‹ Garcia MorenoChapitre 163 sur 183 · La Verdad, H juin · texte numérisé non relu

La Verdad, H juin

chrétienne, entretient des hospices presque luxueux, où le malade oublie ses douleurs et Torpheliii son abandon. »

Tel était Tétat florissant de TÉquateur, ses progrès au dedans, sa gloire à l'étranger, quand, au cours de Tannée 1874, la question de l'élection présidentielle vint de nouveau passionner les esprits. Cette élection, aux termes de la constitution, devait avoir lieu au mois de mai 1875. Or, dans les conditions que nous venons de rappeler, il n'était douteux pour personne que Garcia Moreno, l'idole et le bienfaiteur du peuple, obtiendrait une seconde fois l'immense majorité des suffrages. On disait tout haut que la gratitude autant que la nécessité imposait la réélection. Si, par égard pour quelques énergumènes, l'Equateur abandonnait l'homme de génie et de dévouement dont Dieu l'avait gratifié, l'Equateur serait justement honni du monde entier. D'ailleurs, qui pouvait remplacer Garcia Moreno, terminer ses œuvres, tenir le gouvernail d'une main assez ferme pour préserver le navire des écueils dé l'anarchie vaincue mais toujours frémissante? Quand un homme dépasse à ce point ses contemporains, c'est que Dieu le veut à la tête d'un peuple, et ce peuple, à moins d'avoir perdu le sens, ne se prive point de ses services pour se jeter dans les bras du premier venu. La sagesse de la constitution consistait précisément dans la faculté qu'elle laissait au peuple de maintenir à sa tète l'homme nécessaire.

Ces idées dominaient tellement le public que les provinces de l'Equateur les manifestèrent dans des adresses spontanément signées par des milliers d'électeurs. Après un brillant éloge de Garcia Moreno, on démontrait la nécessité de lui continuer le mandat présidentiel pour en finir une bonne fois avec la Révolution. « Votons, disaient les signataires, votons pour le grand homme qui n'appartient point à l'école radicale, mais à

l'Église catholique, apostolique et romaine; pour Fil lustre citoyen dont nous connaissons la noble intelligence, la science étendue, la parole ardente, Thonneur sans tache, l'indomptable valeur, Tindiscutable patriotisme ; pour le guerrier qui dirigea la glorieuse et salu» taire croisade de 1859; pour l'homme d'État qui a remis Tordre dans nos finances, propagé Tinstruction, multiplie les établissements de charité, doté le pays de nombreuses voies de communication; votons pour l'intègre citoyen qui voit dans le pouvoir, non pas une mine à exploiter ni un trépied de vaine gloire, mais une charge à laquelle il continuera de sacrifier son temps, sa fortune, sa vie même, pour le salut de la patrie ^ » En prouvant aux moins clairvoyants la certitude de la réélection, ces démonstrations populaires exaspérèrent la faction libéro-radicale qui, battue en 1869, espé^ rait prendre sa revanche en 1875. Pour ne pas trop choquer le peuple, ils opposèrent au président, non plus un ami d'Urbina, mais le catholique Borrero, le champion duiibéralisme, Tantagoniste attitré de l'autoritaire Garcia Moreno. En vain ce dernier avait-il cherché, quelques années auparavant, à désarmer son ancien ami, en le nommant visiteur fiscal des provinces de Cuenca et Loja : Borrero refusa net, bien résolu à ne tenir aucune charge, si honorable fût-elle, de celui qu'il considérait comme absolument fourvoyé. Garcia Moreno ne lui porta point rancune. En 1873, le gouverneur de Cuenca, violemment irrité contre Borrero, le fit saisir et déporter : le président destitua ce fonctionnaire à poigne, et réintégra Borrero dans son domicile. A cette occasion, il lui proposa même une entrevue, mais « le Caton de l'Equateur » allégua des motifs de santé pour décliner cette offre bienveillante. Entre ces

1. Manifesto del Azuay, 1874, signé de quatre à cinq mille personnes.

deux hommes, Tun catholique intégral, l'autre catholique libéral, Tunion était impossible. Comme on parlait à Garcia Moreno de la fusion des partis, il répondit sans hésiter : « J'ai dit, dès 1861, que la lutte entre le bien et le mal" est éternelle; par conséquent, la cause que nous soutenons, la cause du bien, de la religion, de la patrie, nous ne pouvons Tamalgamer avec celle de nos adversaires. Nous accueillerons ceux qui de bonne foi viendront se placer dans nos rangs ; nous ne poursuivrons personne, sinon pour crime ou délit ; nous mar- * cherons en avant dans le sentier du bien, brisant toute résistance. Mes convictions sont ancrées dans mon àme, et rien au monde ne les ébranlera. Voilà pourquoi il n'y a pas d'inconséquence dans mes actes. Laissez donc là toute idée de conversion ou de fusion des partis *. » Borrero l'appelait un égaré, mais il s'agit de savoir qui s'égare, de celui qui adopte les principes de la Révolution ou de celui qui les combat. Toujours est-il que son libéralisme, doublé de son inimitié bien, connue pour Garcia Moreno, lui valut l'honneur de figurer en tête des journaux comme candidat de la secte. VÈre nouvelle y de Guayaquil, rédigée, par des jeunes gens aidés de collaborateurs cachés, jeta feu et flamme en sa faveur.

Cette candidature avait si peu de chances de succès que Borrero lui-même, paralt-il, supplia ses amis de ne pas l'exposer à un échec certain. Aussi les réfugiés de Lima, de Bogota, de Santiago, jugèrent-ils prudent de venir à la rescousse en essayant d'intimider les électeurs par une recrudescence d'injures et de menaces contre Garcia Moreno. Dans une prétendue biographie du président de l'Equateur, Pedro Moncayo le représenta comme un tyran appuyé sur l'Église pour écraser tous

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