‹ Garcia MorenoChapitre 169 sur 183 · Coleccton de documenios, Proano · texte numérisé non relu

Coleccton de documenios, Proano

pour le bien public^ Dans un entretien intime avec le rédacteur du Nacional, son confident et son ami, il exposait ainsi ses idées sur l'avenir : « Quand je me décidai, en 1851, à intervenir dans la politique du pays, je considérai que la République, pour s'ouvrir une ère de véritable prospérité, avait besoin d'une triple période de juste et sage administration; période de réaction, période d'organisation, période de consolidation. Ha ' première présidence eut un caractère de réaction contre les maux qui accablaient la patrie, et comme ces maux invétérés avaient pénétré profondément tout le corps social, il me fallut quelquefois, à ma grande douleur, employer la violence pour les extirper. La seconde présidence que j'achève, consacrée tout entière à l'organisation du pays, n'a plus requis les moyens violents. Mes ennemis eux-mêmes reconnaissent la modération et le tempérament avec lesquels j'ai gouverné la nation. Si la divine Providence n'en dispose pas autrement, la troisième période sera une période de consolidation. Les peuples, habitués à l'ordre, aux douceurs de la paix, jouiront d'une plus grande liberté, sous un gouvernement paternel et tranquille. L'avenir de notre cher pays dès lors assuré, je rentrerai dans la vie privée, avec la douce satisfaction d'avoir sauvé le pays et de l'avoir définitivement placé sur la voie du progrès et de la véritable grandeur. »

Hélas! Dieu, dont les secrets sont impénétrables, en avait disposé autrement, et ces rêves du grand chef chrétien allaient s'évanouir dans un coup de foudre. On apprit bientôt, non plus par de vagues rumeurs, mais par des faits précis, que la franc-maçonnerie exécuterait à bref délai la sentence portée par les hautes loges. Un journal espagnol publié à Bruxelles, La Gazeta internacionaly avait demandé et obtenu en 1873 des correspondances de l'Equateur « en réponse aux accusations

passionnées qui se produisaient cbaque jour contre le gouvernement de Garcia Moreno »; mais cette bienveillance fit place bientôt aux insinuations les plus injurieuses. Le directeur voulait bien insérer des articles d'intérêt général sur l'agriculture ou l'instruction publique, mais il trouvait que les appréciations politiques de son correspondant pourraient choquer ses lecteurs, « d'autant plus qu'elles contrastaient singulièrement avec celles de plusieurs journaux américains, et notamment avec la Dictature perpétuelle de Juan Montalvo. » Surpris et indigné, le correspondant *, littérateur de premier mérite et ami intime de Garcia Horeno, répondit qu'il écrivait sans doute pour faire connaître les progrès accomplis dans son pays, mais aussi pour glorifier le gouvernement catholique et conservateur à qui Ton devait tous ces progrès. Catholique lui-même et conservateur, Espagnol par le sang. Américain par la naissance et l'affection, il écrirait pour défendre la vérité ou cesserait d'écrire. Du reste, quand un homme déclare s'en tenir aux diffamations d'odieux libellistes sans prêter attention aux raisons qu'on leur oppose, il est inutile de discuter avec lui. Le directeur de la Gazeta reproduit cette réponse dictée par l'honneur et la conscience, en y ajoutant, pour dissimuler son embarras, des réflexions sur « l'atmosphère d'intransigeance qui régnait à l'Equateur. » Il rééditait en preuve la prétendue exhumation du protestant et mentionnait un fait nouveau, la destitution du consul de TÉquateur à Bruxelles. En effet, Garcia Moreno venait de révoquer ce consul, après avoir appris de science certaine qu'il appartenait à la franc-maçonnerie. La Gazeta terminait la discussion par ces mots prophétiques : <* Pour conclure, nous donnerons à nos contradicteurs un avis et

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