‹ Garcia MorenoChapitre 176 sur 183 · Semaine Religieuse de Montpellier · texte numérisé non relu

Semaine Religieuse de Montpellier

la France au martyr de l'Equateur sans emprunter quelques pages à un autre chevalier du Christ, dont la plume, vaillante comme Tépée de Moreno, esquissa de lui un portrait si magnifique et si ressemblant qu'il fit le tour des journaux de France et du monde.

« Saluons cette noble figure : elle est digne de l'histoire. Les peuples sont accablés d'éphémères fastueux et chiches dont la minute semble ne s'épuiser jamais. Des séditieux, des intrigants, des avortés, des fantômes vides, viennent insolemment tromper les disettes publiques. Devant chacun d'eux on a crié : « Voici l'homme providentiel ! » On le pèse, il n'a pas le poids; il n'y a point d'homme!.... Telle est l'histoire commune des présidents de république : quelques crimes plats, infiniment de sottises plates^ rarement Thonnète et plate vulgarité. Rien pour le présent, rien pour l'avenir. Point d'amour pour ces particuliers sans flamme et sans idée. Ils font des affaires, surtout leurs affaires : ils s'ennuient, ils ennuient. Métier sans fruits, sans fierté, sans force, et dont les suites les plus heureuses ne peuvent être que les suites ordinaires d'un négoce adroit : du pain, de l'oubli, et, si Ton a de la conscience, du remords.' Garcia Moreno était d'une autre espèce, et la postérité le connaîtra... Il a été admiré de son peuple. Il a échappé au crime, à la vulgarité, à l'oubli ; il aurait échappé même à la haine, si Dieu pouvait permettre que la haine ne suivit pas la vertu. On peut dire qu'il a été le plus antique des modernes, un homme qui faisait honneur à l'homme. Non pas un homme de Plutarque, ce ne serait pas assez. Sur un petit théâtre, il a fait tout ce que Plutarque raconte de ses meilleurs héros. Il l'a fait par un mouvement naturel' de son caractère et par un engagement irrécusable de la règle qu'il avait embrassée. Il se fut indigné contre lui-même de n'être qu'un homme de Plutarque. Il avait une notion

plus vaste de la grandeur. Suivant son grand et saint devoir, s'élevant ^ans cesse, il osa tenter ce que l'époque estime impossible, et il y parvint. Il fut dans le gouvernement du peuple un homme de Jésus* Christ.

« Voilà le trait marqué et suprême qui le met hors de pair : homme de Jésus-Christ dans la vie publique, homme de Dieu. Une petite république du Sud nous a montré cette merveille : un homme assez noble, assez fort et assez intelligent pour persévérer dans le dessein d'être, comme on le dit, « homme de son temps », d'en établir les sciences, d'en accepter les mœurs, d'en connaître et d'en suivre les usages et les lois, et cependant de ne pas cesser d'être un homme de l'Évangile, exact et fidèle, c'est-à-dire un exact et fidèle serviteur de Dieu, bien plus, de faire de son peuple, pareil lorsqu'il en prit la conduite à tous les peuple de la terre, un peuple exact et fidèle dans le service de Dieu.

«... C'était un chrétien tel que les postes souverains n'en paraissent plus comporter, un chef tel que les peuples ne paraissent plus dignes d'en avoir, un justicier tel que les séditieux et les conspirateurs n'en paraissent plus craindre, un roi tel que les nations en ont perdu le souvenir. On vit en lui du Médicis et du Xîménès : Médicis moins la fourberie, Ximénès moins la pourpre et l'humeur romaines. Il avait de l'un et de l'autre l'étendue du génie, la magnificence, et l'amour de la patrie. Mais on retrouvait davantage dans sa physionomie les traits admirables des rois justes et saints, la bonté, la douceur, la justice, le zèle de la cause de Dieu...

