Vacïona/, janvier 18T
Dès la découverte de la coaspîration, le président mit en état de siège la province de Quito, mesure qull étendit à toute la République, en apprenant les désordres de Cuenca. « Équatoriens, dit-il, une poignée d'hommes perdus creusaient de nouveau sous vos pieds Tablme des révolutions; mais la Providence divine, l'adhésion d'un peuple à la constitution, et la fidélité de Tarmée, ont rendu impossible l'assassinat du 14 de ce mois, prélude d'une série d'horribles crimes. Les principaux auteurs de cet attentat sont dans les mains de la justice et subiront la rigueur des lois. Quelques traîtres, escomptant l'impunité que devait leur assurer le lâche assassinat de Quito, ont essayé de se révolter à Cuenca ; mais l'apparition d'une compagnie de gardes nationaux les a forcés de se rendre ou de rentrer dans l'ombre. Us recevront le juste châtiment de leurs forfaits. Soyez donc sans crainte, car Dieu vous protège visiblement. Abrités sous sa sauvegarde, nous répondons de la paix et de la prospérité de notre bien- aimée patrie.' »
Les révoltés de Cuenca furent traduits devant un conseil de guerre. On essaya d'intimider les juges en affichant sur les murs des menaces de mort. « Vous allez, disait-on, juger des amis de la liberté, dont le crime est d'avoir voulu délivrer leur patrie et la vôtre des serres sanglantes d'un lâche oppresseur. Gardez* vous de les condamner, car vos tètes répondront de la leur. A défaut d'épée pour combattre au grand jour, le poignard vous frappera dans l'ombre : nous en faisons le serment. » Les terroristes en furent pour leurs frais; le conseil de guerre condamna les principaux coupables à la peine de la mort, et les autres aux travaux forcés. Certains libéraux s'apitoyèrent alors sur le sort de ces sicaires ; pour implorer leur grâce, des dames sensibles envoyèrent au président une lettre pleine de larmes;
elles en reçurent cette réponse indignée : « C'est sur le sort du gouverneur que les habitants de Cuenca auraient dû s'apitoyer. Quand on reste sourd aux cris des victimes, on perd le droit d'invoquer la clémence en faveur des assassins. »
Après dix ans de combats, le président restait le maître. Battue trois fois dans ces neuf derniers mois, à Guayaquil, à Quito, à Cuenca, la Révolution comprit enfin que le peuple s'unissait au gouvernement pour donner congé aux anarchistes. Les chefs prirent la route du Pérou ou de la Nouvelle-Grenade, attendant des jours plus favorables aux travaux maçonniques. Le calme le plus complet s'établit dans le pays, ce qui permit à Garcia Moreno de s'adonner tout entier à son œuvre civilisatrice