‹ Garcia MorenoChapitre 146 sur 183 · Mossag'c (ic 187o · texte numérisé non relu

Mossag'c (ic 187o

2. Ibid. La science n'a pas reconnu dans celle planlc les proprié- ,lés sp(kMfiques qu'on lui attribuail.

rent abandonnés, les chemins restèrent inachevés, la route nationale elle-même ne put jamais s'unir à la voie ferrée de Yaguachi. En voyant cet avortement d'une œuvre colossale, on put répéter après dix ans ce qu'on a dit au premier jour : « En assassinant Garcia Moreno, les meurtriers ont assassiné la République. »

Nous n'en finirions pas si nous voulions énumérer tous les travaux accomplis par Garcia Moreno pour élever son pays jusqu'à la hauteur des nations les plus civilisées de l'Europe. Sans parler ici du port de Guayaquil qu'au moyen de dragueurs achetés à grands frais il débarrassa des obstacles accumulés depuis des siècles à l'embouchure du Guayas; ni des phares magnifiques qu'il fit construire dans ce port et sur divers points du littoral; ni de la reconstitution de la ville d'ibarra, bornons-nous à mentionner la transformation complète de la capitale, qui fut, avec la route nationale, son œuvre de prédilection.

L'antique cité de Quito, malgré son passé si riche en souvenirs, son importance présente au point de vue civil et religieux, et sa population de quatre-vingt mille âmes, n'avait point de voie carrossable. Il était même assez malaisé de la traverser à pied, par suite de l'escarpement des rues qui s'élèvent en amphithéâtre sur les flancs du Pichincha. A peine installé au pouvoir, le président entreprit d'exhausser le terrain dans les parties basses de la cité, et de l'abaisser dans les supérieures. Mais, comme ce travail de nivellement avait pour conséquence d'enfouir certaines maisons et de surélever les autres, l'égoïsme des particuliers l'emporta sur le bien général, et souleva une tempête de malédictions contre l'insensé qui mettait la viUe sens dessus dessous. Selon sa coutume, le président laissa hurler les mécontents, se mit à la tête des terrassiers et fit de ces rues sales et boueuses, si décriées par les

touristes *, de belles voies magnifiquement pavées et d'une pente assez douce pour permettre aux voitures d'y circuler librement. Cela fait, il restaura les édifices publics qui tombaient en ruine, en éleva d'autres de la plus belle architecture, transforma la Plaza Mayor, un infect cloaque, en square couvert de fleurs et d'arbustes, si bien que la vieille et grondeuse Quito se réveilla un jour métamorphosée en une gracieuse et souriante cité que les étrangers admirent. Elle applaudit alors, comme tout le monde, l'homme de génie trop élevé au-dessus du vulgaire pour s'arrêter devant des mesquines idées ou de grossières injures.

Ici nous rencontrons forcément la question de finance, question qui se sera présentée vingt fois à l'esprit de nos lecteurs, & mesure que se déroulaient devant eux les œuvres de Garcia Moreno. Où trouvait-il l'argent pour faire face à de pareilles dépenses? Ce n'était ni dans les réserves laissées par ses prédécesseurs, trop libéraux pour faire des économies, ni dans la caisse des banquiers, en escomptant l'avenir au moyen d'emprunts ruineux : il refusa, nous l'avons vu, de recourir à cet expédient, pour l'achèvement d'une route qui lui tenait tant à cœur. Avait-il donc inventé, ce catholique, un système économique et financier que nos hommes de science et de progrès ignorent? Il faudra bien l'admettre, si l'on veut jeter un simple coup d'œil sur le tableau complet de ses dépenses.

En dix années, les œuvres de bienfaisance et d'instruction, jointes aux travaux publics, absorbèrent, pour la part aflérente à l'État, plus de six millions de piastres, c'est-à-dire environ trente millions de francs. Ajoutez à cela des sommes considérables consacrées à l'amortissement de la dette publique. Depuis les guerres de

l. Mon second voyage, par M"»'' Pfciffer, page ir>8.

