L'auteur distingué de VHistoriadel Ecuador, 5 vol. Quito
patience : « Nous voudrions, disait-il, aplanir les Andes en un an et défricher nos bois en un jour. Avec une volonté calme et toujours égale, les hommes triomphent de rimpossible. Qui sait? un jour luira peut-être, non pour nous, mais pour la patrie qui ne meurt pas, où rÉquatorien, pénétré de la science des autres peuples, soulèvera, de concert avec eux, le voile dont la nature enveloppe ses secrets et ouvrira des sentiers nouveaux aux progrès du génie humain. L'intelligence et la raison n'ont ni âge, ni race, ni patrie ; elles sont de tous les temps et constituent Tapanage de tous les peuples. Avec une volonté forte, on les ferait resplendir au Napo aussi bien que dans la docte Allemagne. »
Ce beau rêve, caressé pour un avenir lointain, l'académicien put, dix ans après, en contempler la réalisation. Un homme de génie et de volonté prononça le Fiat lux au milieu de ces ténèbres, et la vérité sous toutes ses faces illumina les esprits. Il faudrait un volume pour raconter les merveilles opérées par Garcia Moreno en quelques années, merveilles d'autant plus admirables qu'il eut à vaincre, pour réussir, de véritables impossibilités matérielles et morales. Comment déterminer à l'étude ces races apathiques par tempérament, qui s'autorisent de leur soleil, de leur climat, et de leurs montagnes, pour s'exempter du travail? Comment remonter le torrent des habitudes séculaires, vaincre l'opposition des municipalités routinières et les sophismes des politiques à courte vue? Où trouver, dans ce pays pauvre, de l'argent pour bâtir des écoles et des collèges? Où recruter des professeurs pour enseigner? Cette tâche gigantesque n'effraya point Garcia Moreno.
Préoccupé de relever le niveau moral et intellectuel du peuple, il travailla d'abord à réformer l'instruction primaire, triste apanage d'un très petit nombre d'enfants, qui végétaient dans des écoles mal organisées et
plus mal dirigées. Dès sa première présidence, il posa les bases d'une rénovation complète, en appelant à rÉquateur différentes congrégations enseignantes, frères des Écoles chrétiennes, sœurs de Charité, dames du Sacré-Cœur, religieuses de la Providence, qu'il installa dans les grandes villes, à Quito, à Cuenca, à Guayaquil, pour y fonder des écoles gratuites et libres. Il détruisit ainsi d'un seul coup le monopole de l'université, rompit avec les vieilles méthodes, et suscita des écoles modèles qui bientôt discréditèrent celles de l'État. Ce n'était là pourtant qu'une pierre d'attente pour le jour où, revêtu d'une autorité suffisante, il pourrait agir en maître.
Au congrès de 1871, le message dévoila son plan tout entier. « L'instruction publique, dit-il, est l'objet constant de notre sollicitude. L'enseignement primaire, le premier en importance, parce qu'il s'adresse à tous et sert de préparation aux études plus élevées, a reçu de préférence les soins du gouvernement. Malheureusement la législation actuelle nous laisse sans moyens d'action suffisante pour donner à cette œuvre la vie et l'impulsion. Qu'importent en effet l'ouverture d'un certain nombre de classes gratuites placées sous la direction des frères, et la construction d'édifices très coûteux destinés aux filles de la Charité et aux reUgieuses du Sacré-Cœur? Aussi longtemps que l'instruction primaire dépendra des conseils académiques de province pour le choLx de l'instituteur, et des municipalités pour les dotations, on verra beaucoup de paroisses privées d'écoles, et d'autres en danger de perdre celles qu'elles possèdent, sous un coupable prétexte d'économie, ou bien parce que les instituteurs, insuffisamment rétribués, refusent de se consacrer à cette tâche laborieuse et ingrate. Il nous restera ceux que leur ignorance ou leur inconduite vouent à ce labeur devenu leur unique
gagne-pain. L'enseignement primaire chez nous a toujours été la carrière de ceux qui n'en ont pas d'autre, et le résultat de cette déplorable situation, c'est qu après plusieurs années irrémédiablement perdues, les enfants sortent de ces bouges d'ignorance la tête vide d'idées utiles et le cœur plein d'exemples pernicieux. Ajoutez que, faute de maîtres ou de bonne volonté de la part des parents, la moitié des enfants peut-être ne reçoit aucune instruction. Est-il étonnant que l'ignorance et l'abjection se transmettent comme un héritage falal, que la paresseuse indolence se perpétue comme une tache indélébile, et que la race indigène en particulier croupisse dans sa dégradation? Pour remédier à ce mal suprême, le projet de loi que je vous présente concède au gouvernement l'autorisation d'ou\Tir de nouvelles écoles, de manière à pourvoir à l'éducation de deux cent mille enfants, et déclare l'instruction primaire gratuite et obligatoire pour tous, excepté pour les nécessiteux. »
Cette loi, votée par le congrès, réveilla les plus indolents. L'école obligatoire pour tous les enfants de huit à douze ans, les parents déclarés responsables et passibles d'une amende de plusieurs' piastres, des prestations correspondantes à dix jours de travail imposées aux adultes illettrés, sans compter la privation des droits civiques stipulée par la constitution : telles étaient les dispositions relatives aux particuliers. Quant aux communes, toute agglomération pouvant fournir cinquante enfants de six à douze ans, avait le droit d'exiger une école primaire. Au gouvernement, tenu de l'établir même si la paroisse n'en faisait psis la demande, la responsabilité de tout retard coupable dans Taccomplissement de ce devoir ^