‹ Garcia MorenoChapitre 113 sur 183 · Message en · texte numérisé non relu

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sauf recours 'à la juridiction compétente. Vous êtes donc absolument incompétents, d'après notre législation, pour disqualifier un sénateur qualifié tel par la junte provinciale. Votre droit se borne à déférer son verdict au tribunal supérieur. »

La majorité connaissait parfaitement la loi, mais ces hypocrites prôneurs de Tégalité ne se gênent nullement pour la fouler aux pieds quand elle contraria leurs passions. A ce raisonnement d'une lucidité transparente, ils opposèrent de ridicules arguties, des vociférations contre la junte et des invectives contre Garcia Moreno. D'un trait de son inexorable logique, le docteur Mata leur prouva qu'ils battaient la campagne et les défia de traiter la question de droit. Irrités d'une opposition A laquelle ils ne s'attendaient pas, les urbinistes devinrent insolents. L'avocat Mestanza, qui se croyait satirique, affirma que tous les maux de l'Equateur avaient leuf source dans le caractère « de certains Équatoriens, doux et humbles de cœur, et par trop évangéliques, toujours disposés à tendre la joue gauche à ceux qui les avaient souffletés sur la droite, et à baiser la main des misérables qui les avaient déshonorés. » Après cette incartade, venait une charge à fond contre Garcia Moreno, dans le but de couvrir le manque absolu de raison.

Le docteur Mata bondit pour la troisième fois de son siège et lança cette apostrophe qui dut faire baisser les yeux aux plus éhontés : « Je voudrais bien être, mais par malheur je ne suis pas l'homme évangélique dont vient de parler le préopinant. Je n'ai point fléchi le genou devant l'homme qui m'a outragé, ni baisé la main qui m'a fait un affront. Dans mes veines circule un sang qui ne s'échauffe que trop vite. J'ai un cœur troj) impressionnable et trop sensible à l'injure; toutefois, au fond de mon âme il y a une conscience, et cette conscience me dit que je suis dans cette chambre pour

y apporter, non mes griefis et mes ressentiments personnels, mais un sentiment de justice que personne n'arrachera de mon cœur. »

Trois ou quatre sénateurs votèrent avec le docteur Mata l*admission de Garcia Moreno; tous les autres, emportés par Tesprit de vengeance ou la rage révolutionnaire, prononcèrent l'exclusion. Ce déni de justice ne les empêchera pas de dire que la République personnifie la légalité, et que jamais ils ne pardonneront à Garcia Moreno d'avoir violé la constitution et les lois. Cependant, ces tartufes n'osèrent paraître au journal officiel sous les verges du docteur Mata : ils supprimèrent des actes du congrès les discours vengeurs qui les marquaient du signe de l'iniquité, comme le fer rouge imprimé sur l'épaule du condamné le stigmate de son crime. Quant au sénateur invalidé, connaissant d'avance le verdict qu'allaient rendre ces grotesques comédiens, il n'avait pas attendu la fin de la pièce pour préparer son retour à Guayaquîl.

Une fois débarrassés de Garcia Moreno, le plus ferme appui de l'ordre, les révolutionnaires dressèrent leurs batteries contre l'ordre lui-même représenté par le gouvernement. Deux petits projets de loi suffirent pour démanteler la forteresse ^: l'un supprimait la haute police afin de laisser toute liberté aux conspirateurs, et l'autre décrétait la responsabilité des hauts fonctionnaires afin de les intimider en cas de crise et d'isoler le pouvoir. Cela fait, le sénat mit en accusation le président Carrion et son uAnistre Bustamante, pour délit d'illégalités administratives.

Le président avait le choix entre balayer cette assemblée radicale ou succomber sous ses coups. Au lieu d'agir avec force et décision, il se montra comme toujours irrésolu et inconséquent. Afin d'avoir Toccasion de s'armer de pouvoirs extraordinaires, il imagina je

ne sais quel complot contre la sûreté de TÉtat et déporta cinq ou six individus qu'on disait compromis dans cette conspiration. Flairant une manœuvre du ministre Bustamante, le sénat voulut savoir quels faits avaient motivé ces arrestations, mais le gouvernement répondit qu'il tenait les fils d'une grave conjuration «lont il révélerait les détails en temps opportun. Làdessus, le docteur Mestanza, impatienté, s'écria « qu'il n'y avait d'autre conjuration en train que celle du gouvernement contre le peuple et la constitution » .

C'était une déclaration de guerre. Bustamante se croyant assez fort pour tenir tête au congrès, fit empri-^ sonner Mestanza et cinq autres représentants, ce qui mit toute la capitale en émoi. Au lieu de se rendre, le congrès se déclara en permanence jusqu'au moment où les députés incarcérés lui seraient rendus. Comme il fallait en finir, Bustamante décréta la dissolution du congrès et posta un bataillon aux abords de la chambre pour disperser les représentants en cas de résistance. Mais la loi sur la responsabilité des fonctionnaires avait si bien produit son eflfet, que le gouverneur de la province, don Mariano Bustamante, bien que proche parent du ministre, refusa de notifier au congrès le décret de dissolution. Durant cet imbroglio, les représentantSy furieux de voir les soldats entourer le palais, se répandaient en discours incendiaires contre le despotisme : Carbo invectivait contre Carrion et Bustamante ; Angulo exhortait ses collègues à faire bravement leur devoir; un autre rappelait l'exemple des sénateurs romains attendant la mort sur leurs chaises curules. Mais au lieu de coups de fusils, on leur envoya la démission de Bustamante, ce qui les calma durant quelques jours.

Alors pour échapper aux radicaux que ces concessions avaient rendus tout-puissants,- Carrion prit le

parti de s'entourer de conservateurs déclarés, et choisit pour ministre Raphaël Carvajal. Manuel Ascasubi et le général Davallos, tous trois intimes amis de Garcia Moreno. Il fit même offrir à Tex-président le commandement de l'armée. Celui-ci, pour ne pas compromettre sa responsabilité dans une situation humainement inextricable, répondit « qu'il fallait laisser aux militaires d^ profession l'honneur des grades hiérarchiques, mais que néanmoins il se mettrait & la disposition du gouvernement le jour où l'indépendance nationale serait menacée. » Au fond, il n'avait aucune confiance dans la sincérité du gouvernement. « Je me réjouirais, écrivait-il à un ami, de l'installation du nouveau cabinet, si j'avais l'espoir que le président ne se tournera pas de nouveau vers le malheureux Bustamante pour en faite cette fois encore le vrai et unique chef de la république. Ne nous faisons pas illusion : le nouveau ministère fait tout simplement l'office d'un paratonnerre : s'il s'échoue, il se discrédite, sans profit pour le pays; s'il parvient à sauver le vaisseau de la tempête, Bustamante l'écartera doucement quand il se croira en mesure de reprendre le gouvernail. Nous assistons à une nouvelle péripétie, et non au dénouement du drame ^ »

En effet, irrité de la volte-face exécutée par le gouvernement, le congrès se vengea en mettant à son ordre du jour l'accusation portée contre Carrion et Bustamante d'avoir violé la constitution dans le conflit avec les députés, ce qui les mit dans un étrange embarras. « La solution de la crise, écrivait à cette occasion Garcia Moreno, va dépendre du verdict de condamnation ou d'absolution que va porter le congrès. L'absolution, c'est la réconciliation des accusés avec les rouges et le triomphe des bandits d'Urbina. La condamnation ou

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