‹ Garcia MorenoChapitre 160 sur 183 · LA RÉÉLECTION · texte numérisé non relu

LA RÉÉLECTION

Durant les cinq années écoulées depuis que Garcia Moreno avait repris les rênes du pouvoir, le pays changea de face matériellement et moralement, au point que les étrangers ne. reconnaissaient plus le triste et pauvre Equateur d'autrefois. La capitale était transformée, les autres villes embellies; la province d'ibarra, ensevelie six ans auparavant sous les décombres, sortait de ses ruines. Des écoles s'ouvraient dans les moindres villages, des collèges et des pensionnats dans les centres populeux ; une Université dotée de quatre facultés, une École polytechnique, des musées, des laboratoires, un Conservatoire des beaux-arts, un observatoire astronomique, élevaient Quito au rang des villes les plus illustres du continent américain.^L'Équateur offrait le spectacle de l'Italie au temps des Médicis. Et encore n'était-ce là que la fleur et comnie le vernis de la civilisation nouvelle qui animait le pays. Le froid égoïsme avait fait place à la charité ; les pauvres, les malades, les lépreux, recueillis dans les hôpitaux, y trouvaient secours et consolation ; les orphelins dans les asiles, les jeunes ouvriers dans les ouvroirs, les indiens dans leurs cases, apprenaient à devenir des hommes; les prison-

niers se moralisaient sous Taction bienfaisante de la religion ; les sauvages de l'Orient eux-mêmes se civilisaient, grâce au dévouement de leurs zélés missionnaires; sur toutes les routes, de Quito à Guayaquil, à Manabi, aux plages d'Esmeraldas, des milliers d'ouvriers travaillaient à , relier le plateau des Andes aux rivages de TOcéan. Encore quelques années, on aurait vu l'agriculture et l'industrie enrichir ce pays, des émigrants défricher ses bois, des chemins de fer sillonner ses vastes haciendas. L'avenir s'ouvrait aux plus magnifiques perspectives, d'autant plus que l'Equateur, si troublé jusque-là , jouissait depuis ces six années de la paix la plus parfaite.

A l'intérieur, le calme et la tranquillité régnaient dans les esprits, grâce à la constitution qui garantissait tous les droits légitimes et contraignait les méchants à les respecter. En 1871 et 1873, le congrès se réunit, non plus pour organiser l'émeute contre le gouvernement, mais pour l'aider dans ses travaux. Députés et sénateurs, unis d'esprit et de cœur au président, examinaient consciencieusement les projets de lois sonmis à leurs délibérations, ne consultant dans leurs votes que le bien public, et non le criminel désir d'assurer le triomphe d'un parti ou de faire échec au gouvernement. Cette harmonie des pouvoirs, phénomène inconnu des républiques, jetait le peuple dans une espèce de ravissement. « Autrefois, dit un journal de cetfe époque, on craignait les congrès comme les tremblements de terre, les épidémies, les calamités publiques. Les chambres se transformaient en concile pour attaquer les droits de TÉglise, sa discipline, ses propriétés, ou en factions dopposition, sous l'impression du plus vil cgoïsme et quelquefois des plus basses vengeances. A leur approche, on faisait des prières publiques, on récitait des litanies, on poussait des cris de terreur, comme

à l'approche d'une invasion. Heureusement ce temps n'est plus; le congrès et le gouvernement s'unissent dans un seul et même souci : assurer la prospérité du pays sous la sauvegarde de la morale et de la religion *. » Les révolutionnaires avaient bien tenté d'agiter le peuple, mais quelques jours d'état de siège avaient suffi pour les mettre à la raison. » Le peu d'importance de ces tentatives, disait Garcia Moreno au congrès de 1871, déjouées aussitôt que connues, prouve que le peuple, d'accord avec le gouvernement, oppose un rempçirt inébranlable aux complots des factieux. Si, à l'avenir, quelques-uns de ces brouillons s'enhardissent jusqu'à lever encore contre la patrie leurs mains parricides, je compte sur la loyauté de l'armée et de la garde nationale, sur les sentiments patriotiques du peuple, et pardessus tout sur la protection divine pour en faire bonne et prompte justice. » Les révolutionnaires se le tinrent pour dit et restèrent cois pendant toute cette période, à tel point que le gouvernement, par un décret de 1873, rouvrit les portes de l'Equateur à tous les déportés politiques, sans préjudice toutefois de leur responsabilité devant les tribunaux pour crimes de droit commun. Comme la plupart avaient à craindre de sérieux démêlés avec la justice, très peu profitèrent de cet acte de clémence.

Le gouvernement entretenait aussi des relations, sinon cordiales, du moins pacifiques, avec les États voisins, qui avaient enfin appris à le respecter. Au début de cette période, la Gazette officielle de Nicaragua se permit un jour des insinuations malveillantes au sujet du nouveau gouvernement de l'Equateur, Garcia Moreno demanda des explications : <( Il laissait en paix ses voisins, il ne se permettait jamais le langage caus-

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