‹ Garcia MorenoChapitre 159 sur 183 · Environ 52 mille francs · texte numérisé non relu

Environ 52 mille francs

dent respire la plus affectueuse tendresse : » Nous ne savons, lui dit-il, si nos actions de grâces doivent avoir pour objet les preuves de votre insigne dévouement à notre égard, plutôt que les faveurs dont Dieu se plaît à vous récompenser. En effet, sans une intervention divine toute spéciale, il serait bien difficile de comprendre comment, en si peu de temps, vous avez rétabli la paix, payé une partie notable de la dette publique, doublé les revenus, supprimé les impôts vexatoires, restauré renseignement, créé des routes, des hospice, des hôpitaux. Toutefois, s'il faut avant tout remercier Dieu, Fauteur de tout bien, il convient aussi de louer votre prudence et votre zèle, vous qui savez faire marcher, concurremment avec tant d'objets de votre sollicitude, la réforme des institutions, de la justice, de la magistrature, de la milice, n oubliant rien de ce qui procure la prospérité publique. Mais, par-dessus tout, nous vous félicitons de la piété avec laquelle vous rapportez à Dieu et à TÉglise tous vos succès, persuadé que sans la moralité; dont TËglise catholique seule enseigne et maintient les préceptes, il ne saurait y avoir pour les peuples de véritable progrès. C'est avec raison que de toutes vos forces vous avez stimulé le congrès à la propagation de notre sainte religion, et tourné tous les cœurs vers ce Siège apostolique, centre de Tunitê. contre lequel sévit une horrible tempête, leur demandant très opportunément de subvenir à nos nécessités. Continuez de vivre dans cette sainte liberté chrétienne, de conformer vos œuvres à votre foi, de respecter les droits et la liberté de la sainte Église, et Dieu, qui n'oublie point la piété filiale, répandra sur vous, très cher fils, des bénédictions plus abondantes encore que celles dont il vous a iîomblé jusqu'ici ^ »

K Bref du 20 octobre 1873.

Cet éloge détaillé de ses actes par la plus haute autorité qui soit sur la terre effraya la modestie de Garcia Moreno, à tel point qu'il s'en ouvrit au pape avec les sentiments de la plus profonde humilité. « Très Saint Père, dit-il, je ne puis rendre Timpression de gratitude que produisit sur moi la lettre si paternelle et si affectueuse de Votre Sainteté! L'approbation que vous daignez donner à mes propres eflbrts est pour moi la récompense la plus grande que j'ambitionne sur cette terre, mais elle est bien supérieure à mes mérites. Je confesse en toute justice que nous devons tout à Dieu, non seulement la prospérité croissante de notre petit État, mais aussi les moyens que j'emploie pour la développer, et même le désir que Dieu m'a inspiré de travailler pour sa gloire. Je ne* mérite donc aucune récompense; j'ai bien plus de raison de craindre qu'au dernier jour Dieu ne me rende responsable du bien que j'aurais pu faire avec le secours de sa bonté, et que je n'ait point fait. Daigne donc Votre Sainteté le supplier de me pardonner, et de me sauver malgré mes fautes. Dieu veuille m'éclairer, me diriger en toutes choses, et m'accorder la grâce de mourir pour la défense de la foi et de la sainte Église... Dans ces sentiments, Très Saint* Père, j'implore une nouvelle bénédiction pour la République, pour ma famille et pour ma personne. Je sens croître avec votre bénédiction ma confiance en Dieu, source de toute force et de toute valeur. »

Tels étaient les rapports de cordialité et de parfaite union qui existèrent toujours entre Pie IX et Garcia Moreno. Pie IX aimait en Garcia Moreno l'homme droit, l'homme juste, l'opiniâtre adversaire de la Révolution. Fier avec le Tzar, avec Bismarck, avec Napoléon, il se montrait plein de tendresse pour ce chef d'un État inconnu dont le noble cœur battait à l'unisson du sien. De son côté, Garcia Moreno aimait avec pas-

sion cet héroïque pontife toujours sur la brèche pour défendre les droits de TÉglise ce nouveau Grégoire VII qui, dans notre siècle d'indifférence et de rationalisme, eut assez de courage et de prestige pour imposer le Syllabus^ organiser une croisade, et célébrer le concile du Vatican. Ces deux âmes n'en faisaient qu'une dans l'amour de la vérité intégrale : Pie IX, l'évêque du dedans, prêchait cette vérité; Garcia Moreno, l'évêque du dehors, se levait pour lui prêter main-forte, et lui offrir au besoin le sacrifice de sa vie. Il écrivait un jour à un de ses amis qui venait d'être admis à l'audience de Pie IX : « Je te porte envie pour le bonheur que tu as eu de baiser les pieds du vicaire de Jésus- Christ et de converser avec lui, lui que j'aime plus que mon père, car pour lui, pour sa défense, pour sa liberté, je donnerais même la vie de mon fils. »

Pie IX et Garcia Moreno, ces deux justes du XIX*" siècle avaient mérité tous deux le suprême honneur de partager la passion de Jésus-Christ : l'un fut livré aux geôliers de la Révolution, l'autre à ses sicaires.

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