‹ Garcia MorenoChapitre 173 sur 183 · Doyen de la cathédrale de Riobamba et sénateur · texte numérisé non relu

Doyen de la cathédrale de Riobamba et sénateur

disaient : Comment est^-il tombée le vaillant qui sauvait Israël? « Si le silence, s'écria l'orateur, est Texpression des grandes douleurs quand il s'agit d'une infortune privée, à plus forte raison quand survient un de ces terribles événements qui accablent tout un peuple. Que dire dans cette lugubre cérémonie, en présence des restes de ce chef illustre dont la vie féconde et l'héroïque trépas laisseront un étemel souvenir dans les annales de l'Equateur? 0 Dieu des nations, pourquoi donc avez-vous permis que la sentinelle de votre maison, le défenseur de votre Église, l'orgueil de votre peuple, tombât ainsi à l'improviste, baigné dans son propre sang? 0 mon Dieu! prosternés devant votre infinie majesté, nous ne pouvons qu'adorer vos inscnitables desseins. Vous nous l'aviez donné, vous nous l'avez enlevé, que votre saint Nom soit béni! Nous étoufferons dans notre cœur tout sentiment de vengeance, nous ne voulons pas même dire aux assassins : Caïns, qu'avez-vous fait du sang du juste! »

Les sanglots de l'auditoire étouflFaient la voix de l'orateur. Laissant de côté les actes publics du président, « comme appartenant aux annales de l'Equateur, à l'histoire de l'Amérique, à la galerie des grands hommes de ce siècle, » il rappela ses vertus intimes, sa foi, sa piété, son zèle et sa noble protestation contre l'envahissement des Etats pontificaux « qui avait attiré sur une nation ignorée de tous les regards du monde entier. Pie IX lui-même avait fixé son œil reconnaissant sur ce petit peuple des Andes, au milieu duquel, en ce temps d'apostasie générale, avait paru le seul homme assez fort pour brandir dans ses vaillantes mains Tépée de Constantin, de Charlemagne et de saint Louis. Et ces mains, ajouta-t-il, ont été lacérées par le crime! Le soldat de Dieu est mort martyr de son zèle et de sa foi!... »

Les gémissements redoublèrent quand Torateur, s'écria en terminant : « Garcia Moreno! tes yeux ne voient pas nos larmes, tes oreilles n'entendent pas les lamentations de ton peuple, ton noble cœur ne bat plus dans ta poitrine, mais ton âme nous comprend. Ah! de cette région bienheureuse où t'a conduit ton héroïque vertu, jette un regard sur tes enfants, n'abandonne pas ton pays à l'anarchie, demande à Dieu de susciter un homme qui continue ton œuvre et sache dire comme toi : Adveniat regnum iuuml »

La cérémonie s'acheva sous une impression de terreur. Le bruit courut dans l'assistance qu'on venait d'attenter à la vie du petit Gabriel, fils du président défunt, bruit heureusement faux, mais qui devait s'accréditer facilement après l'horrible assassinat commis en plein jour sur la place de Quito. On disait aussi que des jeunes gens avaient déterré le cadavre de Rayo pour rinhumer en terre sainte, et poussé le cynisme jusqu'à demander un service funèbre pour ce monstre, qu'ils appelaient le libérateur de la patrie. Sous l'empire de ces appréhensions, les restes mortels de Garcia Moreno furent déposés provisoirement dans un caveau inconnu, afin de les soustraire au danger de sacrilèges profanations.

Ces infamies firent naître une telle exaspération que le peuple voulut à toute force s'emparer des assassins. Déjà deux d'entre eux, Campuzado et Polanco, étaient sous les verrous. Ce dernier avait espéré qu'un pronunciamento radical suivrait immédiatement l'assassinat du président ; mais, en voyant l'indignation du peuple et la fureur des soldats, il courut se réfugier dans une boutique, d'où il sortit précipitamment pour gagner une retraite plus sûre. A son air étrange, à ses démarches inquiètes, les soldats devinèrent un criminel et le jetèrent en prison. Plus heureux, le jeune Cor-

nejo avait réussi à se cacher pendant deux jours dans une maison amie, où il raconta que, tout en conspirant, il n'avait point cessé de feindre un grand dévouement pour Garcia Moreno, et que, la veille encore, il était allé chez lui pour lui recommander de prendre garde aux assassins. « Je voulais par là, dit-il, égarer ses soupçons et me rendre ainsi la besogne plus facile. » Il ajouta qu'au moment du crime, après avoir reçu le premier coup de coutelas, le président avait fixé les yeux sur lui comme pour implorer du secours. Le malheureux lui avait répondu par un coup de revolver, que Dieu ne voulut pas laisser impuni. Comme on poursuivait les meurtriers avec activité, Cornejo craignît a\iec raison d'être découvert, s'il restait dans la ville. Profitant de Tobscurité de la nuit, il gagna les montagnes, s'enferma dans une hutte au milieu des bois, et se crut sauvé, mais il comptait sans la divine justice.

