‹ Garcia MorenoChapitre 158 sur 183 · El Tradicionista, cité par El Nacional, 18 novembre · texte numérisé non relu

El Tradicionista, cité par El Nacional, 18 novembre

Tacte de Garcia Moreno dans des termes si glorieux pour lui que nous ne résistons pas au plaisir de les ciler : « Le vieux monde, couvert de stigmates honteux, régi par des monarques qui ne régnent ni ne gouvernent, toujours prêts, au moment du péril, à jeter leur couronne pour sauver leur tète, ce vieux monde avili a laissé le vicaire du Christ entre les mains des nouveaux Judas : il s*est fait le complice des déicides du Golgotha. Nos gouvernants libéraux ont assisté tranquillement, peutêtre même joyeusement, au triomphe de la liberté du mal, sans même envoyer une parole de consolation au captif du Vatican. Mais, delautre côté des mers, existe un pays où s'est conservée la langue et la foi de la vieille Espagne; une nation dont le gouvernement, les lois et les mœurs sont fondés sur le catholicisme, un peuple qui, bien que républicain, a su vomir le poison libéral. Cette nation, la seule qui ait écouté la grande voix de Pïe IX, la seule qui ait protesté par un acte officiel, solennel, énergique, contre les sacrilèges spoliateurs de Rome, la seule qui ait censuré par son exemple Thumiliante apathie de ceux qui devaient et pouvaient aller au secours du souverain pontife, la seule qui arbore sans crainte le glorieux drapeau de la croix; cette nation, dis-je, ne figure pas au nombre des nations de TEurope, ni de ces royaumes qui s'intitulent, on ne sait pourquoi, très chrétien, très fidèle, très catholique; ni de ces empires que la multitude des guerriers ou des canons rend invincibles : c'est la petite république de l'Equateur, petite matériellement, grande par sa foi. Honneur et gloire à son noble chef qui, fidèle interprète des aspirations populaires, a su venger l'Église opprimée, la religion outragée, Rome envahie par des hordes sauvages, mille fois plus dignes de malédictions que les hordes d'Attila. » La presse catholique française ne ménagea pas non plus son admiration au vaillant dé-

fenseur deFÉglise. V Univers le cita comme exemple à rassemblée de 1871 qui, élue pour faire la monarchie, glissait déjà vers la république. Il lui proposait d'imiter par sa foi cet État de TÉquateur, « le seul catholique, le seul qui profite du ^roit d'un pays libre pour protester contre la violation du droit des gens, le seul qui fasse entendre à la cour de Florence le ferme langage de la justice, ce qui vaut aujourd'hui à son président les félicitations du monde entier».

Au milieu des insultes qui lui furent prodiguées par les journaux révolutionnaires, Garcia Moreno se réjouit d'avoir donné, pour ainsi dire, une voix à la conscience publique, mais surtout d'apprendre que sa protestation avait grandement consolé et fortifié le captif du Vatican. A la lecture de cette énergique réprobation des sacrilèges apostats qui l'avaient trahi, Pie IX s'écria ; « Ah! si celui-là était un roi puissant, le pape aurait un appui en ce monde! » Le 21 mars 1871, il envoyait au président ce bref de félicitation et de reconnaissance : « Aux nombreux et magnifiques témoignages de pieux dévouement que vous nous avez donnés dans l'accomplissement des devoirs de votre charge, vous ajoutez une preuve éclatante de fidélité au Siège apostolique et à notre humble personne. Dans un temps désastreux pour la sainte Église, vous n'avez pas craint de condamner publiquement, aux acclamations de tous les cœurs honnêtes, l'usurpation de notre pouvoir temporel que des hommes ingrat3 et perfides viennent de perpétrer. Cet acte d'énergie nous a souverainement consolé au milieu des afflictions qui nous accablent : aussi avons-nous résolu, en témoignage de ûotre afiFectueuse bienveillance et pour vous stimuler à de nouveaux actes de générosité envers l'Église catholique, de vous créer, comme nous vous créons en efifct par les présentes lettres, chevalier de première classe de Tordre

de Pie IX. Admis dans cette illustre corporation, vous pourrez porter désormais la grande décoration de cet ordre et jouir de toutes les distinctions et privilèges dont nous l'avons enrichi ».

