée de Hruxelles.
Un parc ombreux environne l'Hôtel de Ville; il est disposé avec autant d'art que de goût et semble plus étendu qu'il ne Test en réalité.
A droite du palais, et se détachant sur sa façade latérale, on a érigé, en iH^^i, une statue à Louis (îallait, le peintre Tournaisien '1810-1887 . Ce bronze a pour auteur M. Guillaume Charlier. Il représente l'artiste en costume de travail, la palette au poing. Ijà, ressemblance est parfaite. Le socle, arrangé avec élégance, dans le style dit « moderne » est l'œuvre de M. llorta.
Descendant le jardin de l'Hôtel de Ville, par la place du Parc et la rue des Jésuites, nous nous dirigeons vers l'église Saint-Piat.
La rue des Jésuites, dans une partie considérable de son parcours, est occupée par les bâtiments du séminaire épiscopal, ancien collège des Jésuites, dont l'éirlise, au triple pignon, à front de rue, ne manque pas de noblesse. On en attribue le })lan à un architecte brugeois, appartenant à l'ordre, le même sans doute i\\x\ conçut la gracieuse chapelle de l'ancien noviciat, déjà mentionné, rue du (Juesnoy.
Le vaisseau, très spacieux, e*>i de style ogival: ses détails de sculp-
De ce même côté, par une étroite porte, percée dans l'épaisseur du mur, contre l'autel du Sacré-Cœur, on pénètre dans la chapelle dite de Goethals, refaite entièrement en 1840, d'ailleurs d'élégante structure. On
a imprimé souvent que, dans celte chapelle, reposent les restes de René Goethals, dit le « Docteur solennel » mort en 1293. Ce personnage, à en croire une inscription, serait le fondateur de l'oratoire dont le style gothique fleuri, aux nervures à festons, suffirait à établir l'impossibilité du rapport. Un magnifique lutrin de cuivre, daté de 1403, fait partie du mobilier de l'église.
22 de la rue Saint-Piat (brasserie Saint-Piat), datée de 1644, est un spécimen gracieux d'architecture ancienne. Elle est construite en briques et pierres, est pourvue de quatre étages de croisées et
se termine par un pignon à gradins. A signaler aussi, à l'angle de la rue Madame, le curieux morceau de façade romane, avec fenêtre divisée par une gracieuse colonnette. A Tournai même, les constructions civiles de cette époque sont aujourd'hui des plus rares.
Notre chemin, dans la direction du nord, nous fait traverser la rue des Clairîsses. Ici, à l'angle de la rue des Carliers, se trouve (n" 12^, une maison que la tradition prétend avoir été celle de saint Piat. En fait, elle est
romane, mais à ce point défigurée que, sans avertissement préalable, elle passerait sûrement inaperçue. Voici donc le lecteur averti.
Rue de la Tête-d'Or, à notre gauche, est située l'École Saint-Luc,
Musée de l'école Saint-Luc : Sculpture en boi*. 15^6,
pour l'enseignement de l'art basé sur les principes gothiques. On y conserve un certain nombre d'anciennes sculptures. Plusieurs sont des plus remarquables ; elles ont été recueillies à Tournai même. Il importe de les signaler à l'attention de l'archéologue.
\.'£nsfvflissei)ti-)il d'un moine, bas-relief daté de 1365, provient du couvent des Récollets; l'épitaphe de Watiers Antoine et de ses deux épouses, où l'on voit Dieu le père et les saints protecteurs des défunts.
est un morceau de très grand style, portant la date du 15... Une Descente de Croix, de la fin du même siècle, mutilée, reste encore admirable. Enfin, sous la date de 1556, une figurine en bois, mi-partie, provenant d'une maison ancienne où elle servait à décorer une maîtresse poutre. L'œuvre est remarquable, tant par sa valeur d'exécution que par la manière ingénieuse dont l'artiste y fait contraster la jeunesse avec le déclin de la vie.
Aiiticii l'aUii des Elals du Tournaiîiii, (Aïohives de la Province el Je b Commune.)
Rue Gallait, n° 24, nous saluons la maison natale du peintre dont Tournai garde précieusement la mémoire et qu'elle aimait opposer aux villes de Bruxelles et d'Anvers dans leurs luttes d'antan, pour la prééminence artistique.