« Dès qu'il fut connu, la secte, si puissante en Amérique, et dont il se déclarait hardiment l'ennemi, le condamna à mort. Il sut que l'arrêt prononcé en Europe avait été ratifié dans les conciliabules d'Amérique et serait exécuté. Il s'en inquiéta peu. Il était catholique

et avait résolu de l'être partout et toujours ; catholique sans remède, de la race aujourd'hui inconnue parmi les chefs officiels des peuples, qui se tourne d'abord vers notre Père qui est aux cieux et lui dit à haute voix : Que votre règne arrive !

« Cet homme de bien, ce véritable grand homme à qui ses ennemis ne reprochaient que de vouloir régénérer son pays et eux-mêmes par un indomptable amour de la lumière et de la justice, n'ignorait pas qu'il était guetté par des assassins. On lui disait de prendre des précautions; il répondait : « Comment se défendre contre des gens qui vous reprochent d'être chrétien? Si je les contentais, je serais digne de mort. Du moment qu'ils ne craignent pas Dieu, ils sont maîtres de ma vie; moi je ne veux pas être maître de Dieu, je ne veux pas m'écarter du chemin qu'il m'a tracé. » Il suivait son droit et rude chemin qui allait à la mort du temps et à la vie éternelle; il répétait son propos accoutumé : Dieu ne meurt pas !

« Il a été tué dans la rue par un homme de rien qu'il avait accueilli, obligé et renvoyé comme indigne ou incapable ; rhomme que les sectaires trouvent ordinairement, pour ces coups-là. Il a été tué sur le seuil de l'église et rapporté dans la chapelle de Notre-Dame des Sept-Douleurs, objet de sa dévotion particulière. Il y est mort après quelques instants. Sa dernière parole a été : Dieu ne meurt pas!

« Nous osons dire que Dieu lui devait cette mort. Il devait mourir dans sa force, dans sa vertu, dans sa prière, aux pieds de la Vierge des Sept-Douleurs, martyr de son peuple et de sa foi, pour lesquels il a vécu. Pie IX a publiquement honoré ce fils digne de lui ; son peuple, plongé dans un long deuil, le pleure comme l'ancien Israël pleurait ses héros et ses justes. Que manqua-t-ii à sa gloire? Il a donné un exemple unique dans le

monde et dans le temps au milieu desquels il a vécu; il a été rhonneur de son pays ; sa mort est encore un service, peut-être le plus grand : il a montré à tout le genre humain quels chefs Dieu pourrait lui donner et à quels misérables il se livre lui-même par sa folie ^. » Pie IX a publiquement honoré ce fils digne de lui! Terminons cette revue , très incomplète, des manifestations catholiques en l'honneur de Garcia Moreno par rhommage du Pontife suprême auquel fait allusion l'article magistral que nous venons de citer. Le pape des zouaves, celui qui versa tant de larmes sur les martyrs de Castelfidardo, ne pouvait manquer de pleurer le croisé de TÉglise, assassiné par la Révolution. Le pontife-roi devait un éloge qui sanctionnât tant d'éloges funèbres à Tunique chef d'État qui se fût levé pour défendre son trône. Le 20 septembre 1875, dans sa prison du Vatican, Pie IX adressa aux pèlerins de Laval une de ces harangues justicières dont il flagellait quelquefois, lui leur captif, les odieux persécuteurs de l'ÉgUse. H montra la secte maçonnique exerçant ses fureurs contre le Saint-Siège, en France, en Allemagne, en Suisse ; dans les républiques américaines, emprisonnant les évèqucs, expulsant les religieux, confisquant les biens ecclésiastiques; puis, sa voix, indignée jusque-là, se remplit de larmes : « Au milieu de ces gouvernements livrés au délire de l'impiété, la République de l'Equateur, dit-il, se distinguait miraculeusement de toutes les autres par son esprit de justice et par Finébranlable foi de son président, qui toujours se montra le fils soumis de l'Église, plein de dévouement pour le Sa^int-Siège, et de zèle pour maintenir au sein de la République la religion et la piété. Et voilà que les impies, dans leur aveugle fureur, regardent comme une

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