‹ Garcia MorenoChapitre 14 sur 183 · necopil. VI, titi-c X · texte numérisé non relu

necopil. VI, titi-c X

Robertson, de cette question du travail, longtemps débattue, dépendait l'avenir et même Texistence des colonies. Le grand ministre Ximénès, d'accord avec Las Casas, envoya sur place une commission de religieux et de jurisconsultes pour la résoudre. Or, après de longues informations et de mûres délibérations, ces commissaires reconnurent a que les Espagnols établis en Amérique étaient en trop petit nombre pour exploiter les mines ouvertes et cultiver le pays ; que pour ces deux genres de travaux, ils ne pouvaient se passer des indiens; que si on leur ôtait ce secours, il faudrait, abandonner les conquêtes, et qu'enfin, sans l'autorité d'un maître, il n'y avait aucun moyen assez puissant pour faire surmonter aux indiens leur aversion naturelle pour toute espèce de travail ^ Pour tous ces motifs, ils jugèrent nécessaire de tolérer les repartimientos n . Et cependant les rois n'y consentirent qu'après avoir édicté de nouveaux règlements pour empêcher les abus. « Nous vous ordonnons, écrivait Charles-Quint à Tévêque du Pérou, nommé protecteur des indiens, de faire toutes les perquisitions nécessaires pour vous assurer du bon traitement des indiens. Si les colons qui les ont en garde abusent de leur autorité, nous vous donnons le droit de les punir, soit par la prison, soit par une amende pécuniaire. » Donc si Ton commit des crimes au Nouveau-Monde, il faut en accuser, non les rois catholiques qui ont tout fait pour les prévenir, mais cette auri sacra famés, cette maudite passion de l'or qui désola le monde ancien et courbe aujour(jl'hui l'Europe esclave, en dépit des lois républicaines ou monarchiques, aux pieds de quelques banquiers juifs.

1. Aujourd'hui encore, après trois siècles de civilisation, los propriétaires d'haciendas sont obligôs de recourir aux moyens de coercition pour vaincre l'incroyable paresse de l'iiidion.

De là aussi Tiinportation des nègres dans les colonies. Les rois catholiques s*y opposèrent d'abord, mais on leur représenta que les Portugais et les Anglais faisaient sans scrupule ce commerce de chair humaine. Pourquoi ne pas utiliser ces africains que les négriers amenaient aux Antilles? Plus robustes et plus courageux que les indiens, ils donneraient leur travail et recevraient en échange les bienfaits d'une civilisation à laquelle^ dans leur pays, ils resteraient fatalement étrangers. Débordés par les nécessités d'un empire qui s'étendait du Mexique au détroit de Magellan, les rois d'Espagne tolérèrent chez eux un ordre de choses établi partout. Les pap^ seuls, Léon X, Paul III, Urbain VIII, Benoit XIV, qui, au nom du droit naturel, proscrivirent l'infâme traite des noirs, peuvent leur reprocher cette tolérance, car les colonies portugaises, anglaises, françaises, regorgeaient de nègres aussi bien que les colonies espagnoles. Le grand apôtre de l'humanité, Voltaire, s'enrichissait en faisant la traite des noirs, et ce trafic souriait si bien au philosophe Mably qu'il proposait d'établir l'esclavage en Europe pour améliorer la culture.

Enfin, pour ne rien dissimuler, on a reproché à la mère-patrie un système économique qui, pour lui être commun avec d'autres pays, n'en était pas moins funeste au progrès matériel des colonies. Tout pour la métropole et par la métropole, semblait être la devise du Grand Conseil des Indes. De là centralisation de toutes les affaires ecclésiastiques, militaires et commerciales, création de monopoles et de prohibitions préjudiciables aux intérêts de l'agriculture, du commerce et de l'industrie, et par suite plaintes et récriminations des colons assez forts, après deux siècles de travail et d'organisation, pour sortir de l'enfance et voler un peu de leurs propres ailes.

Telle était la tendance des esprits au milieu du dixhuitième siècle, mais, il faut le reconnaître, entre cet adolescent qui réclame de sa mère un peu plus de liberté , et le rebelle qui, les armes à la main, demandera tout à rheure indépendance et séparation, il y a un abîme. L'américain aimait l'Espagne, il aimait ses rois, il leur faisait d'humbles remontrances, mais jamais il ne lui vint à ridée de se déclarer indépendant à leur égard avant qu'eux-mêmes se fussent déclarés indépendants de Dieu, du Christ et de son Église. Le Roi du ciel avait donné l'Amérique aux rois catholiques, il l'enleva aux rois philosophes et régaliens.

C'était le temps où, sous l'impulsion donnée par les Luther et les Machiavel, continuée par les Buchanan et les Pithou, le césarisme antique relevait la tête sous le nom de régalisme. Oublieux du Christ et du vieux droit chrétien, les princes mettaient la couroùne audessus de la tiare et se proclamaient libres de tout contrôle ici-bas, L'Allemagne, la Suisse, l'Angleterre, la Suède, le Danemark, avaient rompu avec le pape pour fonder des églises nationales sous la juridiction du ix)i, redevenu Vimperator et pontifex du vieux paganisme. Les caprices du monarque se transformèrent en lois d'État, selon la formule du droit absolutiste : « ce qui plaît au roi a force de loi S). Au nom du droit de Dieu, les pontifes réclamèrent contre cette nouvelle invasion d'un despotisme qu'on croyait mort à jamais. Louis XIV leur déclara dans ses quatre articles de 1682 :.« que les papes Df'ont aucun pouvoir direct ni indirect sur le temporel des rois, et que d'ailleurs le concile l'emporte sur le pape, dont les actes sont limités par les saints canons et les jugements réformables. » C'était la confiscation de l'autorité pontificale au profit de l'absolutisme royal.

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