Les rues de la Cordonnerie, du Curé-Notre-Dame, du Four-Chapitre, avoisinent la cathédrale. La dernière surtout offre des maisons du XV et du xvi' siècle, quelque peu dénaturées, il est vrai. Toutes, ou presque toutes ont des caves de l'époque romane,
A l'angle de la place de l'Évèché, un hôtel aux nobles proportions constitue ce qu'on pourrait nommer l'Hôtel des Invalides ecclésiastique; c'est une fondation remontant au Xlll" siècle.
Le bâtiment, élevé en 1755, forme tout le côté oriental de la place de rÉvèché, 11 est occupé en partie par la bibliothèque publique située au premier étage. En face, l'Evèché ; celui-ci se prolonge en une belle façade où se marient la brique et la pierre, rue des Orfèvres, vers la Grand'- Place. Nous avons ici l'ancien palais des Étals du Tournaisis (érigé en
LégUse Saint-Jaoque,.
1734), maintenant affecté au dépôt des Archives de la Ville et de l'État, d'exceptionnelle richesse. Les liasses et les registres communaux y forment une suite en quelque sorte ininterrompue, à partir du Xlll' siècle. Le dépôt s'est accru, au cours des dernières années, d'un important ensemble de documents iconographiques, se rapportant à l'histoire de Tournai, formé par .M. Demazière,
Un dernier coup d'œil sur la (irand'PIace et, par la rue de Cologne, nous voyons à gauche la Placette aux Oignons, sur laquelle s'ouvre la curieuse Petite boucherie, un reste du moyen âge, que le peintre Leys
a dû connaître. Ce préau traversé, gagnons la belle église Saint- Jacques.
Entièrement dégagée, elle se montre dans toute l'élégance de sa structure et, nonobstant sa petitesse relative, est d'effet imposant.
L'ensemble, à l'exception d'une tour romane, est gothique. Les charmantes galeries à jour, sans faire du clocher un type gracieux, chose que ne comporte point le style, en tempèrent tout au moins l'austérité.
La nef et le transept appartiennent à la transition ; l'abside polygonale, d'adjonction postérieure, très belle au reste, est nettement démarquée par la surélévation du toit, formant un pignon en saillie accosté de deux clochetons.
La nef pourvue de galeries de circulation à hauteur de l'étage, disposition que nous allons retrouver à Saint-Nicolas ; les transepts, aux fenêtres à triple lancette, surmontées d'une rose, sont d'effet particulièrement heureux.
L'intérieur, encore qu'il faille descendre des degrés nombreux pour y pénétrer, n'est pas moijis remarquable.
La sobriété de l'appareil, en moellons du pays, le magnifique triforium praticable, la rangée supérieure des fenêtres ; la voûte en bardeaux, forment un ensemble d'harmonie rare, parmi les églises de Belgique
« Une chose impressionne surtout vivement le spectateur, dit M. L. Cloquet, auteur d'une savante étude sur Saint- Jacques, c'est cette arche gigantesque, jetée comme un pont au milieu de l'église, soutenant une gracieuse galerie aux arceaux entre-croisés. » Cette galerie fait le tour de la croisée.
Chose d'intérêt considérable, à l'entrée du chœur, une rose et deux lancettes, éclairées par le dehors, marquent l'endroit où commence la nouvelle abside, plus haute que l'ancienne, nous l'avons constaté déjà.
Le transept, à voûte lambrissée, comme la nef, esta extrémités plates et ne dessine qu'une faible saillie. Point de vitraux anciens.
La disposition du chœur est particulière. Une double arcade raccorde les chapelles latérales avec le sanctuaire. L'ensemble est du xiv* siècle. Les voûtes de ces chapelles sont décorées de gracieux concerts d'anges, inspirés de ceux de l'oratoire de Jacques Cœur, à Bourges.
Le mobilier est pauvre en objets anciens. Un très beau lutrin, en forme d'aigle, daté de 141 1, porte le nom de sa donatrice : Jeanne Poulette, veuve Parent.