Quelques jours après le meurtre, un domesticpie fidèle qui l'avait accompagné dans sa fuite, revint à Quito s'informer de la marche des événements et recueillir certains objets nécessaires à son maître. Ayant trouvé la maison déserte, car les parents de Cornejo, inconsolables du crime commis par leur fils, avaient disparu, il se mit à parcourir les chambres au milieu de la nuit, une bougie à la main, pour recueillir les hardes du fugitif. Un voisin d'en face, surpris de cette promenade nocturne dans une maison qu'il savait inhabitée, suivit l'inconnu à son départ et le dénonça au premier poste qu'il rencontra. Le domestique fut arrêté et condamné, sous peine d'être fusillé sur l'heure, à guider une escouade de soldats vers la cachette de Cornejo. Toutefois, grâce à la vigilance d'un indien qui lui donna l'éveil à l'approches des sbires, Cornejo parvint à s'évader ; les soldats se mirent à sa poursuite, et le gouvernement averti par courrier, donna l'ordre de ceimer le bois qui

lui servait d abri. A cette nouvelle, le peuple en masse, hommes, femmes, enfants, accoururent de la ville et des villages voisins, pour enfermer le meurtrier dans un immense cercle et lui couper ainsi toute retraite ; mais on avait compté sans les buissons et les taillis d^où il leur fut impossible de le déloger. Dans sa fureur, le peuple mit le feu au bois, afin de forcer le fugitif à se rendre ou à périr. Voyant les flammes s'approcher, Comejo se blottit dans le creux d'un arbre jusqu'au moment où la foule désespérée se décida à reprendre le chemin de la ville. Déjà il levait la tète pour respirer, quand un soldat resté en arrière l'aperçut, poussa un cri, et appela la foule, qui faillit mettre l'assassin en pièces. Livré au conseil de guerre, Comejo fit des aveux complets. On put conclure de ses déclarations que le crime était le résultat d'une conspiration dont Polanco était Tàme. C'est lui qui avait entraîné les conjurés et distribué les rôles au moment du drame. Condamné à mort, Comejo se convertit sérieusement et écrivit à sa mère une lettre pleine de résignation : « Je suis heureux, dit-il, de mourir pour expier mon crime, et de mourir maintenant, après avoir eu le bonheur de me réconcilier avec Dieu. Si j'avais échappé, je serais perdu pour toujours. » Élevé par des parents chrétiens, la Révolution l'avait perdu : d'un jeune homme plein de bons sentiments, elle avait fait un assassin.

Avant lui, Campuzano avait payé sa dette à la justice. On dit qu'après sa condamnation, on lui promit la vie sauve s'il voulait révéler le nom de ses complices. c< C'est inutile, s'écria le malheureux : mes compagnons, eux, ne me feraient pas grâce. J'aime mieux être fusillé que poignardé. »

Le docteur Polanco, l'organisateur du complot, en fut quitte pour dix ans de réclusion. Encore s'échappat-ilde prison deux ans après, au moment d'une bataille

' entre conservateurs et radicaux. Se jetant aussitôt dans la mêlée, il vomissait des blasphèmes et commandait aux soldats de tirer sur une bannière du Sacré-Cœur, lorsqu'une balle l'atteignit au front et Tétendil raide mort. Dieu est quelquefois moins patient que les conseils de guerre K

Ândrade et Honcayo, cachés en pays étrangers, ne reparurent à Quito qu'après le triomphe de VintimiUa-.

Au grand scandale de la population, le gouvernement radical les laissa circuler librement : le peuple ignorant encore que les loups ne se mangent pas entre eux. Cependant, malgré le bon vouloir des autorités, ces deux criminels durent fuir devant le mépris et les menaces des honnêtes gens, trop fidèles au souvenir de Garcia Moreno pour vivre en paix avec ses assassins.

