Chevalier
mes dans les yeux, récitèrent pieusement le chapelet. Son zèle lui suggérait les moyens les plus ingénieux pour gagner une âme à Jésus-Chnst. Il avait à Quito un ami dont il estimait le caractère, les bonnes qualités et aussi les précieux services, car il lui fournissait souvent les capitaux dont il avait besoin pour ses grandes entreprises. Cet ami allait à la messe, soulageait les pauvres, assistait même aux exercices spirituels, mais, par suite d'une longue habitude, restait éloigné des sacrements. Garcia Moreno lui reprochait cette inconséquence, sans jamais obtenir autre chose que de vagues promesses pour l'avenir. Or, c'est la coutume à Quito qu'à la fin du mois de Marie, les fidèles o&ent à la sainte Vierge, en guise de fleurs, leurs résolutions écrites. Vers la fin du mois, Garcia Moreno demanda un jour à son ami s'il avait offert à Marie son bouquet de fleurs. Celui-ci comprit l'allusion et; voulut s'esquiver : « Attendez donc, reprit-il, je lui ai présenté, moi, un riche bouquet, et, comme toujours il faudra que vous en fassiez la dépense. — Vous savez que ma bourse vous est toujours ouverte, lui répondit son interlocuteur, croyant qu'il s'agissait d'une nouvelle avance d'argent pour un don que le président voulait faire. — Je puis compter sur vous? — Certainement. — Eh bien, j'ai promis à la sainte Vierge que vous communieriez le dernier jour de son mois ; vous voyez que sans vous je ne puis ofirir mon bouquet. » Le pauvre ami, assez embarrassé, lui dit que le président avait des idées singulières, et qu'une action de cette importance demandait une grande préparation. « Aussi vous ai-je prévenu à l'avance, » répliqua Garcia Moreno. Touché de cette sollicitude pour son àme, le retardataire s'enferma durant quelques jours dans une solitude complète et, quand vint la clôture du mois de Marie, on le vit à la sainte table à côté du président, ce qui mit la joie dans tous les cœurs.
En ces circonstances, la grande âme de Garcia Moreno tressaillait de bonheur. On eût dit le père de l'enfant prodigue retrouvant son lils. Il en était de même toutes les fois que les feuilles publiques annonçaient un progrès quelconque de la religion dans le monde. « Gloire à Dieu et à l'Église, écrivait-il en 1874, pour les nombreuses conversions qui s'opèrent parmi nos frères dissidents, spécialement celles de lord Ripon, de lord Grey, et de S. M. la reine-mère de Bavière! De tels exemples ne peuvent manquer d'exercer une grande influence sur tous les protestants au cœur droit. »
Et maintenant que nous avons montré à nos lecteurs l'intérieur de Garcia Moreno, si quelqu'un lui prête une autre intention que celle de glorifier Dieu, nous pouvons lui répondre qu'il ne connaît rien au cœur de l'homme. Ses actes, il faut les juger, non des bas-fonds où s'agitent les passions politiques, mais du point de vue où ce grand chrétien s'est placé lui-même avant d'agir, c'est-à-dire des hauteurs de la foi et de la charité.