Mais Saint-Jacques possède un ensemble de sculptures et de pierres tombales, de très grand intérêt artistique. A droite du chœur, dans la chapelle du Saint-Sacrement, fondée par Nicolas d'Avesnes, se voit l'épi-
taphe de ce personnage. C'est un morceau de valeur exceptionnelle.
Polychrome entièrement, le bas-relief représente le défunt et sa femme,
agenouillés devant la Vierge, à qui les présentent leurs saints protecteurs.
La rue des Carmes fait face au portail principal de l'église ; elle
L'École Normale, ancien Mont- de- Piété.
mérite, au point de vue de notre étude, de compter parmi les plus intéressantes. La plupart de ses maisons datent du xvil' siècle. A remarquer sont particulièrement les n"' 5. 7 et 17. Le n" 8, où est installée l'École normale de l'Iitat, est l'œuvre de Wenceslas Cœbergher, et servit de local au .Mont-de-Piété. La tourelle, a sept étages, sommée d'un élégant clocheLon, revêt des apparences de minaret.
On a pu lire au chapitre précédent que le peintre-ingénieur Coebergher revendique une place parmi les philanthropes, comme promoteur des Monts-de-Piété. Celui de Tournai fut érigé en 1618.
L'ancien couvent des Carmes, auquel la rue emprunte son nom, dépendance actuelle de TEcole normale, possède de spacieux souterrains où, dans des niches, reposent encore les restes des membres de l'ancienne communauté.
L'église Sainte-Marguerite, place de Lille, possède une tour romane, couronnée d'un bizarre campanile aux renflements superposés. Reconstruite en 1733, en style classique, elle se rapproche du type des temples à l'italienne. Sa rotonde n'est pas dénuée de splendeur.
Sur la foi des guides, plus d'un amateur d'art s'est peut-être empressé de courir à Sainte-Marguerite à la recherche des volets d'un retable de van Eyck, ou de l'école de ce peintre fameux. Nous pouvons prendre sur nous d'affirmer que ces fragments, un portrait de donateur et un saint évéque, ne devancent pas le xvr siècle et n'ont qu'une mince valeur artistique.
En face de l'église Sainte-Marguerite s'élève un monument consacré aux mânes des soldats français tombés sous les murs d'Anvers, en 1832. Erigé en 1897, sur les dessins de MM. Sonneville et Debost, il est d'agréables proportions et de ligne élégante.
La rue Blandinoise, mi-urbaine, mi-rurale, nous conduit à la rue des Augustins, où se remarque la façade, nullement dépourvue d'intérêt, de l'hospice de Montifaut (1653), puis nous atteignons la rue de la Madeleine, une des plus larges artères de la vieille cité.
Prolongement de la chaussée de Tournai à Courtrai, la rue de la Madeleine a conservé sa physionomie de grand'rue. C'est par elle que Louis XV fit son entrée, après à Fontenoy.
L'église de Sainte-Marie-Madeleine, à notre droite, d'importance moindre que Saint-Jacques, est pourtant un beau spécimen d'architecture gothique.
La façade, aux fenêtres rares, aux puissants contreforts à ressauts, est pourvue de massifs cordons de pierre délimitant ses parties. Une seule de ses tours est arrivée à son complet achèvement ; l'autre, arrêtée aux deux tiers, pourrait être facilement achevée. L'ensemble est du XIV' siècle.
Le vaisseau forme un parallélogramme de 36 mètres sur 21. Le chœur, également rectangulaire, mesure à peine 13 mètres sur q.
A trois nefs, éclairée par des fenêtres gothiques, l'église a toutes ses
voûtes couvertes en bardeaux. Son ornement principal est un jubé du XVI° siècle, en bois sculpté et polychrome. De massives statues d'apôtres, adossées aux colonnes, selon l'usage très commun en Belgique, au XVII" siècle, ne contribuent pas à rehausser l'ensemble.
D'excellentes sculptures , en revanche , sont répandues dans l'église. I/une des plus développées, dans le bas côté droit, l'épitaphe de Jacques Jambon, docteur en médecine, mort en i62t, et de sa femme, malgré, ou plutôt à cause même de sa date, relativement récente, sollicite l'attention du connaisseur. Elle nous montre, en effet, la persistance d'une remarquable école de sculpture, à Tournai, école à peine étudiée jusqu'à ce jour.
