‹ Garcia MorenoChapitre 131 sur 183 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l'instruction publique

L'instruction publique n'existait avant Garcia Horeno qu'à Tétat rudimentaire. Sous la domination espagnole, l'université de Quito avait produit des latinistes, des philosophes, des théologiens, des jurisconsultes, mais peu d'hommes versés dans les études littéraires et scientifiques. Quelques rares collèges, accessibles aux seuls privilégiés de la fortune ; pour la masse du peuple des embryons d'écoles primaires, justement méprisées; pour les indiens, le simple enseignement de la doctrine chrétienne donné chaque dimanche par les pasteurs. La Révolution détruisit même ces pauvres germes : au milieu des conflits, des guerres, des insurrections, on sentait moins le besoin de collèges que de casernes; de professeurs, que de capitaines. Durant un quart de siècle, les salles de l'université, les collèges, les séminaires, les couvenis se remplirent non d'étudiants mais de soldats. Les murailles noircies de fumée, couvertes d'ignobles dictons ou de dessins obscènes; les œuvres d'art, de peinture ou de sculpture souillées ou mutilées, montrent clairement le niveau de l'instruction à cette époque, ftocafuerte fit un effort \4goureux pour réorganiser l'enseignement, mais Ur-

bina, nous l'avons vu, travailla de toutes ses forces à le ruiner de fond en comble. Le mémoire présenté par Garcia Moreno au congrès de 1863, expose « le triste et lamentable état de Tinstruction publique depuis qu'Urbina avait édicté la loi des études, et converti en caserne Tunique collège de la capitale. C'est la décadence complète de l'enseignement scientifique et littéraire. On dirait que les législateurs de 1853 ont eu à cœur de conduire la république dans un abime de malheurs par le chemin de la barbarie. »

Le même fait avait été constaté, deux ans auparavant, par D. F. Cevallos^ à l'occasion de sa réception dans V Académie nationale ^ récemment fondée à Quito. « Comme les membres de cette Académie se connaissent à peine, disait-il, et que je n'ai sous les yeux ni auteurs ni livres, je m'abstiens de tout panégyrique... L'idée d'une académie à l'Equateur paraîtra tellement étrange que si notre société ne prend pas la ferme résolution de soufirir patiemment les averses de quolibets qui vont pleuvoir sur elle de tous les collèges, universités, tribunes, journaux, revues et salons, je puis vous annoncer que vous ne vivrez pas un jour. Si l'on considère les illustres académiciens qui dominent en Europe le monde scientifique et littéraire, difficilement on vous regardera sans sourire. Où sont nos savants, nos lettrés, nos laboratoires, nos bibliothèques? Où se trouve chez nous, pauvres enfants de l'ignorance et de la révolte, cette classe de penseurs assez dédaigneux des préoccupations domestiques pour se livrer exclusivement à l'étude de la philosophie et des sciences? »

Après ce début, qui établissait le niveau présent de l'instruction, l'académicien envisageait l'avenir et mettait ses confrères en garde contre l'inconstance et Tim-

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