rindépendance, TÉquateur était grevé d'une dette extérieure écrasante, provenant des emprunts contractés par Bolivar au nom de la Colombie. Lès gouvernements en se succédant, se transmettaient l'un à Tautre ce lourd fardeau, aggravé des intérêts qu'ils ne payaient même pas à leurs divers créanciers- De plus, à force de prodigalités et de gaspillages, ils avaient trouvé le moyen de constituer une dette intérieure de six à sept millions de piastres, sans autre perspective de libération qu'une banqueroute à bref délai. L'homme de la justice, Garcia Moreno, tira l'Equateur de cette impasse. Nous lisons dans son message de 1875 : « Avec les ressources de ces six dernières années, nous avons consacré près de six millions de piastres tant à l'extinction totale de la dette anglo-américaine qu'à l'amortissement delà dette intérieure. J'ai le plaisir de vous annoncer que la dette inscrite sera éteinte l'an prochain, et la dette flottante, dans un petit nombre d'années. » Quant à la tlette de riudépendance, le président refusa de reconnaître l'inique et frauduleux traité, contracté jadis par Urbina avec les spéculateurs substitués aux premiers créanciers. Il négociait avec eux, sur des bases équitables, le règlement définitif de cette importante affaire. Enfin, si l'on considère qu'il augmenta d'un tiers le traitement de tous les employés et que, de ce chef encore, il dépensa des sommes considérables, l'équilibre de ses budgets devient un problème dont la solution sera très instructive pour nos financiers et nos économistes.

Et qu'on ne s'imagine pas avoir trouvé le mot de l'énigme dans un accroissement progressif des impôts directs et indirects. Ce secret, très primitif mais toujours en honneur, de remphr les coffres de l'État en vidant les poches des contribuables, est à peu près le seul que connaissent les libéraux en matière de finances. Au

lieu d'imiter ses devanciers, qui avaient épuisé la liste des matières imposables; Garcia Moreno réduisit certaines contributions et en abolit complètement d'autres, comme par exemple l'impôt de 5 ^ sur les revenus des évoques, chanoines, curés, avocats, médecins et employés de solde éventuelle, et l'impôt de manumission sur les successions héréditaires. Les droits de port sur les arrivages de l'étranger avaient été singulièrement diminués, et il demandait aux chambres, en 1875, de baisser de moitié la taxe établie sur l'aliénation des propriétés foncières.

Examinons donc ce système miraculeusement productif qui permit, en dix ans, d'exécuter des travaux prodigieux, de liquider les deltes de TÉtat, et de doter richement les fonctionnaires tout en réduisant le chiffre des contributions. Au risque de faire sourire nos athées matérialistes, nous leur dirons que toute la science économique de Garcia Moreno se trouve dans la maxime du Maître, dont il avait fiiit sa devise : « Cherchez le royaume de Dieu et sa justice, et le reste, c'est-à-dire la félicité temporelle, vous viendra par surcroit » ; maxime qui pourrait se traduire par cette parole d'un illustre économiste : « Faites-moi de la bonne politique, et je vous ferai de bonnes finances. » La bonne politique, c'est la politique chrétienne de la justice, vraie pierre philosophale méprisée de nos modernes alchimistes, et cependant Tunique secret des fantastiques trésors de Garcia Moreno.

Le maigre budget de l'Equateur était surtout dévoré par les insurrections, devenues périodiques comme les saisons, par suite de la politique révolutionnaire qui régnait à l'Equateur. Les invasions d'Urbina, de 1859 à 1864, coûtèrent ù. l'État un million de piastres, dépense absolument improductive qu'on aurait pu consacrer à des travaux utiles. Aussi les pays révolution-

naires aboutissent-ils fatalement à la ruine et à la banqueroute. Les impôts d'un pays riche, comme le Pérou, suffisent à peine à couvrir les frais de ses pronunciamentos. Si nous calculions en France ce que nous ont coûté les révolutions depuis 1789, nous tom7 berions dans la stupéfaction. Le premier moyen employé par Garcia Moreno pour relever ses finances fut de clore Tère des révolutions en faisant de la bonne politique, c'est-à-dire en mettant la main sur les anarchistes. Avec sa constitution basée sur la justice, Tordre ne fut pas un instant troublé durant sa seconde présidence, ce qui lui permit d'économiser les frais de répression.

A l'extérieur, la politique consiste à vivre en paix avec ses voisins. Garcia Moreno était patriote et susceptible au point de vue de Thonneur national ; mais « jamais, dit un de ses amis, il ne suscita de querelle aux étrangers, ni ne se mêla de leur politique, si non pour prendre de bonnes et patriotiques mesures * . » D'autres nourrissaient peut-être des intentions moins pacifiques à son égard, mais, connaissant sa bravoure et l'excellente organisation de sa petite année, ils se gardaient de l'attaquer, parce qu'ils le savaient en état de se défendre. De fait, il ne dépensa point un centime en frais de guerre durant ces six dernières années. Nous avons vu d'ailleurs qu'il réduisit considérablement l'armée permanente et allégea d'autant les charges du trésor. Que les gouvernements d'Europe consentent à restaurer la politique de justice, et leurs peuples ne succomberont plus sous le poids écrasant du budget de la guerre.

Le gaspillage s'ajoutait aux dépenses improductives pour ruiner le trésor. Nous avons dit comment Garcia Moreno épura l'administration, débrouilla le chaos de

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