Admirables sont, à droite et à gauche,
adossées aux colonnes UcgUso Sainlc-Mario-MjJelcine.
de la nef, les figures
d'une Annonciation, en grandeur naturelle, polychromées. Elles appartiennent au XV* siècle. On les a rapprochées non à tort, d'une composition du même sujet de Roger van der Weyden, « Si l'on étudie l'attitude et la physionomie de l'ange, — adossé à la colonne de gauche de la nef — ainsi que les détails de son costume, et que l'on compare cette figure avec celle de V Annonciation de Roger de la Pasture {Roger van der W'eyden), conservée au musée d'Anvers, on reconnaîtra entre elles des ressemblances si marquées, surtout dans le détail
On a pu lire au chapitre précédent que le peintre-ingénieur Coebergher revendique une place parmi les philanthropes, comme promoteur des Monts-de-Piété. Celui de Tournai fut érigé en 1618.
L'ancien couvent des Carmes, auquel ta rue emprunte son nom, dépendance actuelle de l'École normale, possède de spacieux souterrains oii, dans des niches, reposent encore les restes des membres de l'ancienne communauté.
L'église Sainte-Marguerite, place de Lille, possède une tour romane, couronnée d'un bizarre campanile aux renflements superposés. Reconstruite en 1733, en style classique, elle se rapproche du type des temples à l'italienne. Sa rotonde n'est pas dénuée de splendeur.
Sur la foi des guides, plus d'un amateur d'art s'est peut-être empressé de courir à Sainte-Marguerite à la recherche des volets d'un retable de van Eyck, ou de l'école de ce peintre fameux. Nous pouvons prendre sur nous d'affirmer que ces fragments, un portrait de donateur et un saint évèque, ne devancent pas le xvi' siècle et n'ont qu'une mince valeur artistique.
En face de l'église Sain te- .Marguerite s'élève un monument consacré aux mânes des soldats français tombés sous les murs d'Anvers, en 1832. Érigé en 1897, sur les dessins de MM, Sonneville et Debost, il est d'agréables proportions et de ligne élégante.
La rue Blandinoise, mi-urbaine, mi-rurale, nous conduit à la rue des Augustins, où se remarque la façade, nullement dépourvue d'intérêt, de l'hospice de Montifaut (1653), puis nous atteignons la rue de la Madeleine, une des plus larges artères de la vieille cité.
Prolongement de la chaussée de Tournai à Courtrai, la rue de la Madeleine a conservé sa physionomie de grand'rue. C'est par elle que Louis XV fit son entrée, après à 1-ontenoy.
L'église de Sainte-Marie-Madeleine, à notre droite, d'importance
voûtes couvertes en bardeaux. Son ornement principal est un jubé du XVI' siècle, en bois sculpté et polychrome. De massives statues d'apôtres, adossées aux colonnes, selon l'usage très commun en Belgique, au XVII' siècle, ne contribuent pas à rehausser l'ensemble.
D'excellentes sculptures , en revanche , sont répandues dans l'église. L'une des plus développées, dans le bas côté droit, l'épitaphe de Jacques Jambon, docteur en médecine, mort en 162 1. et de sa femme, malgré, ou plutôt à cause même de sa date, relativement récente, sollicite l'attention du connaisseur. Elle nous montre, en effet, la persistance d'une remarquable école de sculpture, à Tournai, école à peine étudiée jusqu'à ce jour.
Admirables sont, à droite et à gauche,
adossées aux colonnes fcglUe Salme-Marie-MaJeleine.
de la nef, les figures
d'une Annonciation, en grandeur naturelle, polychromées. Elles appartiennent au XV' siècle. On les a rapprochées non à tort, d'une composition du même sujet de Roger van der Weyden. « Si l'on étudie l'attitude et la physionomie de l'ange, — adossé à la colonne de gauche de la nef — ainsi que les détails de son costume, et que l'on compare cette figure avec celle de V Annonciation de Roger de la Pasture (Roger van der Weyden), conservée au musée d'Anvers, on reconnaîtra entre elles des ressemblances si marquées, surtout dans le détail
mités, deux pavillons, du même style, surmontés d'un œil-de-bœuf.