Ces démonstrations d'attachement au héros chrétien, de colère contre ses meurtriers, de deuil inconsolable, se renouvelèrent dans toutes les villes de l'Equateur. Partout, à Guayaquil, à Cuenca, à Loja, à Ibarra, à Guaranda, le peuple accourut en foule aux obsèques solennelles ; partout la chaire retentit d'éloges en l'honneur du président défunt; partout, auxlarmejs, aux sanglots de l'assistance, on put constater qu'il s'a-

1. Chose digne de remarque : les assassins de Garcia Moreno meurent tous de mert violente. Nous venons de voir comment ont disparu Rayo, Cambuzano, Cornejo et Polanco. Sanchez périt à Manabi, en 1883, sous les coups de fusil d'Alfaro, lors de la réaction contre Vintimilla. Manuel Cornejo Cevalos, l'assassin du U décembre 1869, mourut à Paris, écrasé par un fragment de corniche qui lui tomba sur la tète. M. Maldonado, compromis dans cette même conjuration, au moins d'après les dépositions de Manuel Cornejo, mourut à Latacunga, frappé d'une balle, en 1884. Qui sait ce que Dieu réserve à Montalvo, le principal instigateur de l'assassinat du 6 août, à Andrade, à Moncayo, et aux autres complices de ce grand crime? Puisse-til, quelle que soit leur mort leur inspirer, comme au jeune Cornejo, des sentiments de repentir avant de les appeler à son tribunal !

•2. En juiUet 1877.

gissait non dkine cérémonie officielle, mais d'un acte de piété filiale inspiré par Tamour et la reconnaissance. Toutefois, pour montrer F union parfaite de la nation à son chef, il convient d'ajouter à ces témoignages populaires le témoignage plus solennel encore des repré- . sentants du peuple réunis au congrès.

Quelques jours après les funérailles, eut lieu Touverture de la session législative. Le vice-président Léon fit part aux députés et aux sénateurs des mesures prises pour sauvegarder l'ordre public, et leur annonça que le décret relatif à l'élection d'un nouveau président paraîtrait dans les délais légaux. « C'est au champ électoral, dit-il, que les hommes d'honneur doivent se donner rendez-vous. Il faut laisser aux inf&mes celui de la révolte et de l'assassinat. Quant à moi, je n'aspire qu'à rentrer dans la vie privée; je préférerais l'exil au pouvoir suprême, en voyant comment on récompense les plus généreux sacrifices. Ministre, ami, compagnon du président, je n'ai plus qu'un désir, c'est de pleurer en paix au sein de ma famille l'homme le plus pur et le plus vertueux que j'aie jamais connu. »

Le ministre de l'intérieur présenta ensuite au congrès le message que Garcia Moreno portait sur lui au moment de l'assassinat. Impossible de rendre l'impression qu'éprouva l'assemblée en voyant, tout couvert de taches sanglantes, ce manuscrit dans lequel le grand homme avait consigné sa pensée suprême; le père du peuple, sa dernière volonté. On en écouta la lecture dans un religieux et solennel silence :

c< Il y a quelques années, disait Garcia Moreno, l'Equateur répétait chaque jour les tristes plaintes que le libérateur Bolivar adressait dans son dernier message au congrès de 1830 : Je rougis de l'avouer : l'indépendance est un bien que nous avons conquis, mais aux dépens de tous les autres.

« Depuis que, mettant en Dieu notre espérance, nous nous sommes éloignés du courant d'impiété et d'apostasie qui entraîne le monde en ces jours d'aveuglement et que nous nous sommes réorganisés en 1869 comme nation vraiment catholique, tout va changeant jour par jour pour le bien et la prospérité de notre chère patrie.

« L'Equateur était autrefois un corps duquel se retirait la vie, et qui se voyait dévoré comme les cadavres par cette multitude d'insectes hideux que la liberté de la putréfaction fait toujours éclore dans l'obscurité du sépulcre; mais aujourd'hui, à la voix souveraine qui tira Lazare de la tombe, il se ranime et marche en avant, bien que traînant encore ses liens et son suaire, c'est-à-dire les restes de la misère et de la corruption dans lesquels nous étions ensevelis.

c< Pour justifier mes paroles, il suffira que je vous rende un compte sommaire de nos progrès pendant ces dernières années, m'en remettant aux informations spéciales de chaque ministère pour tout ce qui concerne les documents et les détails. Afin qu'on voie exactement le chemin parcouru durant cette période de régénération, je comparerai l'état actuel avec son point de départ, non pour nous glorifier, mais pour glorifier Celui à qui nous devons tout et que nous adorons comme notre Rédempteur et notre père, .comme notre protecteur et notre Dieu. »

Il parcourut ensuite les différentes branches de l'administration, enseignement, bienfaisance, travaux publics, finances, missions : établissant, preuves en main, l'immense développement qu'avait pris la civilisation, sous le rapport intellectuel, moral et matériel, depuis que la religion présidait aux destinées du pays. C'est du reste ce remarquable document qui nous a fourni les renseignements et les chiffres dont nous nous sommes servi pour exposer les œuvres du président. U

termiDaît par cette déclaratioa qui arracha des larmes aux membres du congrès :

« J'achève dans quelques jours la période du mandat qui m'a été confié en 1869. La République a joui de six années de repos, et durant ces six années elle a marché résolument dans le sentier du progrès, sous la protection visible de la Providence. Bien plus grands eussent été les résultats obtenus, si j'avais possédé pour gouverner les qualités qui me manquent malheureusement^ ou si, pour faire le bien, il suffisait de le désirer avec ardeur.

