‹ Garcia MorenoChapitre 126 sur 183 · Citation empruntée à VEstrella de Mayo · texte numérisé non relu

Citation empruntée à VEstrella de Mayo

liberté vraie : la liberté du père de famille et celle du propriétaire étaient garaoties ; la liberté de la presse et la liberté d'association existaient, à condition de respecter la religion, la morale, et Tordre public. Que voulait-on de plus? La liberté de Timpiété, de l'immoralité, de la sédition, de la destruction? 'Le mal et les malfaiteurs n'ont aucun droit à la liberté. Encore ime fois, le peuple applaudit, mais le libéralisme, essentiellement fondé sur le droit des malfaiteui*s à Ja liberté, trouvait ces doctrines intolérables.

On essaya surtout d'épouvanter les ignorants en représentant Tétat de siège, dont le peuple entendait parler pour la première fois, comme un droit monstrueux, dévolu au président pour rétablir l'Inquisition, traîner ses ennemis devant le conseil de guerre, 'et organiser la terreur. Il fut facile aux conservateurs de montrer que l'état de siège n'avait d'autre but que de protéger les bons et de faire trembler les méchants.

Néanmoins, après trois mois de discussion passionnées, comptant sur un certain nombre d'esprits crédules, les conjurés crurent le moment venu d'exécuter leur infâme dessein. Au commencement de décembre, plusieurs jeunes gens, à la tête desquels se trouvait un certain Manuel Cornejo, proche parent du révolutionnaire Esp'mel, tinrent un conciliabule dans la maison de ce dernier, pour concerter le moyen d'assassiner le président et de s'emparer des casernes de Quito pendant que leurs affldés insurgeraient Guayaquil et Cuenca. Il leur parut que, pour ne pas manquer le coup, la manœuvre la plus sûre était d'envelopper le président dans un cercle de meurtriers qui le frapperaient tous à la fois; mais Espinel n'approuva point cette tactique, qui, selon lui, exposait les conjurés à se blesser les uns les autres. Mieux valait attaquer de front, en se précipitant sur la victime avec ensemble. Le président

abattu, les assassins avaient l'intention de s'élancer immédiatement sur la caserne avec un certain nombre de complices, de massacrer le général Saênz, qui commandait les troupes, et de proclamer Urbina chef du pays. Toutefois le brave Espinel leur conseilla, s'il se présentait 1^ moindre danger, de remettre à un autre jour l'attaque de la caserne. Il ne fallait pas renouveler Terreur de Maldonado, qui manqua son coup faute de précautions. Espinel ajouta que si Garcia Horeno ne tombait pas sous leurs coups, il n'avait plus, lui, pauvre vieillard, qu'à quitter sa famille pour errer, sans ressources, en pays étranger. N'étaient son âge, ses enfants, et la crainte qu'on ne l'accusât d'avoir satisfait une vengeance personnelle, il guiderait lui-même les conjurés, le poignarda la main ^ Quel excellent homme que cet Espinel, et conmie ces bandits sont bien venus à hurler contre l'état de siège !

La Providence déjoua encore une fois ces trames infernales.' Le 14 décembre, au moment d'en venir à l'exécution, un des initiés, Sanchez, cédant aux remords qui déchiraient son cœur, découvrit au président son fatal secret et le nom des assassins. Tous furent saisis, excepté le vieux routier d'Espinel qui s'évada au premier cri d'alarme. Cornejo et ses complices, traduits devant le conseil de guerre, s'entendirent condamner à mort; mais l'adolescent Cornejo, on va le voir, avait dans les veines du saog d'Espinel.

Reconduit à la caserne pour y attendre l'heure de l'exécution, Cornejo pleurait h, chaudes larmes. Vers une heure du matin, le colonel Dalgo, faisant sa ronde, le vit avec étonnement tomber à ses genoux, puis le supplier par tous les saints du ciel de lui obtenir à rheure même une audience de Garcia Horeno. Le pau-

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