Republica del Sagrado Corazon^ n
dans le Cœur de Jésus. En conséquence, le concile de Quito ofîre et consacre solennellement la République au Sacré-Cœur, le suppliant d'être son protecteur, son guide et son défenseur, afin que jamais elle ne s'écarte de la foi catholique, apostolique et romaine, et que les habitants de l'Equateur, conformant leur vie à cette foi, y trouvent le bonheur dans le temps et dans l'éternité. »
Garcia Moreno invita les chambres à rendre un décret conforme, afin d'unir l'État à l'Église dans cet acte solennel. Ce décret d'un parlement au XIX® siècle est trop curieux pour que nous ne le donnions pas dans sa teneur :
a Considérant que le troisième concile de Quito a, par un décret spécial, consacré la République au Sacré- Cœur de Jésus, la plaçant sous sa défense et protection ; qu'il convient aux représentants de la nation de s'associer à un acte de tout point conforme à ses sentiments hautement catholiques; que cet acte, le plus efficace pour conserver la foi, est encore le meilleur moyen d'assurer le progrès et la prospérité de l'État; le congrès décrète que la République, désormais consacrée au Cœur de Jésus, l'adopte pour son patron et protecteur. La fête du Sacré-Cœur, fête civile de première classe, se célébrera dans toutes les cathédrales avec la plus grande solennité possible. De plus, pour exciter le zèle et la piété des fidèles, on érigera dans chaque cathédrale un autel au Sacré-Cœur, sur lequel sera placée, aux frais de l'État, une pierre commémorative relatant le présent décret. »
Le congrès donna la preuve de la grande foi qui animait tous ses membres, en votant cet acte à l'unanimité et sans discussion. Quelque temps après, le même jour, à la même heure, dans toutes les églises de la République, eut lieu la cérémonie solennelle. Le président en grand uniforme, se rendit à la cathédrale, en-
touré de toutes les autorités civiles et militaires. Après que Tarchevêque eut prononcé Tacte de consécration au nom de l'Église, Garcia Horeno répéta la formule au nom de l'État. Jamais les fidèles n'avaient assisté à un spectacle plus émouvant, et l'on peut dire peut-être que jamais Dieu du haut du ciel n'en contempla de plus beau depuis le temps de Charlemagne et de saint Louis. Espérons qu'il ne permettra point aux méchants de laïciser la République du Sacré-Cœur.
Sous l'impression de l'enthousiasme excité par cette grande démonstration de foi, quelques membres du congrès conçurent l'idée d'élever dans la capitale un temple au Sacré-Cœur, afin de laisser à la postérité un souvenir plus monumental qu'une tablette de marbre. D'autres émirent un avis contraire, alléguant la raison d'économie et le danger d'éclipser trop par ces magnificences le culte de N.-D* de la Merci, patronne de la République. On porta le différend au tribunal de Garcia Moreno qui se prononça, comme toujours, pour le projet favorable à l'honnedr du Christ. « Vous voulez donc destituer N.-D. de la Merci? » lui dit un de ses ministres. — « Pensez-vous qu'elle soit jalouse de son Fils? » répliqua le président. Néanmoins le congrès recula devant l'érection d'un temple au Sacré-Cœur. Il fallut dix ans de nouvelles luttes et de nouvelles victoires pour décider un nouveau congrès à glorifier par un vote unanime l'idée de Garcia Moreno.
Terminons ce chapitre en rappelant que les mêmes vertus chrétiennes, foi, espérance, charité, produisent dans les âmes, selon leur trempe particulière, l'esprit propre qui les caractérise. Elles créèrent en Garcia Moreno l'esprit apostolique, esprit du Christ et des vaillants héros qui lui conquirent le monde, esprit admirablement résumé dans ce cri du Pater : « Que votre règne arrive ! » Le règne de Dieu dans les âmes : voilà bien
ridée fixe de Garcia Moreno, Tambitioii de son noble cœur, le mobile de ses actes publics et privés. Prêtre, Garcia Moreno eût été un Xavier : chef d'État, il voulut au moins frayer la voie à l'Église, à ses prêtres, à ses missionnaires, en abattant les obstacles que la Révolution avait amoncelés sur leur passage, et par sa piété, ses exemples, ses paroles, entraîner les masses vers Dieu. Ce feu de la charité le dévorait tellement qu'il ne pouvait le cacher ni le laisser inactif, même au milieu des paysans de la campagne. « Quand le président venait parmi nous pour y vivre en simple particulier, racontaient de pauvres laboureurs, il ne nous épargnait ni les châtiments ni les corrections; mais aussi c'était un vrai saint : il nous donnait de gros salaires et de magnifiques récompenses; il récitait avec nous la doctrine chrétienne et le rosaire, nous expliquait l'Évangile, nous faisait entendre la messe et nous préparait tous à la confession et à la communion.. La paix et l'abondance régnaient alors dans nos campagnes, parce * que la seule présence de l'excellent Caballero * en éloignait tous les vices. » Se trouvant un jour au milieu d'ouvriers irlandais qu'il avait fait venir des États-Unis pour établir une scierie mécanique, il examina leur travail ; puis, après un repas champêtre servi à ses frais, il interrogea les convives sur les habitudes religieuses de leur pays et finalement leur demanda s'ils savaient des cantiques à la sainte Vierge. Les bons Irlandais se mirent à chanter avec entrain. « On aime bien la sainte Vierge dans votre pays? » demanda le président. — « Oh! nous l'aimons de tout notre cœur. » — « Eh bien, mes enfants, mettons-nous à genoux et récitons le chapelet pour que vous persévériez à aimer et à servir Dieu . » Et tous ensemble, agenouillés près du président, les lar-