‹ Garcia MorenoChapitre 147 sur 183 · F. Luque, La V^erdadera Situacion · texte numérisé non relu

F. Luque, La V^erdadera Situacion

la dette publique, établit une cour des comptes qui mît un terme au?c filouteries et aux déprédations des employés, c'est-à-dire comment il sauva la caisse en faisant régner la justice. Il avait le droit d'imposer à tous la plus stricte probité dans le maniement des deniers publics, ce président qui faisait remise au trésor de la moitié de son traitement et jamais ne consentit à le voir augmenter, pendant qu'il augmentait celui de ses fonctionnaires. « Je suis président, non pour m'enrichir, disait-il, mais pour servir mon pays. » Il resta pauvre toute sa vie, et s'il put enfin se faire bâtir une maison à Quito, ce ne fut pas avec l'argent du fisc, mais avec les revenus de son exploitation de Guachala. Si tous les chefs d'État vivaient comme ce Cincinnatus chrétien, respectant et faisant respecter le trésor public au lieu de l'épuiser en infâmes dilapidations, l'or abonderait dans les caisses.

Par sa politique chrétienne, Garcia Moreno enrichit le pays de toutes les sommes volées ou dépensées inutilement. Alors, toujours au nom de la justice, il imagina de réformer le système des impôts. Impossible de se reconnaître dans le labyrinthe des lois financières, parce que les premiers éléments de la science économique avaient manqué aux législateurs. « Ici, disait un journal en 1869, tout le monde croit qu'on peut faire un ministre des finances avec le premier venu, pourvu que ce soit un animal raisonnable et qu'il sache apposer sa signature au bas d'une créance. Il n'est pas nécessaire qu'on sache les quatre règles, pourvu qu'on soit agioteur ou tripoteur. » Garcia Moreno réforma le code financier, de manière à répartir l'impôt entre tous les citoyens avec plus d'équité pour les contribuables et d'avantage pour le trésor. L'impôt d'un sur mille sur le revenu avait été la source d'une multitude de fraudes et dïnjustices. Les répartiteurs estimaient les^ biens-

fonds et les capitaux selon leurs caprices ou les intérêts de leurs favoris. Parfois leurs évaluations s'élevaient à peine au dixième de la réalité. Ces abus furent extirpés, les tarifs des douanes remaniés, et des mesures sévères édictées contre la fraude ou la contrebande. Cette nouvelle application de la pierre philosophale, c'est-à-dire de la justice, produisit une augmentation sensible dans les recettes de F État.

La politique chrétienne engendra une source de revenus plus abondante encore : le travail producteur et le mouvement commercial. Avec Tordre reparut la confiance, avec la confiance l'activité. Les voies de communications créées par le gouvernement, en ouvrant des débouchés à l'agriculture et à l'industrie, doublèrent les revenus des particuliers, et par suite ceux de l'État. Rien de plus éloquent que le tableau comparatif des recettes de l'État durant ces vingt dernières années.

Sous Urbina , en 1856, le total des recettes s'élève à 1,372,800 piastres. Le budget reste à peu près stationnaire durant les dix années suivantes : il atteint sous Espinosa, en 1868, le chiffre de 1,421,711 piastres. Sous Garcia Moreno, de 1869 à 1875, le mouvement ascensionnel est tout à fait remarquable :

Année 1869 — 1,678,759 piastres.

» 1870 — 2,248,308 id.

» 1871—2,483,359 id.

1872 — 2,906,348 id.

1873—3,064,130 id.

1874 — 2,944,647 id.

Donc déjà en 1872, après trois ans d'administration Garcia Moreno avait doublé les rentes de TÉtat, car l'excédant de 1872 sur 1868 était de 1,467,637, somme égale au revenu total de 1868 ^

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