Les portiques latéraux, en retour, les gracieux parterres, donnent à tout Tensemble un aspect général de distinction, quelque chose comme les monumentales dépendances du château de Chantilly.
I/intérieur adû, nécessairement, être approprié à sa destination nouvelle. Des salons vastes et somptueusement décorés, dans le style du xviir siècle, intéresseront moins l'archéologue que les immenses souterrains, s'étendant jusque sous la cour d'honneur.
Leurs voûtes, admirablement appareillées, reposent sur de massives colonnes aux chapiteaux romans. Trois étages se superposent ainsi. Ils servirent de cachot à ce que Ton croit. L'ancienneté du lieu et sa destination première rendent de telles substructions fort explicables. La primitive église, détruite par les Normands et réédifiée en 962, s'élevait en cet endroit.
Plus tard, en 1671, une église plus conforme au goût de l'époque, sinon plus belle, remplaça le temple ancien. Louis XIV, en personne, voulut poser la première pierre. La truelle dont il se servit est encore conservée. Cette église nouvelle était fort riche ; on y voyait des œuvres d'art en grand nombre. Elle possédait, notamment, la grande toile de Saint Martin exorcisant un possédé, œuvre de Jordaens, appartenant aujourd'hui au musée de Bruxelles.
Un parc ombreux environne l'Hôtel de Ville ; il est disposé avec autant d'art que de goût et semble plus étendu qu'il ne l'est en réalité.
A droite du palais, et se détachant sur sa façade latérale, on a érigé, en 1891, une statue à Louis Gallait, le peintre Tournaisien (1810-1887}. Ce bronze a pour auteur M. Guillaume Charlier. Il représente Tartiste en costume de travail, la palette au poing. La ressemblance est parfaite. Le socle, arrangé avec élégance, dans le style dit « moderne » est l'œuvre de M. Horta.
Descendant le jardin de l'Hôtel de Ville, par la place du Parc et la rue des Jésuites, nous nous dirigeons vers l'église Saint-Piat.
La rue des Jésuites, dans une partie considérable de son parcours, est occupée par les bâtiments du séminaire épiscopal, ancien collège des Jésuites, dont l'église, au triple pignon, à front de rue, ne manque pas de noblesse. On en attribue le plan à un architecte brugeois, appartenant à l'ordre, le même sans doute qui conçut la gracieuse chapelle de l'ancien noviciat, déjà mentionné, rue du Quesnoy.
Le vaisseau, très spacieux, est de style ogival ; ses détails de sculp-
ture, où s'accuse le souvenir de la renaissance, sont l'œuvre d'un ciseau délicat. La tribune des orgues, est même de réelle beauté. Tout en marbre blanc, figures d'anges, culs -de-lampe, le tout surmonté d'une élégante balustrade.
Sans rivaliser avec le jubé de la cathédrale, surtout au point de vue de la richesse décorative, le doxal — mot tournaisien — en question
l-HÔtel Je Ville, Fjçaje principale.
n'est pas indigne de lui être comparé pour ses belles proportions et l'élégance de ses lignes. C'est l'œuvre d'un maître non désigné.
En quittant le séminaire, il est intéressant de suivre, à droite, la rue de Bève, partie de l'ancienne enceinte dont elle garde le contour. On arrive ainsi dans le proche voisinage de l'église Saint-Piat.
Bien que fort ancienne — sa construction remonte au xi' siècle, — cette église n'a de particulièrement remarquable que sa tour imposante, à cinq étages en plein cintre, faisant immédiatement songer aux clochers de la cathédrale.
Ce campanile, appliqué au flanc droit de la nef, était destiné à avoir pour pendant une seconde tour, interrompue à la hauteur du premier étage. Une dernière tour, au centre de la nef, devait compléter l'en-
La maison n° 22 de la rue Saint-Piat (brasserie Saint-Piat), datée de 1644, est un spécimen gracieux d'architecture ancienne. Elle est construite en briques et pierres, est pourvue de quatre étages de croisées et
se termine par un pignon à gradins. A signaler aussi, à l'angle de la rue Madame, le curieux morceau de façade romane, avec fenêtre divisée par une gracieuse colonnette. A Tournai même, les constructions civiles de cette époque sont aujourd'hui des plus rares.
