Messaîïo do
Devant cette exposition trop succincte des merveilles réalisées dans Tordre matériel et financier aussi bien que dans l'ordre intellectuel et religieux, nos politiques matérialistes oseront-ils encore accaparer à leur profit le titre glorieux de civilisateurs? Un catholique, un ennemi acharné de leurs doctrines antichrétiennes et antisociales, seul, en six ans, grâce à sa politique chrétienne, tira l'Equateur de l'abîme du déficit et de la banqueroute creusé sous ses pas par les prétendus hommes de progrès, puis le lança dans une voie de gloire et de prospérité inconnue aux républiques américaines, et même aux peuples d'Europe depuis qu'il ont cessé de chercher avant tout le royaume de Dieu et sa justice. Nieront-ils ce fait plus éclatant que le soleil? Non, ils admireront l'homme de progrès, mais ils déclameront contre son catholicisme, s'obstinant en haine de Dieu à vouloir l'effet sans la cause.
Ce parti-pris de l'erreur contre les plus évidentes démonstrations de la vérité s'affiche impudemment dans une nouvelle Histoire de r Amérique méridionale^, Garcia Moreno n'est pour l'historien qu'un « instrument complaisant des passions cléricales et des moines fanatiques, un autoritaire d'instinct et de principe, un justicier sévère à l'excès, un dictateur ambitieux décidé malgré son peuple à s'éterniser au pouvoir ». C'est une affirmation, en style sectaire, de la politique chrétienne inaugurée par Garcia Moreno contre la politique révolutionnaire, dont l'auteur se montre l'ardent défenseur. Toutefois, après sa longue diatribe, il est forcé de reconnaître que, « durant cette dictature. l'Equateur a vu se réaliser d'importants progrès. A la mort de Garcia Moreno, les revenus du trésor s'élevaient à trois millions
1. Historia de la America del Sur, por un Americano, Barcelone, 1878.
de piastres. La dette consolidée devait s'éteindre en 1876, et la dette flottante atteignait à peine le chiffre de quinze cent mille piastres. L'Equateur a développé son commerce, multiplié ses voies de communication, et par des ponts sans nombre relié les montagnes audessus des abîmes. Ni les dissensions intestines, ni le désordre de ses finances, ni le tremblement de terre de 1868, n'ont pu ralentir ses progrès économiques, qui feront bientôt de cette république l'État le plus prospère du continent sud-américain ^ » Livré à ses préjugés révolutionnaires bien plus que Garcia Moreno à « l'influence cléricale », l'historien constate les progrès réalisés sans remonter à leur source. 11 blâme le catholique et le justicier sans s'apercevoir que, seul, un catholique et un justicier pouvait inaugurer, par la destruction des factions anarchistes et impies, l'ère nouvelle de la régénération.