Pie IX ne pouvait trouver un cœur plus bravé ni plus catholique pour y placer la croix de chevalier. Garcia Moreno remercia le Pape avec effusion. ' Il ne se croyait pas digne d'un tel honneur, il trouvait tout naturel d'avoir accompli ce qu'il appelait un devoir de sa charge. « Si le dernier des Équatoriens, disait-il au congrès de 1871, avait à subir dans sa personne ou ses biens, les vexations d'un gouvernement puissant, nous croirions devoir protester hautement contre l'abus de la force, pour ne pas autoriser l'injustice par la complicité de notre silence. Je ne pouvais donc pas me taire, alors qu'en ôtant au pape son indépendance et sa liberté, les usurpateurs du pouvoir temporel ^dolaient le droit le plus précieux de tous les habitants de l'Equateur, le droit de la conscience et de la liberté religieuse. » La protestation n'était que l'accomplissement d'un devoir strict; il fallait au nouveau chevalier, pour légitimer son titre à ses propres yeux, un acte de générosité plus significatif et plus spontané. L'usurpation du pouvoir temporel lui en fournit l'occasion.

Le pape dépouillé de ses États, par conséquent de ses revenus, était par le fait même réduit à la mendicité. Pour subvenir aux frais de son immense administration, les catholiques avaient créé l'œuvre du denier de saint Pierre, alimentée parla charité des particuliers. Garcia Moreno se demanda pourquoi le gouvernement, en sa qualité de catholique, n'enverrait pas son obole au pape, aussi bien que les familles, aussi bien que les individus. Au congrès de 1873, après avoir montré la renaissance de l'Equateur, sous l'influence du catholicisme, l'état des finances de plus en plus prospère, la

nécessité de multiplier les missionnaires sur les rives du Napo, il formula nettement sa proposition :

« Il n'est pas moins impérieux, dit-il, le devoir qui iious incombe de secourir notre saint-père le pape maintenant qu'on Ta dépouillé de ses domaines et de ses revenus. Vous pouvez lui destiner le dix pour cent sur la partie de la dlme concédée à l'État. L'offrande sera modeste, mais elle nous permettra au moins de prouver que nous sommes les fils loyaux et affectionnés du père commun des fidèles. Nous le lui prouverons tant que durera le triomphe éphémère de l'usurpation . italienne.

« Puisque nous avons le bonheur d'être catholiques, soyons-le logiquement, ouvertement; soyons-le dans notre vie publique comme dans notre vie privée; confirmons la vérité de nos sentiments et de nos paroles par le témoignage public de nos œuvres.

« En tout temps une pareille conduite devrait être celle d'un peuple catholique, mais aujourd'hui, à cette époque de guerre implacable et universelle contre notre sainte religion, aujourd'hui que les apostats en viennent à renier dans leurs blasphèmes la divinité de Jésus, notre Dieu et notre Seigneur, aujourd'hui que tout se ligue, tout conspire, tout s'acharne contre Dieu et son Christ, qu'un torrent de méchanceté et de fureur jaillit du fond de la société bouleversée contre l'Église et contre la société elle-même, comme dans un tremblement de terre surgissent de profondeurs inconnues des rivières de fange; aujourd'hui, dis-je, cette conduite conséquente, résolue, courageuse, s'impose absolument, car l'inaction pendant le combat est une trahison ou une lâcheté.

« Continuons donc notre œuvre avec une invincible fidélité, heureux, mille fois heureux si le ciel veut bien à ce prix combler notre chère patrie de ses béné-

dictions, heureux moi-même si je parviens à mériter ainsi la haine, les calomnies et les insultes des ennemis de Dieu et de notre foi.»

Électrisé par la sublimité de ces sentiments, le congrès vota le projet, après que les différents orateurs eurent exposé les raisons de droit naturel et de droit divin qui obligeaient les nations catholiques à soutenir le souverain pontife. « De même que chaque nation doit subvenir aux nécessités de TÉtat, de même chaque État, partie de cette immense association qui s^appelle rÉglise, doit pourvoir aux besoins du chef qui la régit. Du reste, l'Equateur y est obligé par gratitude autant que par justice, car la dime appartient tout entière à l'Église, et c'est grâce à la générosité du saintpère que l'État peut s'en approprier une partie. Enfin, par ailleurs, TÉquateur doit témoigner sa reconnaissance à ce Pontife magnanime qui, lors du tremblement de terre d'ibarra, vint si généreusement à notre secours, comme il le fait du reste toutes les fois qu'il s'agit de soulager quelque grande infortune. » Sous l'empire de ces considérations, le congrès alloua au saint-père une somme de dix mille piastres S à titre de don national, tt chétive offrande de notre petite République, disaient les représentants au délégat apostolique, que nous vous prions de faire agréer à l'immortel Pie IX, de la part d'un peuple qui vénère ses vertus et admire sa grandeur. » — « Cessez, répondit le délégat touché jusqu'aux larmes, cessez de me représenter votre République conune humble et petite : ils ne sont pas petits les États qui savent s'élever à une telle hauteur. »

En recevant le message du président et le don filial de la République équatorienne, le bon Pie IX ne fut pas moins ému que son délégat. Sa réponse au prési-

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