Notre chemin, dans la direction du nord, nous fait traverser la rue des Clairisses. Ici, à l'angle de la rue des Carliers, se trouve [n" 12J, une maison que la tradition prétend avoir été celle de saint Piat. En fait, elle est
romane, mais à ce point défigurée que, sans avertissement préalable, elle passerait sûrement inaperçue. Voici donc le lecteur averti.
Rue de la Tète-d'Or, à notre gauche, est située l'École Saint-Luc,
Mvi-<:'c de l'école Pjinl-Lvic : Stulptutc en bois, ii%h.
pour l'enseignement de l'art basé sur les principes gothiques. On y conserve un certain nombre d'anciennes sculptures. Plusieurs sont des plus remarquables; elles ont été recueillies à Tournai même. Il importe de les signaler à l'attention de l'archéologue.
'L'Ensevelissement d'un moine, bas-relief daté de 13Ô5, provient du couvent des Récollets; l'épitaphe de Watiers Antoine et de ses deux épouses, où l'on voit Dieu le i)ère et les saints protecteurs des défunts.
mités, deux pavillons, du même style, surmontés d'un œil-de-bœuf.
Les portiques latéraux, en retour, les gracieux parterres, donnent à tout lensemble un aspect général de distinction, quelque chose comme les monumentales dépendances du château de Chantilly.
L'intérieur a dû, nécessairement, être approprié à sa destination nouvelle. Des salons vastes et somptueusement décorés, dans le style du xviil" siècle, intéresseront moins l'archéologue que les immenses souterrains, s'étendant jusque sous la cour d'honneur.
Leurs voûtes, admirablement appareillées, reposent sur de massives colonnes aux chapiteaux romans. Trois étages se superposent ainsi. Ils servirent de cachot à ce que Ton croit. L'ancienneté du lieu et sa destination première rendent de telles substructions fort explicables. La primitive église, détruite par les Normands et réédifiée en 962, s'élevait en cet endroit.
Plus tard, en 1671, une église plus conforme au goût de l'époque, sinon plus belle, remplaça le temple ancien. Louis XIV, en personne, voulut poser la première pierre. La truelle dont il se servit est encore conservée. Cette église nouvelle était fort riche ; on 3' voyait des œuvres d'art en grand nombre. Elle possédait, notamment, la grande toile de Saint Martin exorcisant tin possédé^ œuvre de Jordaens, appartenant aujourd'hui au musée de Bruxelles.
Un parc ombreux environne l'Hôtel de Ville ; il est disposé avec autant d'art que de goût et semble plus étendu qu'il ne l'est en réalité.
A droite du palais, et se détachant sur sa façade latérale, on a érigé, en 1891, une statue à Louis Gallait, le peintre Tournaisien (1810-1887). Ce bronze a pour auteur M. Guillaume Charlier. Il représente l'artiste en costume de travail, la palette au poing. La ressemblance est parfaite. Le socle, arrangé avec élégance, dans le style dit « moderne » est l'œuvre de M. H or ta.
Descendant le jardin de l'Hôtel de Ville, par la place du Parc et la rue des Jésuites, nous nous dirigeons vers l'église Saint-Piat.
La rue des Jésuites, dans une partie considérable de son parcours, est occupée par les bâtiments du séminaire épiscopal, ancien collège des Jésuites, dont l'église, au triple pignon, à front de rue, ne manque pas de noblesse. On en attribue le plan à un architecte brugeois, appartenant à l'ordre, le même sans doute qui conçut la gracieuse chapelle de l'ancien noviciat, déjà mentionné, rue du Quesnoy.
Le vaisseau, très spacieux, est de style ogival ; ses détails de sculp-
ture, où s'accuse le souvenir de la renaissance, sont l'œuvre d'un ciseau délicat. I-^ tribune des orgues, est même de réelle beauté. Tout en marbre blanc, figures d'anges, culs-de-lampe, le tout surmonté d'une élégante balustrade.
Sans rivaliser avec le jubé de la cathédrale, surtout au point de vue de la richesse décorative, le doxal — mot tournaisien — en question