Csut^acion del suffragio publico^ Quito, août
trembleurs*. La nomination des dignitaires lui fit comprendre qu'Urbina n'était pas loin. Son factotum, Pedro Carbo, la cheville ouvrière de toutes les insurrections, fut nommé président; Parra, autre agent d'Urbina, vice-président; Endara, le rédacteur du pronunciamento de Quinche, un des graciés de 1864, secrétaire : décidément, le sénat se transformait en club urbiniste.
On vint lire à cette bande de francs-maçons iin message fait de lait et de miel. Lie président vivait dans les meilleurs termes avec ses voisins, et grâces au ciel, la paix régnait aussi à Tintérieur. « Depuis le dernier congrès l'ordre n'avait pas été troublé ; rien ne faisait présager la moindre crainte pour l'avenir. Il avait observé de point en point la constitution et les lois, garanti la liberté de tous les citoyens sans distinction de nuance politique, étendu sa main paternelle sur tous les réfugiés, en un mot pacifié la République. Si, malgré ses désirs, la clémence n'avait point embrassé tous les expatriés, c'est que la prudence doit accompagner la générosité. Du reste, à la première preuve dé repentir, d'obéissance, et de bonne conduite, les portes de la patrie s'ouvriront pour les recevoir. Du pouvoir extraordinaire dont on l'avait un instant revêtu, il n'avait fait aucun usage ni pour molester les citoyens ni
1. Avant son arrivée, les corridors du palais étaient pleins de libéraux et de radicaux qui déclamaient contre Télection illégale de Garcia MoreQo. C^était à qui prodiguerait le plus d'insultes à Tex-président, quand tout à coup on entend prononcer son nom.
« Est-ce bien Garcia Moreno? «• s'écrient tous ces braves. C'était lui en effet qui gravissait les marches du palais. Le silence se fait comme par enchantement, chacun se range pour le laisser passer, et tous mettent la main au chapeau en signe de respect. Garcia Moreno traverse les rangs d'un air résolu et se dirige vers la salle des séances. A son entrée, tous les sénateurs se lèvent pour le i-ecevoir.
pour les déporter hors du pays^ » La bande radicale applaudit à tout rompre, en se disant intérieurement que si ce président débonnaire avait mieux usé de ses droits, elle gémirait en prison au lieu de se pavaner au sénat.
Ces formalités accomplies, on procéda immédiatement à la vérification des pouvoirs. Comme tous ses collègues, Gracia Moreno remit aux mains du secrétaire Endara Fact^ officiel de son élection, pour qu'U en fût donné lecture à rassemblée. Endara, troublé par Tascendant et le regard de Garcia Moreno, balbutiait et tâtonnait tellement que, de son banc, calme et imperturbable, ce dernier l'interrompit plusieurs fois pour le rectifier. Le lendemain, la pommission chargée d'examiner les rapports des juntes conclut à l'admission de tous les sénateurs, sauf du seul Garcia Moreno.
Cependant, parmi les sénateurs se trouvait un homme juste et consciencieux, ennemi politique de l'ex-président, mais ami passionné du droit et de la justice : le docteur Antonio Mata. A peine la commission eut-elle formulé ses conclusions, qu'il les attaqua au nom de la légalité. « Comme moi, dit-il, vous faites profession de soumission absolue à la loi. Sans la subordination complète de la volonté humaine à la loi, il n'y a pas de République, mais l'anarchie érigée en principe. Or, la loi constitutionnelle en matière d'élections législatives, c'est que la junte provinciale seule a qualité pour statuer sur l'admissibilité des candidats élus. Pour infirmer son jugement, il faut en appeler à la cour suprême; à défaut d'appel, ses décisions ont force de loi. Elles sont assimilées dans Tordre politique au verdict des tribunaux en matière ci\ile et criminelle. Injustes ou abusives, elles sont irréformables,