'< Si j'ai commis des fautes, je vous eft demande pardon mille et mille fois, et ce pardon, je le demande avec des larmes très sincères à tous mes compatriotes, les priant de croire que ma volonté n'a jamais cessé de poursuivre leur bien. Si au contraire vous croyez que j'aie réussi en quelque chose, attribuez-en d'abord le mérite à Dieu et à l'immaculée dispensatrice des trésors de sa miséricorde, puis à vous mêmes, au peuple, à l'armée et à teus ceux qui, dans les différentes branches du gouvernement, m'ont aidé avec tant d'intelligence et de fidélité à remplir mes difficiles devoirs. »

Le congrès se montra digne d'un tel message. 11 répondit, non au président qui ne pouvait plus l'entendre, mais à la nation, par un manifeste en l'honneur de Garcia-le-Grand, « grand non seulement aux yeux de J'Équateur, mais de l'Amérique, mais du monde entier, car le génie appartient à tous les peuples et à tous les siècles ». Il montra dans Garcia Moreno un génie tourmenté par deux idées divines, ou plutôt par deux divines passions : l'amour de la patrie et l'amour du catholicisme. Après avoir mentionné les progrès constatés par le message, le manifeste rappelle la glorieuse intervention du président dans les affaires de l'Église : « Voyez, s'écrie-t-il, voyez votre éminént ma-

gistrat, debout au milieu de la tempête qui sévit contre Rome; de tous les chefs de peuple, seul attaché au roc inébranlable de la papauté, seul loyal, seul fidèle, en face de Tapostasie et de la trahison qui se disent modernes mais qui sont aussi vieilles que Tingratitude et la lâcheté. La Révolution renverse la croix du Rédempteur : lui la prend dans ses mains, se prosterne devant elle, et, du sommet des Andes, la présente au monde comme l'étendard sacré. La calomnie Taccuse, l'impiété le maudit, la haine et Tenvie le poursuivent : le héros chrétien lutte sans reculer d'un pas et force Thistoire à le compter parmi le petit nombre d'hommes qui honorent le genre humain. Jamais le monde n'oubliera avec quel courage il protesta contre l'usurpateur de la plus auguste des couronnes, et cela quand un indigne silence scellait les lèvres de tous les rois et potentats de la terre; avec quel dévouement il embrassa la cause du Pontife captif et dépouillé, partagea ses douleurs, et voulut boire à son calice d'amertume ! Les ennemis de Dieu se sont moqués de cette filiale protestation lancée à la face du siècle par le représentant d'une République infime : insensés! si petit qu'il soit, un fils ne mérite pas le dédain quand il compatit aux infortunes de son père et proteste contre les maudits qui le dépouillent et l'outragent! » Puis, les représentants adressent en terminant de vives félicitations au peuple assez intelligent de ses devoirs et de ses intérêts pour repousser avec horreur les assassins et les anarchistes: « Ils ont voulu noyer la religion, la morale, les institutions de la patrie, dans le sang de l'auguste régénérateur, mais sur son tombeau la croix apparaîtra plus resplendissante que jamais, car c'est pour la sainte cause de la religion qu'il a versé son sang. Laissez donc ces scélérats se réjouir de leur forfait : les oiseaux de proie dans la nuit poussent des cris sauvages à

l'odeur des cadavres. Enfants de la lumière, noble fils du glorieux champion de la civilisation catholique, serrez- vous autour du gouvernement et répétez avec Garcia Moreno : Liberté pour tous et pour tout, excepté pour le mal et les malfaiteurs. » ,

Non content d'avoir ainsi glorifié le héros de TÉquateur devant tout son peuple, le congrès voulut perpétuer sa mémoire en élevant dans la capitale un monument qui rappelât ses bienfaits. Dans la Cession du 16 septembre, il édicta le décret suivant, cité en partie dans notre introduction, mais que nous reproduisons en entier, comme le plus glorieux et le plus fidèle résumé des grandes œuvres accomplies par notre héros.

