Lettre au R. P. Legarra
corde, qu'avons-nous à craindre, jencore que nous ne soyons qu'un pur néant, et que notre pouvoir soit é^al à zéro devant ce colosse aux pieds d'argile? »
Surtout il n'entendait pas qu'on eût l'air d'implorer pour lui la pitié de ces vils assassins. Un jour le rédacteur du iV«C2ona/, Proano, qui combattait pied à pied les ennemis du président, sous l'empire de je ne sais quel pressentiment, montra ces Caïns se ruant sur l'innocent Abel. « Or, disait-il, quaud Abel vit son frère prêt à l'immoler, il exhala sa triste plainte : Frère, pourquoi me tuer? Nous sommes sortis du même sein, et si mes offrandes ont été préférées aux tiennes, ce n'est point par ma faute. Si Dieu avait accepté ton présent, je n'en eusse point été jaloux. Caïn se précipita sur le pauvre Abel et lui donna la mort. Abel lui pardonna, mais son sang n'en cria pas moins vengeance au ciel. Frappez donc, ô Caïns, frappez votre victime, mais sachez que Dieu la vengera. » — « Ce ton me déplaît, dit Garcia Moreno à l'écrivain. Ce n'est point le langage d'un gouvernement, qui fait le bien sans craindre qui que ce soit. Si ces bandits ont l'envie de me tuer, qu'ils viennent : ils ne nous immoleront pas comme de timides brebis; nous leur disputerons le terrain pied à pied, et nous entreprendrons une nouvelle croisade pour la sainte cause. Dieu sera notre bouclier contre les traits de l'ennemi. Si nous succombons, rien de plus désirable, ni de plus glorieux pour un catholique : notre récompense sera éternelle ^ »
Avec cette confiance en Dieu qui ne se démentit jamais, Garcia Moreno continua ses œuvres sans s'inquiéter de l'orage qui grondait sur sa tète. A peine réélu, il combina des plans nouveaux, cherchant les meilleurs moyens d'utiliser cette troisième présidence