‹ Garcia MorenoChapitre 104 sur 183 · Message au Congrès · texte numérisé non relu

Message au Congrès

que le simple peuple, rhomme nécessaire de Tavenir. • La constitution interdisait au président, son mandat expiré, de sortir du territoire avant un an sans l'autorisation du congrès. Garcia Moreno, qui voulait avoir ses coudées franches, demanda cette autorisation. Aussitôt grand émoi dans le public, à. la seule pensée que Garcia Moreno pût s'éloigner de TÉquateur. Chacun croyait voir grandir Tombre d'Urbina à mesure que disparaîtrait dans le lointain le héros de Jambeli. Des imprimés, répandus dans la capitale, jetèrent partout le cri d'alarme : « Autoriser l'ex-président à quitter l'Equateur, ce serait, disait-on, permettre aux anarchistes d'y rentrer. Garcia Moreno, le fondateur de l'ordre et du progrès, ne pouvait exposer son pays aux basses vengeances du parti de l'extermination. Ni les patriotes du congrès, ni le président si dévoué au bien du pays, ne devaient consentir à voir s'éloigner le premier citoyen de l'Equateur, la colonne de l'État, la terreur de ses ennemis ^ » Sous le coup de l'émotion populaire, une pétition réclamant formellement l'interdiction fut soumise au congi'ès, qui la discuta très chaudement. Les partisans de l'affirmative et de la négative donnèrent de leur opinion les raisons les plus curieuses, mais aussi les plus glorieuses pour Garcia Moreno.

La prohibition constitutionnelle de quitter le pays, disaient les uns, n'a d'autre objet que de rendre effective la responsabilité de l'ex-président devant le congrès : donc nulle raison de la maintenir après la clôture du congrès, puisque alors aucune juridiction n'a le droit de le mettre en cause. Il fallait par suite accorder l'autorisation demandée, mais en insistant près du grand citoyen pour qu'il demeurât au sein de la nation, attendu qu'elle avait toujours besoin de ses importants

l. • Alarma.' • Quito, 25 septembre 1865.

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services. Soutenir par son influence radminislration actuelle, achever à force de dévouement la grande œuvre de régénération sociale et politique due à son initiative : tel était son rôle dans Tavenir. D'ailleurs, Garcia Moreno, le plus ferme appui des libertés publiques, ne pouvait priver le pays du seul bras assez vigoureux pour contenir les fureurs d'une démagogie sans frein. En adoptant ce moyen terme, ajoutaient ces députés, la représentation nationale « donnerait à Texprésident une double marque de confiance : elle lui permettrait de sortir du pays dans un temps prohibé par la constitution, tout en le suppliant, pour le bien géuéral, de n'en rien faire, le cas excepté où le service de la République l'appellerait à l'étranger. »

Les adversaires soutenaient que « le bien public devait remporter sur les convenances particulières. Or, au dedans et au dehors, d'incorrigibles perturbateurs rêvaient toujours le bouleversement du pays : la présence de Garcia Moreno restait nécessaire pour prévenir leurs complots ou pour les réprimer. C'était un homme irremplaçable, non seulement à cause de ses qualités hors ligne, mais en raison du respect et de l'amour que le peuple et l'armée lui avaient voués. D'ailleurs, en prenant possession du fauteuil, le président actuel de la République n'avait-il pas énuméré, parmi les éléments sur lesquels il comptait pour accomplir son programme, « la coopération patriotique de son illustre prédécesseur? Les ennemis politiques de l'Equateur n'ignorent pas que le bras de fer de Garcia Moreno reste notre plus solide rempart contre leurs entreprises : aussi voudraient-ils l'éloigner de nous. Le congrès a le droit et le devoir de frustrer leurs espérances. » Un député insista sur cette considération que Garcia Moreno, le père du peuple, était aussi le moralisateur de l'armée. « Or, survienne un différend avec une puissance voisine.

une guerre avec le Pérou, par exemple, qui commandera l'armée? S'il faut lancer une escadre, qui la dirigera? Le seul chef de l'armée, sur terre comme sur mer, c'est Garcia Moreno. »

Jamais peut-être homme politique ne fut l'objet d'un débat semblable au sein d'un parlement. La majorité, d'accord avec le vœu populaire, vota l'internement de « l'homme nécessaire ». Cette discussion et cette décision du congrès prouvent, à elles seules, la grande position et l'influence absolument prédominante de Garcia Moreno au sortir de sa première présidence, position et influence dont il faudra tenir compte pour s'expliquer les événements extraordinaires qui vont se dérouler sous nos yeux.

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