« Considérant :

« Que TExcellentissime don Gabriel Garcia Moreno, par sa vaste intelligence comme par ses hautes vertus, mérite d'occuper la première place parmi les enfants de l'Equateur;

« Qu'il a consacré sa vie et les dons si rares de son esprit et de son cœur à la régénération et à la grandeur de la République, en basant les institutions sociales sur le fondement solide des principes catholiques ;

« Qu'avec la magnanimité des grands hommes, il affronta sans crainte la diffamation, la calomnie, et les sarcasmes impies, donnant ainsi au monde le noble exemple d'une inébranlable fermeté dans Taccomplissement du devoir;

« Qu'il aima la religion et la patrie jusqu'à souffrir pour elles le martyre, et légua, de la sorte, à la postérité une mémoire illustrée de l'immortelle auréole dont Dieu couronne les plus héroïques vertus ;

« Qu'il combla la nation d'immenses et impérissables bienfaits dans l'ordre matériel, intellectuel, moral et religieux ;

« Et qu'enfin la nalion doit honneur, gratitude et

respect aux citoyens qui savent Tennoblir et la servir sous Finspiration du plus pur et du plus ardent patriotisme;

« Le sénat et la chambre des députés décrètent :

« L'Equateur, par Tentremise de ses représentants, accorde à la mémoire de TExcellentissime don Gabriel Garcia Moreno Thommage de son éternelle gratitude, et, pour le glorifier selon ses mérites, lui décerne le nom de Régénérateur de la patrie et de Martyr de la civilisation catholique.

« Pour la conservation de ses restes mordis, il sera élevé, au lieu que désignera le pouvoir exécutif, un mausolée digne de ce grand homme.

« Afin de recommander son nom glorieux à Testime et au respect de la postérité, une statue en marbre, érigée en son honneur, portera sur son piédestal Finscription suivante : A Garcia MorenOy le plus noble des enfants de F Equateur^ mort pour la religion et la patrie, la République reconnaissante,

« Dans les salles des conseils municipaux et autres assemblées officielles figurera également un buste de Garcia Moreno, avec Finscription : Au régénérateur de la patrie, au martyr de la civilisation catholique,

« La route nationale et le chemin de fer, œuvres principales du président défunt, porteront le nonr de Garcia Moreno. »

Il faut remonter bien loin dans Fhistoire pour rencontrer un homme assez grand pour mériter de pareils éloges, un peuple assez juste pour les lui décerner. Nulle part dans notre siècle où les catastrophes de toutes sortes ne sont pas rares, un chef d'État n'a été si unanimement honoré et pleuré. « Et ce n'est point assurément une chose ordinaire que nous voyons là, s'écriait à cette occasion un grand polémiste chrétien : un peuple reconnaissant envers le chef qui ne l'a point

spolié; qui n'a trahi ni son corps, ni son âme; qui, au contraire, a audacieuse ment voulu le délivrer de l'ignorance, des menteurs, des hommes de proie; qui Ta conduit devant Dieu dans la lumière, dans Tinnocence et dans la paix; et qui enfin a donné sa vie pour son salut! Il y a donc aujourd'hui sur la terre un lieu petit et obscur, mais pourtant visible, où la louange du Juste est partout proclamée. On le pleure, non seulement à Tautel, mais en pleine rue. Nous en concluons qu'il y a encore une justice parmi les hommes; et quand la justice parle quelque part au milieu du monde, c'est assez pour que le monde ne soit pas perdu. La justice qui parle dans l'Equateur est un grand service rendu au genre humain, le plus grand peut-être que l'Amérique ait rendu jusqu'ici ^ »

Nous pouvons ajouter à l'honneur de l'humanité, que la couronne de gloire fut posée en ces jours sur la tête de Garcia Morèno, non seulement par le peuple au milieu duquel il a vécu, mais par toutes les nations catholiques sans exception. Comme l'Equateur, le monde civilisé porta le deuil du noble chevalier de la civilisation chrétienne. Les feuilles libérales tentèrent d'organiser le silence sur l'assassinat de Quito, afin de n'avoir ni à blâmer les assassins ni à louer la victime. Les radicaux, plus cyniques, vomirent tous leurs blasphèmes contre le catholicisme et son intrépide champion, mais l'explosion de douleur et d'admiration qui éclata d'un bout du monde à l'autre étouffa toute voix discordante. Ce n'était pas le bruit tumultueux organisé par une faction pour soulever l'opinion publique ; ni l'un de ces triomphes de parade en l'honneur des poètes et des tribuns de Tanti-cléricalisme, où chacun joue son rôle en riant, au milieu de spectateurs imbéciles ; mais l'im-

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