‹ Garcia MorenoChapitre 155 sur 183 · CHAPITRE XI l'évêque du dehors · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI l'évêque du dehors

Malgré les grands actes de verta dont se compose la vie de Garcia Moreno, son âme chrétienne ne se serait peut-être jamais manifestée dans tout son éclat sans Tévènement douloureux qui stupéfia le monde catholique durant sa seconde présidence, je veux dire lenvahissement de Rome par les troupes du roi Victor- Emmanuel de Savoie. Comme Tintervention de notre héros dans cette question du pouvoir temporel a contribué plus qu'aucun de ses actes à le mettre en relief aux yeux de l'Europe et à le désigner aux colères de la franc-maçonnerie cosmopolite, il convient de raconter en détail ce glorieux épisode de son histoire.

Depuis un siècle, les sociétés secrètes travaillaient sans relâche à jeter bas la puissance temporelle des papes. Sous Tinspiration de Satan, leur maître, elles avaient compris qu'une Église dépouillée de toute propriété ne peut être qu'esclave ou martyre. De là, la confiscation des biens ecclésiastiques, et surtout la guerre à ce pouvoir temporel qui assure au vicaire du Christ indépendance et liberté. La Révolution de 1789 détrône Pie VI ; « la Révolution à cheval'» de 1804 emprisonne Pie VII ; le carbonarisme tente plusieurs fois d'abattre Grégoire XVI et réussit à renverser Pie IX. Seulement à chaque nouveau triomphe des bandes révolutionnaires, il apparaissait toujours un roi ou un

congrès de rois pour relever le trône pontifical. Voulant en finir, la franc-maçonneria enrôla les chefs d'État parmi les complices de ses brigandages : Victor Emmanuel, roi de Piémont, et Napoléon III, empereur des Français, entrèrent dans ses complots. Dès lors commença cette longue série de trahisons, ce long baiser de Judas, qui aboutit au crime de 1870.

Pour colorer Finfàme guet-apens qu'ils méditaient, les conjurés in^aginèrent d'en rendre « le pape responsable aux yeux du monde ». Le roi de Piémont parla de réformes nécessaires à Rome; Napoléon, dans un document célèbre^, précisa les abus existants et réclama de Pie IX, encore à Gaëte, « une amnistie générale pour les insurgés, la sécularisation de Tadministration, l'adoption du code Napoléon, rétablissement d'un gouvernement libéral ». Il savait à quoi s'en tenir sur les mérites des gouvernements libéraux, lui qui préparait alors le coup d'État du 2 décembre et l'Empire ; mais il jouait son rôle en fomentant de nouvelles émeutes contre ce gouvernement pontifical qu'il venait, un peu malgré lui, de restaurer. Quelques années plus tard, au lendemain de la guerre de Crimée, la France, le Piémont et l'Angleterre, réunis au congrès de Paris, oubliaient la question d'Orient pour remettre de nouveau sur le tapis les abus du gouvernement pontifical, le plus doux, le plus paternel, le plus économique des gouvernements de l'Europe, alors que cette même France, aidée de l'Angleterre et du Piémont, venait « de dépenser deux milliards, soixante-huit officiers supérieurs, trois cent cinquante jeunes gens, la fleur de nos grandes familles, et deux cent mille Français, pour soutenir le grand Turc, l'homme, ou plutôt l'être qui, entouré de ses huit cents femmes légitimes, ses trente-

Page 1